Anthony RIMASSONAncien formateur au stade brestois, ancien adjoint du conseiller technique départemental et régional à la ligue de Bretagne, et ex formateur au stade Rennais, Anthony RIMASSON revient sans détour sur son parcours professionnel. Il nous livre, sans langue de bois, sa vision de la formation en France et revient sur son expérience à l’étranger, notamment au Benfica.

Formateur/Educateur au Stade Brestois et au Stade Rennais

Bonjour, et merci d’avoir accepté notre invitation. Avant de vous lancer dans la formation, avez-vous pratiqué le football, et si oui à quel niveau ?

Je suis natif de Rennes et me considère comme un modeste joueur de ligue, notamment au Cercle Paul Bert de Bréquigny qui était à l’époque en DSR. J’ai fait la majeure partie de ma carrière en PH et Première division de District. Malheureusement, j’ai du arrêter très jeune en raison d’une fracture de la malléole externe gauche et d’une greffe de ligament à droite. Comme tous les enfants et les jeunes de l’époque, je voulais être professionnel, mais je n’en avais certainement pas les qualités. J’étais un bon joueur, je réfléchissais bien mais il fallait être très grand et très fort, encore plus à l’époque qu’aujourd’hui. Mesurant 1m65, je n’avais pas beaucoup ma place et certainement que je n’avais pas non plus les qualités pour devenir pro

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel d’éducateur ?

J’ai passé mes diplômes et entraîné très tôt dans la banlieue de Rennes, où j’ai fait mes armes. J’ai travaillé pendant 5 ans, en tant qu’entraîneur/éducateur. Au départ, j’ai eu en charge les petits, puis les anciens et vétérans. En termes d’expérience, on apprend beaucoup. En amateur, on bénéficie d’un ballon pour 50 gamins et il faut faire avec. En structure pro, on a 50 ballons pour un gamin. Je caricature mais c’est l’image. Ce n’est pas du tout le même travail.

Par la suite, j’ai eu une proposition au district d’Ille et Vilaine, qui créait un poste de conseiller technique adjoint, avec Yann Kervella qui est aujourd’hui conseiller technique régionale en Bretagne et qui est une sommité dans le football puisqu’il est docteur et a écrit une thèse sur la classification des techniques de frappe dans le football. J’ai appris beaucoup. Puis je suis devenu adjoint de Gérard Bousquet, du conseiller technique régional.

Nous reviendrons plus tard sur cette expérience à la ligue. C’est à ce moment la, que le Stade Rennais vous contacte ?

Oui, Patrick Rampillon, directeur du centre de formation de Rennes, m’appelle pour remplacer le départ d’un éducateur, aujourd’hui recruteur au FC Lorient. Il me connaissait et savait comment je travaillais. J’avais une bonne côte auprès des éducateurs d’Ille et Vilaine. Mon expérience de 14 ans dans le district ainsi qu’à la ligue et mon caractère (sociable et positif) les intéressaient. J’ai donc intégré le stade Rennais deux ans, en tant que responsable des 13 ans, soit environ 65 gamins, participant entre autres à l’instauration de la section sportive d’élite.

Comment se termine l’aventure avec le Stade Rennais, et comment êtes vous rentré en contact avec Brest ?

Comme tout entraîneur, on se fait virer et on ne comprend pas toujours pourquoi. En Janvier 2005, je suis reçu par le directeur du centre qui me dit que j’avais fait du bon travail et qu’au bout de ses deux contrats d’un an, on pourrait continuer l’aventure et espérer signer un contrat plus long. Et en Avril, je n’avais visiblement plus les qualités. On ne cherche pas à savoir quand c’est comme ça. On sait très bien comment les choses se passent. Des gens arrivent et il faut laisser la place aux autres. Je suis donc en fin de contrat, pas reconduit et cherche un peu partout. Je contacte Yann Danielou, directeur de la formation à Brest, qui était venu en Stage à Rennes pour une semaine. Désireux de former quelque chose en Bretagne, il m’engage pour 3 ans afin de prendre en charge les 15 ans et de les faire monter en nationale. Parallèlement, il engage Stéphane Nado, qui lui aura la responsabilité des 18 ans et les faire progresser. Avec Stéphane, aujourd’hui à l’OM en U19, nous allons travailler 9 ans à Brest, permettant d’obtenir l’agrément des centres et des contrats, qui n’existaient pas à notre arrivée. J’ai également eu les U16 et U17. Les deux dernières années, j’ai passé le dernier diplôme de formateur accessible.

