PRO – Entretien avec Jordan GALTIER – Formateur à l’AC AJACCIO

Objets du club et des supporters des années 50

Joueur formé à l’AJ Auxerre, passé par Bordeaux, Fréjus et le Cap Ferret, Jordan est passé du terrain au banc et occupe désormais le poste entraîneur des U17 Nationaux de l’AC Ajaccio. Avec simplicité et générosité, nous sommes revenus avec lui sur son parcours en centre de formation, son parcours de formateur, et son rôle aujourd’hui à l’AC Ajaccio.

DÉCOUVERTE DU FOOTBALL

Pouvez-vous revenir sur votre enfance, le contexte dans lequel vous avez grandi ?

Je suis né dans le Nord, à Villeneuve d’Ascq lorsque mon père y jouait. Je n’y suis pas resté longtemps car il fut transféré à Toulouse. Par la suite, mes parents ont divorcés, nous avons vécu mon frère et moi avec ma mère entre dans le sud de la France. Nous étions basés à Avignon mais nous avions beaucoup de famille du coté de Sète (34). Puis à l’age de 13 ans, je suis entré au Centre de Formation de l’AJ Auxerre ou ma famille m’a suivi.

Difficile de passer sous silence votre lien de parenté avec Christophe, entraîneur de football professionnel, ancien coach de l’AS Saint-Etienne et qui fait le bonheur du LOSC. J’imagine que le foot est arrivé très tôt dans ta vie… Quels sont vos premiers souvenirs de foot ?

Le tout premier souvenir de football que j’ai… C’est la tête de Basile Boli lors d’un OM / PSG en 93 après la finale de Coupe d’Europe des Clubs champions il me semble. Je me souviens encore avoir été impressionné par la puissance du tir. J’étais très jeune mais je m’en souviens. L’autre souvenir, c’est ma professeure des écoles s’est moquée de moi devant toute la classe quand j’avais répondu que je voulais devenir footballeur professionnel… en me disant que ce n’étais pas un métier. J’étais en CP.

Qu’est ce qui vous a attiré dans le football ?

Le jeu, le fait de marquer des buts, d’avoir des émotions mais aussi le fait d’être avec une équipe de copains. Ça a surtout commencé par ça d’ailleurs. Les tournois avec les familles, les glacières etc.. C’était quand même généralement que du plaisir… Même si, les défaites me rendaient dingues.

A quel âge débutez-vous le football ? A quel poste ?

Je me suis souviens avoir commencé à jouer du coté du FC Sète vers l’âge de 5 ans. J’étais un joueur dribbleur et offensif. J’aimais avoir le ballon, je me confrontais souvent à des joueurs plus âgés, j’aimais le duel. J’ai toujours été plus petit que la moyenne, il a donc fallu que je trouve d’autres solutions.

Étiez-vous supporter d’un club de football ?

Ayant grandi dans la région Marseillaise, je supportais l’OM. Nous allions au vélodrome quand j’étais plus jeune, ce n’était vraiment pas loin de la maison J’avais aussi visité à l’age de 9 ans lors d’un tournoi, le Camp Nou et son musée. J’étais devenu accro finalement au FC Barcelone. Je me suis un peu éloigné de cet esprit « supporter » en prenant de l’âge.

Quels sont les modèles, joueurs, coachs qui vous ont inspiré ?

Le joueur qui me fait encore rêver aujourd’hui, c’est Lionel Messi. Je ne l’ai pas encore vu jouer en réalité, mais je ne loupe pratiquement aucun match de lui. Je trouve que tout ce qu’il fait va dans le sens du jeu… Il m’impressionne dans sa rapidité de prise d’information, et la capacité à réaliser le geste juste. Plus jeune, j’étais aussi fan de Redondo du Real Madrid, gaucher, argentin, élégant…même s’il jouait pour le rival (rires)

Puis, Philippe Mexès, quand j’étais au centre, j’étais impressionné par son charisme et son niveau quand il était à L’AJA. Je pense qu’il aurait pu faire une meilleure carrière au niveau international. Je l’imitais pour ses coupes de cheveux quand j’étais à l’AJA (rires)

PARCOURS DE JOUEUR

Vous rejoignez le centre de formation de l’AJ Auxerre. Comment êtes vous détecté par le centre de formation bourguignon ?

