Grand pays d’Asie Centrale, membre de l’URSS en son temps, le Kazakhstan est, au mieux, connu pour le cosmodrome de Baïkonour ou pour le polygone nucléaire de Semipalatinsk. Indépendant depuis 1991, le Kazakhstan n’a, jusqu’à présent, connu qu’un seul président de la République, j’ai nommé Nursultan Nazarbayev. Autre fait marquant de ce pays, le changement de capitale passant d’Almaty à Astana en 1997 suite à une décision de ce même Nazarbayev. Si, géographiquement, le pays est situé dans sa majeure partie sur le continent asiatique, la petite partie européenne de l’Ouest du pays permet au Kazakhstan de se placer côté européen footballistiquement.

20 Août 2013, Astana Arena, le Shakhter Karagandy bat le Celtic 2-0. Un petit coup de tonnerre sur la scène européenne et une victoire qui fait entrer le Kazakhstan dans l’échiquier du football européen. Certes, le Celtic renversera la situation au match retour, certes le Shakhter est aujourd’hui en proie à d’énormes difficultés financières, mais le football kazakh grandit. L’équipe nationale n’est plus un simple faire-valoir, alors que les clubs kazakhs sont désormais de vrais opposants lors des tours préliminaires et peuvent, si le tirage reste clément, viser une participation à la phase de poule d’Europa League.

En marge du final 4 de Futsal se déroulant à Lisbonne en avril dernier et remporté par le Kairat Almaty, j’ai pu discuter avec Erlen Abdulmanov, rédacteur pour le site Prosport au Kazakhstan et attaché au service de presse du AFK Kairat.

Histoire du football Kazakh

Sous l’URSS

Entre exil de Dostoïevsi et essais nucléaires de l’URSS, Semipalatinsk, aujourd’hui Semeï, a vu naître les premières équipes de football kazakhe en 1913. Le FC Yarysh était alors la première équipe kazakhe à participer à une rencontre internationale, notamment contre une équipe de prisonniers de la Première Guerre Mondiale.

FC Yarysh (Semipalatinsk) – Source [3]

Dès lors, le football s’exporte par delà les steppes de Semitalatinsk pour gagner Pavlodar dans un premier temps, puis conquérir petit à petit le territoire kazakh d’Alma-Ata, aujourd’hui Alamty à Dzhambul, désormais Taraz. Le footbal kazakh se développe, se structure et en 1937, le Dynamo Alma-Ata devient le premier club kazakh à évoluer en tant que club professionnel dans le championnat d’URSS, en division inférieure, évidemment.

En 1963, le Dynamo Alma-Ata, qui a alors pris le nom de Kairat, se hisse en ½ finale de la coupe d’URSS et s’incline 2-1 après prolongations face au Shakhtar Donetsk. Il s’agit là du meilleur résultat jamais enregistré par un club kazakh dans cette compétition. L’équipe d’Alma-ata s’impose donc comme la référence en termes de football au Kazakhstan. En 1976, Kairat remporte la Première League d’URSS (équivalent 2ème division) et gagne le droit d’évoluer dans l’élite du championnat d’URSS. Ce sera la seule équipe Kazakhe à atteindre cette élite, le Shakhter Karagandy se contentant dans l’équivalent de la 2ème division.

Seilda Baishakov - Source []
Seilda Baishakov – Source [4]

En 1977, Seilda Baishakov devient le premier Kazakh à intégrer l’équipe nationale d’URSS, il effectuera son premier match international en 1978 face à la Hongrie. En 1989, Yevstafyi Pekhlevanidi devient le premier joueur kazakh à signer dans un club étranger, passant d’Alma-ata à Levadiakos en Grèce.

Le Kazakhstan

Devenu indépendant, le Kazakhstan rejoint la Confédération Asiatique de Football (AFC) en 1992 en tant que membre assiocié, avant d’intégrer définitivement l’AFC et la FIFA en 1994. Cette même année (1992), le Kairat Almaty remporte le premier championnat du Kazakhstan, alors que l’équipe nationale fait ses débuts dans la zone Asie.

