Antoine MORIN
Antoine MORIN – Source [1]

Journaliste, passé par Média 365 et Orange, Antoine MORIN est désormais commentateur sur beIN SPORT et Canal+. Pour notre plus grand plaisir, il a accepté de nous rencontrer et revenir sur sa passion, sa vision du métier de journaliste de sport et de commentateur.

LA DÉCOUVERTE DU SPORT

Avant de revenir sur votre parcours dans le journalisme sportif, pouvez-vous nous décrire votre enfance, le contexte dans lequel vous avez grandi ?

J’ai grandi dans une famille de sport où mon grand-père, mon oncle et mon père, sont des grands dans de Sport et de rugby surtout. Ma famille était originaire d’Avignon à la base, mais a déménagé à Paris pour le travail de mon grand-père. Mon oncle ayant grandi en région parisienne, il a découvert assez jeune le Paris Saint-Germain, le Parc des Princes et il a attrapé le virus du PSG. Comme j’allais souvent chez mes grands-parents où vivait également mon oncle, il y avait toujours plein de cassettes vidéos de matchs qu’il enregistrait sur Canal+, des anthologies de pleins de buts. Et il m’a transmis le virus du foot et du PSG. Entre mon oncle, et le fait que je vivais en région parisienne, il y avait une forme de logique à suivre le PSG.

Puis comme beaucoup de ma génération, j’ai aussi découvert le foot à travers Olive et Tom.

Quels sont vos premiers souvenirs de football ?

Mes premiers souvenirs de match, c’est PSG-Real, France-Bulgarie, et la Coupe du monde 94. J’ai tellement attrapé le virus du football et du PSG que ça a un peu inquiété mes parents. Il n’y avait que ça qui comptait, j’étais devenu très monomaniaque. Je m’intéressais aux équipes, aux joueurs. C’était devenu obsessionnel.

Aviez-vous des modèles, des joueurs phare ?

Il y avait trois joueurs : David Ginola. Romario, un des tous premiers joueurs que j’ai adoré lors de la coupe du monde 1994, et Dennis Bergkamp.

Quel est votre premier match en tribune ?

Mon premier match en tribune arrive assez tard. Mon oncle, abonné à Boulogne, avait envie de m’emmener voir un match du PSG au Parc. Mais la réputation de Boulogne a dissuadé mes parents de me laisser aller au Parc des Princes. J’ai donc dû attendre quasiment 12 ans avant d’aller voir un match au Stade. C’était un France-Croatie au Stade de France, un soir de Novembre 1999. La France était championne du monde, mon père avait eu envie de nous faire plaisir. On était bien placé en plus. On avait vu un beau 3/0 pour la France. C’était assez sympa, malgré la température extérieure.

Quel sport avez-vous pratiqué ? A quel niveau ?

J’ai beaucoup joué au foot à l’école, et finalement assez peu en club. J’habitais à Sceaux, et il n’y avait pas trop de clubs. Il a fallu attendre 98 avant qu’il y ait un club qui se crée dans la ville. J’ai donc débuté à 12 ans et j’ai joué quelques saisons en club jusqu’à mes 15/16 ans, puis j’ai fait une pause à cause d’une embrouille avec l’entraîneur de l’époque.

En 2006, j’ai repris le foot, en jouant le championnat du dimanche matin avec des potes en école de journalisme pendant 8 ans. D’abord à Clamart, puis à Issy-les-Moulineaux avant d’arrêter avec l’arrivée de mes enfants. En termes de poste, j’ai joué un peu partout. J’ai d’abord débuté devant en étant jeune, puis j’ai reculé pour jouer milieu gauche et arrière gauche. Des gauchers il n’y en avait pas beaucoup.

A aucun moment, une carrière de joueur ne vous a tenté ? Comment vous êtes-vous dirigé vers le métier de journaliste ?

J’ai rapidement compris, vers l’âge de 12 ans, que si je voulais percer, aller dans des clubs plus huppés que celui où j’étais, et essayer d’aller plus loin dans le processus de vouloir être pro, il allait falloir faire des efforts et des sacrifices, que je n’étais pas prêt à faire. J’avais un bon niveau technique, mais pas le mental et le goût à l’effort. Du coup, j’ai assimilé rapidement que je ne serais jamais joueur professionnel.

Comme j’étais un dingue de foot, je voulais rester dans le foot. A l’époque, les filières Management et Marketing du Sport étaient moins en vogue qu’aujourd’hui. Dans ma tête, j’ai eu deux options : travailler dans la médecine du Sport ou alors travailler dans les médias. Et puis quand je regardais les matchs à la télé, je me disais « Le mec-là qui commente, il a quand même le meilleur job du monde. Il est super bien placé dans le stade et il est payé pour commenter et raconter le match aux autres. Je veux faire la même chose. ». A 12/13 ans j’ai décidé que je voulais faire ça et j’ai orienté mes études dans ce sens.

Dennis BERGKAMP
Dennis BERGKAMP – Source [4]

Quel est votre parcours de formation ?

Comme je n’étais pas très porté sur les études longues, j’ai réussi à faire une école qui prenait post-bac, sans passer par une prépa. J’ai donc intégré pendant trois ans, l’école ISCPA à Paris, qui n’est pas une école foncièrement spécialisée dans le sport. C’est même finalement l’inverse mais je ne le regrette pas du tout. J’ai appris ce qu’était le métier de journaliste, être obligé d’aller s’intéresser et faire des revues sur des sujets que l’on ne connait pas bien, qu’on ne maitrise pas pour aller ensuite l’expliquer. C’est très formateur. C’est important de découvrir d’abord le métier de journaliste. J’ai pu constater avec certain stagiaire que j’ai pu avoir dans les différentes réactions où je suis passé : Ceux qui viennent d’une formation 100% journaliste de sport, je trouve qu’il leur manque quelque chose, un petit truc…

Nathalie Iannetta nous disait « Aujourd’hui, les étudiants se spécialisent dès l’école, non seulement sur leur domaine, mais aussi sur le support. C’est une aberration. ». Êtes-vous d’accord ? Comment avez-vous été formé ?