Je jouais dans la région d’Avignon en 13 ans Ligue Méditerranée, mais avec la génération 88 alors que je suis un 89. Assez rapidement, au mois de septembre, des clubs ont contacté ma mère pour que je puisse faire des essais, ou parfois même sans faire d’essai. D’ailleurs pour la petite histoire, et ça me fait sourire maintenant, le premier Club à avoir contacté ma mère fut l’AS Saint-Étienne. Parfois la vie hein… Je jouais dans ma région et des scouts sont venus m’observer sur des matches comme ça se fait encore aujourd’hui. Finalement, je me retrouve avec une quinzaine de centre de formation souhaitant me faire venir dans leurs structures. Pratiquement tous les clubs de L1 et 2 clubs étrangers.

Ma mère ne voulait pas que je parte à l’étranger. Finalement, nous faisons un choix sur 3 clubs à visiter : Rennes, Auxerre et Montpellier. Guy Roux appelait personnellement ma mère le soir… La première fois, nous pensions même que c’était une blague d’un ami à nous et lui avons raccroché au nez (rires). Evidemment, nous nous sommes excusés par la suite.

Je signe le jour de la finale Ligue des Champions quand Zidane met son but en reprise de volée face à Leverkusen. Daniel Rolland mangeait chez nous à Avignon ce soir là.

Quel était votre statut à l’AJ Auxerre ?

Je suis arrivé comme grand espoir du Club. L’AJA avait mis beaucoup de moyens sur ma venue. Avec le recul, ça parait presque irréel. Et encore, des clubs étaient capables de faire encore plus. Le seul joueur pour qui ils avaient fait autant, avant moi, c’était pour Philippe Mexès. Mais finalement ce statut ne m’a pas dérangé les premières années.

Quelles étaient vos qualités selon vous, perçues par l’AJA ?

Je pense qu’ils aimaient ma percussion, ma technique, ma vitesse et ma vision du jeu.

Quelle était l’importance accordée aux études dans le processus de formation ?

Pour moi, c’était important d’aller minimum jusqu’au bac. J’étais un bon élève en partant de ma région, j’ai voulu continuer dans ce sens. J’ai toujours pensé de prévoir une roue de secours on va dire… J’ai eu plutôt raison (rires).

J’étais jusqu’en seconde dans un collège normal , en étant interne au centre de formation. Puis par la suite, j’ai suivi un BAC ES alors que j’étais plutôt quelqu’un de littéraire. Mais le Club n’a pas ouvert une section Littéraire pour moi car j’étais le seul élève à souhaiter suivre cette voie… Ils l’ont ouvert l’année d’après pour un autre élève… Sympa…

Vous restez cinq ans à l’AJA. Quelles sont les personnes, les formateurs qui vous ont marqué ?

J’ai été marqué par tout les entraîneurs que j’ai eu à Auxerre car ils m’ont tous fait confiance. A partir de ce moment là, tu te sens bien et tu peux donner le maximum. Même le directeur du centre était sympathique envers moi. J’étais un gentil garçon qui ne causait pas de problème, c’était aussi peut être pour cette raison.

 Que vous propose l’AJA après ces années ?

Lors de ma dernière année d’aspirant, je suis blessé depuis un moment, j’ai une pubalgie depuis presque une saison entière, il m’arrive même de forcer pour essayer de jouer. Dans mon contrat, j’avais déjà un contrat stagiaire de 2 ans derrière. Finalement, je pense avec le recul que, aussi bien de mon coté que de celui de l’AJA, nous nous sommes mal entendus. J’ai pris la décision de changer de club, pour des raisons qui aujourd’hui me paraissent… futiles

Qu’est ce qui a motivé un tel choix ?

Je voulais changer de région, j’avais beaucoup de pression sociale et finalement du club de part mon statut. Ca n’allait pas dans le sens que je souhaitais au niveau sportif parce que j’étais souvent blessé. Je n’ai donc pas progressé comme j’aurais du le faire. On me propose de reprendre avec l’équipe de CFA 2, et moi je voulais reprendre avec la CFA.