Tsentralnyi Stadion (Almaty) - Source []
Tsentralnyi Stadion (Almaty) – Source [5]

En 1994, Ansat Pavlodar et Zhamby Taraz deviennent les premières équipes kazakhes à participer à des tournois officiels de l’AFC. En 1996, les brésiliens Marcos Roberto Sampaio Pimenta et Antonio Roberto Ze Maria débarquent au Yelimai de Semipalatinsk, devenant ainsi les premiers étrangers non issus des républiques soviétiques ou des alentours, à jouer pour un club kazakh.

Irtysh - Source []
Irtysh – Source [6]

Face au développement croissant du football Kazakh, des négociations sont entamées dès 2000 pour quitter l’AFC et rejoindre l’UEFA. En 2001, l’Irtysh de Pavlodar se hisse en demi-finale de la Ligue des Champions Asiatique, mais défaits par les Japonais de Jubilo Iwata 1-0 après prolongations, les joueurs de Pavlodar échoueront à la 4ème place de la compétition, perdant 2-0 face à Persepolis dans la petite finale.

2002 – De l’Asie à l’Europe, le Kazakhstan change de cap

Fin 2001, l’idée de rejoindre la zone Europe étant sur le point de se concrétiser, le Kazakhstan se retire de la zone AFC pour rejoindre le 25 avril 2002 officiellement la zone UEFA. Il s’agit là d’une décision de très grande ampleur. Erlen Abdulmanov m’explique que Rakhat Aliyev, président de l’Union de Footbal Kazakh (FUK) (aujourd’hui redevenu FFK) souhaitait faire passer une nouvelle étape au football du pays. Il ne voyait pas de grand futur dans la zone AFC et avait espoir qu’en rejoignant la zone européenne, le Kazakhstan pourrait grandir en tant que nation footballistique. Rejoindre la zone UEFA signifie voir débarquer de grands joueurs, évoluant en Premier League, en Ligue des Champions, sur le sol kazakh pour y disputer des rencontres internationales officielles.

Toutefois, Abdulmanov me confirme qu’aujourd’hui, beaucoup de gens estiment que rejoindre la zone UEFA n’était pas la bonne décision à prendre. Passée la joie de pouvoir contempler de grandes nations, de grands joueurs, le constat est implacable : Comment obtenir des résultats dans une zone aussi compétitive ? Comment obtenir une qualification pour un Euro ou une Coupe du Monde ? Comparativement à l’Ouzbékistan, le Kazakhstan est très loin d’une première Coupe du Monde. Aujourd’hui, les gens ont vu Rooney, Cristiano Ronaldo et autres stars européennes. Mais les voir ne suffit plus, et des résultats sont attendus.

Depuis son entrée dans la zone UEFA, le Kazakhstan n’a, en effet, pas encore connu ne serait-ce que l’espoir véritable d’une qualification à l’Euro ou à la Coupe du Monde. Le 24 mars 2007, à Almaty, le Kazakhstan obtient sa première victoire en match officiel sous l’égide de l’UEFA, en venant à bout de la Serbie 2-1. Le parcours de qualifications pour l’Euro 2008 sera d’ailleurs tout à fait honorable (10 points en 14 matchs pour 2 victoires, 4 matchs nuls et 8 défaites).

Depuis, il faut bien se rendre à l’évidence, l’équipe nationale stagne et n’a plus connu d’aussi bons résultats que lors de ces qualifications pour l’Euro 2008. En effet, la phase de qualification pour la CDM 2010 n’aura offert que 2 victoires face à Andorre, les qualifications pour l’Euro 2012 auront vu le Kazakhstan ne prendre que 4 points (une victoire face à l’Azerbaïdjan et un match nul face à l’Autriche). Un nouveau match nul face à l’Autriche, puis un nul et une victoire face aux iles Féroés, tel sera le parcours Kazakh pour les qualifications à la CDM 2014.

