Portrait Guy Martin

Journaliste sportif, rédacteur en chef, Arnaud Ramsay cumule les casquettes. Surnommé parfois « le couteau suisse de la profession » ou « le Xavier Gravelaine des médias », il est le gérant de sa société Ce si gentil Arnaud Ramsay, qui propose des contenus sur différents supports (presse écrite, internet, livre, émissions de télévision, etc). Auteur de nombreuses biographies, ce « boulonnais pur jus » a accepté de retracer pour nous son parcours de journaliste, ses différentes expériences (France Football, Le JDD, M6, France Soir) et de nous livrer sa vision du métier ainsi que son évolution.

ENFANCE ET DECOUVERTE DU SPORT 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, abordons votre enfance et le contexte dans lequel contexte vous avez grandi. 

Mes racines sont de Boulogne-Billancourt. Je suis un vrai boulonnais, né dans le XVIème dans une clinique qui n’existe plus, non loin du Parc des Princes. Ma mère qui vit toujours à Boulogne, a fait toute sa carrière dans un grand laboratoire pharmaceutique, Pfizer, en commençant modestement pour terminer directrice juridique, vivant une ascension sociale éminemment respectable. Mon père hélas décédé, dirigeait une entreprise qui fabriquait de la soie. J’ai vécu une enfance classique, malgré le divorce de mes parents quand j’avais 14 ans. A l’époque, c’était moins la « norme » qu’aujourd’hui, mais j’ai vécu une enfance heureuse, avec mon frère cadet de 3 ans, rue de la Belle Feuille, dont on reparlera plus tard.

Comment le sport est arrivé dans votre vie ?

Le sport a toujours été présent dans ma famille. Mon père a découvert le tennis à la quarantaine et jouait un peu, jusqu’à ce que ce sport devienne addictif, surtout à la retraite. Dans sa jeunesse, ma mère jouait au Basket au Racing, au poste de meneur. Le sport que j’ai pratiqué le plus en club est le basket à l’ACBB, meneur comme ma mère. D’ailleurs, mon président de l’époque, Pierre-Christophe Baguet, est aujourd’hui le maire de la ville. Je me souviens d’ailleurs qu’il m’avait envoyé ainsi qu’à tous les membres du club un courrier un été nous annonçant que Michael Jordan, passerait au gymnase un après-midi et nous invitait à venir.

J’étais hélas en colonie de vacances. Je le regrette car Jordan est pour moi le sportif le plus magique de l’histoire avec Mohamed Ali même si, à l’époque, pas grand monde ne le connaissait. J’ai également été un peu dans la section foot de l’ACBB, j’ai pratiqué le judo pendant quatre ans, de la natation et du tennis. Dans ce dernier sport, j’étais beaucoup moins doué que mon frère, qui a été champion des Hauts de Seine de sa catégorie et a participé aux championnats de France. Installé près de Marseille avec sa femme, il est encore à ce jour classé 3-6.

Quels sont vos premiers souvenirs de foot en club ?

Les matchs du mercredi, les sandwichs au pâté de foie et chocolat chaud au club-house, les entraînements. Je jouais un peu à tous les postes. En fait, j’aime bien les extrêmes, alors je jouais soit attaquant soit gardien.

J’ai toujours été conscient de mon niveau, su où était ma place et je ne suis pas un sportif frustré de ne pas avoir fait carrière.

A aucun moment vous n’envisagez de faire carrière ?

Je n’ai jamais senti que j’avais un potentiel ni un quelconque talent particulier, à part celui de m’accrocher et d’être transcendé par la compétition. Honnêtement, ça ne m’a jamais traversé l’esprit de devenir sportif de haut niveau. J’ai toujours été conscient de mon niveau, su où était ma place et je ne suis pas un sportif frustré de ne pas avoir fait carrière. Ce reproche, j’ai pu l’entendre dans la bouche de certains joueurs agacés d’un mauvais papier, lorsque j’étais à France Football. J’étais dans le sport comme à l’école : bon dans toutes les matières, ni un crack ni médiocre nulle part. Mais j’étais avant tout un passionné de sport.

