Article choc, termes clinquants, teasers en mode « Warner Bross »… Cette fois, c’est sûr et certain : Le Watergate du football professionnel va sortir et promettre le feu. C’est du jamais vu… Compte à rebours : H-2, H-1 : c’est en ces termes ou presque que le résultat d’une partie des indiscrétions de Football Leaks a été défini. L’attente est folle, et du côté français, c’est Mediapart qui gère la sortie hollywoodienne.

Le site d’information d’Edwy Plenel se concentre beaucoup sur le club du PSG, et c’est bien logique. En France, il est plus vendeur d’évoquer le PSG que d’aborder Manchester City. Les informations obtenues sont justes et on est en droit de s’attendre à une vraie analyse de fond. Apres tout, il s’agit de Mediapart… Tout compte fait, la déception est grande. Le vocabulaire est puéril, l’angle choisi se concentre sur les données financières et les explications manquent. Mais comme prévu, le résultat escompté est atteint et la vague de réactions indignées aussi ridicules que grotesques, déferlent sur les réseaux sociaux, avec toujours les mêmes énormités sur le Fair Play Financier.

Fair Play Financier : un ou deux rappels nécessaires

On ne va pas rappeler les règles du Fair Play Financier et ses évolutions. Le site de l’UEFA est parfait. Il suffit juste de lire, tout y est clairement expliqué. Mais je sais, c’est compliqué. Ce qui me dérange profondément est le manque d’explications et de contexte. Une fois n’est pas coutume, nous allons rappeler le postulat de base : Le Fair Play Financier n’a jamais été créé dans un but d’égalité (financière) lors des compétitions européennes interclub. Son objectif est de réduire le risque systémique et de le prévenir, c’est à dire de prévenir la faillite d’un gros club qui pourrait entraîner avec lui, la chute du système global. C’est ce qui a été résumé par cette phrase : « l’activité football doit être financée par les fruits de son activité ». Les dépenses structurelles, comme la création d’un stade ou d’un centre de formation, ne rentrent pas dans ce cadre.

Départ de Colony Capital et arrivée de QSI : un mauvais timing

Il est important de se rappeler la chronologie des évènements. En 2011, le fonds souverain Qatar Investment Authority rachète 70 % des parts du club. L’arrivée de QSI en 2011 s’est faite trop tardivement pour le club du PSG. Imaginons que QSI soit arrivé en lieu et place de Colony Capital en 2006, il n’y aurait eu aucun problème vis à vis du FPF. Le PSG aurait dépensé selon son envie, en attendant la mise en place du FPF, case closed. Malheureusement pour les supporters parisiens et le club, l’histoire fut autre. La gestion du club parisien par Colony Capital a été dramatique.

Le PSG en vente – Source [1]

Bilan global : valeur économique du PSG et de son effectif plus que faible, une compétitive internationale sportive inexistante ou presque. Le PSG version qatari a besoin d’être compétitif, et pour se faire, QSI doit investir fort, ce qui passe par un recrutement onéreux en surpayant des joueurs mondialement connus afin de les convaincre de venir en L1. Seulement, le PSG doit générer du cash, et cette action s’avère impossible au regard du statut du club et des droits TV français relativement faibles. Cette problématique est la même pour tous les clubs. Quand tu es mauvais sportivement pendant 2 ou 3 ans et que tu veux être compétitif, il faut faire tourner la planche à billet. Manchester United en est la parfaite illustration, Barcelone également, en France l’OM est également dans ce cas et Lyon le sera bientôt.

Pour couvrir ses frais, le PSG compte essentiellement sur ce fameux contrat QTA dont les sommes et le côté rétroactif étaient déjà connus du grand public dès 2012 ou 2013. L’UEFA conteste cette somme définie comme lunaire et impose un retraitement de ce dernier. Mais le niveau auquel l’UEFA veut réduire ce contrat est beaucoup trop bas… On pourrait envisager autour de 100 m€ pour contenter tout le monde. Mediapart évoque de la triche. Or ce n’est pas de la triche. Comprenons-nous bien : PSG ou pas PSG, le raisonnement est le même. Etre fan du PSG n’empêche pas l’objectivité et il faut comprendre la marge de manœuvre de l’UEFA, quasi nulle. Imaginez votre mariage où il faut inviter toute la famille dont beaucoup ne peuvent pas se supporter. Au final, chacun des partis doit faire des concessions, ménager la chèvre et le choux pour que tout se passe du mieux possible. C’est exactement ce que fait l’UEFA. Cette dernière n’est pas aidée par l’Union Européenne qui ne lui offre aucun cadre juridique incontestable, en lui laissant une pleine autonomie.

