Pierre-Yves Bodineau
PY. BODINEAU – Source [1]

Après 4 ans à la tête de l’équipe féminine U19 du Paris-Saint-Germain, 4 finales consécutives et 2 titres consécutifs en championnat, Pierre-Yves BODINEAU occupe désormais le poste de responsable technique de la Paris-Saint-Germain Academy. C’est avec plaisir que nous avons pu nous entretenir avec lui, aborder son parcours, sa vision du métier et ses nouvelles responsabilités au sein du PSG.

DU TERRAIN A LA FORMATION

Avant de rentrer dans le vif du sujet de votre parcours, pouvez-vous revenir sur votre enfance, le contexte dans lequel vous avez grandi ?

Je suis né à Meudon (92) en décembre 1976. J’ai grandi essentiellement à Rueil-Malmaison (92), et plus tard à Fresnes (94). Je suis l’aîné d’une fratrie de 3 frères. Je passais tout mon temps à jouer et penser au football. C’est surtout grâce à ma maman que j’ai chopé le virus du football ; mon grand-père et mon oncle avaient joué à un certain niveau durant leur jeunesse.

Tout jeune, j’étais très investi dans ma passion du football.

Quels sont vos premiers souvenirs de football ?

Ma marraine m’a acheté toute la panoplie du footballeur à mes 5 ans. Aussi, tous les matins pendant les vacances, je me levais à 6h30 pour faire du mur contre la maison de mes grands-parents en Normandie. Quelques mois plus tard, mon oncle m’a emmené en semaine au Parc des Princes car il connaissait le gardien du stade à l’époque, Monsieur Pierre Gadoffre. Aussi, j’ai eu la chance exceptionnelle de jouer avec mon ballon quasiment tout l’après-midi, le long de la ligne de touche, et de prendre des photos avec ma tenue complète de l’Equipe de France. Inoubliable.

Étiez-vous supporter d’un club ?

Oui, j’ai toujours supporté le PSG. Sinon, je me souviens suivre assidûment l’équipe de France. On ne voyait quasiment que leurs matchs, en intégralité, à la télé à cette époque.

A quel niveau avez-vous joué au foot ? A quel poste ?

A mes 12 ans, le PSG m’a recruté en tant qu’attaquant. Finalement, je suis devenu défenseur central et joué au plus haut niveau en jeunes… Puis j’ai eu un accident de la route, qui a malheureusement freiné ma progression. J’ai joué jusqu’en CN2 avec le FC Bourges et CFA 2 avec le FC Versailles. Mais mon projet de devenir joueur professionnel étant compromis, je me suis investi davantage dans les études durant cette période.

Pierre-Yves BODINEAu – Source [2]

Jeune, aviez-vous des modèles dans le football ?

Michel Platini était un exemple. Avec Giresse, Jean Tigana, et Luis Fernandez (le carré magique), ils étaient nos idoles en Équipe de France. Beaucoup de grands meneurs de jeu de l’époque étaient des modèles durant ma jeunesse. Mais les joueurs qui m’ont réellement émerveillé étaient Diego Maradona, Zinedine Zidane et Georges Weah. J’ai également toujours adoré les brésiliens Romario, Raï, Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho

A mon poste, j’ai suivi particulièrement Alain Roche, Ricardo Gomes, puis Gabriel Heinze.

A quel moment, l’idée de travailler dans le sport est apparue ?

A mes 6 ans, ma mère m’a inscrit au club de Rueil (RAC à l’époque). A partir de là, je suis devenu complètement accro et obsédé pour faire du football mon métier. Je voulais absolument devenir joueur professionnel. Par contre, je n’ai jamais voulu devenir entraîneur. Mais lorsque j’ai découvert le métier, au club de Montrouge notamment, ce fût comme une révélation. J’ai tout de suite senti que c’était ma vocation.

Vous avez orienté vos études dans ce sens ? Pouvez-vous nous présenter votre parcours étudiant ?

Pas du tout… Au départ, avec le BAC ES en poche (95), je jouais à l’US CRÉTEIL et suivait également des études de droit. Mais j’ai totalement échoué dans ce double-projet à l’époque, tant au niveau scolaire que sportif. J’ai raté plusieurs fois mes examens et redoublé mes années de Fac. Du coup, fin 1998, je me suis orienté vers le métier d’éducateur. Je me suis complètement investi dans la fonction. J’ai eu la chance d’être bien accompagné et « drivé » par Daniel Ravaudet, le directeur technique de Montrouge à cette période. Et j’ai ainsi pu passer mes premiers diplômes très rapidement. J’ai obtenu mon brevet d’état en 2001.

Peu après, le CA PARIS (XIV) m’engageait en tant que responsable de son école de football et joueur senior.

J’ai eu la chance d’être bien accompagné et « drivé » par Daniel Ravaudet, le directeur technique de Montrouge

Quelles étaient vos fonctions ? 

Durant ces années, j’ai vraiment exercé tous types de fonction, encadré différents publics de différents niveaux et participé à diverses compétitions, des jeunes jusqu’aux seniors. Ce qui m’a réellement permis d’avoir une vision globale de toute la structuration, fonctionnement et organisation d’un club.

Finalement, à l’image de mon grand-père Pierre, maçon devenu promoteur immobilier, et de mon père Yves, clerc d’avocat devenu un conseil juridique reconnu, j’ai préféré la voie pratique à celle de la théorie pour me former et me construire professionnellement.

RESPONSABLE DE FORMATION ET ENTRAÎNEUR PRINCIPAL U19 FÉMININES DU PSG

Dans quelles circonstances rejoignez-vous le PSG en tant qu’entraîneur des féminines en 2010 ?

