Julien NEGRI – Source [1]

Formateur à l’age de 22 ans à Aix les bains, Julien Négri intègre l’Olympique Lyonnais en tant qu’éducateur des générations U10, U11, U12. Depuis 2016, il s’est vu confier le poste de directeur technique de l’académie Olympique Lyonnais au Vietnam afin d’y apprendre la méthode reconnue de formation u club rhodanien. Quelles sont les fonctions d’un directeur technique et la stratégie de l’OL ? Quel est le niveau de football au Vietnam et les perspectives d’évolution ? Pour notre plus grand plaisir, Julien a accepté de notre invitation afin de revenir sur son parcours de formateur, sa vision du métier et ses responsabilités en Asie.

DÉCOUVERTE DU FOOTBALL

Avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous revenir sur votre enfance, le contexte dans lequel vous avez grandi ?

J’ai grandi dans un petit village de l’Ain, bercé par de l’amour, la bienveillance et des valeurs familiales très fortes. Mes parents et mes grands-parents m’ont toujours accompagné et soutenu dans ma passion, sans jamais me mettre de pression mais en voulant toujours que je m’épanouisse. J’ai également une sœur avec qui je suis très proche. Cette équilibre familial est très important pour moi. C’est cette éducation et les valeurs que m’ont transmises ma famille étant jeune qui me servent énormément au quotidien dans mes démarches pédagogiques avec les joueurs.

Quels sont vos premiers souvenirs de football ?

J’ai débuté le football à l’âge de 7 ans au club de l’US Culoz, nous nous entraînions sur un terrain stabilisé, ce qui est inconcevable pour un joueur aujourd’hui. Mais à l’époque nous étions heureux de tous nous retrouver sur ce terrain et s’amuser entre copains. Nous étions une bande d’inséparables et nous avons eu la chance de jouer ensemble pendant environs 6 ans avant que chacun ne prenne des orientations différentes. Les souvenirs de cette période sont encore intacts. C’est à ce moment que j’ai rencontré Jean Robert Faucher, ancien joueur professionnel, qui était notre éducateur à l’époque. Il m’a fait prendre conscience de mes capacités et m’a transmis les valeurs de travail, de respect, de détermination, nécessaires pour atteindre le plus haut niveau.

Centre Tola Vologe – Source [2]

Étiez-vous supporter d’un club ?

Etant proche de la région Lyonnaise, j’ai toujours suivi de près l’Olympique Lyonnais. Aller voir des matchs étant jeune au stade de Gerland ou des entraînements à Tola Vologe, c’était quelque chose d’incroyable, de magique. J’ai le souvenir que nous attendions à la fin des entraînements devant le grand portail de Tola Vologe pour apercevoir les joueurs et leur demander des autographes. Lorsque je suis arrivé à Lyon, en tant qu’éducateur, et que j’ai franchi pour la première fois avec mon badge ce portail, ce fut un sentiment assez intense par rapport à tous les souvenirs de jeunesse.

Jeune, aviez-vous des modèles dans le football ?

Nous avons eu la chance de grandir avec des joueurs talentueux : Ronaldinho, Ronaldo, Del Piero, Beckham sont les premiers qui me viennent à l’esprit. Les années 90 ont été marquées par la suprématie du football italien, Baggio, Baresi, Maldini. Et puis la coupe du monde en 1998, j’avais alors 14 ans, Zidane, Deschamps, Barthez. Je pourrais vous citer des centaines de joueurs.

A l’époque les cartes de football Panini étaient à la mode et c’était notre passe-temps favori, après la pratique du football bien évidement. Après si je dois en ressortir un, je dirais Ronaldinho, il était imprévisible. J’attendais avec impatience les matchs du weekend pour observer le magicien. Enfin, je retiendrais David Beckham. C’est lui qui a commencé à faire cohabiter le sport et la mode. On essayait tous, à l’époque, de lui ressembler.

A quel niveau avez-vous joué au foot ? A quel poste ?