Pour l’Euro 2016, après 6 matchs, le Kazakhstan n’a qu’un seul petit point, point obtenu à domicile face à la Lettonie. Certes, le Kazakhstan ne prend jamais de véritable déculottée et peut parfois même faire douter des grosses équipes. Les Pays-Bas ont, notamment, longtemps étaient menés au score par les Kazakhs, mais la progression n’est pas suffisamment visible et le manque de résultat face aux équipes de standing équivalent n’incite pas à l’optimisme. Pour atteindre ces objectifs, le Kazakhstan a encore beaucoup de travail devant lui, à commencer par la formation.

Aktobe - Source []
Aktobe – Source [7]

En revanche, le football de clubs connait une nette amélioration depuis quelques saisons. En effet, le champion kazakh atteint au minimum le 3ème tour de qualification de la ligue des Champions depuis 3 ans. Même chose en Europa League où, depuis 2009, au moins un club kazakh atteint le 3ème tour de qualification ou le tour de barrage. Cette saison, même si le Kairat aura fort à faire face à Aberdeen, le club d’Almaty a déjà éliminé l’Etoile Rouge de Belgrade. La saison dernière, Astana et Aktobe sont tombés en barrage contre Villarreal et le Legia.

Toutefois, la meilleure performance d’un club kazakh en compétitions européennes est à mettre à l’actif du Shakhter Karagandy, éliminé en barrage de Ligue des Champions et reversé en phase de groupe d’Europa League. Intégré à la poule L, le Shakhter avait montré de vraies bonnes choses en obtenant deux matchs nuls face à l’AZ et au Maccabi Haïfa, les 4 autres rencontres se soldant par des défaites honorables (2-1 ; 2-1 ; 1-0 ; 0-2).

Ainsi, les équipes kazakhes parviennent à obtenir quelques résultats en tour préliminaire des compétitions europénnees et, si Astana parvient à se défaire des Finlandais de HJK en 3ème tour préliminaire de Ligue des Champions, on pourrait retrouver une nouvelle équipe kazakhe en phase de poule de l’Europa League, voire, qui sait, de Ligue des Champions.

Equipe nationale et les évolutions

Nous l’avons vu précédemment, l’équipe nationale kazakhe ne parvient pas à passer un cap au niveau des résultats et stagne depuis son entrée en zone UEFA. Ainsi, à l’heure actuel, le Kazakhstan se situe au 142ème rang au classement FIFA.

Pour Abdulmanov, la situation pourrait évoluer grâce au sélectionneur actuel. Selon lui, avec Yuri Krasnozhan, le Kazakhstan tient enfin un bon entraîneur. Et ce, même s’il reconnaît que le parcours du russe n’est pas très reluisant sur ces dernières années.

Yuri Krasnozhan - Source []
Yuri Krasnozhan – Source [8]

En fait, Krasnozhan apporte une éducation tactique à des joueurs qui n’ont jamais eu cette exigence et qui, je cite, « ne sont pas assez intelligents en termes de football ». C’est pourquoi le processus peut et va prendre du temps. Là où, auparavant, la tactique pouvait ressembler à de « grands ballons devant pour un joueur qui court et tire s’il n’a personne devant lui », aujourd’hui, la tactique semble plus réfléchie. Krasnozhan cherche à développer cette culture tactique, cet esprit plus construit dans l’approche du match.

Ainsi, l’entraîneur russe n’hésite pas à changer de tactique et mettre en place une défense à 3 avec deux latéraux (défense à 5 face à de grosses équipes), deux milieux défensifs et peux alterner entre une option à deux attaquants et un milieu offensif ou deux ailiers et un attaquant, en fonction de l’opposition. De plus, Krasnozhan s’appuie sur les coups de pied arrêtés. Cela peut sembler logique et anodin, mais Abdulmanov insiste beaucoup sur cet aspect.

Pour conclure, la sélection est en pleine phase d’apprentissage, d’éducation tactique. Les résultats ne peuvent pas tomber du ciel et pour l’instant, si le Kazakhstan parvient à donner du fil à retordre à des équipes comme les Pays-Bas ou la Turquie, il n’arrive pas encore à remporter les matchs à sa portée.

Les Grands joueurs

En cherchant à parler de grands joueurs kazakhs de l’histoire, Erlen Abdulmanov n’hésite pas une seconde et mentionne directement Vakhid Masudov.