A l’ISCPA, les deux premières années sont un tronc commun, et en troisième année, on choisit une spécialité : Presse écrite (web ou papier), radio, ou télé (télé news, soit télé documentaire pour ceux qui veulent faire du grand format). Avec la formation de l’école, j’aurais pu bosser dans n’importe quel domaine mais c’est moi qui ai fait la démarche de me spécialiser dans le sport. J’ai profité de mes stages pour découvrir le journalisme de sport, en web d’abord, puis en télé. Mais il n’y a pas de spécialisation dans un domaine en particulier. Et d’ailleurs, je trouve que c’est très bien fait. Les profs nous incitent à aller voir beaucoup d’autres choses J’ai d’abord fait mon premier stage en presse écrite web à Sport365. Mon deuxième stage, j’ai choisi de le faire dans un autre domaine que le sport, pour voir une autre façon de travailler. J’aime beaucoup l’univers télé, médias, j’ai eu la chance de faire un stage chez toutetatélé qui traite de cet environnement-là. C’était très très intéressant.

JOURNALISTE ET COMMENTATEUR

Revenons à vos débuts dans le métier. En rejoignant Media 365, vous faites vos premiers pas dans le milieu du foot. Dans quelles circonstances intégrez-vous ce média ? Quelles étaient vos fonctions ?

En troisième année d’école à l’ISCPA, quand il a fallu trouver un stage télé, j’ai cherché les chaines de sport. Et j’ai eu la chance d’être pris à Orange Sport Info, qui était fait par Sport365, que je connaissais un peu, puisque j’avais fait mon premier stage. Orange se lançait, allait avoir les droits de la ligue 1, avec de vraies perspectives à venir. J’ai d’abord été stagiaire au Desk Télé. La première semaine, j’écrivais des brèves au fil info. Ensuite, j’ai eu un coup de pouce, qui m’a permis de montrer que je savais monter des sujets.

C’est-à-dire ?

Nous sommes en 2008, un lundi soir à Paris, jour où la flamme Olympique est en passage sur la capitale. A ce moment-là, nous sommes en équipe réduite à Orange Sports Infos, et le journaliste au Desk a un gros sujet à traiter. Le lendemain, c’est soir de ligue des champions : Les différentes agences de presse viennent de nous envoyer les différentes compositions et entraînements des clubs français engagés en Champions League. A ce moment-là, le rédacteur en chef Arnaud De Courcelles du JT à l’époque vient me demander si je me sens de pré-monter un sujet parce que le Deskeur a un gros sujet à faire. J’étais censé finir à 18/19h et j’ai compris à ce instant que quand tu veux faire ce métier, il ne faut pas compter tes heures. Si l’actu tombe à 19h, tu dois être là.

C’était ma deuxième semaine de stage : J’ai donc fait un pré-montage, écrit un texte dessus. Le journaliste et le présentateur m’ont dit « Speak le et si le résultat est bien, on le passera, sinon on modifiera ». Il s’est avéré que le sujet était suffisamment bon selon eux pour être passé. A partir de là, ça a incité très vite Arnaud De Courcelles et David Aiello à me sorti du fil info et à me passer des sujets de Sports. Très vite, j’ai intégré la rédaction pour faire des offs et des sujets.

Antoine MORIN et Alain ROCHE
Antoine MORIN et Alain ROCHE – Source [5]

Comment en venez-vous à commenter des matchs de ligue 1 à la télévision en 2009?

Depuis 2004, Orange avaient les droits mobiles pour faire ce qu’ils appellent du « Quasi-Direct ». Pour expliquer, le match se déroulait et dès qu’il y avait un but, on faisait une vidéo, on posait un commentaire pour raconter le but et les circonstances du but. Et en 5 minutes, la vidéo devait être envoyée sur tous les téléphones Orange abonnés à ce service. Moi j’avais fait quelques piges sur ce sujet. Mais à l’été 2008, Orange a lancé pour la nouvelle saison 2008/2009 le commentaire de matchs en direct et en intégralité. Orange cherchait donc des commentateurs, et n’était pas forcément en recherches de gens très connus. C’est la chance que j’ai eu. Tous ceux qui travaillaient dans la boîte pouvaient passer des tests. Je n’étais que stagiaire, mais j’ai demandé à pouvoir faire un essai. Mon test a été concluant et c’est comme ça que je me suis retrouvé à 22 ans à commenter de la ligue 1 lors de la première journée 2008/2009.

Avez-vous des modèles de commentateurs ?

Le premier qui m’a marqué c’est Thierry Roland. Mes parents n’avaient pas Canal donc je le suivais essentiellement sur les matchs de TF1. Après, j’ai découvert Thierry Gilardi. J’aimais également beaucoup Christophe Josse à l’époque où il était sur France-Télévisions avec Charles Biétry. Ce duo se trouvait bien.

