PRO – Entretien avec Nicolas FAURE, traducteur interprète et journaliste

Marcelo BIELSA et Nicolas FAURE
Nicolas FAURE
Nicolas FaureSource Twitter

De ses débuts aux Jeux Olympiques de Londres, en passant par ses activités pour les clubs de Manchester United, l’AS Monaco ou le PSG, Nicolas retrace, pour notre plus grand plaisir, son parcours et ses différentes expériences dans le football. Dans un long entretien, l’ancien interprète de Marcelo Bielsa nous livre sa vision du métier de traducteur, interprète et journaliste et dresse un portrait sans concession sur sa vision des médias dans le milieu du ballon rond.

ENFANCE ET FOOTBALL

Avant d’aborder votre carrière de journaliste et traducteur, revenons sur la découverte du football et le contexte dans lequel vous avez grandi. Nicolas, où avez-vous grandi et comment le sport est arrivé dans votre vie ?

J’ai grandi dans l’Ain (01), à Meximieux. Assez rapidement. Le foot et le ski ont vite fait partie de mon enfance. J’ai commencé le foot assez petit et je me souviens des « matches » avec mon frère dans notre jardin, sur les terrains du village, et des soirées sur les côtés des terrains avec notre ballon pendant que mon père jouait avec son équipe. Et puis il y a les matches à la TV…

Pratiquiez-vous le football ? A quel niveau ?

J’ai toujours joué au foot. Je ne crois pas avoir manqué une saison même si je ne suis pas allé très loin.

Quels sont les grands sportifs, footballeurs qui vous ont marqué ?

Il y en a pas mal. Zizou, Barthez, Blanc, Inzaghi, Raúl, de La Peña et Alfonso aussi beaucoup. Et puis plus tard, Lucho et Drogba.

Etiez-vous ou êtes-vous supporter d’un club en particulier ?

La seule étoile de France.

Quel est votre premier match dans un stade ?

Je ne suis pas sûr à 100% que cela soit mon premier match mais en tout cas celui qui m’a le plus marqué ; c’est le Lyon – OM en 1997 à Gerland. J’avais 10 ans. On est parti avec notre club pour voir le match. L’OM a pris 8-0, on a même raté le premier but de Caveglia. À la sortie du stade j’ai acheté une écharpe de l’OM, le prix avait bien baissé. (rires)

Adolescent, aviez-vous déjà en tête une carrière dans le sport, de journaliste ou interprète ?

Pas vraiment, je ne crois pas.

TRADUCTEUR, INTERPRÈTE, JOURNALISTE

Pouvez-vous revenir sur votre parcours de formation ? Vous parlez le français, l’espagnol et l’anglais. Qu’est-ce qui a motivé l’apprentissage des langues étrangères ?

Je n’ai pas du tout de formation de langues en réalité. J’ai plutôt opté pour le tourisme, sans finir la fac, ni rien d’ailleurs. Le français est ma langue maternelle. Ensuite, ma mère est espagnole et à partir de 1999, nous avons rejoint Madrid. Il fallait bien s’y mettre. Enfin j’ai toujours appris l’anglais à l’école et puis je suis parti vivre 4 ans à Londres.

Vous êtes traducteur, interprète et journaliste. Quelles sont les différences entre un traducteur et un interprète ?

C’est très simple et beaucoup de monde ne le sait pas : un traducteur c’est de l’écrit, interprète c’est oral. Ni plus, ni moins.

Je travaille surtout l’espagnol et le français dans les deux sens. Mais aussi les deux à partir de l’anglais. Ça m’arrive aussi de faire vers l’anglais mais plus rarement.

Dans quel sens interprétez-vous ou traduisez-vous les propos ou écrits ?

Je travaille surtout l’espagnol et le français dans les deux sens. Mais aussi les deux à partir de l’anglais. Ça m’arrive aussi de faire vers l’anglais mais plus rarement.

Quelles sont, à votre sens, les qualités principales et les grandes règles sur lesquelles on ne peut transiger pour faire votre métier ?

