Nathalie IANNETTA - Source [1]
Nathalie IANNETTA

Conseillère au sport et à la vie associative du Président François Hollande depuis Juin 2014, Nathalie IANNETTA a travaillé près d’une vingtaine d’années à Canal+. Présentatrice entre autres de Jour de Foot, l’Equipe du Dimanche, Canal Champions Club, elle a accepté, pour notre plus grand plaisir, de répondre à nos questions et revenir sur son métier de journaliste au sein de la chaîne cryptée.

DE LA DECOUVERTE DU SPORT AU JOURNALISME

Comment le sport est arrivé dans votre vie ? 

C’est une histoire de famille. Chez moi, on a très tôt cultivé la passion du football, comme celle du cinéma, de la politique ou de la cuisine. Ce sont presque des principes d’éducation. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé le sport. Et le reste aussi !

Quels sont vos premiers souvenirs de football ?

J’étais gosse et le dimanche, on accompagnait mon père et je passais mes après-midi le long des terrains. A la télé, mon premier souvenir, c’est la chevelure, et le regard de Mario Kempès lors de la coupe du monde en Argentine. J’avais 6 ans.

Etiez-vous ou êtes vous supportrice d’un club en particulier ?

Là aussi, c’est une histoire de famille : même si nous sommes originaires du centre de l’Italie, la Juventus a toujours été LE club de mon oncle. J’ai été élevée dans le respect du maillot noir et blanc, dans le culte de ce club familial d’Italie du Nord. La Juve chez moi, c’est un peu comme une grand-mère. On l’aime par tous les temps, on est solidaire pendant les coups durs, et on partage le bonheur des victoires et des parcours exceptionnels.

« J’ai été élevée dans le respect du maillot noir et blanc, dans le culte de ce club familial d’Italie du Nord. »

En France en revanche, je m’attache davantage aux personnes. Il y a des joueurs qui me fascinent, des dirigeants que je respecte, des entraîneurs dont j’aime la philosophie de jeu, mais je ne suis pas supportrice d’un club en particulier.

Quelles sont les personnes qui vous ont inspirée dans votre jeunesse ?

D’un point de vue personnel, ma mère et ma grand-mère. Ce sont des femmes hors du commun qui m’ont guidée et me guident toujours aujourd’hui.

Petite, quelles étaient vos idoles ?

Le mot « idole » me correspond assez peu. Je parlerais plutôt d’admiration. Michel Platini et Dino Zoff. Et puis j’ai toujours eu une affection particulière pour Michel Hidalgo. Il y a aussi Romy Schneider, Yves Robert et Claude Sautet. Serge Reggiani et Barbara

Adolescente, aviez-vous déjà en tête une carrière de journaliste ?

Oui. Je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour assouvir ma curiosité et raconter des histoires.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours étudiant ?

J’ai un parcours classique mais je n’ai pas fait d’école de journalisme. La culture générale, je l’ai acquise en classes prépa puis en faisait de l’histoire et des sciences Politiques. La technique professionnelle, je l’ai apprise sur le tas.

PARCOURS PROFESSIONNEL JOURNALISTIQUE

Vous commencez votre carrière en 1994 dans la presse écrite, dans l’hebdomadaire Le républicain de l’Essonne. Revenons sur les circonstances de ce premier emploi. Quelle était votre fonction et votre activité à l’époque ?

Comme je ne faisais pas d’école à proprement parlé, il fallait que je forme sur le terrain. J’ai même commencé plus tôt que ça : j’avais 17 ans quand j’ai fait mon premier stage en plein été dans une locale du journal La Montagne. Je faisais des petits reportages en vélo, et j’ai eu la chance d’être vite publiée, c’est comme ça que je me suis dit que je ne m’étais peut être pas trompée de voie. Après Le Républicain, c’était pas loin de chez moi, et c’était un moyen de gagner un peu d’argent en faisant des piges. Et puis la locale, c’est l’histoire des gens, on parle et on écrit sur le quotidien des citoyens, c’est le cœur même du métier du journaliste. C’était très formateur.

Aviez-vous des modèles dans ce métier ? Si oui, quels sont-ils ?

D’un point de vue professionnel, j’ai eu la chance de rencontrer au début de ma carrière des personnalités hors norme, qui m’ont non seulement donné ma chance, mais aussi appris à me dépasser, à prendre des risques et à surtout à rester moi-même. Et si je ne devais citer qu’un nom, ce serait bien sûr celui de Thierry Gilardi. Il a été pour moi plus qu’un patron, c’était presque le grand frère que je n’ai pas eu. Je ne sais pas si sans lui, ma vie aurait été la même. Je lui dois beaucoup.

Vous intégrez alors la grande maison de Canal+ en 1995. Comment s’est présentée cette opportunité ?

J’y suis rentrée pour un stage de 15 jours. J’en suis repartie 19 ans plus tard. Rien ne me prédisposait à vivre tout ce que j’ai vécu là-bas.