Vous jouez en CFA pendant deux ans, avec toujours l’espoir de devenir pro ?

Oui, surtout dans un grand Club comme Bordeaux. Mais je suis vite rendu compte que j’avais perdu de la confiance notamment. Et sur le plan physique, j’étais vraiment en dessous avec cette dernière blessure. Puis le style de jeu : j’ai été formé d’une manière, dans un cadre de jeu à l’Auxerroise, et quand je suis arrivé à Bordeaux, on m’a demandé de faire autre chose. Mais je ne savais pas le faire au départ. C’est d’ailleurs quelque chose dont je m’inspire actuellement. J’étais formaté à l’Auxerroise. J’ai mis du temps à m’adapter et à retrouver mon niveau. J’ai même refusé de devenir latéral aux Girondins de Bordeaux. Je pense que c’est ma plus grande erreur à ce jour…

J’ai même refusé de devenir latéral aux Girondins de Bordeaux. Je pense que c’est ma plus grande erreur à ce jour…

Après Bordeaux, vous partez à Fréjus Saint-Raphael, puis rebondissez à Arles en ligue 2, avec lequel vous jouez assez peu. Qu’est ce qui finalement n’a pas fonctionné selon vous pour perdurer dans le milieu pro ?

J’avais pris du retard sur le plan physique et malheureusement pour jouer en L2, il vous en faut.. Ou alors, il faut être un monstre dans un autre domaine. J’avais pris trop de retard, même si je pense que certains entraîneurs auraient pu me faire jouer davantage. J’ai vite été mis de côté par la direction pour des motifs que je ne connais pas encore. Durant cette période, j’ai appris sur moi-même et j’ai commencé à passer mes diplômes.

Comment gère-t-on la frustration de ne pas jouer ?

Je me suis réfugié dans plusieurs choses. La première, c’est que je m’étais juré de toujours faire passer le collectif avant moi. Ca m’a surement joué des tours mais bon… La seconde, c’est que je n’aurais aucune excuse. J’ai donc travaillé et beaucoup travaillé. La troisième, j’ai vite anticipé le fait que ma carrière allait s’arrêter rapidement. J’ai donc commencé à passer mes diplômes.

Matthieu BIDEAU, responsable du recrutement à Nantes et Laurent Mommeja (créateur du site Espoirsdufootball) sont auteurs du livre Je Veux Devenir Footballeur Professionnel (JVDJP). Ce livre conseille notamment aux joueurs qui ne sont pas conservé dans les centres de formation à structure professionnelle, de revenir à un milieu « loisir ». C’est ce que vous faites en signant à Lège Cap-Ferret. Pourquoi avoir choisi cette option plutôt que continuer en nationale ou partir à l’étranger ?

Je n’ai pas lu le livre mais je pense que finalement nous allons tomber d’accord. Il faut d’abord retrouver ce qu’on recherchait quand on était petit, à savoir le plaisir. Le plaisir de simplement jouer. Ensuite, il vaut mieux être « considéré » dans un club amateur même dans une équipe première de CFA 2 que d’être « ignoré » dans un Club de National. Finalement, j’aurais pu trouver un club plus « huppé » que Lège Cap Ferret car je sortais de 2 bonnes saisons.. Mais mon choix était fait depuis un moment.

Jordan GALTIER à Lège Cap-Ferret
Jordan GALTIER à Lège Cap-Ferret – Source [4]

Estimez-vous avoir fait des mauvais choix dans votre cursus de footballeur. Avez-vous des regrets ?

Oui beaucoup…Finalement j’ai presque fait que ça (rires). Mais j’ai beaucoup appris, et je suis devenu un Homme rapidement. Je me suis adapté à chaque situation, encore plus quand c’étaient des échecs. En ce sens, j’estime ne pas avoir perdu de temps, car toutes ces petites choses m’ont servi pour mon présent. C’est la vie, on tombe souvent, parfois beaucoup, mais il faut savoir vite se relever et aller de l’avant.