Quels sont vos premiers souvenirs de football ?

Mes premiers souvenirs d’auditeur/téléspectateur, ce sont surtout le multiplex à la radio car peu de matches étaient diffusés à la télévision. L’imaginaire fonctionnait à plein. J’écoutais Pierre Loctin sur Inter, je basculais d’un terrain à l’autre, le frisson, le suspense. Il y avait aussi les emblématiques Jacques Vendroux et Eugène Saccomano. Ca allait d’un but à l’autre, j’étais fasciné. Viennent ensuite la Coupe du monde 1982, le premier vrai souvenir fort, le match Cameroun/Italie avec Thomas Nkono, le France / RFA de Séville, le but de Tardelli en finale… J’avais 10 ans. Rétrospectivement, c’était quelque chose de marquant.

Quelles sont les personnes qui vous ont inspiré dans votre jeunesse ?

Sportivement, j’étais fan de Noah. Lors du décès de son papa Zacharie, j’ai revu les images du sacre de Yannick à Roland Garros et leur étreinte. C’est bouleversant.

Me revient aussi l’image forte de Lendl qui renverse Mc Enroe en finale de Roland Garros 1984, en remontant un handicap de deux sets à 0. Je détestais Lendl, comme tout le monde, et je me suis mis à l’adorer. Niveau foot, mon frère et moi adorions Alain Giresse, avec son mètre 63 et son profil atypique, les Girondins de Bordeaux et le scapulaire.

Un amoureux de sport en somme, qui va devenir supporter du PSG. Quel est l’élément déclencheur ?

Le déclic est la finale de la Coupe de France 1982 entre le jeune PSG. et le grand Saint-Etienne. Platini qui marque, Rocheteau qui égalise en fin de prolongations, les tirs au but, Fernandez, Toko, Susic, Borelli qui embrasse la pelouse. Quel spectacle, quel match épique. Ce fut le premier trophée du PSG. C’est marrant d’évoquer cela, j’ai l’impression de replonger dans mon passé. On reste marqué à vie par les émotions vécues dans sa jeunesse. Chacun ses madeleines…

Quel est votre premier match au Parc des Princes ?

La première fois que je suis allé au Parc des princes, c’était le 13 novembre 1982 pour un amical PSG / Barcelone, avec Maradona qui jouait chez les Blaugrana. J’adorais le poste de gardien de but et Dominique Baratelli. Je me souviens avoir écrit Baratelli sur une feuille A4 en me disant que j’allais la brandir et qu’il allait la voir… Quand j’ai découvert le Parc des Princes de l’intérieur, j’ai compris qu’il y avait peu de risque qu’il la voit !

Habitant Boulogne, j’avais la chance de pouvoir y aller à pied. La chance aussi, peu de temps certes, d’y aller même une fois par semaine puisque le Matra Racing de Littbarski, Francescoli, Madjer, Olmeta, Bossis ou Ginola était en D1. La chance encore car ma mère travaillait pour Pfizer, qui était l’un des sponsors du PSG. J’avais des places et j’y allais avec mon frère. Nous avons vécu des soirées magiques, notamment les campagnes européennes.

Quelles sont les émotions les plus intenses vécues au Parc des Princes ?

Comme spectateur, le PSG / Real Madrid de mars 1993 est la plus intense que j’ai vécue. La tête de Weah, la demi-volée de Ginola sur un service de Bravo, le slalom de Valdo et le coup de tête rageur de Kombaouré au bout du temps additionnel.

Tout s’est embrasé et c’était fabuleux. La Magie du foot car quelques mois plus tard, j’étais aussi au Parc lors du but coup de poignard de Kostadinov privant les Bleus du Mondial 1994. Nous sommes rentrés à pied avec mon frère dans un silence de mort.