Vakhid Masudov - Source []
Vakhid Masudov – Source [9]

Légende du Kairat, Abdulmanov me soutient même que Masudov était meilleur que Blokhine mais qu’une grave blessure à la jambe l’a empêché de se faire une place dans l’équipe d’URSS. En parcourant le site du Kairat, il fait effectivement mention de cette blessure, mais rien ne laisse à penser que Masudov aurait pu concurrencer Blokhine dans cette équipe, d’autant plus qu’elle ne l’a pas empêché de poursuivre sa carrière.

Yusup Shadiev - Source []
Yusup Shadiev – Source [10]

Parmi les autres grands joueurs cités par Abdulmanov, j’ai pu retenir Kurabe Ordabaev, gardien du Kairat dans les années 70, mais aussi Yusup Shadiev, autre légende du Kairat.

Mon interlocuteur me cite également Sergey Timofeev, défenseur originaire de Pavlodar et notamment champion de Russie avec l’Alania en 1995 et sélectionneur du Kazakhstan de 1997 à 2000. Sergey Volgin est également un nom qui ressort de notre discussion. Joueur du Spartak Moscou en 1986, il sera élu meilleur joueur Kazakh de l’année 1992 lorsqu’il évoluait de nouveau du côté d’Almaty.

Parmi les grands joueurs kazakhs du temps de l’URSS, on retrouve Viktor Katkov, ancien joueur du Kairat notamment, mais également de diverses équipes de Dzhambul ou encore du Tavria Simferopol en Crimée.

Enfin, je me dois de mentionner Ruslan Baltiev, recordman du nombre de sélections (73) et du nombre de buts marqués (13) avec le Kazakhstan.

Samat Smakov - Source []
Samat Smakov – Source [11]

Je voudrais également terminer par un joueur encore en activité : Samat Smakov, milieu défensif d’Irtsyh (Pavlodar), sextuple champion du Kazakhstan et quadruple meilleur joueur kazakh de l’année (2004, 2007, 2008 et 2009).

Qu’en est-il de la formation ?

Là encore, notre interlocuteur ne cherche pas à enjoliver les choses et m’expose clairement la situation à partir d’un exemple concret. Aujourd’hui, un gamin qui arrive dans un club joue. Il court, tape dans le ballon mais ne sait rien et ne peut pas progresser. On promet aux parents que le joueur sera bon, voire très bon, mais 5 ans plus tard il n’y a pas réellement progresser. Le jeune sait faire une passe, tirer dans le ballon. Nous sommes en présence de gamins qui jouent au foot, mais rien de plus.

La formation doit être le gros travail de la FFK dans les années à venir. Aujourd’hui, il n’y a que 4 académies liées à la fédération dans tout le pays. Certains clubs comme le Kairat ont leur propre académie, mais de manière générale,il y a un énorme travail à faire à ce sujet dans le pays. Le gouvernement veut faire grandir le football et pour cela doit réaliser l’importance de posséder de bonnes académies. Le Kazakhstan possède des joueurs talentueux, mais les parents ne peuvent pas amener leurs enfants tous les joueurs à l’entraînement. Il faut ainsi créer ces centres de formation avec internat, là où le jeune pourrait rester toute la semaine dans un cadre propice à son développement personnel et professionnel.

Tout autant que des centres de formation, Abdulmanov insiste sur l’importance des entraîneurs de jeunes. Pour lui, il est nécessaire de faire venir des coachs étrangers (allemands, brésiliens, etc) qui connaissent mieux le foot et qui pourraient inculquer aux jeunes joueurs les bases tactiques du football, sauraient enseigner à ces joueurs les différentes façons d’appréhender une situation sur le terrain et ainsi faire progresser de manière notable les bons jeunes joueurs kazakhes.

La Coupe du Monde 2026 ?