Formation à Brest (1)
Formation à Brest (1)

Quels étaient votre rôle et vos objectifs, que ce soit à Rennes ou à Brest ?

A Rennes, je travaillais avec des 13 et 14 ans, avec la génération 1990 de Yann M’Vila, 1991 et 1992. Dans cette catégorie, j’ai notamment eu Lindsay Rose, qui était attaquant à l’époque. A Rennes, nous étions dans une approche de préformation. Nous n’avions pas d’objectif de résultats, même si bien sur ils étaient sous-jacents. Figurer dans les derniers n’est pas très vendeur. Le club a tout intérêt à être dans les 4 premiers dans les tournois, par exemple. Un club professionnel qui reste en haut de l’affiche chez les jeunes est plus attirant.

A Brest, j’ai travaillé ave les moins de 17 ans, sans aucun objectif de résultat, si ce n’est, rester en Nationale. Qu’on soit 1er ou tout juste maintenu, la politique de formation était claire. Il s’agissait d’une formation globale d’homme, avant d’être une formation de joueur. Nous choisissions les joueurs, doués pour le foot certes, mais avec des qualités humaines et scolaires. Ca nous paraissait important surtout à Brest.

Quels sont les critères pour intégrer le centre de formation à Brest ou au Stade Rennais ?

Les critères sont tous les mêmes et les clubs se bagarrent un peu sur les mêmes joueurs. Pour intégrer un centre de formation, il faut avoir 2 à 3 qualités fortes : Qualité d’intelligence de jeu, qualité de vitesse et après ça peut être un poste. C’est vrai qu’un défenseur central qui va mesurer 1m60 va devoir dégager autre chose. Moi ce qui m’intéresse, c’est la réflexion sur le jeu et le temps d’avance qu’un joueur pouvait avoir.

« Le football est une contrainte d’espace et de temps. Il faut toujours avoir un temps d’avance sur l’adversaire en phase offensive ou défensive. »

Le football est une contrainte d’espace et de temps, et il faut toujours avoir un temps d’avance sur l’adversaire, que ce soit en situation offensive ou défensive. Après, si un joueur a un gros point fort, comme la vitesse et une bonne utilisation du ballon, ça peut aussi être intéressant, même avec un niveau d’intelligence de jeu moindre. Je me souviens d’une discussion avec un ancien formateur de l’INF Clairefontaine qui disait à un jeune attaquant devenu célèbre « Il y a quelque chose que tu sais très bien faire, c’est pousser le ballon et courir vite, utilise cela pour te mettre en confiance dans les matches et on va travailler techniquement tranquillement avec toi ». Après c’est devenu un joueur hors norme, un joueur passionné de foot et intelligent mais au départ, la vitesse était sa qualité première.

Quels étaient vos principaux interlocuteurs au sein de ces clubs ?

Il y a des différences entre clubs. A Rennes, le directeur du centre dictait la politique, avec une entente entre les éducateurs. Ensuite, nous volions de nos propres ailes suivant des principes forts au club. Au final, nos interlocuteurs principaux étaient les collègues. Nous voyions le directeur une fois par semaine pour des bilans et nous rencontrions une fois par mois le président qui venait déjeuner au centre à l’époque pour un bilan plus rapide.