J’ai intégré le centre de formation de l’ASOA Valence (Drome) en U15 et j’y suis resté durant 5 années jusqu’en U18 nationaux. J’ai pris ensuite la direction du SO Chambéry (Savoie) pendant deux saisons qui évoluait en Division d’honneur, ensuite ce fut le CS Belley (Ain) en Honneur régional avant de signer à Aix FC (Savoie) en Honneur régional, couronné par une montée en Division d’honneur. Un parcours modeste de footballeur mais j’ai eu la chance de rencontrer des personnalités incroyables qui m’ont beaucoup inspiré. J’étais un joueur offensif et capable de m’adapter à plusieurs positions même si je préférais évoluer sur un côté. Je continue d’ailleurs à jouer à Ho Chi Minh Ville depuis maintenant 3 ans à l’Olympique de Saigon, une équipe d’expatriés français, dans un championnat amateur.

A quel moment, l’idée de travailler dans le sport et de devenir formateur fait-elle surface ?

Lorsque j’étais joueur, j’avais ce besoin de comprendre les choses pour pouvoir les appliquer. Pour moi, il fallait que les choses aient un sens. Alors je posais beaucoup de questions et je pense que pendant mes années de jeune footballeur, j’ai emmagasiné beaucoup d’idées, de connaissances, inconsciemment, sans savoir que cela me serait utile plus tard. Puis, quand j’ai eu l’opportunité de signer à Aix les bains avec un emploi au club à la clef, je n’ai pas hésité. C’est d’abord Dominique Antoine, à l’époque président du club, qui m’a offert cette opportunité, puis ensuite Franck Dunoyer, qui nous a aidé à pérenniser mon emploi. Tout a commencé ici. Cette passion pour la formation m’a donc très vite rattrapé et j’ai passé mes diplômes, petit à petit, entraîné toutes les catégories (des U7 aux seniors) pendant mes 6 saisons, en développement également une classe football à horaires aménagés. Rapidement, j’ai pris plus de plaisir à entraîner qu’à jouer.

Pendant mes années de jeune footballeur, j’ai emmagasiné beaucoup d’idées, de connaissances, inconsciemment, sans savoir que cela me serait utile plus tard.

Vous avez orienté vos études dans ce sens ? Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J’ai suivi un cursus commercial en obtenant le Baccalauréat économique et social puis ensuite en m’orientant sur un BTS action commerciale en alternance. J’ai travaillé 2 ans dans une entreprise de transport ce qui m’a permis de valider mon diplôme. En parallèle, avec cette passion pour le sport, nous avons créé et développé avec un ami, une marque de vêtement Sportswear. Cette belle aventure a duré 4 ans et nous a permis de vivre des expériences très fortes, en lien avec le football, puisque nous avions beaucoup de joueurs professionnels ambassadeurs de la marque. Mon parcours scolaire n’était pas forcement en lien avec le métier que je fais aujourd’hui mais si on y regarde de plus près, mes études m’ont beaucoup apporté notamment sur l’aspect managérial. Un élément désormais clef dans le football d’aujourd’hui.

FORMATEUR A L’OLYMPIQUE LYONNAIS

Vous débutez votre carrière de formateur à 22 ans au sein du Aix FC. Quelle idée du métier aviez-vous à cette époque ?

A cette époque j’avais uniquement mon modeste vécu de footballeur derrière moi comme expérience, mais j’ai eu la chance de côtoyer des entraîneurs incroyables qui m’ont transmis des valeurs fortes et j’ai pu me faire mon idée du métier d’entraîneur et surtout de la façon dont je souhaitais devenir entraîneur. Jean-Robert Faucher, Manu Ferez, Frédéric Pons, Michel Poinsignion sont autant d’entraîneurs qui ont eu une importance capitale pour mon développement. Au départ on ne se doute pas de toutes les compétences qu’il faut pour devenir un entraîneur. On le découvre au contact des joueurs, c’est eux qui nous font grandir.

Julien NEGRI et Marc BATTA – Source [6]

Dans quelles circonstances rejoignez-vous l’OL en 2013 ?

Lors de la saison 2012/2013, étant en charge de l’équipe seniors réserve d’Aix FC je me décide à passer le diplôme du brevet d’état. Lors de cette année de formation j’ai eu la chance de partager cette aventure humaine incroyable avec des formateurs de l’Olympique Lyonnais. A la fin de la saison et le diplôme en poche, un poste d’éducateur U12 était libre et j’ai eu cette proposition de Jean-François Vulliez et Jean-Yves Ogier.