Farfelue ou pas, toujours est-il que l’idée de se porter candidat à la Coupe du Monde 2026 n’est pas une simple rumeur. La Fédération et le gouvernement y pensent de façon sérieuse. En abordant ce sujet, mon correspondant ne peut masquer son sourire. En effet, pour lui, cette idée est grotesque. Abdulmanov m’explique alors que le Kazakhstan ne possède actuellement que 2 stades de qualité, sans pour autant être de grande qualité. Ainsi, il n’est pas rare de voir de l’eau s’écouler du toit du stade d’Astana.

Pour Abdulmanov, le Kazakhstan devrait se mettre à construire des stades dès aujourd’hui s’il veut espérer recevoir un tel événement mondial.

Certainement que le football kazakhe devrait certainement axer son travail sur d’autres priorité, en particulier la formation.

Le Championnat Kazakh

Histoire

Depuis 1992, la KPL a connu 9 champions différents et c’est le Kairat Almaty qui remporta le premier titre en 1992. Les deux clubs les plus titrés étant Irtysh (Pavlodar) et Aktobe avec 5 titres chacun. Aujourd’hui, les meilleurs équipes Kazakhes sont celles dont nous avons déjà un peu parlé, à savoir Astana, Aktobe et Kairat. Abdulmanov ajoute également l’équipe d’Ordabasy (Shymkent) engagée en Europa League en début de saison.

Cependant, il m’explique que tout peut aller très vite et que tout ne dépend pas uniquement du football. Ainsi, 5ème et 6ème en 2014, Kaisar et Shakhter se battent aujourd’hui pour éviter la relégation. La chute du club de Karagandy est encore plus impressionnante quand on se souvient qu’il y a tout juste deux ans, le club devenait le premier représentant kazakh présent en phase de poule d’une compétition européenne. Mais alors, comment expliquer une telle chute ? Erlen Abdulmanov m’éclaire sur cette situation. Selon lui, le changement de maire à la tête de la ville a sonné le glas de son équipe de football. En effet, au Kazakhstan, les dirigeants de la ville ont une importance considérable sur l’équipe de foot. C’est le maire de la ville qui décide de libérer des fonds pour son équipe de foot. Aujourd’hui, à Karagandy, le maire ne donne plus d’argent. L’équipe se retrouve donc en difficultés financières et les résultat ne peuvent plus suivre.

Cette ingérence de l’administration de la ville est possible car de nombreux clubs appartiennent au gouvernement ou aux régions. Evidemment, cette situation est loin d’être idéale. Et Abdulmanov me le confirme en m’expliquant que si le maire de la ville aime le football, il va investir dans l’équipe et va donc mettre la pression sur le président. On cherche alors des résultats à court terme et on va recruter des étrangers. Or, les bons joueurs étrangers ne veulent pas encore venir au Kazakhstan (même si les choses évoluent peu à peu) et les clubs vont chercher des joueurs étrangers trop moyens et qui ne permettent pas à l’équipe d’atteindre ses objectifs. A la fin de saison, si l’équipe n’est pas au top, on recommence et on fait venir d’autres joueurs étrangers.

Plutôt que de dépenser cet argent sur des joueurs étrangers moyens qui ne cherchent que le cachet, Abdulmanov aimerait que les clubs construisent des terrains d’entraînement, développent des infrastructures dignes et propices au bon développement des joueurs locaux. Ainsi, seuls Astana (car capitale) et Almaty ont un bon terrain de football. Il faut dire qu’en tant que capitale du pays Astana s’en sort mieux que les autres. De son côté le Kairat n’appartient pas au gouvernement et a le soutien de KazRosGas, filiale Kazakhe de Gazprom.

Du côté des autres équipes, le management est médiocre, tout le monde se sert dans le budget et il ne reste que de quoi acheter quelques joueurs étrangers pour valider la politique à court terme.

Il est à noter que le règlement de la KPL autorise les clubs à inscrire un maximum de 8 joueurs étrangers dans son effectif et limite le nombre de joueurs étrangers à 5 joueurs sur le terrain en même temps.

Le championnat KPL 2015

Ce weekend s’achevait la première phase de la saison 2015. Une première partie de saison régulière qui a vu les 12 équipes du championnat s’affronter en aller/retour.