A l’époque, suite à des changements de direction dans les 2 clubs pour lesquels je travaillais en parallèle, je me suis retrouvé au chômage. Mais une opportunité s’est présentée pour intégrer la section féminine du PSG. Or, c’était l’occasion pour moi de revenir dans mon club formateur, avec un public différent et dans une section qu’il fallait professionnaliser. Je m’étais renseigné. L’idée de bâtir était un challenge, excitant et très intéressant à relever.

De quelle catégorie vous occupiez vous ?

J’ai été engagé en tant qu’adjoint sur l’équipe SENIORS DH (équipe réserve). Mais la FFF ayant crée le Challenge U19 tardivement, je suis devenu principal rapidement puisque mon collègue Julien Rigoux est alors passé coach principal des U19 nationaux. Nous avions un groupe d’entraînement commun U19/SENIORS très étoffé.

Quels sont les moyens dont dispose la section féminine du PSG par an ?

En 2011, dès que le nouveau propriétaire est arrivé, sa volonté fut de professionnaliser la section et de concurrencer rapidement les grands clubs français et européens. L’Association PSG n’avait pas non plus les moyens de supporter les coûts inhérents à cette équipe pro, qui venait de se qualifier pour la première fois en WCL (Ligue Des Championnes). Par conséquent, l’équipe pro, la réserve et les U19 ont été intégrées à la SASP et le budget a, au minimum, quintuplé.

Quels étaient vos principaux interlocuteurs ?

Camillo VAZ a beaucoup œuvré à cette époque pour développer la section, tant sportivement que structurellement. Il souhaitait que je m’occupe de la structuration et organisation de la préformation et formation au sein de la section, car nous étions très en retard par rapport à la Fédération, MHSC, OL et surtout Juvisy le concurrent local. Il m’a laissé carte blanche pour monter le projet d’une section sportive mixte dans un collège au cœur de Paris, la première étape.

Quelles ont été les étapes suivantes ?

Leonardo a engagé Farid Benstiti en 2012. Il est arrivé avec son expérience de Lyon où il avait déjà tout bâti. Il m’a donné la responsabilité des U19 nationaux et surtout la charge d’organiser, du mieux possible par rapport à nos moyens limités tant structurellement que financièrement, le recrutement, le suivi et la formation de nos jeunes athlètes. Et ainsi pérenniser le projet de préformation existant déjà à Paris. Farid n’a pas mis longtemps à se rendre compte du potentiel des jeunes joueuses de la région parisienne et savait que le futur du PSG pourrait s’écrire avec certaines de nos pépites. Que pour concurrencer OL, MHSC et Juvisy et recruter les meilleures joueuses françaises, qui avaient l’habitude de partir en pôles, il fallait passer à l’action.

Nous ne souhaitions plus n’être qu’un club d’accueil pour les joueuses de pôles. Les pôles sont très bien pour les joueuses issues de petits clubs mais ne correspondent plus aux besoins et fonctionnement des plus gros. Par conséquent, l’idée était réellement de devenir le meilleur centre de formation féminin, afin de pouvoir conserver nos meilleures joueuses au sein du club, plutôt qu’elles ne partent en pôle espoirs la semaine pour ne jouer avec le club que le week-end seulement. Et, à Paris, nous avons réussi à leur proposer un cadre de formation plus favorable pour leur épanouissement qu’en pôle.

Quelle était votre fonction et les jeunes que vous aviez en charge ? Quels sont les joueuses qui vous ont particulièrement marqué ?

Au Paris Saint-Germain, j’ai occupé pendant 4 saisons la fonction de responsable de la formation, en charge du groupe U19 national ( soit un groupe de 26 à 30 joueuses, de 15 à 18 ans (4 années d’âge). J’ai ainsi encadré beaucoup de joueuses, toutes très particulières et qui me laissent toutes sincèrement un souvenir impérissable !

Il est difficile d’isoler certains profils plutôt que d’autres mais, par rapport à celles qui sont aujourd’hui sur le devant de la scène, je parlerai de joueuses les plus célèbres comme Ouleye Sarr, Hawa Cissoko, Grace Geyoro, Marie Katoto, Perle Morroni, Anissa Lahmari, Sandy Baltimore, Lina Boussaha, Sana Daoudi. Car, j’ai encadré au moins durant trois saisons chacune de ces joueuses et j’étais persuadé, dès le début, de leurs capacités à atteindre le haut niveau. Et il y en a beaucoup d’autres qui vont suivre je l’espère !

Pierre-Yves BODINEAU
Pierre-Yves BODINEAU – Source [8]
La réussite de la coupe du monde féminine en France a mis en avant le foot féminin. Que représentait-il à l’époque ?

Avant la coupe du monde 2011, le football pratiqué par les filles n’était pas du tout en vogue. Les filles qui faisaient du foot étaient encore des extraterrestres et très peu de personnes s’intéressait réellement à ce football. Beaucoup de légendes, mythes et clichés perduraient autour de la vie des footballeuses. Et personnellement, pour être totalement honnête, je ne connaissais pas bien ce public et je ne crois pas que je m’y serai intéressé davantage si je n’avais pas eu cette opportunité dans mon club de cœur. Mais plus on s’intéresse aux filles, mieux on les connaît, et on se rend compte de leur altruisme, attention et volonté de progresser naturelle : tous les ingrédients pour produire jeu associatif.

Comment jugez-vous la prestation de l’équipe de France dans ce mondial ?