On imagine qu’entre Aix FC et l’OL, l’environnement est très différent. Qu’est ce qui diffère au quotidien dans ce changement de poste ?

La différence se fait dans la manière d’appréhender les choses, d’un côté, le football amateur ou même si la compétition est de rigueur, les familles souhaitent que les enfants s’amusent, le football est avant tout un loisir. A l’OL l’enjeu est différent, car même dès le plus jeune âge les familles envisagent déjà un plan de carrière pour leurs enfants. Les joueurs ont déjà le souhait de devenir joueurs professionnels. De ce fait, aucun détail ne doit être laissé au hasard. Nous sommes là pour éduquer les enfants bien sûr, mais aussi pour les accompagner à rejoindre le plus haut niveau.

Des modèles vous ont-ils inspiré dans ce métier ?

On invente que très rarement des choses au football. L’idée est de s’inspirer et d’être capable de se créer sa propre vision et sa manière de voir le football. Nous sommes en quelque sorte des chercheurs ; il faut savoir évoluer et savoir s’adapter constamment. En ce sens j’essaie au maximum de m’ouvrir, d’échanger, de me documenter sur les différentes méthodologies développées par les entraîneurs. Je regarde avec admiration la façon dont Pep Guardiola est capable de transmettre ses idées à ses joueurs, surtout sur le jeu de possession. Nous avons tous des bonnes idées, le plus compliqué, est d’arriver à les transmettre, c’est un art. Je pourrais également citer Jean-Claude Suaudeau, avec son jeu en mouvement et Arsène Wenger et son incroyable longévité à Arsenal. Il y a ensuite la manière de gérer les hommes, l’inspiration vient des grands managers comme José Mourinho, Carlos Ancelotti ou encore Claude Onesta (handball).

Alors même si parfois les méthodes peuvent être controversées, chaque comportement, chaque décision, chaque mot a un but bien précis. J’ai également beaucoup appris lors de la période avec Rémi Garde. Le modèle économique avait évolué à l’OL, il a fallu lancer des jeunes, les accompagner vers le haut niveau. La transition était parfaite avec le travail des éducateurs des catégories jeunes. C’est ce qui fait l’essence de notre métier, transmettre, accompagner, former. J’ai également eu la chance de partager une saison avec Alain Fiard lorsqu’il était en charge de l’équipe professionnelle d’Ho Chi Minh FC. Nous habitions le même quartier et avons partagé de nombreuses soirées à discuter indéfiniment de football. J’ai énormément appris grâce à son expérience, son humilité et sa faculté de transmettre aux joueurs des choses parfois compliquées avec simplicité. Nous sommes d’ailleurs toujours en contact régulièrement.

Quelle était votre fonction et les jeunes que vous aviez en charge ?

Avant de rejoindre le Vietnam, lors de mes trois premières saisons à l’Olympique Lyonnais, je travaillais en tant qu’éducateur sur plusieurs catégories, entre U10, U11 et U12. J’ai également eu la chance de dispenser avec Nicolas Munda des formations d’entraîneur en interne. Dans le projet de reconversion des joueurs/joueuses, ils doivent suivre lors de la signature de leur premier contrat professionnel les premières formations d’entraîneur. Une expérience très enrichissante. En parallèle j’étais également l’entraîneur de l’équipe seniors réserve d’Ain sud football. Des semaines et des week-ends très remplis.

L’OL est reconnu pour son centre de formation, le meilleur en France et un des meilleurs en Europe. Quel est selon vous le secret de cette réussite ?

