Christophe Pélissier – Source [1]

Footballeur au poste de milieu de terrain, Christophe Pélissier devient entraîneur à partir des années 2000 avec une réussite impressionnante : Une montée en CFA avec L’US Revel, deux montées en Nationale et Ligue 2 avec Luzenac, avant que la LFP n’interdise administrativement de jouer en Ligue 2. Après l’obtention du DEPF, il décide de rebondir en Nationale à Amiens avec le succès qu’on connait : Deux montées successives plus tard, c’est en ligue 1 qu’Amiens et son coach continuent l’aventure débutée en 2015. C’est avec beaucoup de gentillesse et de simplicité, que le coach amiénois a accepté de revenir sur son parcours amateur, son expérience douloureuse à Luzenac et sa réussite en picardie.

LA DÉCOUVERTE DU SPORT ET DU FOOTBALL

Pouvez-vous revenir sur votre enfance, le contexte dans lequel vous avez grandi

Je suis né à Revel, en Haute Garonne (31), j’ai grandi dans un univers footballistique car mon père a été gardien de but en CFA à l’US Revel, dont mes grands-pères étaient dirigeants et mon oncle par la suite, entraîneur des gardiens de but. Dans mon quartier, nous étions beaucoup de jeunes et jouions au foot tous les jours ainsi qu’à beaucoup d’autres sports.

Vous êtes originaire d’une région du ballon ovale. Pourquoi avoir opté pour le football ?

Parce que je n’avais peut être pas le physique pour jouer au rugby (rires). Plus sérieusement, dès l’age de 5 ans j’étais inscrit à l’école de foot, qui était très bien structurée, avec des éducateurs qui ont su nous transmettre la passion pour ce sport. Mes premiers souvenirs sont mes débuts comme gardien de but (comme papa) et mon premier match dans le champ à 12 ans où j’avais marqué deux buts… Ensuite il y eu mon premier match en senior (en DH) à l’age de 16 ans.

Étiez-vous supporter d’un club de football ?Aviez vous des modèles ou référents ?

Oui, j’étais supporter de Saint-Etienne. J’ai même assisté à la finale à Glasgow en 1976. Michel Platini et Dominique Rocheteau étaient mes deux modèles.

Vous avez joué à un niveau amateur au poste de milieu de terrain. Qu’est ce qui vous attirait dans ce poste ? Une carrière de joueur professionnelle a-t-elle été envisagée ?

Pour le poste de milieu, c’est le fait d’être au centre du jeu et de toucher beaucoup de ballons qui me plaisait. Quand on est jeune, on a toujours le rêve de devenir joueur professionnel mais je me suis arrêté en National. Je ne me voyais pas travailler dans un autre secteur que le sport, j’ai même donné des cours de tennis pendant 7 ans .

Christophe Pelissier - Muret
Christophe Pélissier – Muret – Source [3]

DU MONDE AMATEUR AU NIVEAU PROFESSIONNEL

Début en amateur à l’US REVEL

Vous arrêtez de jouer en amateur en 2000 pour prendre le poste d’entraîneur de l’US Revel. Comment est née l’idée de passer du terrain au banc de touche ?

D’une manière tout à fait naturelle. Les deux dernières années, j’avais la double casquette d’entraîneur joueur.

L’US Revel était à l’époque en division régionale me semble-t-il. Comment s’organise une semaine de travail pour un club de ce niveau ?

A ce niveau, c’est toujours très compliqué car il faut prendre en compte tous les aléas du joueur et club amateur, que ce soit le travail, la présence à l’entraînement, les infrastructures. Nous avions un groupe de 15 à 20 joueurs, faisons trois séances d’entrainement par semaine, avec un terrain en herbe et un stabilisé.

Était-ce un poste à plein temps ou aviez-vous un travail à côté ?

Je travaillais à coté comme éducateur sportif

Vous parvenez notamment à faire monter votre équipe en CFA 2. Quels souvenirs gardez vous de cette montée ? La différence de niveau entre la CFA2 et la division régionale est-elle importante ?

Cette montée avait une valeur très symbolique car le club n’avait plus accédé à un championnat national depuis 40 ans. De plus, c’était vraiment un groupe très réceptif et très compétiteur. Malheureusement, à cause de carrière professionnelle pour quelques uns, nous n’avons pas pu travailler sur la continuité avec ce groupe.

Cette montée avait une valeur très symbolique car le club n’avait plus accédé à un championnat national depuis 40 ans.

La coupe de France est une compétition qui compte beaucoup pour les clubs amateurs. Comment abordiez-vous cette compétition ?