Décevante car, premièrement, par rapport à notre parcours, nous n’avons réalisé que le strict minimum finalement. Aussi, la qualité du football pratiqué était encore trop insuffisante. Mais surtout, dans un second temps, durant ce mondial on a pu constater que notre « avance », en matière de formation, se réduisait par rapport aux autres nations qui ont effectué des progrès considérables à tous les niveaux (Angleterre, Italie notamment). C’est là que le bas blesse…

Heureusement, la sélection U19 vient de nous proposer une toute autre partition et procurer du baume au cœur.

Notre avance en matière de formation, se réduit par rapport aux autres nations qui ont effectué des progrès considérables à tous les niveaux. C’est là que le bas blesse…

Sandrine Mathivet, ancienne joueuse de Juvisy déclarait en 2011 : « certaines jeunes filles n’osent pas encore venir au football à cause de l’image de « garçon manqué » qui leur sera attribuée ». Partagez-vous ce sentiment ? Cette vision a-t-elle évoluée depuis ?

Je pense que désormais ce temps est révolu. Bien qu’il existera toujours des petites filles un peu « casse-cou », grâce à la forte médiatisation actuelle des joueuses, mais surtout au travail de « féminisation » du football des filles réalisé en amont, cette vision « clichée » et rétrograde semble avoir considérablement évoluée.

Le football des filles est aujourd’hui beaucoup plus esthétique qu’il y a peu. Pour attirer davantage de monde à découvrir et apprécier la pratique, nous avons dû « féminiser » le football des filles au début des années 2010. Les filles sont toutes plus féminines, jolies, coiffées et apprêtées…

Mais, aujourd’hui, bien que ce « progrès » soit visible, dans le même temps, l’équipe des USA championne du monde, vient simultanément de nous montrer son avance et donner une leçon : avec des sportives aux looks, sexualités, couleurs et confessions différents, c’est l’équipe la plus mixte, éclectique, tolérante et exemplaire du monde. La totale libération de la footballeuse, ce sera la prochaine étape en France et en Europe, je pense.

Pierre-Yves bodineau - Crédit Giovanni Pablo. Lesfeminines.fr
Pierre-Yves BODINEAU – Source [8]

Tous les acteurs du football féminin militent aujourd’hui pour une meilleure médiatisation de leur sport, synonyme de plus de licenciées et de sponsors. La médiatisation du sport et l’argent ne risque-elle pas de polluer ce sport ?

Pour le moment, il n’y a toujours pas assez de moyens alloués au football ni au sport féminin en général. On ne peut pas se plaindre dans le football, comparé aux autres disciplines, car ce sport est sur-médiatisé. Les meilleures joueuses actuelles sont bien mieux loties qu’il y a 4 ans.

Ce qui me gêne davantage, c’est l’hypocrisie de certains discours. Les présidents, directeurs sportifs et coachs réclament souvent plus de moyens et que les joueuses soient davantage considérées, parlent de mettre des moyens pour former leurs staffs et joueuses, pour les soigner et les véhiculer, mais qui, dans les faits, se contentent bien souvent de laisser les joueuses dans une situation précaire au sein de leur club, notamment les plus jeunes, à la limite du tolérable. Ceci engendre beaucoup d’échecs, abandons et autres problèmes annexes. Aujourd’hui, on imagine pas ne pas proposer de contrat à un jeune joueur, ne serait-ce que pour le protéger et le valoriser. Cela participe également au développement de son autonomie. Si en plus ce joueur vient d’un milieu défavorisé, comment pourrait-il véritablement s’épanouir si le club ne fait que l’exploiter ?

Être footballeur professionnel demande beaucoup d’investissement et de discipline : C’est un travail qui doit rester une passion pour être bien exécuté. Or, je connais trop de joueuses talentueuses qui ont perdu la flamme car leur « retour sur investissement » était totalement déséquilibré. Je pense que le temps de créer une ligue professionnelle est venu. Les athlètes filles méritent les mêmes conditions que les garçons et les clubs devraient suivre la même charte concernant l’encadrement des jeunes en formation.

Les présidents, directeurs sportifs et coachs réclament souvent plus de moyens et que les joueuses soient davantage considérées mais dans les faits, se contentent bien souvent de laisser les joueuses dans une situation précaire.

Que dites-vous à ceux qui comparent le foot féminin et le football masculin ?

Qu’il n’existe qu’un seul football : Jusqu’à aujourd’hui, lorsque on parle de « football féminin », j’ai l’impression que l’on parle d’un football au rabais. Si c’est le cas, je connais beaucoup d’équipes masculines qui pratiquent du « football féminin ».

La compétition peut être féminine ou masculine mais le football (et son enseignement) est le même pour tous.

Beaucoup d’acteurs du football féminin aimeraient qu’on ne compare pas le foot féminin et masculin mais regrettent toutefois les différences de salaires, les affluences. N’est ce pas paradoxal ?

Idem…On peut tout comparer entre filles et garçons (la gestion du vestiaire, les conditions, le salaire, le niveau de jeu, les compétences et capacités, le nombre de spectateurs,…) mais le football et ses principes de jeu sont les mêmes pour tous.

Pierre-Yves BODINEAU
Pierre-Yves BODINEAU – Source [8]

Si on se prête au jeu des différences entre le foot masculin et féminin, quelles seraient selon vous les différences majeures d’un point de vue du jeu ?

Comme les filles progressent très vite, il y en a de moins en moins de différences. Ils restent quelques points inhérents aux différences de puissance mais également de mentalité entre les filles et les garçons. On verra généralement moins d’exploits individuels mais davantage de collaboration.

Le poste de gardien de but ne serait-il pas celui qui souffre le plus de la comparaison avec le football masculin ? Que faire pour améliorer les choses ?