L’OL a réussi à combiner une excellente cellule de recrutement et une méthodologie spécifique de formation. Grâce à cela les recruteurs ont accompli et accomplissent un travail de fourmi pour repérer les éléments qui correspondent parfaitement à la philosophie de travail et aux valeurs de l’Olympique Lyonnais. Le secret est également de former des joueurs de football mais également des hommes, avec des valeurs fortes. « Humilité, engagement et excellence », sont celles affichées en lettres géantes sur la façade de l’OL Academy à Meyzieu. Il faut également être capable de se projeter et imaginer ce que sera le football dans les années à venir et anticiper les outils qui seront nécessaires au joueur pour répondre au football de haut niveau. Un travail « innovant » sur le mental est par exemple mis en place avec la cellule optimisation de la performance. Rien n’est laissé au hasard. L’objectif est de former des joueurs capables de s’adapter, et ne pas être figé dans une philosophie ou un système de jeu. On peut observer la manière dont nos joueurs issus du centre de formation sont capables de s’imposer dans les plus grands championnats. Benzema au Real, Umtiti à Barcelone, Tolisso au Bayern, Lacazette à Arsenal. A Lyon, l’ADN de formation est très fort, tout le monde se retrouve autour d’un projet, pour accompagner les joueurs à devenir des champions.

L’OL a réussi à combiner une excellente cellule de recrutement et une méthodologie spécifique de formation.

Quels sont les critères pour intégrer le centre de formation de l’OL ?

Aujourd’hui le football a énormément évolué, le joueur doit être complet athlétiquement, dans sa maitrise des appuis et de la coordination. Il doit également avoir une grande intelligence de jeu et de perception. Ce qui fait désormais la différence, c’est la capacité à prendre vite une décision et surtout à trouver la bonne solution, avec bien entendu un bagage technique conséquent. Tout va beaucoup plus vite désormais dans le football. L’OL s’attache également à l’éducation et à la transmission de valeurs Dans un sport de plus en plus individualiste, il faut que le joueur soit capable de s’intégrer dans un collectif, ce qui va lui permettre de donner le meilleur pour l’équipe et de progresser individuellement et collectivement. Il faut également être capable d’observer la marge de progression du joueur. Certains jeunes ont besoin de temps pour arriver à maturité et Lyon a cette capacité à repérer ces joueurs et surtout leur donner le temps qu’il faut pour progresser. Ce qui est rare dans un milieu où tout doit aller très vite.

Quels sont vos principaux interlocuteurs au sein du club quand on est formateur à l’OL ?

Je suis en lien direct avec Jean-François Vulliez (Directeur d’OL Academy) ; nous réalisons des points de passage assez régulièrement. Lors de mes retours en France, j’essaie également de rendre visite aux collègues à l’académie. Au niveau administratif et à la coordination du partenariat, je travaille en étroite collaboration avec Clément Michon, notre responsable des relations internationales et également Vincent Ponsot (DG Adjoint) pour valider certains points de passage.

En U10, U11, quelles sont les consignes et méthodes de formation ?

Il faut laisser une grande liberté au joueur en termes de créativité. L’idée est de développer un jeu offensif, un jeu vers l’avant, avec la possession du ballon. Le joueur doit être capable de s’exprimer à l’aide de ses partenaires, grâce au jeu combiné, au jeu a plusieurs. A cet âge-là, on joue au football pour prendre du plaisir et le plaisir c’est le but.

Entre les U10, U11, U12… les méthodes d’entraînement et de formation sont-elles les mêmes selon l’âge ?

L’idée générale reste la même, ensuite nous adaptons les contenus en fonction de l’âge et du développement morphologique de chaque enfant. Des étapes importantes sont à respecter dans l’évolution, surtout chez les jeunes joueurs, et leur capacité à traiter les informations.

Définiriez-vous votre activité comme partie intégrante du football amateur ou déjà dans une démarche pré professionnelle ?

Je dirais que nous devons nous situer entre les deux. L’objectif est d’accompagner les jeunes joueurs à devenir footballeur de haut niveau mais en même temps de garder à l’esprit que pour s’épanouir, la notion de plaisir est essentielle.

Comment faire converger des jeunes joueurs dans un projet collectif, dans un sport de plus en plus individualisé par les statistiques, et autres récompenses individuelles ?

La solution se trouve toujours à l’intérieur du groupe. La performance individuelle passe avant tout par la performance de l’équipe. Je serais bon, si l’équipe est bonne. En ce sens, je dois aider mes coéquipiers à être meilleurs et je serai donc moi-même meilleur. Ensuite il faut également que des valeurs fortes en termes d’éducation soient au centre du projet sportif. Nous devons répondre aux besoins individuels des joueurs mais aussi aux besoins collectifs. Chaque joueur doit être en mesure d’exprimer son potentiel et de trouver sa place au sein du collectif. C’est une question d’équilibre.