LE JOURNALISME, UN DECLIC

Ce métier était-il une vocation ? Si oui, d’où vous vient-il ?

Un camarade de collège faisait un journal d’école. On habitait à 100 mètres l’un de l’autre, lui était d’ailleurs dans l’immeuble de Didier Roustan. Un jour, j’étais chez lui, il me propose de l’accompagner vendre son journal dans les étages et le voisinage. A cette époque, il n’y avait pas encore de digicode et on pouvait rentrer facilement dans les halls d’immeubles, et sonner chez les gens. C’était en 1985, j’avais 13 ans à peine. A ma grande surprise, moi qui suis un grand timide et qui le suis encore, les gens ouvraient, et nous proposions le journal pour quelques francs. En rentrant chez moi le soir, je me suis mis en tête d’inventer mon truc à moi.

Un « truc à vous » va donc voir le jour… c’est à dire ?

Oui, j’ai fait une sorte de première nuit blanche, afin de figer mes idées. J’avais en tête d’écrire un journal qui s’appellerait Le Monde, je ne savais pas que ça existait déjà ! Ma mère m’a surpris au petit matin en train de bricoler mon truc sur la moquette. Elle m’a proposé de retaper mes textes à la machine au bureau. Ainsi est né en février 1985 mon premier journal, baptisé La Belle Feuille, la rue où j’habitais, qui deviendra Pyramide par la suite. Il y avait environ 20 pages, du sport, des poèmes, des petits dossiers, des entretiens, des sondages surtout réalisés dans la famille, des recettes, etc. J’ai tout conservé

Ainsi est né en février 1985 mon premier journal, baptisé La Belle Feuille

La belle feuille devient alors une « entreprise familiale » ?

Ce n’était pas une entreprise familiale mais pas loin. Si je concevais tout tout seul, mon père corrigeait mes devoirs de l’école ainsi que les fautes d’orthographe des textes de mon journal. C’était une sorte de rite de passage, une source d’inspiration incroyable et j’adorais ça. Ma mère retapait tous les papiers à la machine à écrire, elle le reliait, le photocopiait au bureau. Maintenant il y a prescription ! Et puis mon frangin me filait un coup de main pour le vendre dans les immeubles. L’aventure a duré 7 ans, à raison d’un journal par mois, puis tous les deux mois. Cela m’a permis d’avoir des petits articles sur mon aventure, Michel Field, que j’avais croisé au Salon du Livre, a présenté mon journal à Ciel mon mardi, où il était chroniqueur.

Quelle était votre méthode de travail ?.

Même si j’étais très timide, j’avais une dose de culot incroyable. Je faisais ça inconsciemment pour rencontrer des gens dont c’est le métier. Je profitais de chaque salon du livre pour rencontrer des écrivains en dédicace, pour faire des entretiens avec mon petit dictaphone beaucoup moins moderne que le vôtre.

A l’audace, en cherchant des coordonnées sur Minitel, j’ai réalisé des interviews d’écrivains, de journalistes comme PPDA pour essayer de comprendre ce métier. J’allais voir des dessinateurs Jacques Faizant, Trez, Frank Margerin pour bénéficier d’un dessin. La dernière page du journal était toujours l’œuvre d’un dessinateur (qui n’était pas payé) et qui avait carte blanche. Au fur et à mesure, je m’enhardissais, je contactais des personnalités de tout horizon, les maisons de disque m’envoyaient des CD que je chroniquais, j’allais aux projections de presse cinéma. J’écrivais des courriers aux personnes qui m’intéressaient et qui répondaient, parce qu’elles étaient à la fois intéressées par mon culot, ma curiosité et ma démarche.

C’est ainsi que vous commencez à pénétrer le sport professionnel. Quelles étaient votre manière de fonctionner ?