Oui, même si celles de la dernière Coupe du Monde nous ont plutôt rassuré. Les gardiennes n’ont réalisé que très peu d’erreurs et n’ont pas fait de grosses bourdes. Les staffs ne négligent plus désormais ce poste (le joueur le plus important pour moi dans l’équipe). Désormais, toutes les gardiennes suivent des entraînements spécifiques, avec des coachs de plus en plus qualifiés. Accentuer les travaux de détection, initiation, perfectionnement et formation reste forcément la clé. Mais la mise en avant d’une gardienne sur la scène médiatique serait évidemment un plus considérable, afin que les jeunes filles puissent s’identifier et se projeter.

Pourrait-on envisager des modifications dans le football féminin, à l’image de ce qui se fait en Tennis (En Grand Chelem, les matchs se jouent en 2 sets gagnants pour les femmes, 3 sets gagnants chez les hommes) ? Seriez-vous favorable à une modification du football pour les femmes : 2 mi-temps de 35 minutes par exemple, une diminution de la taille des cages par exemple ?

Au tout début de mon expérience avec les filles, j’ai eu ce genre de réflexions. C’était finalement un réflexe masculin primaire de vouloir protéger les filles de leurs soi-disant défaillances physiques et lacunes techniques, par rapport aux nombreux clichés et quolibets de l’époque. Mais j’ai très très vite compris que les filles ont une sainte horreur d’être sous-estimées ou pire encore, d’être prises pour des incapables.

Plutôt que chercher des excuses, j’ai préféré trouver des solutions pour qu’elles jouent mieux. Du coup, je ne suis clairement pas favorable à une modification des règles, spécifiquement pour les filles.

Pierre-Yves BODINEAU – Source [10]

La gestion d’un groupe de femmes est-elle identique à la gestion d’un groupe d’homme ? Comment sont préparés les éducateurs par rapport à ça ?

Ils existent les mêmes différences dans la vie entre les filles et les garçons qu’entre les footballeurs et footballeuses. Elles ont besoin de mieux comprendre, d’être davantage rassurées, d’avoir plus de confiance que les garçons.

Elles sont plus à l’écoute mais interprètent davantage vos conseils, remarques ou critiques. Il faudra faire davantage attention en tant que coach à son vocabulaire, son ton et bien choisir ses mots face aux filles. Entre elles, elles sont plus chipies, sournoises mais paradoxalement, face à l’adversité ou la difficulté, bien plus solidaires que les garçons. Elles ont des attentes, objectifs et problèmes différents dans tous les domaines…

Je ne crois pas que la fédération, lors des formations qu’elle organise, prépare spécifiquement les coachs à cette problématique. On aborde juste la connaissance théorique des différents publics dans les formations. Et on parle souvent davantage des garçons que des filles…

En échangeant avec Eric Duprat, ancien entraîneur de Juvisy, celui-ci déclarait que « L’effectif d’une équipe féminine est souvent constitué d’un mélange de femmes hétéros et de femmes à « sexualité inversée » comme les nomme joliment Christine Menesson dans son ouvrage, ou femmes homosexuelles. On les appelle souvent avec un raccourci macho les garçons manqués. C’est un sujet qui fâche et qui est difficile d’aborder. J’ai moi-même essayé d’avoir un discours franc et clair à ce sujet, mais je ne suis pas sûr d’avoir été compris. La gestion de tout ce petit monde n’est pas facile, certains clubs féminins en sont morts. Pour être performant dans un sport individuel, la sexualité de chacun(e) pose moins de problèmes. Dans un sport collectif, cela entre en ligne de compte dans le réseau de relations qui se construit entre les joueuses, voire dirigeantes. Une bonne dynamique est bénéfique au groupe, des tensions liées aux aspects affectifs vous minent un groupe. C’est un risque majeur lorsqu’on entraîne une équipe féminine. Je n’ai pas été confronté à des problèmes semblables dans le football masculin et je n’ai jamais entendu un éducateur ou un entraîneur en parler. ». Qu’est ce que ça vous inspire ?

C’est un sujet inévitable dans les sports collectifs féminins. Et quand vous n’êtes pas préparés à cela, ça peut être dramatique. Monsieur Duprat a raison lorsqu’il explique que cela peut miner un groupe. Par conséquent, il faut absolument se prémunir de tous ses problèmes dès la première prise en main de son groupe, en fixant des règles très strictes dans la vie de groupe, surtout avec des adolescentes. Par exemple, je ne pouvais aucunement les interdire de tomber amoureuse entre coéquipières, ni d’avoir des pulsions car c’est impossible et contre-nature… Mais en revanche, il était défendu qu’elles le montrent, ni même le laissent deviner, durant les moments de vie en collectivité.

J’ai souvent dû faire prendre conscience aux joueuses concernées de l’intérêt pour elles de se protéger par rapport à ça et, par la même occasion, d’éviter de nuire au groupe entier. Tout comme pour les opinions politiques ou les religions, lorsque tu viens au football, c’est l’intérêt du groupe qui prime. Et il est nécessaire pour ne penser qu’au football que votre groupe soit apolitique, athé et asexué. Après, lors de ses moments intimes, chacun est libre de faire ce qu’il lui plaît.

Il est nécessaire, pour ne penser qu’au football, que votre groupe soit apolitique, athé et asexué. Après, lors de ses moments intimes, chacun est libre de faire ce qu’il lui plaît.

Anthony METTE, avec qui nous avions échangé sur le sujet, regrettait l’image véhiculée par les médias (football vendu comme plus élégant, moins violent, plus poli et sympathique), selon lui très loin de la réalité1. Êtes vous en accord ?

Oui c’est une réalité. Les médias ont raison lorsqu’ils disent qu’elles contestent moins les décisions et discutent moins avec l’adversaire mais se trompent quant à la violence dans les duels, les simulations ou encore la dominante technique par rapport au physique dans le jeu. Ce n’est jamais bon de généraliser.