La préparation. Il s’agit de bien connaître son sujet, c’est clairement indispensable. Et puis il faut savoir bosser sous pression aussi, parfois ce n’est pas simple…

Début aux JO de Londres en 2012

Vos débuts sont plutôt loin du sport puisque vous nous disiez avoir opté pour le tourisme en 2008, puis l’évènementiel en 2010. Dans quelles circonstances, vous vous retrouvez à Londres en 2012 à commenter en Français les Jeux Olympiques de Londres ?

Ma copine (aujourd’hui ma femme) est partie vivre à Londres et je l’ai suivie. A cette époque, je venais de rater ma première à l’Université, car je n’y allais pas beaucoup dirons-nous. On partait pour un an et puis finalement on est restés 4 ans.

Lors de ma période londonienne. Je suis allé faire un essai pour commenter des matches pour un site de paris en ligne et puis j’ai été pris pour commenter en français et espagnol. Tout a commencé à ce moment-là en fait.

Quels souvenirs gardez-vous précisément de cette expérience ? S’il y avait deux ou trois images à ressortir, quelles seraient-elles ?

De très bons souvenirs, même si c’était en studio et pas sur le terrain. C’était fou. En plus du foot j’ai pu commenter beaucoup de sports différents : de la natation, du tennis de table, de la lutte et de l’athlétisme. J’ai également fait de la traduction. Et puis on avait une super équipe aussi.

Travail pour Manchester United, AS Monaco

Après les Jeux Olympiques de Londres, vous prenez la direction de Manchester pour être commentateur en français pour United. Comment est née cette opportunité ? 

Depuis 2011, je suis freelance en fait donc il faut se lancer dans pas mal de projets pour survivre. Un contact nous a parlé de commenter en Français pour la chaîne du club pour des résumés. Les jours de matchs, nous partions à Manchester pour poser notre voix. C’était depuis les studios de la chaîne. Je n’ai jamais mis les pieds à Old Trafford malheureusement.

Quelles sont les qualités pour être un bon commentateur ? Aviez-vous des modèles de commentateurs ?

Je n’ai pas vraiment eu de modèle parce que tout s’est passé assez vite. Comme pour l’interprétation, la préparation est clé, surtout pour le site de paris parce que l’on pouvait commenter de la Ligue 1 et Serie A mais aussi la Libertadores et le championnat brésilien… Après le rythme est super important aussi, surtout quand c’est pour ce genre de site ou pour les radios. Celui qui regarde ou écoute a besoin de détails pour parier. Même les corners sont importants.

Nicolas FAURE en Voix Off

Début 2014, vous allez travailler pour Monaco pour être commentateur en Français et en Espagnol sur les matchs de ligue 1 et de coupe de France. L’AS Monaco est-elle beaucoup suivie à l’étranger ?

Encore une fois, c’était depuis Londres. On bossait pour la chaine du club que ce soit Monaco ou le PSG. Je commentais les résumés des matches de 3 et 12 minutes en espagnol. On avait quelques personnes qui suivaient, peut-être pour Falcao.

Le commentaire dépend-il de la langue dans laquelle il est réalisé ? Commentez-vous de la même manière en français, qu’en espagnol ?

Pour ma part oui. Je pense que mon commentaire en espagnol est plus rythmé. Déjà par le style qu’il y a ici, et puis aussi parce que je regarde le foot en espagnol depuis 1999 donc forcément, ça a dû rester plus que le français. Quand je dois écouter en français, j’évite certains commentateurs…

Comment qualifierez-vous la culture sport en France et en particulier la vision du football dans la société ? Quelle différence avec l’Angleterre et ce que vous avez connu à Manchester ?

J’ai toujours pensé que la culture sport en France était super importante. Et puis bon, étant supporter de l’OM, même si je ne suis pas de la ville, ça forge rapidement. Quand l’OM perd ça a clairement un impact sur ma semaine et je pense que c’est un peu pareil dans la société suivant les endroits.

La culture foot est aussi très présente en Angleterre même si c’est un autre style, notamment à travers les pubs. La société n’est pas du tout la même non plus que la France, que ce soit dans le domaine du sport, ou dans la vie. Les anglais sont bien différents des français, et je n’ai jamais vraiment pris leur style de vie pendant ces 4 ans. J’étais surtout avec des étrangers.