Vous travaillez sur l’émission L’hebdo et présentez des flash infos pendant près de 2 ans. Le passage de la presse à la télévision est-il évident ? Quelles sont les difficultés liées à cet exercice ?

Il m’a fallu apprendre l’écriture télé. Ça n’a rien à voir avec l’écriture papier. Après, il a fallu apprivoiser l’antenne. D’abord la voix sur les sujets, puis l’image de soi-même. C’est un truc auquel je ne me suis jamais habituée. Moi je m’imaginais plutôt construire des sujets, partir en reportage, mais à Canal, tout le monde faisait de l’antenne, donc je m’y suis mise aussi. Le plus difficile, c’est le jugement des autres. Le fait d’être regardée, à moins de le choisir, c’est quand même un truc d’une violence rare. Quand on fait de la télé, on n’est pas seulement jugé pour ce que l’on fait, comme dans les autres métiers, mais aussi pour ce que l’on est. Et ça, c’est un peu spécial.

« Le problème de beaucoup aujourd’hui, ils font de la télé, ils travaillent pour soigner leur propre image. Ils ont oublié que le cœur même de ce métier, c’est de parler et de mettre en valeur les autres. »

Du coup j’ai développé un énorme instinct de survie et de protection. Et puis, j’ai appris à avoir beaucoup de recul sur la télé. Il ne faut jamais se prendre au sérieux, toujours travailler le fond et ne jamais oublier qu’on ne fait pas de la télé mais un métier à la télé. C’est très différent. Si on se regarde soi-même, on arrête de regarder les autres. Et du coup, on n’est plus journaliste. Le problème de beaucoup aujourd’hui, c’est ça : ils font de la télé, ils travaillent pour soigner leur propre image. Ils ont oublié que le cœur même de ce métier, c’est de parler et de mettre en valeur les autres. Je trouve ça dommage.

Vous rejoignez alors le service des Sports de Canal+ en 1997. Vous co-animez l’émission Le Journal du foot avec Vincent Radureau et côtoyez Thierry Gilardi sur Soir d’Europe. Quels souvenirs retenez-vous de ces deux expériences et collaborations ?

Ce sont des souvenirs merveilleux : on travaillait tout le temps, le niveau d’exigence avec Thierry était maximal, et en même temps, on s’amusait beaucoup. En fait, j’ai survécu à ce milieu grâce à ça : on faisait notre boulot sérieusement mais sans se prendre au sérieux. Chaque émission nouvelle était un cadeau et une chance.

Quelle image gardez-vous de Thierry Gilardi ? Avez-vous une anecdote particulière en mémoire ?

Je garde l’image d’un ami fidèle et d’un professionnel unique. On a vécu des trucs inouïs ensemble. Il me faudrait des heures pour tout raconter. Des fous rires aux engueulades en passant par les moments de directs où rien ne se passe comme prévu. Ce serait trop long. Il me manque beaucoup mais je mesure chaque jour la chance d’avoir connu et cotoyé quelqu’un comme lui. Ça n’a pas de prix ça.

Lors de la saison 2004/2005, vous présentez l’émission Jour de Foot avec Stéphane Guy chaque samedi. Pouvez-vous nous expliquer la préparation d’une telle émission ?

Toutes les émissions se préparent de la même manière. Il faut toujours être prêt à traiter toutes les éventualités. Le fond doit être béton. Il n’y a que comme ça qu’on peut aborder une émission de sport en direct. On sait comment on commence, mais on ne sait jamais comment cela va se terminer. C’est aussi le charme de ce genre d’émission. Le sport reste le dernier endroit où le formatage est impossible. Si on se laisse emprisonner parce qu’on avait prévu, on risque de manquer ce qui se passe. Et on rend l’antenne en n’ayant pas fourni au téléspectateur ce qu’il est venu chercher, c’est-à-dire des infos et de l’émotion aussi.

Vous avez cette particularité de passer du monde du sport, de l’information (présentation des informations du matin sur I-Télé), à la politique en co-animant un débat entre deux personnalités politiques avec Laurent Bazin en 2007. Comment se prépare-t-on à ces différentes opportunités ?

Etre journaliste c’est être suffisamment curieux et ouvert d’esprit pour parler de tout. Donc on n’a pas besoin de se préparer. On travaille tous les sujets et tous les dossiers de la même manière sur le fond, seule la forme change. Mais je constate que ma génération sera la dernière à être capable de traiter de tous les sujets et sur tous les supports. Aujourd’hui, les étudiants se spécialisent dès l’école, non seulement sur leur domaine (éco, politique, international, sport etc…) mais aussi sur le support (ils font très tôt des spécialités télé, radio ou presse écrite). Pour moi c’est une abérration.