Ce sera certainement de moins en moins le cas très vite, car il ne faut pas oublier que l’on retrouve, de plus en plus, les mêmes éducateurs chez les filles que chez les garçons. Ainsi, il est nécessaire que la formation des coachs évolue considérablement pour que les mauvaises habitudes du football disparaissent dans son ensemble.

Comment faire converger des jeunes joueurs dans un projet collectif, dans un sport de plus en plus individualisé par les statistiques, et autres récompenses individuelles ?

C’est véritablement tout le boulot du coach…Il faut systématiquement lier la réussite des différents objectifs individuels, définis et redéfinis tout au long de la période de formation, aux objectifs collectifs.

Définir, tout d’abord, un projet de vie du groupe est primordial. Le mieux est d’ailleurs de le définir tous ensemble, staff et joueurs :

  • Toujours défendre le club, puis le groupe avant le joueur, concernant la gestion de groupe, en interne. En entretien individuel avec le joueur, en revanche, faire le contraire.
  • (Tenter de) porter la même attention à chacun de ses joueurs, surtout ceux qui ne jouent pas, sont blessés ou même sanctionnés.
  • Travailler quotidiennement, au niveau de l’organisation et animation des séances, en fonction de son projet de vie et selon un modèle de jeu bien défini, est la seule issue.
Pierre-Yves BODINEAU – Source [11]

On entend souvent que « Seule la victoire est belle » ou que « l’histoire ne retient que les gagnants ». Cette devise n’a-t-elle pas trop pénétrée la formation française à une époque en focalisant les jeunes à la victoire, et en oubliant parfois le plaisir ?

Oui mais ce message a clairement changé depuis une quinzaine d’année. Je ne serais pas aussi radical. Mais si on ne peut reprocher à la formation française de savoir créer des talents, nous constatons paradoxalement que, malheureusement, beaucoup de nos sélections nationales jouent de façon minimaliste ces derniers temps et privilégient le score plutôt que le spectacle. Cela suffit la plupart du temps mais bien souvent le niveau de jeu n’est pas à la hauteur des différentes réunions de talents présentes sur le terrain. En revanche, quand ça ne passera plus, on pointera naturellement du doigt les limites de notre savoir-faire en matière de formation des jeunes.

Ne se satisfaire que du résultat n’est pas suffisant par rapport à ce que le Football peut procurer comme différentes émotions et diffuser comme messages importants. D’autant plus sur la durée, une équipe de football, pire un club ou une fédération, ont le pouvoir d’inculquer de nouvelles valeurs mais également de nouveaux codes qui peuvent être pris pour modèle.

Pierre-Yves BODINEAU
Pierre-Yves BODINEAU – Source [9]

Lorsque les joueurs prennent du plaisir en jouant ensemble, il communient véritablement avec l’ensemble des spectateurs, supporters comme adversaires. En tant qu’entraîneur de football, il faut tenter de se focaliser uniquement sur l’apprentissage de la compréhension du jeu et davantage sur les intentions du joueur que ses réalisations. La quête du résultat à tout prix procure une vision limitée et crée à terme une crispation néfaste au climat d’apprentissage. En tant que formateur, il est nécessaire d’apprendre davantage aux éducateurs à animer leur séance avec des questions plutôt qu’avec des points. D’ailleurs, lorsqu’on y réfléchit, le comptage des points et ses conséquences sur le groupe, parasite clairement notre analyse. Le coach doit utiliser le levier de la « gagne » avec mesure, de manière juste utile et nécessaire. Il doit davantage rester focalisé sur le respect de la méthodologie.

C’est ce qui constitue pour moi l’une des principale différence entre un entraîneur et un animateur de football, entre un expert et un novice dans l’Art d’enseigner. Finalement, le score doit rester l’affaire des joueurs et non de l’entraîneur.

Thierry Guillou, formateur et auteur du livre Football et formation, une certaine idée de jeu, nous disait remettre le plaisir au centre du terrain en déclarant que « Le football est un JEU et pour jouer il faut une certaine liberté. La liberté est source de plaisir et d’apprentissage. Et l’erreur fait partie intégrante du processus d’apprentissage. » ? Le rejoignez-vous sur ce sujet ?

Forcément, je suis en accord avec ce collègue. Ne faut-il pas expérimenter pour devenir expert ? Ma philosophie d’enseignement a clairement évolué depuis mes débuts professionnels. Alors qu’auparavant j’ai beaucoup insisté avec mes joueurs sur la répétition et maîtrise parfaite des gestes techniques, aujourd’hui je favorise clairement la mise en place de situations de jeu contextualisées.

Pour apprendre à mes joueurs à jouer ensemble, je les entraîne à répondre à une multitude de situations décisionnelles pour favoriser le développement de leur intelligence de jeu. Je préconise désormais cette solution d’apprentissage ainsi que des outils qui vont permettre aux coaches de pouvoir s’adapter selon le niveau d’attention et d’intelligence de chaque groupe d’entraînement.

Pierre-Yves BODINEAU
Pierre-Yves BODINEAU – Source [9]

Entre plaisir et résultats sportifs… Comment trouver le juste milieu dans le processus de formation ?

Nous sommes tous compétiteurs dans l’âme. C’est inné. Par conséquent, concentrons-nous davantage sur le résultat le plus important pour le club : former des profils aptes à jouer au plus haut niveau. Parallèlement, l’ambition du véritable formateur est de créer un jeu identifiable pour son équipe, voire une identité de jeu commune pour toutes les équipes du club. Il faut être patient. A moyen terme, les satisfactions seront nombreuses quant à a méthodologie qualité de jeu, Le plaisir se savoure sur le très long terme car il va naturellement suivre la carrière et la vie de chaque joueur qu’il a eu.