J’ai toujours pensé que la culture sport en France était super importante.

Parallèlement à ces activités, vous travaillez deux ans pour Talksport International en tant que commentateur de la Premier League, à la fois en langue française et espagnole. Les méthodes sont-elles différentes ?

En termes de préparation, c’est la même chose. En revanche, il est vrai que le ton de voix et le style diffèrent. Et je pense que les commentaires espagnols sont plus sympas à écouter.

L’Angleterre est le pays des tabloïds, mais aussi le pays où la communication des joueurs et entraîneur est très contrôlée (pas d’entretien à la mi-temps des matchs par exemple). Est-ce un paradoxe selon vous et comment l’expliquez-vous ?

En Espagne, nous n’avons pas d’interview à la mi-temps non plus et je pense qu’on parle beaucoup plus du jeu même s’il y a toujours quelques polémiques.

En Angleterre, je trouve que les polémiques se sont un peu calmées et les arrivées de Guardiola, Klopp, Bielsa ou même Emery ont un peu changé la mentalité ces dernières années. Il y a quand même beaucoup d’entretiens par-ci par-là en semaine, même s’il y a toujours es sujets toujours hors-foot. On a notamment eu une période ou Sterling en prenait plein la gueule sur ses dépenses, ses sorties etc. Wilshere aussi a vécu ça il me semble.

Couverture de la Copa America en 2015

En 2015, vous allez couvrir la Copa Ameria au Chili. Pour qui travaillez-vous ?

On a décidé de partir à trois, avec Nicolas de Lucarne Opposée (LO) et Bastien de La Grinta. On bossait surtout pour LO et Onze Mondial. Ça a été plutôt bien géré avant de partir grâce aux nombreux donateurs nous ont permis de partir sans avoir une énorme pression d’un point de vue financier. Après, on a quand même fait quasiment tout le Chili en bagnole sur un mois et on a visité pas mal de stades. C’était une expérience de folie.

On a quand même fait quasiment tout le Chili en bagnole sur un mois et on a visité pas mal de stades. C’était une expérience de folie.

Vous avez beaucoup voyagé en tant qu’interprète, traducteur et journaliste. Le métier est-il le même en France, en Europe et en Amérique du Sud ? Existe-t-il une différence d’approche suivant le pays dans lequel il est exercé ?

Je vois pas mal de différence entre les clubs et les instances déjà, sans même parler de pays ou continent. Mon boulot à moi ne change pas trop. Après tu peux être perçu ou traité d’une manière ou d’une autre. Bizarrement, c’est souvent l’endroit que tu vois comme plus « accueillant » qui finit par être le plus compliqué à vivre.

Comment est vécu le football en Amérique du Sud et dans quelle mesure influence-t-il votre manière de travailler ?

C’est vraiment de la folie. Très tôt avant les rencontres, l’ambiance est omniprésente, les gens sont super chaleureux. C’est un autre monde. Quand le Chili est passé en demies, c’était le bordel total à Santiago. Et encore je ne suis allé qu’au Chili.

Nicolas FAURE au chili

2015 – 2018 – Correspondant à Madrid pour Radio France

Comment définiriez-vous le rôle de correspondant ?

Une source d’information sur place.

Un correspondant est-il journaliste ? Quelle définition feriez-vous du métier de journaliste ?

Oui et non. Ça dépend de ce que l’on fait je pense. Pour moi, un journaliste c’est quelqu’un qui recueille des informations vérifiées pour informer les autres.

Vous allez travailler proche des clubs espagnols (Real Madrid, Barcelone, Atletico) mais également au sein de la sélection espagnole. Comment trouvez la bonne distance pour être à la fois, proche des clubs tout en étant juste et objectif ?

Certains journalistes qui travaillent carrément pour des clubs. En Espagne les exemples sont nombreux. Ça peut paraître fou mais ils peuvent avoir le pouvoir de faire partir un joueur. C’est déjà arrivé.