A Brest, le fonctionnement était différent, beaucoup plus familial. Nous étions amis avant d’être collègues. Le directeur de la formation était notre principal interlocuteur mais il ne dictait jamais sa politique. Nous discutions simplement de ce que nous pensions du foot, de notre vision du joueur de football professionnel et son évolution. Nous avions la particularité d’avoir le responsable de la vie scolaire, intégré à la structure. Nous ne pouvions faire autrement que de prendre des joueurs doués à l’école, parce que c’était notre image. Nous étions l’un des clubs qui donnaient le plus de crédit à la scolarité des élèves. J’entends par là, que quand nous disions 100% de réussite au Bac, nous n’en présentions pas 2. On en présentait une quinzaine, et nos statistiques étaient sérieuses et pas illusoires. Nous proposions également du post-bac et je me souviens avoir eu un garçon qui avait intégré la première année en médecine.

Quels liens entreteniez-vous avec la famille des joueurs ?

Je vais parler pour moi. Mais j’ai toujours eu de très bonnes relations avec les familles, basées sur la confiance et l’honnêteté. Quand nous prenions un garçon, nous ne lui vendions pas du rêve. Nous mettions l’accent avant tout sur la scolarité, en lui expliquant qu’on essaierait de lui donner un deuxième métier, à savoir le métier de footballeur professionnel. Aujourd’hui, il y a tellement d’échecs que la scolarité doit être un axe fort. C’est bien évidemment le discours de tous les clubs, mais pour avoir travaillé ailleurs, je peux vous dire qu’à Brest, c’était réellement le cas. De toute façon, il n’y avait d’autre choix que d’adopter cette politique basée sur l’éducation et la relation avec la famille. Quand on n’a pas d’agrément et de contrat, qu’on ne peut pas offrir d’argent, il faut savoir offrir de la qualité footballistique, de la convivialité et instaurer une relation honnête et franche avec la famille. Mais dans le Finistère nord, la relation avec la famille est forte et les choses se font à la confiance… Avec cette politique, on savait qu’un joueur toutes les deux ou trois générations franchirait le cap pro. C’est bien évidemment moins que d’autres structures de ligue 1, parce que petite et avec moins de moyens que d’autres clubs de ligue 1.

Comment prépare-t-on le joueur à l’échec ?

En étant honnête. Être honnête, c’est savoir dire aux parents de couper le cordon et lâcher un peu leurs enfants quand on sent une prégnance importante. C’est savoir dire, que même si le garçon est plein de rêves et qu’ils le trouvent très bon, il ne correspond pas au profil de joueur professionnel que nous avions. Il faut le dire, pour qu’il puisse rebondir. En tout état de cause, nous n’étions jamais définitifs et nous parlions toujours en notre nom. Nous estimions qu’un joueur n’avait pas le niveau, mais peut être qu’ailleurs, les avis seraient différents. Mais tout ça passe par une bonne relation avec les familles, avec lesquelles j’ai encore des relations.

Certains joueurs ont des agents très jeunes à l’âge de 12, 13 ou 15 ans. Comment l’expliquez-vous ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

A Rennes, c’était criant. Rennes est assez central, à deux heures de Paris et ça attire l’œil. A Paris, il y avait souvent un contexte familial particulier, avec des joueurs un peu perdus, une famille éloignée. Et comme le copain a un agent, ça fait bien d’avoir un agent. Mais tout ça est interdit et l’agent ne doit pas toucher d’argent sur un joueur mineur. Il faut être très clair là-dessus.

Mais n’oublions pas la responsabilité des clubs dans cette affaire. Quand un joueur a de la qualité, il faut lui faire une vraie propositionn ne pas le faire passer professionnel au ras les pâquerettes, sans perspective, avec des contrats courts. Souvent ils se positionnent fortement dès qu’il y a une grosse concurrence sur le joueur. C’est ça qui est dommageable, ils ne montrent pas de confiance envers lui. Cela fait monter les enchères alors que cela ne devrait pas. Le joueur devrait avoir envie de rester au club et le club devrait être fier de le garder chez lui.