KPL 2015 teams - Source [15]
KPL 2015 teams – Source [14]

La deuxième phase de la Kazakh Premier League va scinder le championnat en deux mini championnats de 6 équipes qui s’affronteront toutes en aller/retour.

Après 22 rencontres, on retrouve le Kairat (Almaty) en tête du classement, à égalité de points avec Aktobe et avec un point d’avance sur Astana, le champion sortant.

Astana champion - Source []
Astana champion – Source [16]

En bas de classement, en proie à de gros soucis financiers, le Shakhter Karagandy a profité de cette 22ème journée pour quitter la place de lanterne rouge, au dépend du Kaisar.

Toutefois, la deuxième phase du championnat a cette particularité de diviser le nombre de points obtenus lors de la première phase par deux et d’arrondir un point supérieur lorsque le nombre de points ne tombe pas rond. Ainsi, devant, on se retrouve avec 3 équipes à égalité en tête du classement avec 22 points, alors que 3 équipes sont également à égalité en bas de classement (Shakhter, Zhetsyu et Kaisar) avec 9 points.

Gérard Gohou - Source []
Gérard Gohou – Source [17]

Au classement des buteurs, on retrouve l’Ivoirien du Kairat, Gérard Gohou avec 18 buts inscrits en 22 rencontres.

Les joueurs et coachs

En regardant les effectifs de grosses écuries du championnat d’un peu plus près, on peut y apercevoir quelques joueurs connus. Ainsi, cet été, le Kairat a recruté la légende ukrainienne Anatoliy Tymoshchuk. Certes, l’ex milieu du Bayern, du Zenit et du Shakhtar n’est plus que l’ombre du joueur qu’il était, mais le fait d’attirer un tel « nom » en Kazakh Premier League est intéressant.

On peut également mesurer l’attractivité et la volonté de développement du Kairat à travers son coach, qui n’est autre que Vladimir Weiss. Toujours du côté du Kairat, on retrouve un joueur connu des suiveurs du championnat ukrainien : Sito Riera qui faisait le bonheur du Chornomorets Odesa avant le conflit en Ukraine. Peu connu, le brésilien Isael fait également parti de la colonie de bons joueurs étrangers du Kairat.

Côté Aktobe, l’effectif est composé de Danilo Neco, ex buteur de l’Alania Vladikavkaz, mais aussi Danilo passé par le Zorya Lugansk et surtout l’international Arménien Marcos Pizzeli.

Du côté, d’Atyrau, un autre ancien joueur du Chornomorets figure dans l’équipe en la personne de Ruslan Fomin alors que Dmitry Sychev est prêté chez le promu Okzhetpes. Enfin, Astana possède en Foxi Kéthévoama, un des tous meilleurs joueurs évoluant au pays selon Adbulmanov. Mais le principal atout d’Astana réside en son coach, Stanimir Stoilov, légende du Levski Sofia.

Lorsque je demande à mon interlocuteur de me citer les meilleurs joueurs du pays, 3 noms lui viennent tout de suite en tête : Foxi d’Astana, Gérard Gohou, sérial buteur du Kairat, mais surtout, Bauyrzhan Islamkhan, milieu offensif de 23 ans du Kairat et probablement l’actuel meilleur joueur kazakh et donc meilleur espoir. Islamshan a d’ailleurs été élu meilleur joueur kazakh de l’année 2014.

Islamkhan -  Source []
Islamkhan – Source [20]

Parmi les joueurs kazakhs, je mentionnerais également l’avant centre d’Aktobe, Sergey Khizhnichenko, déjà auteur de 6 buts en 29 sélections. Toutefois, on sent là encore l’écart entre le championnat kazakh et d’autres championnats européens puisque l’aventure de Khizhnichenko du côté de Korona Kielce en Pologne s’est avérée infructueuse.

Les rivalités

A chaque pays son « classique » et le Kazakhstan ne déroge pas à cette règle. Pour Abdulmanov, s’il est impossible de parler de classique, les matchs entre Astana et Kairat cristalisent bien la rivalité inhérente au football, la rivalité entre un club historique (Kairat) et un nouveau club (Astana), entre la capitale (Astana) et la province (Almaty).