Je nommerais bien évidemment Grégoire Margotton que j’ai eu la chance de côtoyer pas mal de fois quand je commentais les matchs pour l’appli Orange. Nous étions sur les mêmes matchs le dimanche 21h (9 fois sur 10). Grégoire Margotton a cette force de ne jamais se mettre lui, au-dessus du match qu’il est en train de commenter. Aujourd’hui, j’aime beaucoup écouter Julien Brun, et pas uniquement comme téléspectateur, mais également en tant que journaliste. Ça s’est vu lors de la dernière coupe du monde, il n’y a pas de faute dans son match. La gestion des temps de silence, des temps morts, des envolées parce que l’action le mérite, l’utilisation du consultant. Je trouve qu’il est à un très très haut niveau de commentaires.

Grégoire Margotton a cette force de ne jamais se mettre lui, au-dessus du match qu’il est en train de commenter.

Vous avez déclaré dans un média qu’avant d’être un journaliste sportif, vous êtes avant tout un journaliste. Comment définiriez-vous le métier ? Quelles sont les qualités requises ?

On a tous nos domaines de prédilection et de spécialisation. Mais pour être un bon journaliste, il faut être curieux et aimer comprendre les choses, et aussi aimer les analyser et être capables de les analyser, les restituer pour que d’autres, qui n’ont pas fait ce travail de recherches, puissent comprendre. Quand je dis que je suis journaliste, avant d’être journaliste de sport. Petit aparté, je n’aime pas le terme journaliste sportif : Journaliste sportif, c’est un journaliste qui fait du sport, je préfère journaliste de sport, comme journaliste de politique, d’économie.

Il faut avoir le recul nécessaire pour être capable d’analyser et pas forcément donner un avis. C’est un peu le reproche que je fais à l’évolution de notre milieu. On demande de plus en plus aux journalistes de donner un leur avis. Alors que ce n’est pas notre rôle. Il y a effectivement des éditorialistes à qui on peut demander, il y a des cas spécifiques où c’est pertinent mais normalement un journaliste doit rester objectif et retranscrire les faits. Alors en termes de sport, ce n’est pas toujours à saisir la nuance. Mais c’est vraiment quelque chose qu’il faut garder à l’esprit. Je ne suis pas fan du journaliste partisan, qui se répand de plus en plus. On voit de plus en plus de site d’informations qui traite que d’un club ou que d’un championnat. Je ne dis pas que c’est un danger, mais il faut faire attention parce qu’il n’y a pas de parole d’évangile. La force d’un journaliste est de rester objectif, et être capable d’analyser voir les bons et les mauvais points, même s’il est supporter d’une équipe.

C’est un peu le reproche que je fais à l’évolution de notre milieu. On demande de plus en plus aux journalistes de donner un leur avis. Alors que ce n’est pas notre rôle

Daniel Riolo avec qui nous avions échangé, nous disait que l’approche du journaliste de Presse Quotidienne Régionale (PQR) était différente de celui basé à Paris, celui de PQR étant souvent supporter et tous les jours à l’entraînement. Êtes-vous d’accord ?

Il y a une partie de vrai. En étant à Paris, on n’est pas au quotidien dans tous les clubs. Il y a effectivement ceux qui sont au PSG qui suivent le club, mais beaucoup ne le sont pas. En tant que commentateur, je peux être amené à commenter une semaine Angers, la semaine d’après Toulouse, et je n’ai pas les moyens techniquement d’aller passer la semaine à Angers ou Toulouse pour suivre les entrainements. Le journaliste de PQR est au quotidien du club. Il aura un regard plus dur sur ce qu’il ne va pas et peut être plus dithyrambique quand ça va bien. L’approche est forcément un peu différente quand on suit un club au quotidien, que quand on est journaliste dans un média national ou parisien qui suit l’actualité globale et qui de temps en temps va faire un focus particulier sur un club.

Quel lien entretenez-vous avec la PQR ?

Les journalistes de PQR, m’ont été très précieux à chaque fois que j’ai eu à préparer des matchs. Et ils continuent à l’être. Je pense notamment au site internet « le11amienois », assez récent, qui fait un énorme travail sur le suivi au quotidien de tous les sports dans la métropole d’Amiens, les fois où j’ai eu à commenter Amiens ces dernières années pour beIN SPORTS, j’ai toujours essayé d’entrer en contact avec eux, parce qu’ils savent ce qui se passe au club au jour le jour.

Adaptez-vous vos commentaires à l’affiche et aux gens qui regardent ?

Certains matchs ne sont pas vus par tous les amateurs de foot. Par exemple, bien souvent, les gens qui vont regarder le match « confidentiel » sur beIN SPORT MAX, sont les supporters des deux équipes, ce sont des gens du coin et en recherche des infos de leur club. Si tu arrives en ayant préparé le match de manière très succincte sans avoir fait l’effort de s’intéresser à ce qui se passe à l’intérieur du club, tu peux passer à côté de certaine infos, et tu peux être sûr que tu vas te faire aligner sur les réseaux sociaux. Pour ce genre de match, tu as besoin de la PQR et de recherches poussées pour ne pas passer à côté.

Julien BRUN et Bruno CHEYROU
Julien BRUN et Bruno CHEYROU – Source [6]
Pendant des années, vous allez commenter des matchs de football (L1, Bundesliga, Serie A, Cup, CAN) l’appli ligue 1 Orange. Vous allez également couvrir le tennis. Comment s’est présentée cette opportunité.

J’ai commenté le tennis pour Orange Sport quand ils avaient les droits de l’ATP en 2011 et 2012 (Masters 1000 et ATP500). On a eu la chance qu’il ait un accord avec France-Télévisions pour diffuser Roland Garros. J’ai donc également commenté trois éditions de Roland Garros.