J’adorais traîner autour des stades pour m’approcher des vestiaires. J’allais souvent à Coubertin voir du basket et il était assez simple, en étant malin, d’y parvenir depuis les travées. Je me souviens avoir approché Hervé Dubuisson, joueur que j’admirais énormément. Côté football, j’avais appris que les jours de match, les joueurs garaient leur voiture en face du Parc des Princes, se changeaient et montaient dans le bus. Je me postais là avec mon frère et faisais des entretiens. Je me faisais prendre en photo, avec mon petit journal sous le bras, en compagnie de Luis Fernandez, Fabrice Poullain ou Dominique Rocheteau. Joël Bats qui était très timide, m’avait filé son short, demandé de lui envoyer les questions et m’avait répondu par courrier. J’ai d’ailleurs conservé sa lettre.

Arnaud Ramsay et Dominique Rocheteau

Vous faites en quelque sorte du « journalisme amateur » en passant à la vitesse supérieure…

Oui, et a un moment donné, j’ai senti qu’il fallait que je franchisse un « cap ». Je décide alors d’appeler le journal L’ÉQUIPE basé à Issy-les-Moulineaux. Après quelques minutes, on me transmet Jean-Marie Lanoë, qui suivait l’équipe de France. Je lui demande s’il est possible que quelqu’un du journal m’accompagne à Clairefontaine. Jean-Marie accepte, me fixe rendez-vous au Pont de Sèvres. A Clairefontaine, il me fait passer pour un stagiaire du journal alors que j’ai 17 ans… C’est absolument surréaliste.

Jean-Marie Lanoë me fait passer pour un stagiaire du journal L’ÉQUIPE alors que j’ai 17 ans… C’est absolument surréaliste.

Jean-Marie m’a mis le pied à l’étrier, en m’accompagnant deux-trois fois là-bas. Il s’est abonné à mon petit journal, a incité d’autres collègues à s’abonner – je compterai d’ailleurs parmi mes abonnés Frédéric Dard, Patrick Sébastien et Alain Chabat – et m’a fait découvrir L’ÉQUIPE. Peu après, il était à Bastia lors de la catastrophe de Furiani qui a causé la mort de 18 personnes. Il est tombé de la tribune de presse, a eu de profondes séquelles. J’étais allé le voir à l’hôpital, Platini aussi d’ailleurs. Jean-Marie travaille aujourd’hui à France Football et nous sommes toujours amis.

Comment était Clairfontaine en 1990 ?

Clairefontaine a complètement évolué. Avant 98, les joueurs n’étaient QUE des joueurs de foot. Depuis 1998, on est passé dans une autre dimension mais ce n’est pas un reproche. Les gens ne se rendent pas compte. Même si je n’étais pas en activité et ne gagnais pas ma vie, j’étais dans le château à l’intérieur, avec une table ronde, au bar où logeaient les joueurs … et descendaient pour parler à la presse, pas très nombreuse. On est en 1989/1990, Michel Platini est sélectionneur, Didier Deschamps démarre en bleu, Philippe Tournon est déjà le chef de presse. En tant que « stagiaire », je discute et fais des entretiens avec Bruno Martini, Emmanuel Petit pendant une heure et demie… J’avais 17 ans, leur montrais mon petit journal. Comme les gens ne me croyaient pas, je les prenais en photo avec mon journal et je leur demandais un petit mot pour mon livre d’or. Et j’ai tout gardé.

Comment débute votre collaboration avec France Football ?

