Mardi 7 Mars 2017 – 23h le Paris-Saint Germain vient de quitter l’Europe, au terme d’une humiliation 6/1 en ligue des champions contre le FC Barcelone. Le PSG rêvait plus grand et voulait écrire son histoire… Il vient de participer malgré lui à la légende du Barça, premier club à remonter un handicap de 4 buts dans une double confrontation de coupe d’Europe.

Une explication technico-tactique peu convaincante

Cette élimination est vécue comme une véritable onde de choc en France et ce qui se passe autour du club de la capitale est proche de toute théorie ésotérique. Médiatiquement, Paris est passé en trois semaines, d’un groupe formidable, mené par un coach top 3 mondial, et une formation digne des plus belles heures de la Masia à un club de bébés nageurs, buvant la tasse à la moindre vaguelette. Pire, le club serait « mort » et Emery, véritable génie qui a parfaitement préparé son match aller et à qui on a empêché de faire de même au retour (mise au vert rejetée par le club), devrait démissionner car responsable du crash mental de ses joueurs, titulaires et remplaçants. Est-il pour autant responsable de la bêtise de Di Maria, qui ne donne pas la balle à Cavani alors que le score est de 3-1, ou de l’attitude de Serge Aurier, Mannequin challenge, sur le 6ème but barcelonais ?

Très rapidement, les débats tactiques pleuvent et les choix d’Emery sont remis en cause. « Pourquoi Emery fait-il entrer Aurier à la place de Draxler ? ». L’allemand avait fourni beaucoup d’efforts, et Neymar, joueur le plus influent, était du côté de Meunier, en grosse souffrance. C’est un début d’explication. « Pourquoi Pastore n’est pas entré en jeu ? ». Cette question à ce jour reste sans réponse. Mais son entrée aurait-elle changé l’issue de la rencontre ?

Comment alors expliquer cette défaite ? Le PSG a subi un naufrage collectif mental, dans lequel seul Cavani peut sortir la tête haute. Les autres ont tous sombré psychologiquement, incapables de réitérer la performance du match aller, et reculant sur leur but dès le début de la rencontre. Il est à noter que le PSG a encaissé les buts dans tous les moments importants d’une rencontre, à savoir, en début et fin de premières mi-temps, en début de seconde et en fin de match. Le regard de Matuidi sur le second but témoigne de l’état mental des joueurs du PSG.

Cette attitude va au-delà de toutes explications tactiques ou de système de jeu, mais si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons les excellents podcasts « VU DU BANC » (@vudubancpodcast) ou « CULTURE PSG » (@culturepsg), probablement ce qu’il se fait de mieux en France.

Le PSG, une victime idéale

Après la victoire du PSG au Parc des Princes 4/0, beaucoup de supporters et de spécialistes considéraient la qualification comme acquise et ont joué les prétentieux.

C’était oublié l’ADN du club parisien, la malédiction inscrite sur les tables de lois divines comme le 11ème commandement du supporters parisiens « Tu ne jouiras point du succès de ton club, Tu seras toujours en souffrance, la sérénité jamais tu ne connaîtras ». A ce titre, le PSG a devancé son médiatique rival marseillais « A jamais les premiers ». Si un club pouvait faire la remontada, c’était le FC Barcelone. Mais s’il y avait un adversaire contre qui la réaliser, c’était bien le PSG.

Comment digérer cet épisode ? Cet échec fait évidemment tâche dans le projet parisien, mais il n’est pas grave en soi, à condition de s’en servir pour grandir et rebondir. Pour cela, le maintien d’Emery est une nécessité absolue, serait un signe fort et une preuve de maturité dans la quête du Grand club tant recherché.