Canal+ avait aussi les droits pour Monte-Carlo et Bercy ces dernières années et diffusait le cours n°1 pour Canal+ décalé. Ainsi, une équipe de pigistes a été mis en place pour assurer les commentaires et j’en ai profité. C’était super intéressant.

Comment se prépare-t-on à ces différentes fonctions et s’adapte-t-on aux différents auditoires ?

L’approche est différente, pas forcément en fonction des gens qui écoutent, mais plus par rapport à la spécificité du sport. En Tennis, je ne commente pas les points. Je sais que certains le font mais moi je n’aime pas ça. J’ai grandi en regardant Roland-Garros sur France-Télévisions et les commentateurs ne parlaient pas pendant les points. Alors parfois, en fonction du point, une petite interjection peut surgir. Mais en règle générale, tu as une minute de parole entre chaque point, le temps que les joueurs soient en place. Le plus important en Tennis est de trouver le moment où tu vas revenir sur le point avec ton consultant ou profiter du laps entre deux points/changement de côté pour donner deux ou trois infos. Ça peut être sur la saison du joueur, la rivalité entre les deux joueurs, ou leur état de forme. C’est plus ce travail-là qui change un peu par rapport au foot, qui est un sport en continu ou quasi continu dans le commentaire.

Aujourd’hui vous êtes pigistes pour Canal + et beIN SPORTS, en tant que commentateur ou pour réaliser des sujets. Concrètement, comment préparez-vous un match qui a lieu le samedi à 20h. Quelle est la préparation ou journée type ?

Tout dépend si je suis en cabine ou si je suis sur place. Sur beIN SPORTS on commente en cabine et on ne va pas dans le stade. Pour cela, j’essaie de préparer mon match en amont, à partir du mercredi ou du jeudi. Les clubs donnent leur groupe la veille. Vendredi vers 16/17h, on reçoit le groupe des deux équipes et je passe mon vendredi soir, une fois que mes enfants sont couchés, à faire mes fiches. Ce qui fait que le samedi, j’essaie de passer un maximum de temps avec mes enfants. 2h avant le coup d’envoi, je file à la rédaction de beIN SPORTS, pour choper les dernières infos.

Quand tu commentes en cabine, c’est un peu particulier parce que tu commentes la même image que les gens voient devant leurs écrans. C’est là où à mon sens, il est très important d’avoir fait une bonne préparation, avoir les bonnes statistiques, les bonnes infos à distiller au bon moment. Personnellement, je fais des étiquettes, autocollantes, que je colle sur mon cahier en fonction de la composition. Ce n’est pas une idée de moi, mais une idée que j’ai emprunté à Alexandre Delpérier, qui l’a lui-même emprunté à quelqu’un d’autre.

Et sur place ?

Quand je commentais pour Orange et qu’on allait commentait du Stade, je faisais souvent le déplacement à Marseille. On prenait en général le train de midi. Je savais que j’avais 3h30 de train pendant lesquelles j’allais bosser et faire ma préparation.

Est-ce une préparation individuelle ou en partage avec ton consultant ?

Il y a une préparation individuelle. Je fonctionne avec un cahier, une page par équipe avec toutes les infos qui me paraissent importantes : les statistiques, les résultats des derniers matchs, les absents, toutes les infos qui peuvent concerner les deux clubs. J’ai cette partie là à faire tout seul. Après, effectivement, j’avais la chance qu’Alain Roche, le consultant avec lequel je travaillais, prenait le même train que moi. On en profitait pour préparer la rencontre du jour, débriefer le match si l’OM avait joué en coupe d’Europe la semaine. On arrivait à Marseille à 16/17h, on allait au stade à 19h. Les deux heures que je passais dans la chambre, j’en profitais pour finir mes fiches, attraper la Provence afin de décortiquer les dernières infos et derniers articles.

Quelles sont les qualités requises pour être un bon commentateur ? Les outils utilisés ?

La première qualité est de ne pas oublier que ce n’est pas toi la star. Si tu n’étais pas là, les gens viendraient quand même regarder le match. Le rôle du commentateur est d’accompagner l’image, apporter une plus-value, amener une info, un ressenti sur ce qui se passe dans le match. De temps en temps, il peut y avoir une envolée un peu lyrique sur une action, sur un but qui va rester. Mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important est de comprendre le match, le contexte du match, comprendre comment il se déroule, et le retranscrire, fidèlement aux gens qui le regardent. Les gens devant leur télé ont une vue en 2D du terrain via l’écran, quand toi tu as une vue à 360°. Tu peux ressentir tout ce qui se passe autour, que ce soit en tribunes, sur les bancs, il y a tellement de choses.

La première qualité est de ne pas oublier que ce n’est pas toi la star. Si tu n’étais pas là, les gens viendraient quand même regarder le match.

Quels sont les outils utilisés ?

La PQR est un outil indispensable. On en parlait tout à l’heure.

Le site Transfermarkt, que les amateurs de foot connaissent bien, est également très utile pour retracer le parcours des joueurs notamment, les étrangers qui découvrent la ligue1.

Personnellement, j’utilise beaucoup et de plus en plus, les comptes twitter spécialisés dans les différents championnats ou les différents clubs. Il y en a qui sont très très bons : Scottish FR, Lucarne Opposée, foot_NL et bien d’autres. l n’y a rien de plus frustrant pour eux qui suivent ce foot d’écouter un match avec des commentateurs qui sortent des saucisses parce qu’ils n’ont pas fait l’effort de faire, je ne vais pas dire le peu de recherches, parce que ça prend du temps. Mais pour avoir les bonnes infos, ça ne prend pas non plus des heures. Ce sont vraiment des mines d’or. Ces passionnés, qui n’ont souvent rien à y gagner financièrement, abattent un travail colossal et ils ne demandent rien de mieux qu’aider.

