En terres madrilènes pour le week-end, je ne pouvais manquer l’opportunité d’assister au Derbi madrileño Atlético / Real. L’occasion pour moi de découvrir l’Estadio Metropolitano qu’occupe l’Atlético depuis la saison 2017 / 2018.

Visite du Palais Royal, balade dans la ville Plaza Mayor, une bière en terrasse et c’est l’heure de prendre le métro, direction le Nord Est de Madrid pour le match à 16h15. Premier choc, le métro madrilène est propre. Quel contraste avec Paris…

Comme toutes les capitales d’Europe, Paris faisant exception, Madrid possède deux clubs de très haut niveau : Le Real et l’Atletico. Historiquement, le Real est le club riche, jouant au Santiago Bernabeu situé dans le quartier d’affaire, non loin du centre. L’Atlético est un club plus populaire. Son stade original le Vicente Caldéron est implanté dans le Sud de la ville, où l’Altético compte de nombreux fans. 

Après une fouille quasi inexistante, je rejoins ma place porte 15, secteur 508. Si le stade apparaît assez quelconque de l’extérieur, l’enceinte est particulièrement impressionnante de l’intérieur, avec des tribunes assez hautes, partiellement garnies, les supporters espagnols ayant l’habitude de s’installer juste avant le coup d’envoi. 

A ma gauche, deux hommes supporters du Real, à droite, un père de famille et son fils aux écharpes de l’Atletico…Chacun leur tour, ils s’aperçoivent que je suis français et me demandent mon choix du soir : Plutôt « Griezmann et Lucas » ou « Benzema et Varane ». ? Ce à quoi je réponds : « Match nul : Griezmann et Varane ». C’est aussi ça le football, un prétexte pour rencontrer des gens de tout horizon et discuter.

Contexte du Derbi

On dit que 8 madrilènes sur 10 supportent le Real. Pourtant c’est bel et bien les maillots de l’Atlético qui fleurissent dans le métro 7 en direction de l’Estadio Metropolitano. Quelques maillots merengues flottent à la sortie du métro, dans une ambiance bon enfant.

Ultra-Violence et politique d’extrême droite

Au-delà de l’apparence plutôt calme, les deux clubs sont frappés depuis des années par l’ultra violence de certains supporters, mêlant football et politique d’extrême droite. Florentino Pérez, président de l’institution merengue, a pris le combat à bras le corps en 2013 en vidant le Santiago Bernabéu de ses supporters les plus virulents et stupides : Finis les saluts nazis et autres relents nauséabonds franquistes. Du côté de l’Atlético, ce n’est guère plus reluisant : les supporters de l’Atlético étant régulièrement impliqués dans des rixes entre Ultras, à l’image des incidents en marge du match Atlético / La Corogne 2014 : Au bilan, 1 mort et 11 blessés. La direction du club a interdit le groupe de supporteurs Frente Atlético et tout élément « de caractère politique, raciste ou xénophobe, ou toute devise incitant à la violence » dans l’enceinte du stade. Les membres du Riazor Blues ont été également bannis momentanément.

Écart économique important

Économiquement, l’Atlético n’a jamais été aussi riche. Les Rojiblancos viennent d’atteindre un budget record de 400 millions de budget et sont devenus le 14ème club le plus riche du monde, mais encore loin derrière les deux mastodontes FC Barcelone (600 m€) et le Real (550 m€). Une réalité qui revient souvent à la bouche de Diego Simeone quand il s’agit d’évoquer les différences avec les deux rivaux espagnols. Nouveau Stade, nouveau gros contrat, changement de logo… La mue a malgré tout du mal à passer auprès de nombreux ultras. Devenu à la mode, le club vit la crise du nouveau riche et ne se satisfait plus d’être 2nd, au grand dam des supporters historiques qui voient l’ADN du club « Sale, Rock ‘n’ Roll et Alcool » en train de disparaître au profit d’un club qui attire un nouveau public exigeant, les « Neo Atléti ». Mais hors de question pour les supporters de l’Atlético de ressembler au rival du soir, qu’ils rappellent avec le slogan « Orgullosos de no ser como vosotros », littéralement « Fier de ne pas être comme vous » sous-entendant que le Real est un club de gros riches, tricheurs et arrogants. 