Changement de management et revue d’effectif

Les décideurs qataris se doivent d’évoluer dans leur mode de management. En effet, ils ont tendance à régler le problème par l’argent, prendre le dernier entraîneur à la mode, et faire couler le cash pour avoir un mercato impressionnant sur le papier. Ce mode de gestion atteint ses limites. De plus, le PSG est mal structuré et Patrick Lair, l’entraîneur des féminines a déjà évoqué le problème en déclarant : « Il y a des gens incompétents qui n’ont rien à faire à Paris. On n’a pas le droit de faire des erreurs comme celle-là dans un club comme le PSG »1. Ce qui est vrai chez les féminines l’est tout autant chez les pros masculins. Il est impossible d’avoir un secteur sportif efficace et de qualité s’il n’existe pas d’harmonie entre le coach et le directeur sportif. Quel est le rôle de Kluivert et celui de Létang ?

L’entraîneur a une part de responsabilité dans cet échec, mais il ne peut passer sous silence le niveau mental du groupe. Cet échec est une opportunité d’identifier les carences et insuffisances au sein du club en termes de structure et d’effectif.

Le PSG possède deux gardiens de but d’un niveau technique assez proche. Cependant, est-ce utile de les garder au club en même temps ? Le prêt d’Areola pour deux saisons dans un club européen (Europa League ou Ligue des champions) ne serait-il pas une solution idoine pour poursuivre sa formation et progression ? Dans ce cas, le club pourrait recruter un gardien numéro 2 de qualité dans le profil de Casillas, pour accompagner Trapp pour deux saisons.

La question des latéraux pose question. Meunier a prouvé qu’il avait beaucoup de qualité technique et un QI football intéressant mais il doit être :

  • Mis en concurrence par un top joueur à son poste, profil rare et cher
  • Ou Accompagné par un latéral droit d’expérience et de qualité

Serge Aurier a explosé dans un système à 3 défenseurs, mais a montré ses limites de concentration dans une défense à 4. Rappelons-nous que Van der Wiel lui a été souvent supérieur dans les gros matchs et qu’il n’a jamais offert plus de garantie que Christophe Jallet. Rajoutons à cela, ses frasques extra-sportives récurrentes, qui font perdre de la crédibilité au club. Un départ du club apparaît inéluctable.

Côté gauche, le PSG va également devoir se montrer actif cet été. Maxwell va partir du PSG et laisser un grand vide, en termes de professionnalisme et de qualité footballistique. Le PSG devrait garder Kurzawa mais recruter un top joueur à son poste. L’international français n’est pas encore mûr mentalement pour assumer un poste de titulaire au PSG. Meilleur que Digne, il a toutefois besoin d’un guide et surtout de résoudre son problème de pubalgie.

Dans l’axe, le PSG possède un groupe de 3 défenseurs centraux intéressants dont 2 à fort potentiel. Thiago Silva semble être un référent de choix mais les doutes sur ses capacités mentales depuis le mondial 2014 à tirer un groupe vers le haut semble être un frein à toute progression du collectif. Quid de sa complémentarité avec Marquinhos ? Le cas du Capitaine Silva est très compliqué au regard de son statut et de son salaire. Pourquoi ne pas envisager une défense à trois ? Si tel était le cas, un recrutement d’un défenseur central s’avérerait important. Marquinhos souffre beaucoup de son été complètement ruiné par les Jeux Olympiques et la Copa America. Sa prestation cataclysmique à Barcelone fait suite à un nombre prestations moyennes, inhabituelles pour lui. Kimpembe ne cesse de progresser. Son côté robuste doit être canalisé car il prend trop de cartons, mais il reste la meilleure satisfaction défensive à ce jour.

Un milieu en chantier

Un véritable chantier attend le club à ce niveau. Motta doit devenir un remplaçant de choix, préparant l’avenir auprès de Rabiot et Verratti. Ces derniers, décevants en Espagne se doivent d’intégrer le chemin qu’il reste à parcourir pour atteindre le très haut niveau afin que la constance dans leur prestation soit en cohérence avec leurs aspirations contractuelles. Verratti est un joyau mais sa vie en dehors du terrain influence ses performances sportives et celles du PSG. A l’heure actuelle, Verratti ne peut devenir un cadre de top club 5 européens avec une telle hygiène de vie, pris de crampes à l’heure de jeu d’un 8ème de finale retour de ligue des champions. Son profil est rare mais c’est à lui de savoir ce qu’il veut faire de sa carrière.