On a aussi le site de la ligue qui est très utile pour les matchs de ligue 1 car on y retrouve toutes les statistiques. beIN SPORTS et Canal+ travaillent aussi avec Opta, les commentateurs ont la chance de bénéficier d’outils statistiques à disposition. Il ne s’agit pas de prendre toutes les statistiques mais prendre les plus pertinentes.

Bixente LIZARARU et Grégoire MARGOTTON
Bixente LIZARARU et Grégoire MARGOTTON – Source [7]

Justement, quel usage faite vous des statistiques ? Quelles sont celles qui sont pertinentes et celles inutiles ?

Toutes les statistiques peuvent être intéressantes. Cela dépend du contexte et de l’utilisation qu’on en fait. Il y a une statistique qui me fait beaucoup rire, notamment quand un club revient en ligue 1 après une longue absence. Je me rappelle de Reims remonté en ligue 1 où on avait eu droit à la stat « Reims n’a plus gagné en ligue 1 depuis 55 ans ». Bah oui, forcément pendant 50 ans, ils n’ont pas été en ligue 1 (rires). Je comprends pourquoi Opta la note et la met dans son papier de statistiques. Après c’est au journaliste de l’utiliser ou ne pas l’utiliser.

On a aussi le nombre de kilomètres parcourus qui en fonction du contexte ne veut pas dire la même chose. Une équipe peut parcourir beaucoup de kilomètres parce qu’elle n’a pas le ballon et défend beaucoup. Une autre équipe peut ne pas beaucoup courir en termes de volume, mais faire beaucoup courir la balle. C’est toujours à nuancer. Quand une équipe n’a pas gagné depuis longtemps contre une autre équipe, j’essaie de voir s’il y a encore des joueurs qui ont un vécu et connu l’historique. Si l’équipe a changé à 90% par rapport à la série de défaite, dans une équipe ou dans l’autre, tu peux donner la stat mais il n’y a pas plus à dire. Après forcément, quand ça dure dans le temps comme Marseille à Bordeaux, forcément tu es obligé de la noter et de la dire à l’antenne.

Personnellement, j’utilise beaucoup les comptes Twitter spécialisés : Scottish FR, Lucarne Opposée, foot_NL et bien d’autres. Ce sont vraiment des mines d’or. Ces passionnés, qui n’ont souvent rien à y gagner financièrement, abattent un travail colossal et ils ne demandent rien de mieux qu’aider.

Le commentateur n’est pas forcément journaliste. Vous avez commenté pendant trois ans avec Alain Roche. Comment définirez-vous le rôle du consultant et en quoi est-il complémentaire de votre activité ?

Le consultant, en général, est un ancien joueur ou un ancien entraineur. Il a un vécu. Lui a été dans une situation similaire à ce que les joueurs peuvent vivre sur le terrain, ce que moi je n’ai pas. Ce que j’attends de mon consultant est qu’il apporte une analyse sur un geste ou sur une action, des explications sur l’utilisation d’un geste plutôt qu’un autre. Je me souviens avoir fait un match à Saint-Étienne avec Alain Roche. Je ne sais plus l’adversaire du jour mais Saint-Étienne marque sur corner, avec un joueur absolument tout seul, sans marquage. Clairement on voit qu’il s’est passé un truc bizarre dans la défense. Et je dis dans mon commentaire « Ce n’est pas normal en ligue 1 qu’un joueur se retrouve tout seul sur corner ». Alain m’avait, non pas corrigé, mais complété en apportant un élément d’explication : « Quand t’es défenseur, tu défends à Geoffroy-Guichard, un stade où il y a énormément d’ambiance. Sur un corner par exemple, dans un moment chaud, où ça pousse encore plus. Clairement tu ne t’entends pas à un mètre. Et ce manque de communication entre le gardien et sa défense peut s’expliquer ». C’est un ressenti et un vécu de joueur qu’Alain Roche a, et que je ne peux pas avoir. C’est ce que j’aime chez le consultant.

Quel est le périmètre du consultant ? Ont-ils des consignes ?

Alain Roche, parce qu’il a été directeur sportif, regarde tous les matchs dans la semaine, connait tous les joueurs et toutes les équipes. Il ne peut pas être pris en défaut sur ça. J’ai également pu travailler avec David Ginola, les six mois où il était à Orange. Lui a une approche différente. David qui habitait à Londres à l’époque, ne regardait pas trop la Ligue 1, excepté PSG, OM et OL. Il ne s’en cachait pas. Les fois où nous avions commenté PSG / Valenciennes ou Evian / PSG, il ne faisait pas semblant de tout savoir sur les 11 titulaires, les joueurs. En revanche, il était très bon pour analyser, expliquer le choix d’un joueur sur telle ou telle décision, la raison du centre en première intention, le premier poteau plutôt que le second. C’est ça qui est intéressant et c’est ce qu’on attend des consultants.

Antoine MORIN et Alain ROCHE
Antoine MORIN et Alain ROCHE – Source [5]

Existe-t-il une différence d’approche journalistique/commentateur suivant le pays dans lequel il est exercé ?

J’ai eu la chance de faire deux missions à l’étranger pour une société espagnole pour des évènements multi-sports. J’étais dernièrement aux jeux européens à Minsk en Juin dernier. J’ai beaucoup apprécié la synergie positive entre tout le monde. Même quand il y a eu des pépins techniques, des choses qui n’ont pas marché, personne ne s’est plaint, personne n’a râlé, abandonné, tirer dans les pattes de l’autre parce qu’il estimait mériter quelque chose qu’il n’a pas eu. Ce sont des comportements que je retrouve un peu dans certaines rédactions françaises dans lesquelles j’ai pu passer. C’est très français de se plaindre, râler.