On entend souvent que « Seule la victoire est belle » ou que « l’histoire ne retient que les gagnants ». Cette devise n’a-t-elle pas trop pénétré la formation française à une époque en focalisant les jeunes à la victoire, et en oubliant parfois le plaisir ?

Je pense que les deux peuvent cohabiter, plaisir et rigueur, plaisir et compétition. Un sportif a également besoin de rigueur pour éprouver du plaisir. Ensuite tout dépend du modèle de formation que vous souhaitez mettre en place. Si l’idée est de former des joueurs professionnels, vous ne devez pas uniquement vous focaliser sur le résultat et la victoire. Il faut accompagner nos jeunes, les former à gagner en jouant. La victoire n’est pas le plus important, le plus important c’est le chemin qui amène à la victoire. Et si ce chemin est bon, automatiquement il amènera à la victoire.

Julien NEGRI et Alain FIARD – Source [14]

Thierry Guillou, formateur et auteur du livre Football et formation, une certaine idée de jeu, nous disait remettre le plaisir au centre du terrain en déclarant que « Le football est un JEU et pour jouer il faut une certaine liberté. La liberté est source de plaisir et d’apprentissage. Et l’erreur fait partie intégrante du processus d’apprentissage. » ? Le rejoignez-vous sur ce sujet ?

Le terme de liberté est assez vague, chaque joueur n’est pas « libre » de faire ce qu’il veut sur le terrain, il doit répondre à des problèmes de jeu posé par l’adversaire et les résoudre avec ses coéquipiers. Il y a énormément d’interactions. Chaque joueur dépend de sa propre ligne, en interaction avec la ligne de joueurs devant ou derrière lui. J’utiliserais plutôt le terme de créativité à la place de liberté. Il faut des joueurs créatifs. Chacun a une mission et dans sa mission, il doit faire preuve de créativité pour surprendre l’adversaire.

En ce qui concerne l’erreur, je suis totalement d’accord. Nous sommes là pour accompagner les joueurs et non les guider. Le joueur doit apprendre par lui-même, l’éducateur est uniquement là pour lui donner des repères. La créativité est essentielle au développement du joueur. Dans la vie, les expériences difficiles, douloureuses, les erreurs, nous permettent de mûrir. Au football c’est la même chose, et les joueurs qui ont cette capacité d’auto-analyse, de remise en question, deviennent matures beaucoup plus vite. C’est ce qui leur permet d’atteindre le plus haut niveau rapidement.

Les joueurs qui ont cette capacité d’auto-analyse, de remise en question, deviennent matures beaucoup plus vite.

Entre plaisir et résultats sportifs… Comment trouver le juste milieu dans le processus de formation ?

L’Olympique Lyonnais s’engage avec les jeunes dans une formation à long terme. Chez les tous jeunes, le résultat n’est pas au centre des préoccupations. L’idée est d’accompagner le joueur au plus haut niveau. Souvent, en accentuant le travail avec l’objectif d’avoir des résultats, on ne peut qu’oublier certaines étapes importantes dans la formation du joueur. L’objectif principal est d’accompagner le joueur à signer son premier contrat professionnel à Lyon. Lorsqu’il arrive vers 18 ans, sa formation doit être complète. Il faut en parallèle développer l’aspect mental chez le joueur, l’aider à développer une attitude de gagnant, qui ne va pas influencer négativement sur la performance de l’équipe et la progression du joueur. Pour résumer, détester la défaite mais être capable de l’accepter. Les joueurs doivent être prêts mentalement car le palier entre l’équipe réserve et la Ligue 1 est assez important.

Lors d’un entretien avec Anthony Rimasson, éducateur passé par Brest, Rennes et le Benfica, celui-ci nous expliquait que « Les meilleurs formateurs ne restent pas en bas de l’échelle car les clubs paient plus les formateurs du haut de la pyramide, tout simplement. Il faudrait valoriser convenablement les formateurs de la base, au même titre que ceux du haut de l’échelle et ainsi chacun serait à sa place et non à la place qui le fait mieux vivre. ». Partagez-vous ce sentiment ?

