Docteur BENOIST

Avec plus de 2,2 millions de licenciés dont 400 000 bénévoles et près de 165 000 féminines, le football est assurément le sport le plus pratiqué en France. Entraînement, compétition et blessures, telle est la vie d’un sportif, qu’il soit de haut niveau ou amateur. En effet, le football est à l’origine de nombreux traumatisme. Mais quelles sont les blessures les plus courantes chez les footballeurs ? Comment les comprendre et les soigner ? C’est l’objet de notre entretien avec Jonathan BENOIST, Chirurgien spécialiste de la cheville et du pied, qui a accepté de revenir sur son métier et les pathologies du footballeur. Premier focus : L’entorse de la cheville.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel.

J’ai débuté mes études de médecine en 2000 à la faculté de médecine de Paris 6. Après avoir réussi le concours de l’examen classant national en 2007, j’ai pu intégrer le cursus de chirurgie orthopédique au sein du CHU de Rennes. Je m’oriente rapidement vers la chirurgie du membre inférieur. J’ai donc eu l’occasion au cours de ce cursus d’être confronté à la prise en charge des sportifs avec la prise en charges des lésions du genou et de la cheville. En 2015, j’ai décidé de m’hyperspécialiser dans la chirurgie du pied et de la cheville.

Pourquoi ce choix ? 

Je me suis orienté vers cette spécialité pour plusieurs raisons :

  • Un manque de chirurgiens spécialistes dans ce domaine
  • Un pan complet de la chirurgie du sportif est à développer

Je me suis donc associé avec le Dr Kerhousse au sein du centre hospitalier privé Saint-Grégoire pour créer l’institut de la cheville et du pied de Rennes. L’objectif était d’être un centre de référence pour la Bretagne.

Quelles sont les pathologies que l’on retrouve chez le sportif de haut niveau et plus particulièrement chez le footballeur professionnel au niveau du pied et de la cheville ?

On rencontre plusieurs types de pathologie chez les patients footballeurs, celles ci ne se limitent pas à la seule traumatologie. En effet on est le plus souvent confronté aux fractures de la cheville ou aux entorses chroniques avec instabilité de la cheville. Mais on peut aussi avoir des pathologies telles que les déformations du pied la plus connue étant l’hallux valgus.

Un peu d’anatomie pour essayer de comprendre. Comment est composée la cheville (os, tendon, ligaments) ? Quels sont les mouvements autorisés par une cheville saine ?

L’anatomie de la cheville est un véritable complexe os-ligaments.

Le talus est enfermé dans une mortaise constituée de la malléole interne (tibia) et de la malléole externe (fibula anciennement péroné). 

Pour améliorer la stabilité de la cheville, il s’y associe de chaque côté des ligaments ( interne et externe ).

  • Le ligament externe est composé de 3 faisceaux : antérieur, moyen et postérieur.
  • Le ligament interne est composé de 2 faisceaux : un profond et un superficiel

Tous ces éléments stabilisent la cheville tout en lui permettant un grand degré de mobilité.

Anatomie de la cheville – Source [1]

Entorse de la cheville / instabilité

Anatomiquement, qu’est ce qu’une entorse de la cheville ?

Une entorse de la cheville est une lésion de torsion qui peut atteindre un des complexes ligamentaires de la cheville ( interne ou externe) en fonction de la nature de ce mouvement.

Le cas le plus fréquent est un mouvement d’inversion de la cheville ( la plante du pied rentre vers l’intérieur) entraînant une lésion du ligament externe.

Des études scientifiques montrent que les femmes sont plus sujettes aux entorses que les hommes. Vous confirmez ? Nous ne sommes donc pas égaux devant une entorse ?

Non car il existe des facteurs constitutionnels et acquis à l’origine des entorses. Les femmes ont tendance à présenter plus souvent une hyperlaxité native pouvant entraîner des entorses sans lésions ligamentaires. Il peut aussi exister une malposition du talon favorisant les mécanismes de torsion de la cheville

La principale origine des entorses avec lésions ligamentaires est la pratique du sport sans influence du sexe du pratiquant et surtout une prise en charge inadaptée d’un premier épisode d’entorse.

Peut-on prévenir l’entorse de la cheville chez le footballeur professionnel ? Si oui, comment (alimentation, équipement…) ?

Le footballeur professionnel est déjà éduqué dès le début de sa formation sur la prévention des blessures. L’objectif est plutôt de mettre en place cette prévention chez les footballeurs d’un niveau inférieur. La rigueur de la pratique sportive est de mise pour lutter contre les entorses. Il faut éviter le surpoids, renforcer la souplesse de la cheville en travaillant les étirements et bien sûr travailler sur le renforcement des muscles péri-articulaires de la cheville.