Vous avez des exemples ?

J’ai entendu des mecs arriver pour commenter en disant « J’espère qu’il n’y aura pas de prolongations », ou alors en tennis « J’espère que ce sera réglé en 3 sets, et non en 5 sets ». Bah non… moi c’est l’inverse. Après si le match est nul et qu’il se passe rien. Ok mais qu’il y ait une prolongation ou un match en 5 sets si le jeu est bon. Il faut que ça dure 5 heures. J’ai commenté un John Isner / Paul-Henri Mathieu à Roland-Garros, qui a fini à 21h30. Je me suis régalé, c’était génial.

Dans la façon de travailler ou commenter, les méthodes sont-elles les mêmes en France et en Angleterre par exemple ?

Les anglais racontent une histoire quand ils commentent. C’est assez intéressant je trouve. Ils ne sont pas toujours dans la description technico-tactique des gestes, action par action comme on peut faire. Et même quand ils le font, ils ont une manière de le faire qui est diffère et qui est agréable. Par ailleurs, dans la quinzaine de commentateurs à Minsk, 4 ou 5 étaient des anciens sportifs. Une des commentatrices qui était présente, Heather Fell, était médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Pékin en Pentathlon moderne. Aujourd’hui elle commente, alors que chez nous elle serait consultante.

Actuellement, nous sommes en période de Mercato, période compliquée pour le journalisme. Est-ce que ça vous intéresse ?

Ça m’intéresse à suivre parce que j’aime bien me tenir au courant et connaître les stratégies de tel club à prendre un joueur plutôt qu’un autre, connaître les influences entre les agents. Après, bosser pour le mercato, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. Il faudrait être capable d’être en contact avec tous les agents, être capable de faire le travail nécessaire pour savoir si le gars te donne une vraie info, ou s’il essaie de se servir de toi pour servir d’autres intérêts. Il y en a que ça passionne, qui font ça très bien, qui sont intéressants à suivre, sur les réseaux sociaux, dans ce domaine-là. Ils ne sont pas forcément très âgés, se sont fait parfois tout seul, via leur propre réseau. C’est un terrain de jeu que je laisse volontiers aux autres.

Le métier journalistique nécessite des réseaux pour être dans l’information, mais aussi une certaine distance pour l’analyse. Est-ce possible de faire les deux exercices ?

Je pense que c’est compatible et c’est une question d’honnêteté envers soi-même. Je lisais récemment une interview de Loic Tanzi, journaliste passé par Goal qui est aujourd’hui chez RMC et il a un point de vue très intéressant sur le fait que donner l’info en deuxième, ce n’est pas grave. Car au final, il a donné la bonne info et c’est le plus important. Aujourd’hui, il y a une course à l’info, le jeu du « c’est moi qui l’ai eu en premier » que je trouve assez malsaine, parce que ce n’est pas ça le job. Notre travail est que les gens aient la bonne information. Je me souviens d’un ancien prof, on était en 2007 en pleine course à la présidentielle et il n’aimait pas trop le virage qu’était en train de prendre notre métier à travers les chaines d’infos. Il nous disait « Vous allez voir le problème que vont connaitre les chaînes d’information françaises dans quelques années : Elles vont avoir le même problème que Fox News : Une rumeur va devenir une info et un démenti va être une deuxième info ».

Le travail du journaliste est de vérifier la rumeur, si une rumeur est une rumeur, éventuellement notre rôle est de dire que c’est faux, ou alors ne rien dire. Sauf qu’aujourd’hui, lorsqu’une rumeur arrive, on la balance de suite sans vérifier, ensuite on vérifie, et s’il s’avère que c’est faux, on le dit et on a traité DEUX infos. Et dans les deux cas, on a fait de l’audience, on pourra faire un communiquer « leader sur tel sujet ». Sur le mercato il y a un peu de ça… Et je trouve ça dommage.

 Aujourd’hui, il y a une course à l’info, le jeu du « c’est moi qui l’ai eu en premier » que je trouve assez malsaine, parce que ce n’est pas ça le job.

Tout ceci est accentué par les réseaux sociaux ?

Sur le mercato, je peux comprendre qu’il y ait une forme de légitimité à sortir des infos avant les autres. Je comprends la logique qu’il y a derrière. Après moi, je préférerais suivre un journaliste qui a, peut-être eu l’info en deuxième mais qui sur 10 infos en a 9 de bonnes, plutôt qu’un mec qui va balancer tout et n’importe quoi, et qui une fois sur deux aura repris une saucisse à droite à gauche.

Nathalie Iannetta évoquait avec nous le problème du journalisme et de la télé et le fait que « beaucoup aujourd’hui font de la télé, travaillent pour soigner leur propre image. Ils ont oublié que le cœur même de ce métier, c’est de parler et de mettre en valeur les autres. » Partagez-vous son sentiment ? Quels sont les dangers de ce métier ? Quelles sont les règles que vous vous appliquez ?

La télé est grisante. J’ai une petite expérience de présentation sur la chaîne de sport 365. C’était très confidentiel, on ne faisait pas une grosse audience, on n’était pas très connu et on en avait conscience. Mais mine de rien, on recevait quelques messages. « Je vous ai vu, j’aime bien comment vous présentez ». Et c’est grisant. T’as envie qu’on te voit un peu plus.

Comment évitez de tomber dans ce piège ?

