Retour sur une semaine agitée du côté de la Canebière, après le départ du technicien argentin Marcelo Bielsa au sortir de la défaite des Olympiens à domicile contre Caen. Cette annonce a eu l’effet d’une bombe à Marseille et dans le milieu du football en France, et donné l’occasion depuis quelques jours de voir les langues se délier et renforcer si besoin était le mystère autour du coach argentin. En effet, difficile de trouver de la nuance autour de l’ancien sélectionneur de la Albiceleste : Les pro-Bielsa pleurent le départ de l’argentin et accusent La Blonde et Labrune de n’avoir pas su appréhender son caractère. Après tout, quand on fait le choix d’engager « El Loco », on le sait et on s’adapte non ?

De l’autre côté, les anti-Bielsa, ou tout du moins les sceptiques, jugent ce départ comme une trahison, un manque de professionnalisme de quitter le navire pour une option dans un contrat, et probablement une excuse pour rejoindre un projet plus intéressant. Nous ne saurons probablement jamais les raisons de son exil mais la vérité se situe souvent au milieu de ces deux thèses. Essayons d’y voir plus clair autour du personnage

Le 2 Mai 2014, Vincent Labrune officialise l’arrivée de Marcelo Bielsa. Mais qui est donc cet entraîneur étranger, présenté comme un bourreau de travail, au caractère trempé et considéré comme le meilleur entraîneur de la planète par Pep Guardiola en 2012 ?

Une carrière de succès

Bielsa débute sa carrière d’entraîneur d’équipe première en 1990 en Argentine au Newell’s Old Boys après avoir pris en charge les jeunes du club. Dès la première année, il remporte deux titres avec le tournoi d’ouverture et le titre de champion d’argentine

En 1992, l’équipe atteint la finale de la Copa Libertadores, perdue aux tirs au but contre São Paulo. Sa très jeune équipe composée entre autres de Mauricio Pochettino en défense centrale est caractérisée par un jeu offensif, les 10 joueurs de champs attaquant et défendant dès la perte de balle, à l’image de l’Ajax et des Pays Bas de Cruyff dans les années 70.

Après quelques années au Mexique, notamment au CF Atlas (12ème et 5ème) et Club América (11ème), Bielsa est sacré champion d’Argentine pour son retour au Vélez Sarsfield en 1997. Après un passage rapide à l’Espanyol de Barcelone, Bielsa prend la sélection argentine en 1998 avec laquelle il terminera finaliste de la Copa America en 2004 et médaillé d’or aux Jeux Olympiques d’Athènes. Puis c’est au tour du Chili de faire appel à ses services en 2007, qualifiant les coéquipiers de Vidal pour la coupe du monde 2010, éliminés en 8ème de finale face au Brésil.

En 2011, El Loco retente l’aventure en Europe du côté de l’Athletic Bilbao. En deux saisons, le club termine à la 10ème et 12ème place et atteint la finale de la coupe d’Espagne et de l’Europa League. Aujourd’hui encore, les supporters s’en souviennent

Respecté partout mais insulté en France

Mais en France, peu importe ce qui passe en Espagne et encore moins de l’autre côté de l’Atlantique. Qu’importent les éloges qu’il peut recevoir de la part des grands noms du football (Pep Guardiola, Javier Zanetti, Mauricio Pochettino, Marcelo Gallardo, Rudi Völler, Eric Cantona, Jorge Sampaoli)1 . Le couperet va tomber assez rapidement, et tout est prétexte à la dérision : La glacière, le café brûlant sur les fesses, le seul entraîneur en jogging depuis l’ère Guy Roux, son style détonne en ligue 1…Avec un jeu basé sur l’offensive, un pressing tout terrain et une philosophie de jeu constamment vers l’avant, il fait office d’ovni dans un championnat adepte du « bien en place » et s’attirent les foudres des grands spécialistes français R. Courbis, B. Tapie, P. Dupraz et L. Nicollin. Pire, il répond aux conférences de presse sans détour, explique ses choix et assume ses erreurs dans un championnat qui aime l’excuse et les prétextes. Oui mais Bielsa ne regarde pas les journalistes…

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Une exigence à toute épreuve

Le natif de Rosario est intransigeant avec lui même et son entourage, à commencer par sa présidence, comme l’atteste son ancien président Raul Gamez à Velez de 1996 à 1999 : « Je dirais aux gens avec lesquels il travaille que la seule à faire c’est de lui donner ce qu’il veut. Toutes ses exigences, qu’elles leur paraissent bonnes ou mauvaises, il faut lui les accorder. Et ensuite attendre les résultats ». Vincent Labune en a fait les frais l’année dernière à travers une conférence de presse de l’entraîneur on ne peut plus claire, comme l’avait vécu le chef de chantier des travaux du centre d’entraînement de Bilbao.