Orgullosos de no ser como Vosotros – Fier de ne pas être comme vous

Le modèle de l’Atlético en évolution, l’ADN en question ?

Mais par-dessus tout, ce sont les familles Gil et Cerezo, propriétaires du club, qui concentrent les critiques. Jesús Gil, un des présidents des Colchoneros et maire de Marbella, fut condamné à six mois de prison avec sursis et 28 ans d’inéligibilité pour trafic d’influence pour avoir détourné 18 m€ millions d’Euros des caisses de la municipalité vers son club de foot. Ángel Gil Marín, et Enrique Cerezo viennent d’entrer pour la première fois parmi les 200 personnalités les plus riches d’Espagne. Autant dire que les supporters de l’Atlético rient jaune. La seule personne digne à leurs yeux en dehors des joueurs, est l’idole Diego Simeone. L’homme qui a joué pour le père Jésus y Gil, réalise des miracles avec le club depuis son intronisation en 2011, avec pas moins de 6 trophées : Une Europa League et une Supercoupe d’Europe en 2012, une Supercoupe d’Espagne et une Liga en 2014, une Coupe d’Espagne en 2013 et une nouvelle Europa League en 2018.

Le Real en gestion, le prépa de l’Atlético en question

Sportivement, les deux équipes sont très proches depuis quelques années et le match du jour oppose respectivement le 2nd de Liga, vainqueur de l’Europa League 2018, contre le 3ème de Liga, vainqueur de la Ligue des Champions 2018. L’enjeu du match est important, encore plus pour le Real, qui en cas de victoire, pourrait devancer son rival local. Invaincu cette saison au Wanda Metropolitano, avec 9 victoires et 2 nuls, l’Atlético est la meilleure équipe de la Liga à domicile.

Diego Simeone, privé de nombreux joueurs, opte pour un 4-4-2, Morata, prêté par le Real, fête sa première à domicile au côté de Griezmann sur le front de l’attaque. Au milieu, Lemar Correa, Partey et Correa forment un quatuor qui devra répondre techniquement au milieu du Real. Enfin en défense, Arias et Lucas sur les ailes accompagnent la charnière Godin Gimenez.

Solari a misé sur un 4-3-3 avec une charnière classique Ramos / Varane, et deux latéraux Carvajal et Reguilon, ce dernier reléguant Marcelo sur le banc. Au milieu de terrain Kroos, Modric et Casemiro. Enfin Benzema en 9 est accompagné de Vinicius à gauche et de Vasquez à droite. Il est à noter que le côté gauche merengue est composé de deux joueurs de 22 et 18 ans.

L’heure de l’hymne de l’Atletico retentit et repris par 68 000 personnes puis s’éteint pour la minute de silence en l’honneur d’Isacio Calleja, ancienne légende de l’Atlético disparue dans la semaine.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Atlético au pressing, le Real qui subit, sans s’affoler, et le premier carton est donné à la 62ème seconde. Pressing et intensité dictent ce début de match. Des tribunes, le rythme apparaît extrêmement élevé et haché par un excès d’engagement.

Sans se procurer de véritables occasions, on sent que le danger peut être rapide à la perte du ballon. L’Atlético semble constamment sur le fil défensivement. Lucas ne me semble pas dans le tempo, tentant des interceptions sans réussite et Partey souffre au milieu de terrain. Techniquement, le Real est plus à l’aise, et revient dans la rencontre par sa maîtrise technique au milieu de terrain. Sur la première occasion sur corner, Casemiro hérite d’un second ballon et foudroie Oblak d’une retournée acrobatique. Le Real ouvre le score sur la première occasion et on soulignera à quel point Casemiro est un excellent joueur.