La coupe de France, on l’abordait toujours avec beaucoup d’envie et de rêve. Malheureusement sans réussite en étant 2 fois éliminé au 8ème tour notamment une fois, nous avions éliminé en 16ème l’AC Ajaccio alors en ligue 2.

Beaucoup de joueurs amateurs sont passés par des centres de formation, sans pour autant devenir professionnels. J’ai le sentiment que la coupe de France n’est plus tellement une fête entre amateurs et professionnels, mais davantage une « revanche » du milieu amateur, frustrés et un brin jaloux de la réussite des pros…Partagez-vous ce sentiment ?

Non, je pense que la coupe de France reste toujours une fête. Sur un match, le niveau se rétrécit car beaucoup de joueurs sont très bien formés en France. Et il n’y a pas de place pour tout le monde…

L’épopée LUZENAC

Après un bref passage à l’AS Muret, vous rejoignez Luzenac AP en 2007-2008. Comment s’est noué les contacts avec Luzenac ? Quelles étaient les ambitions du club à votre arrivée ?

Tout s’est passé par l’intermédiaire du directeur sportif, Alain Canale, avec qui j’avais joué à l’US Revel. L’objectif du club était de se maintenir en CFA.

Dès la saison 2008/2009, vous obtenez la montée en Nationale en terminant second du championnat. Quels sont les souvenirs de cette période ?

Je garde en tête des souvenirs extraordinaires car nous jouions avec une totale insouciance. Il n’y avait que deux contrats fédéraux et nous nous entraînions le soir, nous nous déplacions en mini bus. Nous sommes champions de notre groupe en enchaînant à partir de février 11 victoires consécutives.

A quoi attribuez vous cette réussite aussi rapide ?

Au travail, à l’exigence, à l’humilité.

Malgré un budget très limité, vous parvenez à maintenir et stabiliser le club en nationale. Entre jouer une montée et lutter pour le maintien, qu’est ce qui selon vous est le plus difficile ?

Dans les deux cas, il s’agit de savoir quels moyens on dispose pour atteindre l’objectif. Mais pour moi, le plus dur est de jouer la montée car ça laisse que très peu de joker dans la saison et l’exigence mentale doit être très élevée.

Lors de votre dernière année au club, vous terminez second et accédez sportivement à la L2. Était-ce une surprise ?

En début de saison, totalement. Par la suite, plus vraiment car le résultat est la conséquence du travail et de l’implication de tous tout au long de l’année. J’ai toujours tendance à dire que dans le sport, il n’y a pas de hasard et que l’on a ce que l’on mérite.

Quels étaient les secrets de la réussite du club ?

Une unité totale au sein du club qui rejaillit sur les joueurs

Comment cette réussite sportive était-elle perçue par ce village d’environ 600 habitants niché sur les rives de l’Ariège ?

C’était vraiment extraordinaire, avec une communion totale avec un public et plus largement avec un département. Nous étions comme dans les bandes dessinées, le village d’irréductibles gaulois qui défiait les gros clubs.

Nous étions un peu comme dans les bandes dessinées, le village d’irréductibles gaulois qui défiait les gros clubs.

Malgré la réussite sportive du club, un avis favorable de la Commission d’appel de la Direction Nationale de Contrôle et de Gestion (DNCG), le Conseil d’administration de la Ligue de Football Professionnel a décidé de refuser l’accession du LAP en raison d’un « stade ne répondant pas aux normes réglementaires de sécurité ». Comment avez-vous vécue cette situation ?

On a vécu ça d’une manière très douloureuse car pour moi, toutes les valeurs du sport ont été bafouées.

Pour quelle raison la solution d’utiliser le Stade Ernest Wallon n’a pas été possible ?

A priori, des normes de vidéo surveillance même si je pense que c’était un bon prétexte…

Comment s’est terminée cette aventure humaine, entre joueurs, staff et personnels du club ?

Elle s’est terminée très tristement… et une cicatrice est ancrée en nous

Comment croire encore au sport après une telle désillusion ? Qu’avez-vous fait entre le départ de Luzenac et le projet d’Amiens ?

Je me suis beaucoup interrogé, mais j’ai eu la chance à cette période d’être en formation BEPF et le contact des collègues et des formateurs m’a permis de tenir le coup

AMIENS et la découverte du milieu professionnel

Vous retrouvez un banc de touche à Amiens en Nationale. Comment s’est procurée cette opportunité ? Quels étaient les objectifs à cette époque ?