Ce livre JVDJP rappelle ô combien il est difficile de devenir footballeur pro… le taux d’échec, la difficulté de vivre le deuil de devenir joueur pro de haut niveau. Comment illustreriez-vous cette difficulté ? Avez-vous des anecdotes ?

Non je n’ai pas de difficulté car j’ai la chance d’être encore dans le milieu du foot et de pouvoir partager mon expérience avec des jeunes qui peuvent vivre la même chose que moi. Je me souviens le jour où Patrick Battiston m’a annoncé que je ne poursuivrais pas ma carrière aux girondins. Ce fût difficile même si je m’y attendais. Mais j’avais une bonne relation avec Patrick. J’ai senti un peu d’émotions dans ses paroles. Encore la semaine dernière, nous nous sommes croisés et nous avons beaucoup échangé. J’ai beaucoup de respect pour tout les coaches que j’ai eu, excepté un en professionnel. D’une certaine manière, ils m’auront tous apporté quelque chose

Auriez-vous aimé un tel livre à l’époque de vos débuts en centre de formation ?

Peut être que je ne l’aurais pas lu comme la plupart des jeunes. Je pense qu’il faut vivre les expériences et non pas seulement les apprivoiser. On a beau dire, prévenir, orienter les jeunes, tant qu’ils sont dans le cursus, ils pensent tous et heureusement, qu’ils seront dans les 3% de pros qui sortent…

DU TERRAIN AU BANC DE TOUCHE

A quel moment l’idée d’entraîner fait son chemin et devient un projet d’après carrière ?

Dès le Club de Fréjus, car je voyais des séances qui me rendaient déjà dingues. J’ai accéléré le processus à Avignon. Comme je ne jouais pas, j’avais du temps (rires)

Aviez-vous anticipé cette reconversion avec le passage de diplôme ?

Non pas du tout. Je ne voulais pas passer mes diplômes au départ. Puis on m’a conseillé d’essayer un jour et que je saurais de suite si ca me conviendrait ou pas. Dès le premier jour, j’ai su que je voulais avoir un jour des joueurs à diriger. Ce fut une révélation.

Avez-vous des d’entraîneurs qui vous inspirent ?

Oui. J’aime la philosophie de Guardiola mais je suis aussi impressionné par Simeone par exemple. Un autre coach que j admire est Sarri par son parcours atypique et ses résultats

Anthony RIMASSON, formateur passé par Brest, Rennes ou Benfica revenait sur « la fainéantise en France du côté des langues qui nous empêche de nous exporter et de s’ouvrir sur l’extérieur ». Êtes-vous d’accord avec ce constat ? Parlez-vous une langue étrangère ?

Je n’ai pas assez de recul sur cette thématique. Oui je parle Anglais et Espagnol couramment, ce qui me permet de lire beaucoup d’ouvrages espagnols…Un jour, un entraîneur de L1 m’a dit que c’était un argument en plus de parler plusieurs langues. Disons que j’étais surtout bon qu’a ça au final à l’école (rires)

Vous avez commencé chez les jeunes à Lège-Cap Ferret, puis vous devenez entraîneur adjoint et entraîneur principal. A quel niveau évoluait le club et comment se font toutes ces évolutions de poste ?

J’ai commencé en bas de l’échelle avec les U11, et je voulais pas le faire. On m’a un peu forcé mais j’ai adoré au final. C’était tellement bon de voir ces gamins jouer. Cette année là, je n’ai pas gagné un seul match de la saison mais je croise des ados maintenant qui me prennent dans leurs bras. Finalement, le résultat importe peu à cet age, il faut même le bannir à mon sens.

Cette année, là, je n’ai pas gagné un seul match de la saison mais je croise des ados maintenant qui me prennent dans leurs bras. Finalement, le résultat importe peu à cet age, il faut même le bannir à mon sens.

Après les jeunes, vous avez pris les U17 ? 