Certains journalistes travaillent carrément pour des clubs. En Espagne les exemples sont nombreux. Ça peut paraître fou mais ils peuvent avoir le pouvoir de faire partir un joueur. C’est déjà arrivé.

Et l’objectivité ?

Pour l’objectivité, ça passe juste par du professionnalisme. Dans mon cas par exemple, j’ai bossé pas mal de temps au PSG avec Emery. Je faisais les allers-retours et je suivais l’équipe un peu partout pour aider Unai. Même en tant que supporter de l’OM ça ne m’a jamais changé. D’ailleurs, je crois que 95% de ceux avec qui j‘étais là-bas ne savent même pas aujourd’hui que je suis supporter de l’OM. Je n’ai jamais fêté un but du PSG non plus cependant, mais cela ne m’a jamais empêché de faire mon boulot correctement. Dès que j’entrais au Camp des Loges ou au Parc des Princes, j’étais un employé comme un autre. Je pense que tout le monde a été content de mon travail à Paris.

L’approche est-elle distincte entre le travail auprès des clubs et d’une sélection nationale ?

Oui. Rien qu’à cause des longues périodes entre les sélections. Et puis tu as des joueurs qui arrivent tous à un niveau physique et mental etc… Avec beaucoup d’informations à chercher.

Presse écrite, internet, radio… Quel support permet le mieux selon vous de s’exprimer ?

Internet aujourd’hui sans aucun doute. J’adore la radio mais ça reste aussi un média que l’on utilise « on the road », donc on peut parfois manquer des infos ou en oublier.

Comment s’adapte-t-on à ces différents auditoires ?

En bossant tout simplement. La préparation, toujours la préparation !

Nathalie Iannetta nous disait « Aujourd’hui, les étudiants se spécialisent dès l’école, non seulement sur leur domaine, mais aussi sur le support. C’est une aberration ». Êtes-vous d’accord avec elle ? Un journaliste doit-il être polyvalent, capable de travailler sur n’importe quel support et domaine ?

On peut faire de tout mais le faire bien c’est une autre histoire. S’il est impossible d’être parfait, il est aussi très compliqué d’être très bon à tout. Je pense que c’est important de savoir tâtonner entre les différents supports que l’on a à disposition aujourd’hui mais cela ne doit pas être une obsession ou une obligation. Certains sont très forts quand ils sortent de leur zone de confort et d’autres ont beaucoup de mal et peuvent rapidement perdre le cap. Il faut trouver un juste milieu même si ce n’est jamais simple.

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Steve Mandanda, Rudi Garcia et Nicolas Faure

Elle évoquait avec nous le problème du journalisme et de la télé et le fait que « beaucoup aujourd’hui font de la télé, travaillent pour soigner leur propre image. Ils ont oublié que le cœur même de ce métier, c’est de parler et de mettre en valeur les autres. » Partagez-vous son sentiment ?

Ah ça… C’est l’un des gros problèmes aujourd’hui. C’est aussi un peu le problème quand on ne se penche que sur des « anciens joueurs ou entraîneurs » alors qu’il y a certainement de très bons journalistes qui arrivent derrière et qui n’auront pas cette chance. Ceux-ci sont sûrement cantonnés à un desk, à chercher des infos ou des statistiques pour que l’image de la chaîne ou du média puisse rendre bien à la TV. Des bons journalistes et consultants il y en a beaucoup. Malheureusement en ce moment, ce qui compte c’est surtout s’auto-dorer la pilule, faire de la polémique. Tant que ça fait parler et que ça fait du clic, on n’avancera pas.

Malheureusement en ce moment, ce qui compte c’est surtout s’auto-dorer la pilule, faire de la polémique. Tant que ça fait parler et que ça fait du clic, on n’avancera pas.

Le métier journalistique nécessite des réseaux, mais aussi une certaine distance pour l’analyse, la prise de recul. Comment trouver la bonne distance ?

Ce n’est pas simple du tout. C’est sûr que de l’extérieur cela peut le paraître mais je pense vraiment qu’une fois des réseaux bien établis, il est difficile de garder son objectivité. Il faut commencer par trouver la bonne connexion, établir une relation qui doit rester pro.