J’étais déjà en contact avec le club d’Amiens depuis 2 ans et dès le mois de novembre 2014, le président Bernard Joannin m’a contacté. J’ai signé en janvier 2015 avec l’objectif en 2 ans de montée en ligue 2.

Aviez vous le sentiment de « changer » de dimension en termes de structures, budget par rapport à vos expériences passées ?

Oui tout à fait. Même si Amiens avait perdu son statut professionnel, il avait gardé ses structures et notamment son centre de formation.

Dès la première saison, vous obtenez votre billet pour la ligue 2, puis une saison plus tard, vous accédez à la ligue 1, au terme d’un match contre Reims complètement fou alors que objectif initial était d’obtenir le maintien en ligue 2. A quel moment avez-vous senti le club capable de jouer la montée dans l’élite ?

A 8 matchs de la fin du championnat, on l’emporte 3/2 chez le leader Brest, avec un scénario fou et un but de notre capitaine Thomas Monconduit d’une superbe frappe de 25 mètres à 10 minutes de la fin de la rencontre.

Votre parcours est étonnant, que ce soit avec le milieu amateur, ou le milieu professionnel. Quelle est la patte Christophe Pélissier ?

Il n’y a pas de recette miracle mais au-delà de l’aspect technique ou tactique, je dirais un fort ancrage sur la nécessité de travailler sur le collectif

Avez-vous des modèles, des références dans le milieu ?

Tous les autres entraîneurs de toutes les disciplines sont pour moi des sources d’inspiration. J’aime cependant beaucoup le travail de Jürgen Klopp.

Jürgen Klopp – Source [6]

Vous faites partie de ces entraîneurs qui n’ont jamais connus le très haut niveau en tant que joueur (comme Arrigo Sacchi à Gérard Houllier en passant par Arsène Wenger, Vilas Boas, Luciano Spalletti, Rafael Benitez, José Mourinho). Est-ce que le milieu professionnel vous l’a déjà fait ressentir ?

Non, je ne l’ai jamais ressenti de la part de mes collègues entraîneur.

Une absence de carrière de joueur professionnelle peut-elle être un atout ? un handicap parfois ? Et comment vous affranchissez-vous de cette absence de carrière de joueur de très haut niveau ?

Pour moi, ce n’est ni un atout, ni un handicap. C’est plus difficile peut-être d’intégrer le cercle des coachs professionnels quand on vient du milieu amateur. Mais sur la durée, c’est la qualité du travail qui doit être observée

Vous avez déclaré dans une interview SOFOOT : « Mon objectif numéro un, c’est donner une identité, une mentalité collective à ce groupe de joueurs, au staff. Un état d’esprit qui nous permet d’avancer ensemble vers le même objectif ». Concrètement, en quoi ça consiste au quotidien ?

Cela consiste à être en alerte permanente, de beaucoup communiquer en interne, d’impliquer le staff dans son ensemble, d’avoir des relais efficaces dans le vestiaire et de développer la notion de « travailler et performer ensemble ».

Quelle est la part la plus prépondérante entre l’approche technico-tactique et la gestion humaine de groupe ?

On ne peut pas dissocier les deux, ni définir le pourcentage. Tout cela dépend de beaucoup de facteurs, et du moment dans la saison.

Comment avez-vous appréhendez le football professionnel ? Est-il si différent du monde amateur ? Quelles sont les principales différences et les points communs avec le milieu amateur ?

La différence est surtout due à l’environnement extérieur. Le travail du coach se ressemble beaucoup sur l’approche terrain mais il est décuplé sur tous les aspects externes : gestion de la pression, des supporters et des médias.

La formation des entraîneurs en France est d’un très haut niveau, il y a en effet un module langues étrangères et un stage d’observation dans un club étranger. Parlant espagnol, j’ai effectué mon stage à la Real Sociedad

Aujourd’hui, plus aucun entraîneur français n’exerce en Espagne, Angleterre, Italie, Allemagne. Le niveau des langues des entraîneurs français est-il une explication selon vous ?

Je ne crois pas. C’est surtout les canaux qui mènent à ces postes qui peuvent être une explication

Vous avez suivi la formation des entraîneurs et obtenu votre DEPF en deux ans. Comment se passe la formation des coaches en France ? Qu’en est-il des langues ? Parlez-vous anglais ?

La formation des entraîneurs en France est d’un très haut niveau, il y a en effet un module langues étrangères et un stage d’observation dans un club étranger. Parlant espagnol, j’ai effectué mon stage à la Real Sociedad

Adaptez-vous votre tactique au profil de joueurs de vos équipes, ou adapte-vous vos profils de recrutement à une tactique bien identifiée comme peuvent le faire certains coachs à l’image de Christian Gourcuff et son 4-4-2 ?