Oui, j’ai entraîné les U17 DH. C’est à partir de la que j’ai pu commencer à prendre des risques, me tromper et du coup vite trouver des solutions. J’étais en même temps, joueur de l’équipe première et Adjoint sur l’équipe première. Je n’ai pas beaucoup vu le jour cette année là. Mais encore une fois, j’ai appris à vitesse grand V, surtout dans le monde amateur où il faut trouver des solutions avec peu de moyens. C’est durant cette période que j’ai réfléchi au fait que le plaisir devait passer au dessus de tout même chez nous, en formation. Un joueur te donnera toujours tout, si tu commences par lui donner un ballon. J’avais des amis qui se faisaient chier aux séances quand il n’y avait pas de ballon, du coup j’entendais les réticences. Moi le premier, je voulais pas faire le travail sans ballon, je m’en étais tapé durant 1 an, 3 fois par semaine quand j’étais un banni à Avignon. Donc la base, les joueurs doivent venir en se disant : « Aujourd’hui on va s’amuser » quelque soit le niveau au final. Bien évidemment il faut un cadre et d’autres choses tout autour, mais c’est la base quand même. J’ai voulu faire ça directement lors de la prise de l’équipe première qui évoluait en CFA2. J’avais 27 ans, j’avais joué avec la plupart des joueurs de l’effectif.

Quelles sont les infrastructures pour un club de ce niveau ? 

Nous avions 3 séances à la semaine le lundi, mardi et jeudi Nous avions quand même des conditions convenables pour le niveau même si le manque de terrain pouvait se faire ressentir certains moments. La disponibilité des joueurs aussi. Nous mettions en place un système de présence pour que la saison se déroule bien.

N’est-ce pas difficile d’entraîner des anciens coéquipiers ?

Je me suis fâché avec des joueurs alors qu’ils étaient des amis. Après, on a dit que j’avais fait du copinage… Ça me fait bien rire vu le nombre d’amis que j’ai perdu en 2 ans. Je savais que c’était un risque mais je ne regrette pas mon choix. Je me suis vite heurté à des ego finalement plus forts que dans le monde professionnel… même chez les dirigeants. Certains sont justes là pour être sur la photo finale et te défoncent par derrière. Bien évidemment, ils sont soi-disant « invirables » car ils ramènent des sponsors.

Je me suis vite heurté à des ego finalement plus forts que dans le monde professionnel

Si c’était à refaire… Vous changeriez quoi ?

Je pense que si c’était à refaire, je mettrais un coup de pied dans la fourmilière, car certains m’ont foutu des bâtons dans les roues car je ne leur avait pas donné le rôle qu’ils auraient voulu avoir. Mais, ils ne se rendent pas compte qu’ils n’en sont pas capables. Le regret que j’ai de cette période, c’est que je n’ai pas été moi-même. Je me suis retenu de plein de chose pour le bien du club et je me suis un peu renié. J’aurais du faire autrement pour faire partir certaines personnes proches de l’équipe qui étaient nuisibles. Mais encore une fois ça m’a servi…

Anthony RIMASSON, expliquait que les « meilleurs formateurs sont toujours en haut, à la formation, et les formateurs débutants s’occupent des petits. Il faudrait instaurer un organigramme diffèrent en priorisant la base, en mettant les plus performants dans les catégories charnières : la préformation U12 U13 et la catégorie U17, de manière à développer des fondations chez le jeune joueur les plus solides possibles. » Est-ce quelque chose que vous avez observée ? Qu’en pensez-vous ?

Je pense aussi cela. J’en ai parlé ce matin même avec un membre du staff de la formation. Seulement dans notre société, les « meilleurs » doivent être en haut et plus rémunérés que ceux d’en bas. C’est comme ça… Est-ce que les formateurs travaillent pour eux ou pour leurs jeunes ? Auquel cas, j’estime qu’il te faut en U13 et en U14 les deux meilleurs éducateurs du Club. Après U17-U19 on entre dans autre chose. Nous devrions pouvoir bénéficier du travail effectué « en dessous » et ainsi optimiser le potentiel du joueur.

Aujourd’hui, vous êtes au centre de formation à l’AC Ajaccio. Comment est née cette opportunité ? Quelle est votre fonction au quotidien ?