Selon une enquête de 2014, le métier de journaliste était l’un des plus détesté en France. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce le même constat à l’étranger ?

Les journalistes sont en première ligne. Je parle toujours du journaliste sportif attention, je ne connais pas assez le reste pour en faire une généralité hors foot. Quand ton club va mal et que quelqu’un te le rappelle chaque matin c’est dur. Et puis parfois, ils disent ce que tu ne veux pas entendre. Parfois ils inventent des choses, certains sont là juste pour le buzz… C’est un tout qui fait que l’image du journaliste sportif est plutôt mal vue. L’une des gros problèmes aujourd’hui c’est aussi que ceux qui sont un peu perçus comme des modèles – parce qu’ils sont partout à la TV notamment – sont surement les pires modèles à suivre. Mais encore une fois, tant que ça fait parler et du clic, ils seront toujours là.

Comme exemple espagnol, je peux citer le fameux Chiringuito qui est un programme TV absolument inutile et débile qui invente des infos foot et qui créé des polémiques exprès pour faire parler de lui. Et ça marche très bien malheureusement, donc logiquement il continue.

Un journaliste est-il obligé d’utiliser les réseaux sociaux, comme twitter par exemple ? Quel regard portez-vous sur cet outil ?

Obligé non. Twitter m’a notamment permis de pouvoir bien préparer des matches de championnats d’états du Brésil, de championnat russe, de Copa Sudamericana… Vous n’imaginez pas le nombre de personnes qui peuvent être utiles et qui seront ravies de vous aider. Ça m’a aussi permis de faire des contacts intéressants. C’est un outil très important quand on l’utilise bien.

Interprète d’Unai Emery et Marcelo Bielsa

Quelle est votre méthode de travail lorsque vous intervenez en tant qu’interprète dans les conférences de presse ?

J’essaie de discuter rapidement avec le coach ou joueur pour trouver la meilleure façon de faire et lui rappeler que je suis là. Ensuite, je note sur mon carnet et j’essaie d’être le plus efficace et fidèle aux propos.

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Marcelo Bielsa et Nicolas Faure

Dans cet univers très particulier des conférences de presse, l’attaché de presse semble être le véritable chef d’orchestre qui vous dit si vous avez, ou non, le droit de traduire. Vous confirmez ?

Bien sûr. C’est la personne qui nous permet aussi d’avoir du temps pour interpréter les propos.

Comment se passent les interviews avec les fortes personnalités médiatiques du milieu footballistique ?

C’est toujours très pro.

Laurent Laget, traducteur spécialiste du sport, définit Mourinho comme le « cauchemar des interprètes ». Il existe en effet des vidéos d’interviews de Mourinho très cruelles pour les interprètes qui ont eu affaire à lui. Avez-vous personnellement eu l’occasion de le rencontrer, de l’interviewer ? Que pensez-vous de son profil un peu particulier dans l’univers du football ?

Non, jamais. J’aime beaucoup Mourinho et puis on oublie parfois qu’il a pas mal gagné de choses ce Monsieur. Après c’est un personnage atypique c’est clair.

Vous souvenez-vous de situations, drôles ou difficiles, qui ont particulièrement marqué ?

Impossible d’en citer une autre que la démission de Bielsa de l’OM, le jour de mon anniversaire, au Vélodrome.

N. Faure

Justement, comment devenez-vous son interprète en 2015 ? Quel était votre rôle ?

C’était en 2015. Après le passage du fameux interprète à la queue de cheval qu’il avait eu la saison auparavant, lui ou le club voulaient un autre interprète. Mon agence m’a contacté pour le match contre Caen, le premier de la saison. L’idée était d’y aller pour un « test » grandeur nature et de continuer si tout se passait bien. C’était extraordinaire car j’aime beaucoup Bielsa et j’avais lu tous les livres sur lui et je le suivais depuis un moment. Et puis c’était à l’OM. Le rêve ultime. J’essayais juste d’être le plus précis possible. Ça a vite changé. J’ai fait l’avant et l’après-match et il est parti de l’OM.

Étiez-vous au courant de sa décision de quitter le club ?

Je l’ai su 5 minutes avant dans son bureau au stade.