On essaie toujours de recruter par rapport à un projet de jeu. Ensuite en cours de saison, les blessures ou méformes, les résultats, le type d’adversaire peuvent nous faire changer d’organisation tout en gardant nos principes de jeu

Entre le mercato d’été, le mercato d’hiver, la sollicitation des joueurs à la moindre performance…Comment parvenez-vous à maintenir un travail dans la continuité sur une saison ? Est-ce de plus en plus difficile avec le mercato hivernal ?

On y parvient, en définissant un cadre de travail dans lequel le joueur peut s’épanouir et qui respecte l’évolution collective.

En évoquant le mercato hivernal, il est difficile de ne pas revenir sur la disparition brutale d’Emiliano Sala lors du mercato hivernal 2019. J’imagine que le mois de Janvier a été compliqué à vivre…

Oui, même si je n’ai pas eu la chance de travailler avec lui, tout le monde en a parlé dans le vestiaire. L’image que renvoyait Emiliano sur le terrain respirait la générosité et tous les coéquipiers et les entraîneurs louaient son travail et son état d’esprit.

L’image que renvoyait Emiliano sur le terrain respirait la générosité et tous les coéquipiers et les entraîneurs louaient son travail et son état d’esprit.

Revenons au sportif : Gaël Kakuta, Saman Ghoddos, Rafal Kurzawa, Emil Krafth, Juan Ferney Otero ou Eddy Gnahoré Amiens a montré qu’un club sans grand budget pouvait être astucieux. Comment faites-vous ?

Ce sont des profils qui sont longtemps suivis par la cellule de recrutement. Ensuite, je pense qu’il trouve à Amiens un environnement propice à leur épanouissement

Comment travaillez-vous en période de mercato ? Votre approche est-elle la même entre celui d’été et d’hiver ? La concentration des joueurs est-elle perturbée lors de ces périodes de transactions ?

L’approche n’est pas la même car le mercato hivernal est un mercato d’ajustement et il est très difficile. Parfois certains joueurs sont effectivement perturbés, quand le joueur, ses représentants et le club ne sont pas sur la même longueur d’onde.

En étant très actifs dans le mercato hivernal, Saint-Étienne l’année dernière et Monaco cette année ont redressé une situation sportive mal engagée. Êtes-vous d’accord avec Stéphane Moulin qui déclarait « Je pense qu’il faudrait limiter. Ce serait moins injuste que ça ne l’est aujourd’hui. Si on pouvait le supprimer, j’en serais le premier ravi »

Oui je suis d’accord avec son analyse. A titre personnel je souhaiterais une limitation à 1 ou 2 joueurs.

Le manque de budget n’est-il pas une excuse pour expliquer ses difficultés ?

En permettant au mercato hivernal de changer pratiquement une équipe, les équipes à gros budget sont avantagées. En ligue 1, même s’il y a toujours des contre-exemples, sur la durée, le budget joue un rôle important.

Enfin abordons l’arbitrage. On vous a entendu vous plaindre de l’arbitrage contre Lyon. Comment jugez-vous le niveau des arbitres en ligue 1 ?

Ce n’est pas à moi de juger leur niveau. Contre Lyon, j’avais simplement réagi sur une situation.

En tant que coach, comment gérez-vous la frustration et le sentiment d’injustice dans un vestiaire après un match ?

Si tel est le cas, je n’aime pas réagir à chaud mais je reviens avec le groupe sur les faits en début de semaine car il est important de nommer et d’évacuer cette frustration.

Cette année, la ligue 1 utilise le VAR. Étiez-vous pour la mise en place de ce système ? Quel bilan en faites-vous aujourd’hui ?

Oui je trouve que c’est une aide importante à l’arbitrage. Il faut que le système se régule car je trouve que les décisions ne sont pas toujours égales aujourd’hui. De plus, le temps de prise de décision me semble beaucoup trop long.

Nous tenons à remercier chaleureusement Christophe Pélissier pour sa disponibilité et lui souhaitons une bonne fin de saison avec Amiens.

Propos recueillis par The Wolfman

Source et Références

[1] – Site LaDepeche

[2] – Site SportGentisde

[3] – Site Footpy

[4] – Site Stadito

[5] – Site LaDepeche

[6] – Site Express

[7] – Site France3-regions

[8] – Site courrier-picard

[9] – Site 20Minutes

[10] – Site Léquipe

[11] – Site OuestFrance

[12] – Site Léquipe

Photo de Une de l’article – Site MadeInfoot