Par ailleurs, il fait partie de cette catégorie d’entraîneur jusqu’au-boutiste, théoricien, qui exige des autres le même engagement que lui dans son travail. Ricardo Lunari, ancien milieu Newell’s de 1991 à 1993 l’explique : « Il fallait être prêt physiquement mais aussi impeccable sur le plan technique. Sinon c’était impossible de faire ce qu’il imaginait à l’entraînement. Il se concentrait sur l’intensité et pour réaliser l’impossible, on travaillait jusqu’à cinq heures par jour et on pouvait répéter le même exercice dix jours de suite avec la même intensité. Au final, on arrivait à ce qu’il voulait ». Aymeric Laporte, ajoute « Lorsque les matchs à l’extérieur avait lieu à 21h et qu’on rentrait à 3h du matin sur Bilbao, le lendemain, il avait vécu le match deux fois ». « Il y a des moments où c’est dur pour les joueurs, parce qu’on passe beaucoup de temps à étudier les vidéos » avoue néanmoins Fernando Llorente, ancien attaquant de Bilbao.

L’argentin a conscience des difficultés que peuvent engendré sa méthode pour pour un club et ses joueurs. Claudio Husain, ancien attaquant de Vélez de 1993 à 2000, relate le discours de Bielsa après le titre obtenu : « Je comprends que ma manière de vous entraîner et de travailler au quotidien est exigeante et épuisante. C’est pourquoi, je ne peux pas rester plus d’un an ou un an et demi dans un club», propos confirmés par Ricardo Lunari.

On touche alors du doigt les limites de sa méthode, et certainement une raison pour laquelle Bielsa n’a jamais entraîné de très grandes équipes en Europe. En effet, comment l’institution d’un gros clubs européen pourrait-elle s’effacer devant un entraîneur ? L’Olympique de Marseille était-il un trop gros club pour la méthode Bielsa ? Chacun se fera son opinion.

Toujours est-il que qu’après une belle première partie de saison, Marseille terminera finalement à la 4ème place en championnat et éliminée prématurément des coupes nationales. En un an, Marseille aura vécu une révolution dans toutes les composantes internes de l’OM (centre de formation, centre d’entraînement, méthodes de travail) dont certaines resteront au sein du club.

Cet exercice aura permis la progression et la valorisation d’un effectif moyen et une belle plus value, entre autres sur la vente de Dimitri Payet en Angleterre, réalisant enfin une saison complète en ligue 1 à 28 ans.

Enfin, il a permis à Marseille de retrouver un nouveau souffle après des années d’asphyxie avec Elie Baup et José Anigo, et de raviver la passion au Vélodrome. C’est peut être çà l’essentiel.

The Wolfman

Références

[1] – Déclarations issues du site lephoceen, Sofoot et Sports

Josep Guardiola – « Bielsa est un des meilleurs entraîneurs du monde. Il m’a beaucoup appris. Ca a été un honneur d’être reçu chez lui en Argentine, c’était fantastique. »

Diego Simeone – « C’est un entraîneur extraordinaire. Quand on a joue dans une équipe de Bielsa, on n’est plus le même. »

Eric Cantona – « J’aime Bielsa. Je trouve qu’il a du charisme, que c’est un personnage. Il a une personnalité, il connaît le football. »

Rudi Völler – « C’est un grand entraîneur. Il a fait du bien à l’Argentine, au Chili, à l’Athletic Bilbao. Il fera sûrement beaucoup de bien à Marseille. »

Javier Zanetti – « Il faut sortir le meilleur de ses joueurs. J’ai été six ans en sélection argentine, il a été l’entraîneur qui m’a fait sortir le meileur qu’il y avait en moi pour l’équipe. L’engagement, cette grande personne qu’il est avec tous les joueurs en font un entraîneur très compétent. »

Marcelo Gallardo – « Bielsa fait partie des entraîneurs qui ont attisé cet amour du jeu en moi. »

Jorge Sampaoli – « J’étais tous les jours pendu au football. Littéralement. A tel point que j’étais bielsadépendant. Dès que je sortais ou que j’allais courir, j’écoutais des cassettes de Bielsa. Je suivais et enregistrais tous ses discours. J’étais un obsessif de son Newell’s et connaissais son travail depuis qu’il était en fonction avec les divisions inférieures du club, a déclaré Jorge Sampaoli à La Nacion. J’ai été jusqu’à Córdoba (centre-nord argentin) où il donnait une conférence avec Carlos Grigol (Ex Gimnasia). Je me suis toujours identifié à sa philosophie, à son projet de football d’attaque, à sa manière dont il voyait le jeu

[2] – Image issue du Site mediafootball.fr

[3] – Image issue du site OM

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