Techniquement les deux équipes proposent des choses de grande qualité, Benzema d’un côté et Griezmann de l’autre, montrent leur sens du jeu à travers des déplacements malins, des prises de balle toujours dans le sens du jeu, et un tempo dans la passe qui profite au collectif. Lemar est actif, généreux mais brouillon. Après avoir mis la pression, l’Atlético a décidé de laisser le ballon au Real et de jouer son jeu de contre en partant de plus loin. Après un duel remporté par Correa face à Vinicius, l’Argentin sert Antoine Griezmann lancé à la limite du hors-jeu, et égalise pour l’Atlético, d’une frappe subtilement glissée entre les jambes de Courtois. L’explosion du Metropolitano est de courte durée…L’arbitre demande le VAR. Dans les tribunes, l’incompréhension est totale puisqu’aucune information n’est donnée au public. Après 3 minutes d’attente, le but de Griezmann est bien validé par l’arbitre… alors qu’il y avait faute de Correa sur Vinicius au départ de l’action.

Le match est relancé et l’Atlético, emmené par Griezmann, intensifie les duels mais subit la maîtrise des hommes de Solari. Les cartons pleuvent et on voit mal comment la rencontre pourra se terminer à 11 contre 11 dans de telles circonstances. Alors qu’on se dirige vers un score de parité à la pause, Vinicius s’infiltre sur le côté gauche. Le Brésilien fauché par Gimenez, obtient un pénalty… L’arbitre de la rencontre fait appel au VAR pour la seconde fois de la soirée. Malgré un tacle par derrière en dehors de la surface, le pénalty est maintenu et transformé par Ramos d’une frappe puissante qui trompe Oblak.

La seconde mi-temps redémarre dans une incompréhension générale : Après 10 minutes hachées par des fautes, Morata plutôt discret jusque-là, part dans le dos de la défense et lobe parfaitement Courtois… mais voit son but refusé après utilisation du VAR, pour position de hors-jeu, peu évidente. L’Atlético subit la maîtrise du Real et peine à se procurer des situations dangereuses. Les Merengues donne une démonstration de gestion technique et tactique. Bale, tout juste entré et parfaitement servi par Benzema, voit sa tête frôler la barre d’Oblak… avant de prendre sa revanche à la 70ème, et corser l’addition d’une frappe limpide. Frustrés, les joueurs de Diego Simeone multiplient les fautes et terminent à dix après l’expulsion de Thomas Partey à la 80ème. Le Real, emmené par un très bon Benzema, reprend la seconde place au classement et met la pression à Barcelone. Après des débuts compliqués, Solari a prouvé en une semaine (après le 1/1 contre Barcelone) que ses choix forts (Marcelo et Isco) sont payants.

Côté Atlético, cette défaite est inquiétante, qui plus est avant les 8ème de finale aller de la ligue des champions contre la Juventus. Les joueurs apparaissent physiquement hors de forme, exceptés Oblak, Correa et Griezmann. Ce dernier est impressionnant à voir évoluer. Outre le pressing permanent sur les défenses adverses, tout ce qu’il fait est brillant, collectivement intelligent et dans le sens du jeu. Mais entre la victoire en Ligue Europa, la coupe du monde la saison dernière, la préparation physique d’Oscar Ortega et la Super Coupe d’Europe, les joueurs paient le prix fort : Plus de 35 blessures avec de multiples rechutes depuis le début de saison. Les joueurs de Simeone tombent comme des mouches et rejoignent tour à tour l’infirmerie. Jusque-là épargnés par les blessures, Saul est également sur la touche et certains comme Saul et Godin tiennent leur place malgré tout. La préparation physique du « Profé », pour qui « Les efforts ne se négocient pas » et qui a fait la réussite de l’Atlético depuis 2011, est-elle à remettre en cause ?

Si la supériorité du Real ne fait aucun doute, il est difficile de passer sous silence des difficultés du VAR à se mettre en place. Que ce soit en France ou en Espagne, le VAR peu clair pour les joueurs et coachs et provoque une grande frustration pour les supporters, peu informés de la situation en cours. Enfin un dernier mot sur l’ambiance : le stade Metropolitano a la capacité de mettre une grosse pression et de pousser sur un intervalle de temps assez court. Mais globalement, beaucoup de stades en France mettent plus d’ambiance avec une capacité moindre.

Les supporters de l’Atletico quittent le stade tête basse. Je rejoins le métro avec la sensation d’avoir vu un super match de football, d’une grande intensité dans un pays où le football règne absolument partout dans la ville.

The Wolfman