Comment expliquez-vous la domination des Lyonnaises en France en football féminin ?

Les moyens alloués à la section, le lourd investissement en termes de conditions d’entraînement et de recrutement ainsi que la volonté du président depuis des années d’être le plus grand club du monde, sont les principaux facteurs de cette domination

En 4 ans chez les Féminines du PSG, vous réussissez à être 4 fois en finales, avec deux titres champions de France U19 consécutifs avec le PSG. A quoi attribuez-vous cette réussite ?

Je l’attribue à l’augmentation progressive et significative, saison après saison, de la production d’une multitude d’efforts quotidiens par tous les acteurs, en vue de remplir le même objectif : Mettre fin à l’hégémonie lyonnaise en France et devenir une référence en matière de formation. Le challenge a été relevé. Mais tout ne fut (et n’est toujours) pas si facile. Aujourd’hui s’opère un important virage car, jusqu’ici tous les clubs (ou presque) investissent encore à perte dans le marché du football féminin. Il coûte encore bien plus que ce qu’il ne rapporte, c’est une réalité… Mais seulement au niveau financier.

Justement, pourquoi les clubs investissent-ils dans ce football qui ne rapporte pas ?

Investir dans le football des filles, c’est renforcer considérablement son image et faire preuve de modernisme. Comme « La femme est l’Avenir de l’homme », réussir à constituer une section féminine reconnue dans le monde pour la qualité et l’excellence de sa formation participe complètement à l’idéal et à la vocation même du club qui se revendique « le plus moderne du monde » . Aujourd’hui, un club qui ne possède pas de section destinée aux filles apparaît clairement comme rétrograde.

Aujourd’hui, un club qui ne possède pas de section destinée aux filles apparaît clairement comme rétrograde.

Ces titres sportifs sont importants, mais au delà des titres, c’est le travail effectué qui est à souligner. 

Oui, ces premiers titres historiques pour la section féminine symbolisent la réussite d’un projet, soutenu par Camillo Vaz puis sublimé par Farid Benstiti, managers qui se sont succédés à l’époque, de professionnalisation de la section féminine. Nos moyens étant limités, notre volonté étaient de prendre en charge intégralement, accompagner et former les meilleurs talents parisiens et d’intégrer, à moyen terme, un maximum de « titi(e)s » capables non seulement de jouer en équipe première mais également de disputer et remporter la ligue des champions. L’idée étaient de s’approprier totalement le projet de formation, en récupérant toutes et de s’armer sur le long terme par rapport aux écuries rivales déjà (trop) bien installées voire institutionnalisés dans le pays.

Nous souhaitions également que nos jeunes intègrent davantage les effectifs des sélections nationales de jeunes. Et pourquoi pas, répondre à la volonté dévoilé du président Monsieur Nasser El Khelaïfi, de produire un jour non pas que LE mais également LA future « Messi » du football.

Il fallait « marquer le coup » et démontrer que nous étions capables, au PARIS SAINT-GERMAIN de détecter, former et propulser nos « petites pépites » locales, aussi bien chez les garçons que chez les filles, mais également de réussir à les faire jouer ensemble afin

  • qu’elles soient rapidement en mesure de produire des émotions, fournir du spectacle et, bonus, gagner des titres pour que l’on puisse enfin commencer à intéresser davantage de personnes à la pratique
  • que le club consacre davantage de moyens aux filles, qu’il gagne la réputation de meilleure école de football pour demoiselles et dames.

Il a fallu convaincre, aussi bien en interne qu’auprès de diverses instances extérieurs, de l’intérêt et du profit d’une telle entreprise. Tous les acteurs et surtout toutes les actrices, ont voulu croire en ce rêve et se sont donnés les moyens d’y parvenir, jour après jour.

Aujourd’hui, en 2019, l’équipe U19 du PARIS SAINT-GERMAIN a participé consécutivement aux six dernières finales du championnat et remporté trois titres. C’est bien. Mais, mieux, et bien qu’il ne soit toujours pas parfait, nous avons créé tous ensemble un véritable centre de formation renommé.

Pierre-Yves BODINEAU – Source [8]
Quels sont les grands souvenirs de cette période ? Et les éventuels regrets ?

Je n’ai que des bons souvenirs avec tous mes différents staffs et équipes, à part bien sûr, les aléas incontrôlables (grosses blessures, sanctions inévitables, maladies, …).

J’ai surtout adoré partir jouer à l’étranger avec les jeunes. Rien de plus formateur que de réaliser des tournées avec une équipe pour développer en profondeur les qualités de nos talents. Pour exemple, nous avions organisé un voyage à la Masia et rencontré l’équipe réserve du Barça : cela reste une expérience et un souvenir impérissable !

Ainsi, je regrette seulement de ne pas avoir pu organiser davantage de rencontres de développement

L’aventure s’arrête avec les féminines. Pour quelles raisons ?

Je n’étais pas en accord avec le coach N°1 de l’époque, qui avait convaincu nos dirigeants de (re)créer une équipe réserve en seniors la saison suivante, mais surtout qui était arrivé en méprisant et dénigrant totalement le travail effectué par ses prédécesseurs, notamment au niveau de la formation.

C’est le président-délégué de l’époque qui a fait le choix de se passer de mes services.

A quel moment le poste de responsable technique de la PARIS SAINT-GERMAIN ACADEMY s’offre à vous ?

A peine deux mois plus tard, le responsable du département de la méthodologie du club, David Hernandez, avec qui j’entretenais d’excellentes relations, m’a contacté pour me proposer ce poste.