Je pense qu’il y a plusieurs façons de voir les choses. Il faut faire la différence entre éducateurs et entraîneurs, ce sont deux choses différentes, même si un entraîneur restera toujours un éducateur. Certains vont avoir les qualités pédagogiques pour travailler à l’école de football avec les plus jeunes joueurs. D’autres vont se retrouver davantage sur un système plus axé sur la compétition et le centre de formation. Après l’équipe professionnelle, il est certain que l’équipe réserve, les U19 et les U17 seront plus mis en lumière que les autres catégories. Mais un joueur avant d’arriver ici, passe dans les mains de nombreux éducateurs, qui le façonnent, l’accompagnent, et sans des éducateurs de qualité dès le plus jeune âge, il est difficile d’accompagner un joueur si loin. Et la clef du succès pour un club professionnel, en matière de formation, c’est la stabilité de l’encadrement. Je rajouterais que le joueur, avant d’arriver en club professionnel, commence à jouer au football dans un club amateur, et cette période est très importante, car c’est l’âge d’or pour les enfants, le moment où ils sont de véritables éponges.

Très souvent, le premier éducateur, c’est celui qui transmet cette passion et cette motivation pour le football. Je pense effectivement que des moyens supplémentaires doivent être mis à disposition des clubs amateurs, pour les accompagner et les aider encore plus à former les éducateurs.

N’y a-t-il pas une course à la jeunesse, notamment dans la détection, l’éclosion des jeunes et le transfert des jeunes ? Quand on voit que l’éclosion des joueurs se faisaient certainement plus tard dans le passé (Exemple : la signature de Zidane à la Juventus à 24 ans) ? En tant que formateur, qu’est ce que ça vous inspire ?

Cela est très préoccupant car souvent des joueurs avec un bon potentiel au départ n’arrivent pas au plus haut niveau car ils ne sont pas accompagnés avec les bonnes intentions. Le parcours de formation d’un jeune joueur est très long et périlleux. Aujourd’hui, le joueur est souvent impatient, il veut tout, trop vite. A Lyon, l’objectif est de proposer un projet pédagogique complet pour accompagner le joueur au plus haut niveau. Et on peut observer que les joueurs qui ont su être patients, qui se sont parfaitement intégrés dans ce projet pédagogique, ont pu intégrer le groupe professionnel, comme Houssem Aouar, ou plus récemment Maxence Caqueret et Rayan Cherki.

Julien NEGRI – Source [15]

DIRECTEUR DE l’OL ACADÉMIE AU VIETNAM

Vous occupez aujourd’hui le rôle de directeur de l’OL Académie au Vietnam. Comment est née cette opportunité ?

Au départ, c’est le lien entre la ville d’Ho Chi Minh et la ville de Lyon qui a permis le rapprochement sportif. Lors de la présence de membres du gouvernement du Vietnam à Lyon, l’Olympique Lyonnais a eu l’opportunité d‘exposer son savoir-faire en matière de formation. L’idée a séduit Monsieur Tu, président de la fédération de football d’Ho Chi Minh Ville. Tout s’est enchaîné très vite après cela.

Quel est l’objectif d’un club comme l’OL dans ce type d’installation ? Pourquoi le choix s’est porté sur le Vietnam et cette ville en particulier ?

Le Vietnam est un pays avec une forte croissance économique, les habitants sont passionnés par le football. C’est un pays sur lequel il faudra compter dans l’avenir sur la scène du football asiatique. L’OL aura été un des premiers clubs à s’installer au Vietnam. L’idée c’est de transmettre notre savoir-faire en matière de formation et également de développer notre image à l’international. Ensuite, pourquoi pas dans le futur intégrer des jeunes Vietnamiens. Pour rejoindre la France, un joueur d’une autre confédération doit être majeur et jusqu’à présent il était difficile pour un vietnamien de rejoindre l’Europe à 18 ans du fait du manque de formation. Avec notre académie, les joueurs bénéficient ainsi de la même formation qu’en France et peuvent à force de travail et détermination aspirer à atteindre leurs objectifs.

Qu’est ce qui vous a séduit à l’idée de rejoindre l’académie en tant que directeur technique ?