La FIFA est en train de ne plus légiférer les agents et supprimer la licence. En France, cette licence est toujours d’actualité. Mais avec ou sans licence, tout le monde intervient dans une relation. Un club a une connaissance qui connait untel et untel. Et finalement, tout le monde touche. Le fait de ne pas donner de licence est finalement moins hypocrite…

Quelle importance attachez-vous au classement des centres de formation ?

Le classement a une importance pour le club et son image, et les retombées en termes de subventions qui ne sont pas négligeables. En revanche, ce classement est biaisé par certains facteurs. Je vous parlais de la réussite aux examens, mais également la présence de certains joueurs en équipe de France. Un garçon de Rennes et Brest n’ont pas la même chance de jouer en équipe de France. Un club comme Brest a moins de moyens et donc moins de possibilité de recruter les meilleurs à la base. Est-ce pour autant que le centre de formation et le travail réalisé est moins bon ? Tout ce qui concerne les titres et résultats ne me semble pas important et j’y accorde peu de crédit. En revanche, les points affilés à la qualité de l’encadrement technique, scolaire, médicale et des infrastructures sont davantage significatifs.

En exigeant un minima de contrat professionnel, ce classement ne pousse-t-il pas les clubs à faire signer des contrats à des joueurs qui n’en ont pas le niveau ?

Il y a un nombre de contrat minimum et maximum à réaliser. Les clubs arrivent facilement à atteindre les minima. Si le club ne croit pas à la possibilité du joueur, il ne devrait signer de contrat. Malheureusement, il y a beaucoup de joueurs sous contrat, dans certains clubs qui n’ont pas le niveau. En effet, le club manquant de profondeur dans l’effectif, ils font signer des contrats et n’ont pas été assez costauds pour se dire « Tant pis, on va prendre d’autres joueurs. Peut-être moins bons mais fiers d’être chez nous et surtout moins intéressés par les contrats aujourd’hui qui vont progresser et seront les joueurs de demain »

Entraîner des U10 et U18 est-il le même métier ? 

Ce n’est pas le même métier. J’ai débuté avec les U8 jusqu’au U11. On est dans l’approche de base du football, la psychomotricité, l’éducation sportive et footballistique, les valeurs collectives, les notions d’appartenance à un groupe etc. A l’école, les jeunes ne font plus beaucoup de sport dans les cours de récréation. Je me rappelle qu’à l’école, je faisais de la corde avec les filles, on jouait à l’élastique on tapait le ballon et nous bénéficions d’une motricité plus pointue. Un formateur est obligé de corriger ce manque chez les jeunes, et ce dans tous les sports. Le handball, le basket la gym le font aussi.

Un pré-formateur nécessite des compétences très larges d’un point de vue pédagogique sans obligation d’être un fin tacticien, il doit appréhender la notion de plaisir et technique sur un même versant. Le formateur a un bagage pédagogique important et une palette de compétences axées sur l’approche du très haut niveau : technique, tactique, athlétique et mental. Enfin, l’entraîneur permet d’activer et entretenir les qualités acquises du joueur. Mais aujourd’hui, la structure des clubs est bancale. Les meilleurs formateurs sont toujours en haut, à la formation, et les formateurs débutants s’occupent des petits. Il faudrait instaurer un organigramme diffèrent en priorisant la base, en mettant les plus performants dans les catégories charnières : la préformation U12 U13 et la catégorie U17, de manière à développer des fondations chez le jeune joueur les plus solides possibles.

Pourquoi le meilleur ne reste-il pas en bas ?

Il ne reste pas en bas car les clubs paient plus les formateurs du haut de la pyramide, tout simplement. Il faudrait valoriser convenablement les formateurs de la base, au même titre que ceux du haut de l’échelle et ainsi chacun serait à sa place et non à la place qui le fait mieux vivre.

Quelles sont les difficultés du métier auxquelles vous êtes confrontées ?