RESPONSABLE TECHNIQUE DE LA PSG ACADEMY

Vous prenez le poste en 2017. Qu’est ce qui vous a séduit à l’idée de rejoindre l’académie en tant que responsable technique ?

Bien que cette position m’éloigne clairement des terrains et de la fonction de coach principal, le projet m’a séduit car le champs d’action et le développement de la PARIS SAINT-GERMAIN ACADEMY est illimité. C’est véritablement la fonction du PARIS SAINT-GERMAIN de former et accompagner ses fans, les talents de demain, à travers le monde. Exporter notre savoir-faire, mettre en avant notre méthodologie et partir l’enseigner à nos différents coachs du monde entier, est non seulement très enrichissant, valorisant mais surtout indispensable pour développer tant l’institution que la marque PARIS SAINT-GERMAIN.

Quelle est la date de la création de la PSG Academy ?

Le concept est né en 2005. A l’époque, nous n’organisions que des stages en France. En 2012, URBAN SOCCER nous a sollicité pour exploiter notre marque dans ces différents centres parisiens (aujourd’hui, nous sommes présents également dans certains centres de province). Depuis 2013, au Brésil notamment, nous avons commencé à développer à l’international un réseau d’écoles. Puis, ensuite, en Floride, Canada, Maroc…. Bien que nous travaillons étroitement avec le sportif, notamment le centre de formation, c’est PSG MERCHANDISING qui délivre et garantit ce service dans le monde entier.

PSG MERCHANDISING – Source [9]

Combien de structures compte le PSG actuellement ? Comment sont-elles réparties à travers le monde ? Sur quels critères sont choisis les lieux d’implantation d’une structure dans un pays ?

Notre réseau compte environ 80 sites, répartis dans 14 pays. Plus de 18500 enfants cette saison étaient inscrits en école régulière. Nos partenaires sont sélectionnés après une étude stricte de leur projet. Ils sont tenus de s’engager pendant trois ans minimum avec nous. Généralement, le franchisé peut exploiter la marque dans tout l’Etat, voire le pays entier, qui l’intéresse. Les franchisés peuvent développer plusieurs sites sur leur territoire. Ils s’engagent bien entendu à respecter toutes nos chartes, notre méthodologie et mettre en avant nos valeurs.

Notre réseau compte environ 80 sites, répartis dans 14 pays. Plus de 18500 enfants cette saison étaient inscrits en école régulière.

Quand on parle de structures, on parle aussi d’éducateurs, formateurs, et d’enfants. Si on résumait ça en quelques chiffres ?

Benjamin HOURI et moi-même supervisons l’ensemble du programme technique, formons tous les directeurs et headcoachs. Nous comptons entre 20 et 30 directeurs techniques nationaux, et entre 250 et 300 éducateurs.

Quel âge ont les enfants des académies PSG ?

Entre 4 et 17 ans, mais tout dépend de la volonté de nos partenaires, d’accentuer sur un public plus ou moins jeunes, en fonction des structures et du marché local.

Quel est votre rôle au quotidien ?

Je suis en charge de développer, mettre en place et superviser les programmes et contenus techniques. Je réalise beaucoup de documents pour former et « nourrir » nos coachs et me rends ensuite visiter nos différents centres dans le monde. Cette saison, j’interviens également auprès des jeunes du centre de préformation (U14) lorsque je ne suis pas en représentation chez un de nos partenaires.

Quelles sont les valeurs prônées par ces académies, aussi différentes culturellement soient-elles ? Comment le PSG se différencie-t-il des autres académie, en France mais encore en Europe ?

Les obligations de la PARIS SAINT-GERMAIN ACADEMY sont de répondre aux exigences d’Excellence du club mais également de favoriser le Plaisir des apprentis.

Nos valeurs sont en corrélation avec celles de la ville de PARIS :

  • parce que PARIS est la ville de l’Amour, nous souhaitons transmettre le goût de l’EFFORT.
  • Parce que PARIS est la ville Lumière, nous développons l’INTELLIGENCE (situationnelle) de nos athlètes.
  • Enfin, parce que PARIS est la ville de la mode, nous serons attentifs à l’ELEGANCE de nos joueurs.

Notre différence principale par rapport aux autres académies et clubs est que nous souhaitons faire plus de jeux, développer davantage les qualités cognitives de nos joueurs et leur compréhension du jeu, dès le plus jeune âge. Ainsi, toutes nos séances sont construites autour de cette philosophie.

Pierre-Yves BODINEAU – Source [9]

Définiriez-vous votre activité comme partie intégrante du football amateur ou est-elle déjà dans une démarche pré-professionnelle ? Est-ce un moyen d’alimenter le centre de formation malgré les législations FIFA ?

Nous sommes un club prestigieux et la préservation de notre image est essentielle.

La vocation de la PARIS SAINT-GERMAIN ACADEMY est de proposer un cadre et des conditions d’excellence à tous nos joueurs, peu importe leur niveau ou catégorie. C’est avant tout notre principale mission. Cependant, on ne peut nier que de plus en plus de très bons joueurs, garçons et filles, sont issus de nos écoles, partout dans le monde. Cette saison, la FFF nous a décerné le titre de meilleur club formateur mais tout le monde sait qu’il est déjà difficile actuellement pour nos jeunes joueurs français formés au club de rejoindre et surtout jouer avec le groupe professionnel. Par conséquent, automatiquement, il est encore plus complexe d’intégrer des joueurs en provenance de l’étranger. Malgré tout ce que nous leur offrons en termes de savoir-faire et d’expérience, ces joueurs jouent bien souvent en parallèle des compétitions avec d’autres clubs. Or, certains joueurs formés dans nos écoles ont déjà signé professionnels dans leur pays d’origine. Aussi, si le PARIS SAINT-GERMAIN, et ses académies, n’en tirent aucun bénéfice financier, en revanche, notre réputation en termes d’enseignement du football, de club formateur, est valorisée dans le monde entier !