Représenter son club de cœur à l’international est une fierté, et puis le projet sportif était extrêmement intéressant. On peut également ajouter l’aspect culturel, cette ouverture sur la culture Asiatique, est une expérience humaine que je conseille vivement. On en sort grandi avec une incroyable ouverture d’esprit et une meilleure connaissance de soi. Au niveau sportif, l’idée de suivre une génération pendant 4 années était un challenge motivant. Avec beaucoup d’avantages comme avoir le temps d’apprendre à connaitre parfaitement ses joueurs et les accompagner dans leur progression, avoir le temps de mettre un projet de jeu en place. Mais il faut rester vigilant à ce que les joueurs ne soient pas formatés à une philosophie unique. On veut former des joueurs capables de s’adapter, ce qui implique d’être capable de changer de système de jeu par exemple. Et puis il faut également que son discours soit toujours aussi motivant pour les joueurs et surtout continuer à les inspirer de la meilleure des manières dans le temps. Il faut également faire preuve de créativité pour que les joueurs n’éprouvent aucune lassitude aux entraînements. Ce sont des choses différentes de ce que j’ai pu connaître avant où nous travaillions seulement sur une saison, voire deux, avec une génération. J’ai été séduit par cette triple mission : éducateur, formateur et manager.

Représenter son club de cœur à l’international est une fierté,

Que représente le football là où le Da Cau, le Volley et le Badminton sont sports nationaux au Vietnam ?

Le football reste le sport le plus populaire au Vietnam., Ici quel que soit son niveau de pratique, tout le monde joue. La ville d’Ho Chi Minh regorge de terrains de football synthétiques. Les terrains sont occupés toute la journée, partagés en 5vs5 ou encore 8vs8. Ici le fonctionnement est différent. On loue les terrains pour y organiser des matchs. Il y a une ferveur incroyable pour le football et surtout l’équipe nationale. Lorsque celle-ci joue, la ville est paralysée et chacun se retrouve dans la rue pour regarder les matchs sur des écrans géants. C’est un moment de communion incroyable.

Les Vietnamiens regardent-ils le football, et le football européen en particulier ?

La Premier League est le championnat le plus suivi ici et Manchester United, le club phare. Tout a commencé en 1999 avec le triplé historique de MU, qui coïncide aussi avec la période où le championnat national Anglais a été diffusé au Vietnam, le tout premier à être diffusé ici. Alors les Vietnamiens se sont pris de passion pour le MU de Sir Alex Ferguson et 20 ans après, c’est toujours d’actualité. J’ai également vécu une partie de la dernière coupe du monde ici, et tous les Vietnamiens était derrière la France. On ressent un véritable amour des Vietnamiens pour la France. Les anciennes générations parlent d’ailleurs plutôt bien français ici.

Quelle est l’image de l’OL au Vietnam ?

La Ligue 1 est de plus en plus populaire au Vietnam. Depuis maintenant 2 ans, des matchs de Ligue 1 sont régulièrement diffusés au Vietnam. Il y a également des émissions qui résument les rencontres du weekend. Sans oublier qu’une forte histoire lie la France et le Vietnam au niveau culturel, alors ici tout le monde connait Paris et Lyon et automatiquement les deux clubs de football. Avec l’arrivée de notre académie, cela a encore plus renforcé la passion de certains fans pour l’Olympique Lyonnais.

C’est un jeu totalement différent de ce que l’on peut observer en Europe. Ici c’est énormément de projection vers l’avant sans une grande culture tactique.

Comment jugez-vous le niveau du football vietnamien ?

C’est un jeu totalement différent de ce que l’on peut observer en Europe. Ici c’est énormément de projection vers l’avant sans une grande culture tactique. C’est un football assez rapide et vif, grâce aux qualités intrinsèques des footballeurs vietnamiens, mais qui manquent réellement de discipline. Il n’y a pas de notion de bloc d’équipe par exemple.

Comment s’organise votre quotidien ?