ESMA, EMIR, Solvency, MIFID2, BASEL3 : La finance au chevet d’un football politisé ?

Le FPF est à mon sens vital, mais il doit évoluer et bien mieux intégrer l’arrivée d’un nouvel investisseur en lui laissant une période de grâce sur la base d’un « business plan » solide. C’est le principe du « voluntary agreement » qui n’existait du temps du PSG et qui est apparu après le rachat du AC Milan. Beaucoup critique l’UEFA mais que faire ? Qui a des solutions et quelles sont-elles ? Il est très compliqué de faire fonctionner une compétition en ayant des moyens législatifs limités et la pression des clubs puissants pour éviter cette Superleague. La critique est aisée, l’art est difficile. Le FPF donne une base de travail et c’est déjà une bonne chose. A terme, le football devrait s’inspirer de la Finance, avoir son ESMA (European Securities and Market Authority) qui offre des régulations strictes sur le risque systémique (EMIR), la solvabilité (Solvency 2), la transparence et l’Abus de Marche (MIFID2) ou son BASEL 3. C’est à mon sens indispensable. Il faut vraiment être conscient du besoin de régulation, de protéger notre football et ne pas oublier la position très sensible de l’UEFA.

Enfin, il ne faut jamais oublier le côté politique du football professionnel. Le football est politique et le FPF l’est tout autant, son rayonnement est mondial. Il faut toujours avoir cette donnée à l’esprit. Le football professionnel ne peut se comprendre via un prisme data, juridique ou économique sans considérer sa valeur politique voire géopolitique. Pour cela, je vous renvoie aux excellentes vidéos de Romain MOLINA.

Petit aparté sur la Superleague. De mon point de vue, elle n’a que peu de chance d’aboutir pour trois points. 1. Les clubs pourraient être bannis de toute compétition domestique. 2. les joueurs pourraient être privés de sélection nationale. 3. Les fans pourraient boycotter cette compétition.

Triche ou pas triche ?

Pour en revenir à l’article de Mediapart, on peut regretter son approche trop « buzz » et l’absence d’approfondissement du sujet. C’est comme cette histoire de 300m€ à trouver en 2019. Effectivement, QTA arrive à échéance mais QTA en moins, c’est également un poids en moins de la part des sponsors qataris dans le sponsoring du club. Fly Emirates arrive à échéance également. La voie est libre pour Qatar Airways à des niveaux au-dessus des évaluations QTA par UEFA et conformes au prix du marché. Evidemment, personne n’évoque ce sujet. Personne ne parle également d’un contrat possible à la DHL pour être sponsor de maillot d’entrainement, sponsor manche. Si on rajoute un contrat NIKE réévalué et la cession de certains joueurs…

Il aurait été intéressant que Mediapart se questionne sur l’apathie de l’UE pour aider l’UEFA à réguler le football en Europe. Pourquoi Jean-Michel Aulas a trahi son pays en rendant la France moins forte auprès des instances européennes pour ne pas dire inexistante ? Pourquoi finalement Monaco, City et le PSG sont obligés de s’arranger pour pouvoir exister en Europe ? Rappelons qu’aucun des deux clubs (City et PSG) n’a fait de finale depuis l’entrée en vigueur du Fair Play Financier en 2012, est-ce donc un souci ?

Il aurait été bon de souligner les écarts fiscaux entre les pays, évoquer les sommes payées par le PSG en France depuis 2012 par rapport à ses concurrents en Europe. Les enjeux politiques et géopolitiques auraient pu être une grille de lecture…  Il y a beaucoup de choses à évoquer au sujet du PSG. Il s’agit d’un club, pas sain, mal géré sportivement et apparaît une sorte de devanture de restaurant Kebab avec le budget des magasins Harrods. On peut rajouter que le système Qatar n’est pas efficient, qu’il manque beaucoup de clarté et de compétence. Mais visiblement, informer et éduquer le lecteur n’est pas une priorité. L’essentiel est de le choquer, lui provoquer une émotion et réaction en évoquant la triche. Mais le fonctionnement du PSG et Manchester City est tout sauf de la tricherie crasse.

The Swindler & The Wolfman

Sources et références :

Image à la une – Site lunion

[1] – Site europe 1

[2] – Site Francetvinfo

[3] – Site Mercato365

[4] – Site Sportbuzziness

[5] – Site ParisUnited

[6] – Site Le monde

[7] – Site canal-supporters

[8] – Site Lemonde