« Aujourd’hui, les étudiants se spécialisent dès l’école, non seulement sur leur domaine, mais aussi sur le support. C’est une aberration. »

Comment définiriez-vous le métier de journalisme ? Est-il le même, dans l’information, le monde du sport ou la politique ?

Un journaliste, c’est un historien au jour le jour disait Camus et son premier souci doit être vérité. Je suis tout à fait d’accord avec ça. Quel que soit le domaine qui est le sien.

Quelles sont les qualités pour développer cette polyvalence et passer aussi facilement d’un domaine à un autre ?

Normalement ça devrait être naturel et la question ne devrait se poser. Il faut juste être travailleur, curieux et malin.

En 2008, vous quittez iTélé pour remplacer Hervé Mathoux à la présentation de l’Equipe du Dimanche. Comment remplace-t-on un journaliste comme Hervé Mathoux dans une telle émission ?

Hervé avait un style à lui. Moi un autre. Il ne faut pas tricher et chercher à faire ce pour quoi on n’est pas fait. Il faut arriver avec ce que l’on est. Et c’est tout. Et puis l’EDD, c’est une émission star qui se respecte. Peu importe le présentateur.

En 2010 vous laissez L’équipe du Dimanche à Thomas Thouroude. N’est-il pas frustrant de laisser une émission qu’on a prise en main ?

Les émissions n’appartiennent jamais à ceux qui les présentent, mais à ceux qui les regardent. On n’est jamais propriétaire de rien à la télé. Donc non, aucune frustration.

En 2012, vous prenez en charge de la nouvelle émission Le canal Champions Club. Comment est née cette nouvelle émission ?

C’était un changement de culture. Pendant longtemps, toute la Ligue des champions était sur Canal. On avait tous les matchs, on proposait du coup des émissions de 20h à minuit. Quand le nouveau contrat a commencé, avec juste le choix numéro 1, il a fallu s’adapter et créer un écrin dédié à cette seule affiche. Avec de l’élégance et un peu de solennité, parce que la Ligue des Champions, c’est la classe et le luxe suprême en football. Voilà pourquoi on a créé le CCC.

Après 19 ans, comment définiriez-vous l’esprit canal+ ?

En 19 ans, les choses ont changé, la chaîne a grandi, les effectifs ont été multipliés, rien n’est plus comparable aujourd’hui. Mais on peut parler d’un esprit libre et audacieux.

Quel entraîneur/joueur/match vous a particulièrement marqué pendant 19 ans à Canal+ ?

Là aussi, c’est comme les anecdotes avec Thierry Gilardi. C’est impossible de garder une image ou une figure ! Et puis moi je garde tout. C’est trop précieux !

Le métier journalistique nécessite des réseaux, mais aussi une certaine distance pour l’analyse. L’amitié est elle compatible avec la profession ?

L’amitié, ça ne se décide pas. Parfois, les liens s’imposent à vous. C’est comme ça. Ça n’empêche pas l’honnêteté intellectuelle dans les analyses. Et si vraiment on est trop impliqué dans une histoire personnelle, il faut laisser aux autres le soin de traiter l’information. C’est plus sain pour tout le monde.

Quelles sont, à votre sens, les qualités principales pour un journaliste et les grandes règles sur lesquelles on ne peut transiger ?

Le travail et l’intégrité. Le reste, chacun fait en fonction de ce qu’il est, ce qu’il aime. Mais ces 2 valeurs là, c’est non négociable. Cela dit, c’est vrai dans la vie en général.

« Un journaliste ne doit pas se sentir en compétition avec les gens qui discutent sur les réseaux sociaux. »

L’arrivée des réseaux sociaux a-t-elle modifié le travail des journalistes ?

Oui. Parce que les infos circulent plus rapidement. C’est vrai aussi avec l’arrivée des chaines d’info. La vigilance doit être encore plus grande et un journaliste ne doit pas se sentir en compétition avec les gens qui discutent sur les réseaux sociaux. Le problème aujourd’hui, c’est que tout se mélange, qu’au final, toutes les infos sont traitées de la même manière, et qu’on brouille le message sur la hiérarchie de l’information. Or un journaliste, son boulot, c’est d’éclairer le citoyen sur ce qui est important.

Nous remercions chaleureusement Nathalie pour sa disponibilité et sa gentillesse et lui souhaitons bonne continuation dans ses fonctions au gouvernement.

Propos recueillis par The Wolfman

Références

[1] – Image issue du site de la FIFA

[2] – Image issue du site Telegraph

[3] – Image issue du site Storiedicalcio

[4] – Image issue du site Soccermond

[5] – Image issue du site de l’INA

[6] – Image issue du site ARTE

[7] – Image issue du site INA

[8] – Image issue du site Ladepeche

[9] – Image issue du site Cinema-Français

[10] – Image du site Le point

[11] – Image du site Sportbuzzbusiness

[12] – Image issue du site Ladepeche

[13] – Image du site Telelepremiere

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