Idéalement, il faudrait réaliser un bilan auprès d’un podologue, d’un kinésithérapeute et d’un médecin du sport avant chaque saison.

Quels sont les différents degré d’une entorse ? Le degré de gravité est-il le même s’il s’agit d’une entorse du ligament latéral externe ou interne ?

Il existe principalement 2 types d’entorse :

  • L’entorse bénigne : le mouvement de torsion est présent mais n’entraîne pas d’impotence fonctionnelle. L’activité sportive peut être poursuivie à chaud mais la cheville va gonfler à l’arrêt du sport sans empêcher la marche.
  • L’entorse grave : le mouvement de torsion est majeur souvent associé à un craquement et une violente douleur empêchant la marche et stoppant l’activité physique. La cheville gonfle immédiatement.

L’entorse du ligament externe est la plus fréquente. L’entorse du ligament interne est rarissime.

Entorses
Entorses – Source [3]

Quel est l’examen clinique classique pour ces entorses ? Et quid d’examen complémentaire ?

L’entorse bénigne ne nécessite pas un passage aux urgences mais une prise en charge par le médecin traitant. Le principe majeur sera la sédation de la douleur et de limiter l’apparition d’un œdème au niveau de la cheville. Il faudra rechercher les facteurs favorisants l’entorse et faire de la rééducation auprès d’un kinésithérapeute.

Pour l’entorse grave, un passage aux urgences est le plus souvent nécessaire pour éliminer une possible fracture associée. On réalisera généralement une radiographie de la cheville de face et de profil si l’examen clinique nous fait suspecter une lésion osseuse.

Et comment la traiter ? Qu’est ce que le protocole RICE ?

Le protocole RICE (Rest Ice Compression Elevation) se base principalement sur le glaçage et la surélévation de la cheville. Il est intéressant dans les entorses bénignes.

Protocole RICE
Protocole RICE – Source [4]

En cas d’entorse grave, on immobilisera la cheville dans une botte de marche voir une botte en résine en fonction de l’âge du patient. L’élément primordial est la précocité de la visite chez un médecin du sport pour dépister des lésions ligamentaires graves à 10 jours du traumatisme et si ce n’est pas le cas, débuter la rééducation par le kinésithérapeute.

Suivant le type d’entorse, quel est le niveau d’indisponibilité pour un footballeur professionnel ?

L’indisponibilité varie de 1 mois à 6 mois selon la gravité de l’entorse et les lésions ligamentaires associées.

Anthony METTE, psychologue du sport, nous disait que « Le très haut niveau sportif, ce n’est pas normal en soi. Ni psychologiquement, ni physiquement ». Vous confirmez ?

Effectivement, les sportifs de haut niveau sont des patients à part. On ne peut pas les traiter comme le patient lambda car leurs capacités de récupération sont exceptionnelles. Cependant, c’est là que résulte le danger et le risque de nouvelle blessure car ce ne sont pas des surhumains.

Le sportif de haut niveau possède-t-il un rapport particulier à la douleur ?

Non, il y a des patients très sensibles à la douleur et d’autres pas du tout.

Certains joueurs professionnels peuvent jouer avec une cheville douloureuse. Est-ce selon vous normal ?

Non, ce n’est pas normal bien évidemment mais il faut contextualiser cette douleur par rapport à la pratique du sport de haut niveau qu’il soit professionnel ou non.

Quel est le risque d’une cheville mal soignée ?

Le risque principal est bien sûr la récidive de l’entorse avec un délai d’arrêt plus long. Sur le plus long terme, des entorses à répétition peuvent être à l’origine de lésion ligamentaire chronique et d’une instabilité de la cheville. Cette pathologie peut engendrer des conséquences au quotidien avec une sensation d’insécurité au niveau de la cheville aussi bien au sport qu’à la marche. Elle peut aussi entraîner des lésions du cartilage point de départ du développement d’une arthrose de la cheville.

Le message a retenir est qu’une entorse même bénigne ne doit pas être négliger car elle peut être le point de départ d’une instabilité de la cheville. Plus précoce sera le traitement, plus les risques de séquelles seront faibles.

Un grand merci à Jonathan, que nous retrouverons pour un prochain point sur une pathologie de la cheville liée au sport.

Propos recueillis par The Wolfman

Source et références

[1] – Site Meunier

[2] – Site actu

[3] – Site Docteurclic

[4] – Site Healthmagbenin