J’ai eu la chance d’avoir travaillé avec des rédacteurs en chef et des patrons qui m’ont recadré tout de suite quand j’ai commencé à déraper, à prendre la grosse tête.

Vous ne vous en rendiez pas compte ?

Non, tu ne t’en rends pas compte forcément à chaque fois. Tu es dans l’euphorie du truc, de la télé, tu passes à l’antenne. Et c’est important d’avoir la bonne personne pour te faire redescendre. C’est d’ailleurs, je trouve quelque chose qui manque parfois dans certaines rédactions. Il n’y a pas forcément un retour sur la performance qui a été faite à l’antenne, alors qu’il est important d’avoir des gens extérieurs qui te disent « J’ai regardé, attention.. ». Ce n’est pas systématique et généralisé. Mais oui, Nathalie Iannetta raison. Les stars, ce sont les joueurs. Encore plus aujourd’hui, avec l’essor du streaming et tout un tas de nouveaux moyens pour accéder aux images. Les gens ne vont plus forcément chercher la télé. Si tu fais n’importe quoi, si tu mets en avant ta personne, plus que le produit, les gens ne viendront pas te voir. C’est pour cela qu’il est important de garder ce côté analyse.

Les stars, ce sont les joueurs. Encore plus aujourd’hui, avec l’essor du streaming et tout un tas de nouveaux moyens pour accéder aux images. Les gens ne vont plus forcément chercher la télé. Si tu fais n’importe quoi, si tu mets en avant ta personne, plus que le produit, les gens ne viendront pas te voir.

Justement quelles sont les émissions que vous affectionnez ?

Je regrette qu’une émission comme Les Spécialistes ait disparus. Les premières années des Spécialistes, il y avait autour de la table que des anciens joueurs, anciens entraîneurs comme Raynald Denoueix avec un gros vécu pour parler jeu. C’était formidable et on apprenait des choses. Il y a aussi des journalistes qui ont de très bonnes analyses. Tu prends les podcasts « vu du banc », ils sont extraordinaires de qualité et super agréables à écouter. Après, seraient-ils aussi intéressants à la télé avec les images à l’appui ? Est-ce que ça pourrait tenir sur toute une émission ? Je ne sais pas. Mais je trouve qu’on a perdu un peu ce côté analyse pour garder de l’analyse brut à l’instant T.

Qu’est ce vous appelez l’instant T ? Le debrief d’après match ?

L’instant T, c’est le match, le commentaire. Le debrief juste derrière le match, je n’ai jamais été trop fan. Si on prend l’émission J+1, je trouve qu’on voit une nette différence entre le J+1 original, du lundi soir, c’est-à-dire avec 24h de recul de plus sur la journée de ligue 1, que le J+1 de ces dernières années qui arrive le dimanche soir, juste après le debrief. Il est peut être sous un angle différent et dans un format différent mais il montre des images que tu as vues tout le weekend. Finalement, indépendamment des présentateurs et des équipes éditoriales qui font un très bon travail au demeurant, je trouve que l’émission venant en fin de week-end perd un peu de sa saveur. Quand tu avais passé ta journée du lundi au boulot, t’avais un peu ressassé ton weekend end parce que ton équipe avait perdu. Tu arrivais devant J+1, tu voyais la ligue 1 de manière un peu différente. C’était selon moi plus intéressant.

Que faire pour éviter les pièges justement du côté instantané ?

J’ai la chance pour le moment qu’on ne me fait pas trop faire ce genre d’émissions. Quand on faisait l’émission 365, on faisait un peu d’analyse d’après match, notamment sur les matchs de ligue des champions avec Alexandre Delpérier, David Aiello et Alain Roche. J’essaie toujours de prendre du recul, de sortir un peu du résultat à chaud. On faisait les « notes des joueurs » mais c’est un exercice que je n’aime pas du tout faire. Pour bien mettre les notes, il faudrait le faire en ayant revu le match, ce qui n’est jamais le cas. Les notes de l’équipe sont envoyées le soir, par quatre personnes différentes.

De manière générale, je ne trouve pas les notes fondamentales. Après sur les échanges que je peux avoir sur Twitter, j’essaie toujours de rester le plus objectif, avec le plus de recul possible. Il y a bien sur des clubs que j’aime plus que d’autres, des joueurs que j’aime plus que d’autres. Certains sur lesquels j’ai des aprioris négatifs par rapport à ce que j’en ai vu. J’essaie de toujours rester ouvert. Personne ne détient la science infuse dans le football. Jamais ! Même Guardiola se trompe. C’est peut être le meilleur entraîneur de ces 10/20 dernières années, mais lui aussi se plante. Personne ne détiendra la vérité en matière de foot. Il est important de garder à l’esprit et prendre du recul. Déjà quand tu fais ça, tu n’es pas loin de la vérité.

Selon une enquête de 2014, le métier de journaliste était l’un des plus détesté en France. Comment l’expliquez-vous ?

Je pense qu’on ne s’est pas aidé nous-même, nous les journalistes. Il y a une forme d’entre soi, avec toujours les mêmes têtes qui reviennent. Des journalistes ont également été pris dans des polémiques, avec des propos tendancieux ou choquants, et qui sont toujours là, qui n’ont pas été sanctionnés, parfois promus.

Les réseaux sociaux ont-ils joué un rôle dans cette image actuelle ?