Au rayon des autres rivalités à travers le pays, on peut mentionner également la rivalité entre Taraz et Ordabasy, ainsi que la rivalié Aktobe-Atyrau dans l’Ouest du pays.

Les supporters

Encore une fois, Abdulmanov ne cherche pas à faire de concession. Le football n’est pas encore ancré dans la culture sportive kazakhe comme peut l’être la lutte ou la boxe (et plus généralement, les sports de force et de combat). Rappelons ici que Wladimir Klitschko est né à Semipalatinsk. En fait, ce n’est pas que les Kazakhs n’aiment pas le football, c’est qu’ils préfèrent voir du bon football. C’est pourquoi, l’affluence au stade est vraiment faible en championnat, et parfois même en Europe le stade n’affiche pas complet. Par exemple, face à Villarreal la saison dernière, Abdulmanov m’apprend que le stade était loin d’être à guichets fermés. Il justifie cela par le fait qu’Astana ne soit pas une ville de foot mais une ville de businessmen.

Cette saison, par exemple, le Kairat possède la meilleure affluence moyenne avec 8 300 spectateurs de moyenne, pour un stade de 12 500 places. De son côté, Astana rameute quelques 3 091 spectateurs de moyenne en évoluant dans un stade 30 200 places.

Bilan

Difficile de parler d’espoir alors qu’on vient de passer en revue toute une série de freins au développement du football au Kazakhstan. En effet, ce pays a encore énormément de travail à effectuer que ce soit en termes d’organisation ou de management, aussi bien au niveau des clubs qu’au niveau de l’équipe nationale.

Pourtant, au rayon des satisfactions, le championnat kazakh se développe petit à petit et commence à faire parler de lui, les clubs phares du pays parviennent à attirer des joueurs côté dans les équipes de secondes zones des championnats russes ou ukrainiens. Et surtout, les résultats se font sentir en Europe. Verra-t-on le Kairat ou Astana en phase de poule d’une compétition européenne cette saison ? Difficile à dire. Mais l’espoir est là. Le Shakhter l’a réalisé en 2013, ce serait une nouvelle belle avancée que de voir un nouveau club kazakh en phase de poule cette saison.

Kairat futsal - Source []
Kairat futsal – Source [21]

Enfin, un dernier mot sur le Futsal. Si le Kazakhstan est encore très loin du top niveau en football, ce n’est pas le cas en Futsal, en tout cas au niveau des clubs. En effet, cette saison, le Kairat a remporté l’UEFA Futsal Cup, équivalent de la Ligue des Champions de Futsal, en battant le FC Barcelone en finale du final four. Il faut dire que l’équipe du Kairat est composé de beaucoup de joueurs brésiliens, comme à peu près toutes les grosses équipes de Futsal d’ailleurs.

Je tiens une nouvelle fois à remercier Erlen Abdulmanov de m’avoir reçu et de s’être montré aussi disponible pour répondre à mes questions. J’en profite par ailleurs pour m’excuser du temps qu’il m’a fallu pour écrire ce papier. Merci également à Artem Kravchenko qui m’a mis en contact avec Erlen pour cet entretien.

Références

[1] – Image issue du site Drapeaux-du-monde

[2] – Image issue du site w12

[3] – Image issue du site Football Federation of Kazahkstan

[4] – Image issue du site Football Federation of Kazahkstan

[5] – Image issue du site Zolotukhin

[6] – Image issue d’Instagram

[7] – Image issue d’Instagram

[8] – Image issue du site de photos

[9] – Image issue du site Football Federation of Kazahkstan

[10] – Image issue du site Football Federation of Kazahkstan

[11] – Image issue du site FC-Aktobe

[12] – Image issue du site Masterbuilders

[13] – Image issue du site gelio-nsk.livejournal

[14] – Image issue du site Wikipedia

[15] – Image issue du site de l’UEFA

[16] – Image issue du site Planotatico

[17] – Image issue d’Instagram

[18] – Image issue d’Instagram

[19] – Image issue du site Sports.kz

[20] – Image issue du site de photos

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