Vous qui l’avez un peu côtoyé, comment le définiriez-vous ? Quelle est la chose qui vous a particulièrement marqué chez lui ?

Je ne l’ai que très peu côtoyé mais, ce qui m’a le plus marqué, c’est de le voir parler du match avec son adjoint et des entrainements à venir avec les journalistes alors qu’il allait démissionner du club.

Quand on suit un club, un entraîneur comme vous l’avez fait avec Marcelo Bielsa, j’imagine qu’on noue quelques liens non ? Connaître intiment une personne aide-t-il à interpréter ses propos ?

Pour Bielsa, les livres et interviews vues à son sujet m’ont permis de connaitre son caractère et m’ont obligé à fond. Je savais qu’il était très méticuleux donc je voulais vraiment être au top.

Avoir un mec comme Bielsa devant soi et ne jamais parler football me paraissait incroyable.

En France, on a beaucoup parlé du comportement physique de Bielsa, le fait qu’il ne regardait pas les journalistes dans les yeux en conférence de presse. Comprenez-vous que ça puisse autant faire parler ? Comment l’expliquez-vous ?

On en revient aux questions précédentes sur le journalisme. Certains ont oublié pourquoi ils sont là. Avoir un mec comme Bielsa devant soi et ne jamais parler football me paraissait incroyable.

Après Marcelo Bielsa, vous allez être l’interprète d’Unai Emery au PSG, qui va opter rapidement pour le français dans ses conférences de presse. Que retenez-vous de votre collaboration avec lui ?

Unai a tout de suite voulu s’adapter et me demandait de l’aider de temps en temps pour être sûr que le message passait bien. Il était très sympa et on faisait un compte rendu de son français après chaque conférence de presse. Il voulait bien faire, était très volontaire.

Dès le départ, Unai a décidé de parler en français et il a été critiqué pour ça. S’il avait fait l’inverse, on l’aurait critiqué car il ne parlait pas français. Tout ça est difficile à expliquer, ce n’est pas cohérent mais les attaques gratuites font aussi des clics.

La France reproche souvent aux joueurs étrangers (Ibrahimovic, Bielsa..) de ne pas répondre en Français aux entretiens ou conférences de presse. Toutefois, beaucoup d’étrangers ont été moqués pour leur français à l’image de Jardim ou Emery. Comment analysez-vous cette attitude de la presse française ?

Dès le départ, Unai a décidé de parler en français et il a été critiqué pour ça. S’il avait fait l’inverse, on l’aurait critiqué car il ne parlait pas français. Tout ça est difficile à expliquer, ce n’est pas cohérent mais les attaques gratuites font aussi des clics.

Comment Unai Emery a réagi face à cet accueil ?

On n’en a jamais vraiment parlé. Il voulait bien faire donc il me demandait des corrections après les conférences et il essayait de ne pas refaire l’erreur à la suivante.

La France n’a-t-elle pas un problème avec l’apprentissage des langues étrangères ?

Je ne pense pas. En revanche, l’Angleterre très clairement. Après, en France, c’était un peu la mode de taper sur ces gens-là. Et puis cette défense toujours de « pourquoi ne pas prendre un français alors qu’il y a des bons coachs » ? C’est absurde comme raisonnement.

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Unai Emery et Nicolas Faure

Interprète pour la FIFA

Après le travail auprès des clubs, votre travail d’interprète d’Unai Emery et Marcelo Bielsa, vous travaillez pour la FIFA, en tant qu’interprète. Qu’est ce qui change par rapport aux autres expériences professionnelles ?

Le décor souvent. Et puis je fais aussi des séminaires, des ateliers ou des conférences, pas seulement des conférences de presse de coach ou joueurs.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Show must go on comme on dit.

Enfin une chose qui vous tient à cœur que vous souhaiteriez ajouter ?

Oui, alors je voulais simplement dire au public que je cède une Renault Fuego. Elle n’a que 12 km au compteur…

Nous tenons à remercier chaleureusement Nicolas pour sa gentillesse et sa disponibilité, et lui souhaitons réussite sur la suite de ses projets.

JM

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