Je pense que les réseaux sociaux ont donné une forme de proximité qui a permis aux gens d’invectiver les journalistes avec lesquels ils n’étaient pas d’accord. Certes, il y a toujours eu des journalistes connus, comme Thierry Roland, mais les gens devant leur télé n’avaient pas accès à ces gens-là. A moins d’attendre Thierry Roland à la sortie du stade. Et encore, les gens sont toujours moins véhéments en vrai que derrière un écran. Mais forcément, quand tu te fais invectiver une, deux, trois ou quatre fois, à un moment, tu réagis. Il y a donc ce lien qui s’est créé, et qui n’a pas donné toujours une image très reluisante aux personnes qui font ce métier-là.

Thierry ROLAND et Jean-Michel LARQUE
Thierry ROLAND et Jean-Michel LARQUE – Source [8]

Je pense que dans le résultat de l’étude dont tu parlais, la vision est faussée aussi parce qu’on sous-entend du journaliste. On a en tête les journalistes qui sont à l’antenne, sont très bien payés, certains font des pubs Et on a l’impression que c’est pour tous les journalistes pareil. Mais la réalité est toute autre. On a des pigistes qui galèrent, qui font une pige de 3h à 9h du matin à la radio pour préparer des bouts sonores qui vont passer dans le JT, qui après doivent traverser la moitié de Paris pour faire une autre pige dans une autre rédaction et qui tous les mois galèrent. Il y a un gap entre les têtes d’affiches payées rubis sur l’ongle, mérité ou pas n’est pas la question. Et puis les autres qui vont trimer.

Le monde de l’information et du journalisme est-il violent ?

Il m’est déjà arrivé qu’on m’ait dit dans une rédaction « on ne peut pas trop te donner de piges en ce moment parce qu’on serre le budget ». Et puis une semaine après, j’apprends qu’ils ont engagé tel journaliste, super connu, qui va toucher un salaire de ministre, qui va amener un nom et quelque chose derrière. Tout ça contribue à la mauvaise image que certains peuvent avoir de notre métier.

Antoine MORIN et David GINOLA - Source [6]
Antoine MORIN et David GINOLA – Source [5]

Un journaliste est-il obligé d’utiliser les réseaux sociaux, comme twitter par exemple ? Quel regard portez-vous sur cet outil ?

Je pense qu’il est difficile pour un journaliste aujourd’hui de se passer d’un compte twitter. Tu t’aperçois que pour les clubs par exemple, l’info passe d’abord sur leur compte twitter puis après elle apparait sur leur site. Je me souviens par exemple quand j’ai commencé : En période de Mercato, quand le PSG voulait annoncer un transfert, le club envoyait un communiqué de presse aux différentes rédactions et ils mettaient l’info sur leur site internet. Aujourd’hui, il y a un tweet pour dire que le club va faire une annonce, puis un deuxième tweet pour annoncer le joueur, puis un troisième tweet avec un communiqué de presse, que tu reçois 5 minutes après dans ta boite mail. Dorénavant, les joueurs communiquent beaucoup dessus, certains entraineurs s’y mettent également. C’est un outil indispensable mais c’est un outil à savoir utiliser. Il faut faire attention à ne pas twitter tout et n’importe quoi. Je le précise à chaque fois. Je suis pigiste, et mes propos par définition ne peuvent pas engager les rédactions qui m’emploient. Si un jour, ce que j’ai mis sur twitter ne plait à pas une direction, celle-ci me convoquera dans le bureau du patron. Mais en aucun cas, elle ne sera responsable de ce que je dis sur twitter.

Avez-vous eu des mésaventures avec cet outil ?

J’ai un profond respect pour les supporters de tous les clubs, qui passent des heures et des heures à suivre l’actualité d’un club qui ne leur rendra pas forcément d’ailleurs. Mais un jour, j’ai fait un tweet pour chambrer les joueurs marseillais et j’ai pris toute une volée de commentaires des supporters de l’OM qui s’étaient sentis visé directement. Certains me disaient « Vous êtes journalistes, vous n’avez pas le droit de tenir ce genre de propos. Comment beIN SPORTS et Canal+ peuvent cautionner ce que vous dites ». Mais ils ne cautionnent rien et ne sont pas responsables des propos que je tiens sur twitter.

Comment vous accommodez-vous de twitter ? Êtes-vous attentif à ce qu’il se dit sur vous sur les réseaux sociaux ?

Il faut faire attention, par rapport à la légitimité et à la crédibilité qu’on veut avoir. Désormais, j’essaie toujours de prendre les choses avec humour, en essayant bien de faire du second degré quand c’est le cas. J’essaie de donner mon analyse personnelle, et être ouvert au débat. Quand je commente, je vais sur le hashtag de la rencontre et je déroule un peu pour voir ce que les gens pensent. Je le fais de temps en temps à la mi-temps ou à la fin du match. Il peut y avoir des critiques, parfois des insultes, parfois des choses très intéressantes où j’apprends des choses. Les gens qui regardent les matchs de beIN SPORTS MAX sont supporters d’un des deux clubs, souvent habitent la ville en question et donc ils ont vu ou entendu des choses pertinentes. Quelques fois, je me permets de répondre, toujours en essayant de rester poli et courtois, encore plus quand j’ai été insulté. Après deux ou trois tweets, le ton change. C’est un outil indispensable mais il faut savoir le manier.

Un grand merci à Antoine pour sa disponibilité et nous lui souhaitons bonne continuation dans la suite de son activité à la télévision.

Propos recueillis par The Wolfman

Source et références

[1] – Antoine MORIN

[2] – Site Sofoot

[3] – Site Aupremierpoteau

[4] – Site FootballFancast

[5] – Steve Picard

[6] – Site lescahiersdufoot

[7] – Site OuestFrance

[8] – Site ohmygoal

[9] – Image à la Une : Crédit Media 365