Jean-Marie Lanoë et Jean-Philippe Cointot, de L’ÉQUIPE, m’ont emmené à Clairefontaine. Un jour, ils me disent que France Football, qui fait partie du même groupe, cherche des collaborateurs pour relire les papiers le dimanche, jour de bouclage. Le grand France Football, inventeur du Ballon d’Or, avait un fabuleux réseau de correspondants, tous francophones. Mais ils n’étaient pas tous journalistes et parlaient plus ou moins bien le français. Ils envoyaient les papiers par fax ou les dictaient. Avant même d’avoir mon bac, tout en faisant mon journal, j’allais à pied tous les dimanches, de 14h à 22h à Issy-Les-Moulineaux. Je collectais et travaillais les papiers. C’est la première fois que je gagnais un peu d‘argent… Avec moi dans un petit bureau, trois autres personnes : Xavier Barret, qui travaillera longtemps à France Fooball et L’ÉQUIPE, Damien Ressiot, aujourd’hui à la tête de l’Agence française de lutte contre le dopage, et Jean-Luc Favreau, qui deviendra correcteur dans le groupe. J’avais la chance de côtoyer Jacques Thibert, qui dirigeait le magazine, François De Montvalon, Patrick Lafayette, Laurent Moisset… des plumes. J’étais le plus jeune, une sorte de mascotte, on me surnommait « Sir Alf » par rapport à Alf Ramsey, le sélectionneur des champions du monde anglais 1966. On réécrivait les textes en français, je participais au bouclage et c’est ça qui m’a amené tout doucement à faire des piges à L’ÉQUIPE et France Football.

J’étais le plus jeune, une sorte de mascotte, on me surnommait « Sir Alf »

Les études de journalisme sonnent alors comme une évidence…

Oui, et il n’y a jamais eu de débat en famille. C’était clair qu’il fallait que je sois journaliste. Je ne voulais pas faire de bac littéraire, je ne me suis jamais pris pour un écrivain. Et ne voulant pas me spécialiser, j’ai fait un bac B, le plus généraliste possible. J’étais un bon élève, dans les 5/6 premiers, mais jamais le premier. Une fois le Bac en poche, j’ai tenté Sciences Po sans succès. Je me suis inscrit à la fac, au cas où, mais je n’y suis jamais allé. Je savais ce que je voulais faire, une école de journalisme directement après le Bac. J’ai passé le concours et intégré l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, dont j’ai été diplômé deux ans plus tard. L’ESJ est l’école de l’autonomie, où tu apprends à te démerder. Anecdote rigolote : Coralie, une camarade de promo, était allée au festival de Cannes. Benoît Poelvoorde y présentait le cultissime film C’est arrivé près de chez vous… Elle n’est jamais revenue. Ils sont restés ensemble plus de 20 ans.

Que se passe-il par la suite ?

Je continue les piges pour L’ÉQUIPEFrance Football tout en jouant au foot. J’interview Jean-Luc Delarue. Je m’incruste dans son équipe et joue avec lui tous les jeudis. Il présentait alors La Grande Famille sur Canal+. Sur le terrain, ses potes comme Florian Gazan. Je me souviens avoir joué en attaque avec Bertrand Cantat et Kad Merad… C’était un vrai plaisir de jouer au stade Commandant Georges Hebert dans le XVIème, tout près de Roland Garros.

Puis vient l’heure du service militaire. J’avais l’angoisse de partir dix mois et de perdre mes piges. Je n’étais pas pistonné, j’ai fait des pieds et des mains, écrit à tous les journaux militaires. J’ai été reçu par un lieutenant-colonel qui me dit « je vous prends dans 6 mois ». J’étais comblé. J’ai alors fait un mois de classe à Montélimar, puis été rapatrié 9 mois à Terre Magazine, boulevard Saint-Germain. J’ai vu arriver Romain Lefebvre, qui deviendra rédacteur en chef de L’ÉQUIPE Mag. Mon expérience dans le sport m’a permis notamment de suivre le Bataillon de Joinville, unité militaire de l’armée française accueillant des appelés sportifs. J’ai en mémoire, un match France / Allemagne militaire à Sens, dont le sélectionneur était Roger Lemerre. Aimé Jacquet était là. Frédéric Déhu avait marqué et j’avais beaucoup discuté avec Lilian Thuram.

Comment travailliez-vous votre style et ouvriez votre regard sur le sport ?