C’est un beau métier. Malheureusement, nous n’avons parfois pas assez de temps pour travailler. Les clubs font signer des contrats d’un an ou deux. Or un formateur nécessite de contrats de 5 ans, pour prendre une catégorie et aller au bout. On est pris de cours. Les formateurs ne font pas attention à ça. C’est notre métier, et c’est comme ça. Mais quand vous commencez à discuter avec des formateurs qui sont en fin de contrat, ils commencent à gamberger à partir de fin janvier et appliquent moins ce qu’ils veulent faire. Sur les derniers matches, ils essaient d’avoir les meilleurs résultats possibles, parfois au détriment du jeu. Mais certains clubs n’ont plus besoin de faire ça. Lyon par exemple, qu’il soit milieu de tableau ou en tête, ils auront toujours de bons joueurs et cette année ils sont tout naturellement en finale de gambardella.

Pourquoi les contrats sont-ils si courts ?

Les présidents hésitent à nous faire signer de longs contrats, parce qu’ils ne savent pas ce qu’est la formation et la manière de travailler d’un formateur. Ils se figurent que nous sommes des entraîneurs comme les autres. Les formateurs sont plus que ça, ils sont là le lundi matin pour les bilans des compétitions, ils calibrent et préparent les séances, ils accompagnent la scolarité, ils sont proches des joueurs pour gérer les coups de bambous, l’éloignement des familles, ils font des bornes pour recruter sur tout l’hexagone et accessoirement ils entrainent toute la semaine pour finir le samedi ou dimanche en compétition et rempilent la semaine suivante sur le même rythme et tout cela avec passion et sans compter leurs heures. Quel Entraineur de l’Elite fait cela ?

Comment inculquez-vous la notion d’éducation et de respect ?

Pour avoir travailler dans le milieu amateur et professionnel, c’est plus facile dans le milieu professionnel. Si vous allez dans un club professionnel, vous verrez que toute personne venant rendre visite au club reçoit une poignée de main franche de tous les joueurs allant s’entraîner. Nous nous bagarrons la dessus au quotidien et contrairement au milieu amateur, nous avons le pouvoir de sanctionner derrière et cela devient normal de dire bonjour. Dès le plus jeune âge, ils sont habitués au respect de l’entraîneur, de l’adversaire et des camarades et on n’a jamais de problème. En amateur, c’est la croix et la bannière pour que les joueurs arrivent à l’heure et il n’y a aucun moyen de pression, rien à mettre dans la balance. C’est plus difficile à dire à gamin dans un club amateur que demain il ne joue pas.

Quels sont vos moyens de pression ?

J’avais instauré une règle dans mon club. Une sanction à l’école pour discipline impliquait une non-convocation en club le week-end suivant. Mais à partir du moment où on le dit, il faut la respecter. Si c’est le très bon joueur qui est concerné, il faut appliquer la règle et oublier le sportif, parce que les autres joueurs regardent. La première année, j’ai eu les trois meilleurs joueurs sanctionnés pour le même match. On est allé au bout de la sanction, en affrontant l’adversaire avec les moins bons. Quand on a le bonheur de gagner le match avec les moins bons joueurs, on est « tanqué » et droit dans ses bottes. Mais il faut aller au bout des choses. Les années suivantes se sont très bien passées.

Le respect disparait à partir du moment où les garçons passent professionnels. Leur vie change comme la notre pourrait changer avec quelques zéros en plus et que d’un coup, on a beaucoup d’amis, des sollicitations, des sponsors qui nous contactent. Les joueurs perdent logiquement pied. Et il faudrait dans les staffs que quelqu’un s’occupe de la poste formation sur le plan technique, mais aussi sur l’accompagnement des joueurs vers la professionnalisation.

Il n’y en a pas ?

A ma connaissance, cela n’existe pas. Quelques éducateurs de CFA ou de U18 arrivent à créer des liens avec le staff pro, mais ce n’est pas systématique.

A l’AS Saint-Etienne, les jeunes du centre de formation visitent le Musée de la Mine, afin de s’imprégner du contexte culturel et social. Cette démarche existe-t-elle dans les clubs que vous avez côtoyés ?