Le chantier est trop important au PSG dans ce secteur du jeu pour imaginer une vente l’été prochain, mais l’idée d’un transfert (après le mondial 2018) ne doit être considéré comme une catastrophe pour le club. Il appartient au PSG de reprendre le dossier en main, le sortir de sa zone de confort en le mettant en concurrence. Cela impose la nécessite de renforcer significativement ce secteur de jeu par le recrutement d’un ou deux joueurs, ce qui n’est pas chose aisée, le PSG passant après 5/6 clubs en termes d’attractivité. L’arrivée de joueurs comme Kondogbia ou Nzonzi serait parfait pour le PSG d’Unaï Emery…le recul de Javier Pastore pourrait être une solution en interne.

Rabiot montre, quant à lui, autant de classe que de limites. A l’image de Marquinhos, on perçoit parfaitement son potentiel, mais il doit maintenir un niveau élevé d’exigence pour devenir un rouage essentiel au milieu de terrain pour les années futures. A condition de ne pas se croire arrivé…

Dans le reste des joueurs du milieu de terrain, Nkunku progresse beaucoup et devient intéressant. Le départ de Krychowiak apparait une obligation pour  tout le monde et l’intérêt de l’Inter pourrait faciliter l’arrivée de Kondogbia.

Lucas et Di Maria out ? 

Dans le secteur offensif, le PSG ne peut pas se permettre de conserver des gros salaires à faible valeur ajoutée. A ce titre, le départ de Di Maria semble être une priorité. L’ancien madrilène n’est pas un leader et n’apporte pas ce qu’on est en droit d’attendre d’un joueur de son statut. Lucas affiche également des limites, avec un jeu stéréotypé. Au mieux, il peut aspirer à une place sur le banc et encore… Serait-il sur le banc d’un club top 6 européen ? L’idée d’un départ n’est pas à exclure.

Pastore est une énigme. C’est un talent, un artiste, un élixir, la définition de la pureté du football mais le PSG peut-il prendre le risque de bâtir sur lui ? A un an du mondial, c’est un pari à tenter. Avec Draxler, Ben Arfa, Guedes, Lo Celso en phase d’adaptation, le PSG doit également renforcer son secteur offensif et créatif. Enfin que dire de Cavani, si ce n’est que ce que fait ce joueur est admirable. Il apparait important de lui trouver une doublure, de manière à le faire souffler.

Du caractère plus que de l’expérience

A l’image du match La Corogne / PSG, cette défaite restera dans les mémoires parisiennes. Cependant, elle a le mérite d’identifier les carences du club et il appartient au club de capitaliser sur cet échec. En maintenant le coach, restructurant la zone libre Coach/Président, et apportant une touche de caractère plus que d’expérience à cet effectif (Atletico Madrid ou BVB avaient-ils beaucoup d’expérience que le PSG avant d’atteindre la finale de ligue des champions ?), le PSG prépare déjà ses réussites futures. A Nasser Al Khelaïfi de jouer…

The Wolfman & The Swindler

1 – Site leparisien « Là, je suis dégoûté, la motivation en a pris un coup car on met cinq mois de travail en l’air, nous a confié Lair. Tu te dis qu’on a fait tout ça pour rien, notamment de battre Lyon (1-0) qui est un véritable exploit, alors qu’on est parti de loin. J’ai demandé du changement. J’attends que ça bouge vraiment. Il y a des gens incompétents qui n’ont rien à faire à Paris. On n’a pas le droit de faire des erreurs comme celle-là dans un club comme le PSG. »

 

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