J’avais croisé et échangé avec le directeur lorsqu’il était sur Bordeaux. Nous nous sommes parlés et il m’avait dit qu’il cherchait un éducateur pour les U17. Evidemment ce poste intéressait. Je me suis déplacé en Corse et cela s’est fait naturellement.

Je m’occupe du groupe U17 Nationaux qui comportent aussi des U16 et quelques U15. Je suis responsable de toutes cette catégorie. Au quotidien, cela concerne la mise en place des séances entraînements, les suivis des joueurs, faire un tour dans leurs chambres, voir les professeurs d’écoles car nous sommes dans un triple projet il ne faut pas l’oublier : Sportif, Scolaire et Humain.

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Jordan GALTIER à l’AC Ajaccio – Source [7]

Quels sont les moyens (techniques/tactiques/outils numériques) que vous utilisez pour travailler ? Utilisez-vous la vidéo ?

J’utilise les nouvelles technologies. Evidemment, le portable avec un groupe commun pour faire parvenir les informations en direct au groupe de joueurs. Ca permet aussi de garder un lien tous ensemble mais si personnellement je n’interviens jamais dans leurs discussions. J’utilise la vidéo pour les retours collectifs et/ou individuel. Soit je l’envoie aux joueurs par mail, soit je le fais en direct avec le joueur à coté.

J’ai mis une fiche de rapport pour que l’analyse vienne de lui et non pas de moi. C’est au joueur à détecter ce qu’il a bien fait ou moins bien fait pour ensuite qu’il détermine lui-même des axes de progression. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas MON avenir mais le LEUR. Je suis la pour les accompagner du mieux que je peux.

On entend souvent que « Seule la victoire est belle » ou que « l’histoire ne retient que les gagnants ». Êtes-vous d’accord avec ça ?

Non pas du tout et je ne veux surtout pas entendre parler de ça. Le processus est beaucoup plus fort émotionnellement que les seules victoires… Je reviens toujours à la même image, quand vous étiez jeune et vous étiez dans la cour de récréation, vous vouliez jouer, et non pas gagner. Pourquoi changer ? Evidemment qu’il faut gagner dans le football de haut niveau, mais pas n’importe comment. Je suis convaincu qu’a long terme, votre groupe de joueurs vous donnera toujours plus si vous les rassemblez par un projet commun et vers des objectifs définis ensemble. Le fil rouge de tout ca est le processus mis en place. Comment allons nous faire, pour jouer, tous ensemble en mettant nos points forts au service du collectif pour gagner et prendre du plaisir ?

Votre groupe de joueurs vous donnera toujours plus si vous les rassemblez par un projet commun et vers des objectifs définis ensemble.

Thierry Guillou, formateur et auteur du livre Football et formation, une certaine idée de jeu, nous disait remettre le plaisir au centre du terrain en déclarant que « Le football est un JEU et pour jouer il faut une certaine liberté. La liberté est source de plaisir et d’apprentissage. Et l’erreur fait partie intégrante du processus d’apprentissage. » ? Le rejoignez-vous sur ce sujet ?

TOTALEMENT. J’ajouterais qu’il faut faire très attention quant au terme « liberté ». Liberté dans le jeu ? Ca dépend. Pas tout le temps et pas n’importe comment. Chaque joueur à un rôle à jouer avec et sans ballon. On n’est pas libre de faire ce qu’on veut car nous devons en permanence créer des problèmes chez l’adversaire. Pour cela, il faut anticiper une voire deux phases de jeu pour certains joueurs. Personnellement je pense, qu’on prend du plaisir, quand durant un match, inconsciemment on se dit : « Cette situation, je l’ai déjà vécue aux entraînements, donc par conséquent je vais utiliser telle solution ». Surement qu’il existe plusieurs solutions. La liberté est celle-ci pour moi.

Et l’erreur ?

En ce qui concerne l’erreur, je suis partisan du « on progresse grâce à l’erreur ». Je demande souvent à mes groupes de se tromper. Non pas pour que je puisse intervenir et imposer des choses, mais pour qu’il y est de interaction entre eux dans un premier temps, puis avec moi. Pourquoi on s’est trompé ? Comment on remédie à ça ? Cette facette du métier est celle surement que je préfère.