Les principaux axes de travail sont la structuration de l’académie, la formation des éducateurs, la prise en charge de la génération 2005 et le suivi des différentes équipes. Il y a un très gros travail administratif à réaliser avec la création et le développement du projet sportif et structurel. De nombreuses réunions de travail d’équipe ont lieu. Il faut aussi assurer la traduction des documents en Vietnamien. Ensuite il y a la partie terrain. On est partis d’une feuille blanche, il a fallu tout créer et structurer, en s’adaptant bien entendu à l’histoire et à la culture et surtout à la connaissance des éducateurs sur place. Pour résumer, les matins sont consacrés aux réunions, sessions vidéos, l’administratif, la formation des éducateurs et les après-midis se passent sur le terrain. Nous avons également la possibilité depuis cette année de pouvoir doubler les séances certains jours de la semaine grâce à une nouvelle organisation du rythme scolaire. J’ai la chance d’être assisté par Minh, mon traducteur, qui m’accompagne au quotidien et qui me facilite grandement les choses.

Combien de joueurs sont aujourd’hui inscrits à l’Académie ?

Cette saison nous comptons 85 joueurs répartis entre les catégories U12 à U19.

Comment fonctionne le partenariat avec l’OL ? Quels sont les liens avec le club et la formation des éducateurs ?

Le lien avec l’Olympique Lyonnais est permanent. La volonté de l’OL dans le développement de partenariats à l’international est de transmettre son savoir-faire en matière de formation avec un ADN bien particulier à l’OL. C’est pour cela que l’international est en lien direct avec l’OL Academy en France. Je suis le seul français sur place, c’est aussi une volonté de la fédération de football d’Ho Chi Minh, qui souhaite qu’un maximum de personnes soient formées localement et ne se reposent pas uniquement sur les compétences des entraîneurs venus de l’OL. L’idée est d’évoluer en formant. Nous organisons également 2 fois par an des sessions de formation et de recrutement sur place en fonction des besoins. Deux collègues de l’OL viennent m’accompagner et dispenser des formations. C’est un moment d’échange important qui nous permet de faire le bilan sur l’évolution du partenariat au niveau sportif et de se fixer de nouveaux objectifs.

Au-delà des hommes, le développement du football vietnamien passe aussi par le développement des infrastructures. Comment jugez-vous le niveau des infrastructures ?

Même si le Vietnam est un pays en plein développement économique, seules quelques académies disposent d’infrastructures de qualité : PVF et Viettel dans le nord, JMG au centre et notre académie au Sud, depuis 6 mois avec l’inauguration de nos nouveaux terrains d’entraînement. C’est un réel point négatif car cela freine les équipes dans leur progression. La plupart du temps les terrains sont de mauvaise qualité et il est donc difficile d’y pratiquer un football d’intensité, de mettre de la vitesse dans les enchaînements.

Entre le Japon, la Corée du Sud. L’Asie est un formidable vivier pour développer le football sur le long terme. Quelles sont les échéances et les premiers résultats attendus ?

Le Vietnam a la volonté de se qualifier pour la coupe du monde 2026, en profitant du passage à 48 équipes. Pour cela un projet de travail a été développé en collaboration avec Philippe Troussier, directeur technique de l’académie PVF à Hanoï et la fédération nationale de football du Vietnam. Son objectif est de former une génération pour les accompagner jusqu’à cette coupe du monde. Ce serait un événement incroyable pour ce pays passionné de football.

Nous tenons à remercier chaleureusement Julien pour sa disponibilité et sa sympathie et lui souhaitons bonne chance dans la suite de ses projets.

Propos recueillis par The Wolfman

Source et références

[1] – Site twitter

[2] – Site wikipedia

[3] – Site Dicodusport

[4] – Site Tribuna

[5] – Site Colgadosporefutbol

[6] – Site Stefaninijournal 

[7] – Site Eurosport

[8] – Site Telegraph

[9] – Site Londonspeakerbureau

[10] – Site La grinta

[11] – Site Eurosport

[12] – Site Twitter

[13] – Site Leprogres

[14] – Site Nld

[15] – Site Twitter

[16] – Site Twitter

|17] – Site Stadito

[18] – Site Twitter

[19] – Site Twitter

[20] – Site Twitter

[21] – Site Twitter

|22]- Site Twitter

|23] – Site’ Twitter

|24] – Personnel Julien NEGRI

|25] – Site Twitter

|26] – Personnel Julien NEGRI

[27] – Personnel Julien NEGRI

[28] – Site news.zing

[29] – Photo à la UNE site OL