C’est ce qui donne une âme au club. Et, nous ne sommes qu’aux balbutiements de ce projet « PARIS SAINT-GERMAIN ACADEMY ».

N’y a t-il pas une course à la jeunesse, notamment dans la détection, l’éclosion des jeunes et le transfert des jeunes ?

La formation française est reconnue à travers le monde. La région parisienne est aujourd’hui la plus réputée dans le monde en termes de talents. Les joueurs parisiens constituent la population de joueurs qui participe le plus à la Ligue des Champions, et même à la dernière coupe du monde.

Aussi, les clubs étrangers s’intéressent depuis quelques années à nos meilleurs jeunes joueurs et certains usent de méthodes très « agressives » pour recruter. Cette course aux jeunes talents est souvent considérée comme néfaste pour le football français mais, paradoxalement, participe à notre bonne réputation. Le problème est que bien souvent le joueur n’est pas encore totalement formé. C’est pourquoi nous essayons actuellement de trouver des solutions pour que nos joueurs gagnent en maturité, soient pour mieux partir ou encore mieux rejoindre et s’imposer dans le groupe pro.

Pierre-Yves BODINEAU – Source [9]

Coman, Ballo-Touré, Sabaly, Guendouzi, Dembélé, Maignan, Ikoné, Weah, Diaby, Mendy, Nsoki, Nkunku… tous formés au club ont fini par partir assez tôt du PSG. Cette politique avec les jeunes n’est-elle pas un frein dans votre activité, et votre pouvoir d’attraction des meilleurs jeunes dans votre académie ?

Ces très bons jeunes ne sont pas suffisamment armés pour s’imposer aussi jeunes avec notre équipe professionnelle composée de stars internationales. Même si tous rêvaient de s’imposer dans leur club formateur, la réalité est qu’il est impossible, dans le modèle actuel, de garder (malheureusement) tous ces jeunes et qu’on ne peut pas, tous les ans, intégrer autant de jeunes talents parmi les titulaires de l’équipe professionnelle. A contrario, Rabiot, Areola, Kimpembe, Dagba ont su véritablement s’imposer ces dernières saisons. D’autres vont rapidement suivre c’est certain !

Même si nous proposons quasiment à tous des contrats ou prolongement afin de rester au club, il est vrai que nos jeunes sont tentés de partir car ailleurs ont leur promet plus d’argent et du temps de jeu. Pour autant, notre centre de formation est à l’heure actuelle considéré comme l’un des meilleurs en Europe, tant pour les garçons que pour nos filles d’ailleurs. Et si on ne peut pas promettre à nos jeunes d’atteindre le groupe professionnel à tous les coups, environ 50% des joueurs de chacune de nos promotions finissent par signer un contrat professionnel ces derniers temps, c’est énorme.

Par conséquent, même si le rêve de chaque franchise est de voir un jour un de ses joueurs évoluer aux côtés de Neymar et Mbappe, le message actuel démontre que nous sommes un très bon club de formation, que le cadre et les conditions proposés sont de très haut niveau, donc ce n’est pas un frein, au contraire, pour notre activité. Cela constitue justement la meilleure publicité pour l’institution PARIS SAINT-GERMAIN et son réseau d’écoles PARIS SAINT-GERMAIN ACADEMY.

Nous tenons à remercier chaleureusement Pierre-Yves pour sa participation à l’entretien et nous lui souhaitons bonne continuation dans la suite de ces projets.

Propos recueillis par The Wolman

Sources et Références

Images

[1] – Site Twitter

[2] – Source Privée Pierre-Yves Bodineau

[3] – Site HistoireduPSG

[4] – Site Sport.gentside

[5] – Site Sofoot

[6] – Site footofeminin

[7] – Site footofeminin

[8] – Crédit Giovanni Pablo

[9] – Crédit Team Pics

[10] – Crédit Selma RACHA

[11] – Site PSG

[12] – Image à la une Site CulturePSG

Référence

1- Dans notre entretien avec Eric Duprat, ancien entraîneur de Juvisy, on évoquait justement cette image de la fille « garçon manqué »2. Les médias assument-ils cette réalité ?

On veut nous renvoyer une image du sport collectif féminin, avec des filles toujours bien apprêtées, sympathiques, polies ….Alors qu’elles sont parfois plus vulgaires que les garçons. Elles ont un rapport au corps qui est très particulier, elles aiment la castagne. Il y a souvent plus de bagarres dans les sports féminins que dans les sports masculins. Elles sont moins violentes mais se tirent facilement les cheveux, se mettent des coups en douce, se rentrent dedans, se provoquent, etc. Les médias mettent en avant une image d’un sport qui n’est pas tout à fait réelle et c’est prendre le risque d’avoir un retour de bâton un jour. Il a y eu récemment une photo qui a circulé sur twitter d’une équipe féminine, au Danemark il me semble, où les filles prenaient des positions très suggestives dans les vestiaires, dénudées.

Cela a choqué les médias locaux mais c’est ma réalité des vestiaires. On ne peut pas nier et jouer les offusqués après. Je connais le discours sur la neutralité des journalistes, mais tout le monde sait, ou du moins pense, qu’ils ne sont pas neutres. Pour conclure, je vous dirais que vendre une image ultra-féminisée du foot féminin, ou viril du foot masculin d’ailleurs, c’est facile, ça marche, ça fait vendre, mais ce n’est pas tout à fait juste.