Le papa d’un joueur me disait en début de saison, qu’il ne comprenait pas pourquoi j’encourageais son fils quand il loupait des passes. Et je lui ai répondu que le jour où elles passeraient, nous ferions mal à nos adversaires. Son fils est défenseur central et on était sur l’apprentissage du jeu entre les lignes. Nous nous sommes croisés hier et il m’a dit « coach, c’est bon j’ai compris ». Pourtant le gamin s’est trompé plusieurs fois. Il faut toujours tiré profit d’une erreur. C’est un peu ma vie aussi.

Comment faire converger des jeunes joueurs dans un projet collectif, dans un sport de plus en plus individualisé par les statistiques, et autres récompenses individuelles ?

Il faut leur faire comprendre que sans l’Equipe, ils ne sont rien. Les meilleurs seront forcement dans la lumière si le collectif fonctionne bien. Cela se travaille dès le premier jour d’entraînement : Faire en sorte que chaque individu se sente important dans le collectif quelque soit finalement son statut. Le joueur qui joue moins est forcément triste, mais il a son importance.

Il faut faire en sorte que chaque individu se sente important dans le collectif, quelque soit finalement son statut. Le joueur qui joue moins est forcément triste, mais il a son importance.

Durant votre formation et votre carrière, avez-vous ressenti cette pression du résultat au détriment du jeu et du plaisir?

Oui, au début. Mais j’ai vite basculé vers cette notion de plaisir collectif. Faire les choses ensemble, des passes, défendre, couvrir un partenaire. Pour moi, il n’y a rien de mieux que cette relation humaine que tu crées dans un collectif. Je ne suis pas prêt à gagner a tout prix, tricher. Ça ne m’intéresse pas.

Quelle est selon vous, la part la plus prépondérante entre l’approche technico-tactique et la gestion humaine de groupe dans le métier d’entraîneur ?

Il n’y a pas de part plus importance, elles sont étroitement liée ! Comment voulez vous mettre en place un projet de jeu si vous n’arrivez pas à convaincre votre groupe ? C’est étroitement liée, même si je pense que la part gestion humaine prend de plus en plus de place.

Un grand entraîneur est-il nécessairement un grand psychologue ?

Je ne sais pas. Certains sont distants, d’autres proches. Je n’ai pas d’avis sur cette question.

Enfin, un dernier mot pour votre Papa, élu meilleur entraîneur de ligue 1 au LOSC, trophée qu’il avait déjà partagé avec Carlo Ancelotti après un superbe parcours à Saint-Étienne. C’est une grande fierté j’imagine pour vous… mais également une pression. N’est ce pas trop difficile d’être le « fils de » ?

Oui je suis très heureux et fier pour lui, pour son staff. C’était important après son passage à Saint-Étienne qu’il puisse montrer qu’en sortant du contexte, il allait faire quelque chose de bien. Si la prise en main fut compliquée, il a su avec son staff et ses dirigeants, monter une superbe équipe, et un projet de jeu qui correspondait aux qualités du recrutement ou vice versa finalement.

 Quelle est selon vous sa ou ses plus grandes qualités d’entraîneur ?

Je pense qu’il en a plusieurs. La première, c’est sa capacité à s’adapter à un contexte et de s’en imprégner. La deuxième, c’est cette faculté à fédérer autour de lui. C’est pour moi hyper important. Et enfin la dernière, c’est quelqu’un qui se remet en question en permanence. Grâce à cela, il est capable d’apprendre encore. Ses approches tactiques, et le jeu du Losc l’ont prouvé cette saison.

Un grand merci à Jordan Galtier pour sa disponibilité et son enthousiasme et lui souhaitons toute réussite dans la suite de sa carrière.

Sources et références

[1] – Site AncienscentreAJA

[2] – Site Girondins4ever

[3] – Site Girondins4ever

[4] – Site 20minutes

[5] – Site SudOuest

[6] – Site Actufoot

[7] – Site 84gfoot

[8] – Site Ladépêche 

[9] – Site Parisfans

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