Dans L’ÉQUIPE Mag, une rubrique La Gazette, dirigée par André Halphen, le père du juge, proposait des papiers très décalés. Ce monsieur, au cigarillo qui empestait, était un peu le symbole de la presse à l’ancienne, un peu caricaturale, mais où la confiance existait. Au-delà de mes piges,et autres relectures, je me suis spécialisé dans les interviews de personnalités pratiquant le sport et nous expliquant leur rapport au sport : MC Solaar qui parlait de foot, Erik Orsenna de ses parties de golf avec François Mitterrand, Jean-Jaques Goldman (qui ne donnait aucune interview) expliquant que sa première lettre de fan de foot avait été pour Jacques Glassmann, Emir Kusturica qui comparait son rôle de metteur en scène à celui d’un sélectionneur ou entraîneur. J’essayais de trouver un créneau, une porte d’entrée, qui ne me mettait pas en concurrence avec d’autres et qui me permettait d’exister.

Arnaud Ramsay, David Ginola et Francis Huster

Si vous deviez garder un souvenir de cette période, quel serait-il ?

Je me souviens d’une interview croisée que j’avais organisée entre Francis Huster et David Ginola, dont l’aventure au P.S.G était proche de la fin. J’avais vendu l’idée au magazine Gala, Sébastien Pioch que ’avais connu à Terre Magazine s’occupait des photos. La rencontre s’était déroulée au théâtre Marigny, où Huster jouait avec Cristiana Reali la pièce de Sacha Guitry Faisons un rêve. Huster avait fait des jongles sur scène pour la photo. Il s’agissait d’une rencontre simple, amicale, sans attaché de presse, sans personne pour surveiller, sans personne qui demande à relire avant parution. Ce même soir, un peu plus loin, avait lieu la finale de la Coupe des Coupes au Parc des Princes entre Arsenal et Saragosse, avec ce lob de 40 mètres de Nayim qui trompait David Seaman.

Dans quel contexte débutez-vous dans l’émission « L’esprit du Sport » à la télévision sur France 5 ? Quel était le principe de l’émission ?

France 5, chaîne du savoir et de la connaissance présidée par Jean-Marie Cavada, avait lancé l’émission L’Esprit du Sport présentée par Cyril Viguier et dirigée par Dominique Grimault. Le principe de l’émission était génial : une personnalité est invitée et se raconte à travers des événements sportifs et culturels qui ont jalonné son existence. Je contacte Dominique Grimault qui me reçoit et me teste. Je lui évoque mon travail à La Gazette avec André Halphen. Il me dit « ne bouge pas ». Devant moi, il appelle André Halphen et lui dit « Je suis en compagnie d’Arnaud Ramsay, qu’est ce que t’en penses ? ». Il a dû dire du bien de moi, et j’ai eu la place. A partir de 1995, j’ai travaillé à plein temps pour cette émission. C’était fabuleux ! J’étais dans le bureau avec Dominique, qui me fera faire mon premier livre pour Solar sur les Chicago Bulls puis pour Thierry Roland racontant les plus grands joueurs de foot de l’histoire.

L’Esprit du Sport a été super formateur. Pour une des premières auxquelles j’ai participé, Alain Delon était l’invité. Fan de boxe, il voulait évoquer Marcel Cerdan. Nous avons concocté un plateau haut de gamme, faisant venir Marcel Cerdan Junior et Jake La Motta, qui avait terrassé Cerdan et qui est joué par Robert de Niro dans Raging Bull, de Martin Scorsese. Nous avions réussi à convaincre La Motta de prendre l’avion et de venir ; bon il avait demandé un peu d’argent ! A travers cette émission, je me suis fait un carnet d’adresses, façonné une culture sport et mis un pied de plus dans le monde professionnel.

Propos recueillis par The Wolfman. Dans la suite de cet entretien, Arnaud Ramsay reviendra sur son parcours professionnel, sa vision du métier. A suivre

Sources

[1] – Site Solecollector

[2] – Site FranceSport

 

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