C’est une super idée. Je me rappelle qu’un collègue de l’époque, Gilbert CECCARELLI, entraîneur des gardiens à l’A.S.S.E, à l’époque, nous en parlait. A Sochaux, les garçons vont travailler pendant une semaine à l’usine. Le RC Lens et Nancy ont aussi une démarche dans ce sens. Je pense qu’il faut que ce soit quelque chose de régulier, pas long mais régulier. A Brest, le contexte était quasiment le même. Nous n’avions pas de docteur, de Kiné, et les garçons allaient eux même chez le médecin, à la pharmacie avec leur carte vitale. Cela peut paraître normal mais dans les gros clubs structurés, ce sont les docs et les kinés qui viennent a eux. Peut-être qu’entre tout faire et trop faire, il y aurait un juste milieu à trouver.

Justement, cette formation française louée dans les années 2000 est aujourd’hui pointée du doigt. N’en fait-on pas trop avec la victoire des U17 par exemple ? Qu’en pensez-vous ?

Elle est pointée du doigt mais je ne suis pas totalement d’accord avec ça. Les victoires en U17 et U19 sont une bonne chose pour le football français parce qu’elles restent une vitrine pour le football français. Quand une nation gagne, on observe un rebond en nombre de licenciés, et le football repose aussi sur ça. On l’a vu après 98, il y a eu un boom dans toutes les ligues et c’est important.

« Dans la génération 84/85 de Jacques Faty championne du monde, plus beaucoup sont dans la sphère du foot. »

Maintenant, ces garçons là ne sont assurés de rien. D’ailleurs, dans l’effectif des vainqueurs, beaucoup ne passeront pas pro, et arrêtent le foot. Dans la génération 84/85 de Jacques Faty championne du monde, il n’y en a plus beaucoup qui sont dans la sphère du foot. Idem pour la génération Nasri. Et cette tendance est propre à chaque pays et chaque génération de jeune.

Définiriez-vous votre activité comme partie intégrante du football amateur ou déjà dans une démarche préprofessionnelle ?

C’est une activité préprofessionnelle. Nous ne sommes pas du tout dans le même contexte que le football amateur. On forme vraiment à un métier, avec tout ce qu’il comporte comme gloires et dangers. Le football amateur n’a pas cet objectif. L’activité préprofessionnelle fixe des objectifs élevés et précis qui permettent le dépassement de soi, l’acceptation de la sanction et des déceptions. En amateur, les joueurs sont là pour le plaisir, la compétition et l’apprentissage aussi mais pas pour en faire un métier.

Justement, les jeunes joueurs semblent ne pas prendre beaucoup de plaisir. Pourquoi ?

En professionnel, il faut prendre du plaisir et c’est primordial. Or les jeunes ont une approche professionnelle trop tôt, dès l’âge de 12/13 ans, qui les empêche d’évoluer. En s’entraînant le matin et l’après-midi, tous les jours à partir de 13 ans, les joueurs arrivent à 17 ans carbonisés. Les statistiques montrent que les joueurs intégrant les centres de formation très jeunes ont moins de chance de réussir. Il est important que les jeunes jouent pour le plaisir et sans pression, pression qui vient souvent de la famille, avec des parents capables de faire 150 kilomètres par jour pour vous amener à l’entrainement. Le joueur ressent un poids important.

Au Pays Bas, par exemple, la priorité est donnée au développement des joueurs, l’intelligence tactique et non au physique et au résultat. La formation est-elle trop axée sur le physique et la recherche de la victoire, au détriment du plaisir et de la maitrise technique ?

Certains clubs axent leur politique sur le physique. Et ce constat est lié à la détection. On remarque toujours sur un terrain, celui qui court plus vite, qui va le plus haut. On s’aperçoit que ces jeunes sont souvent nés durant le premier semestre, de Janvier à Juin. Et ces joueurs composent la majeure partie des centres de formation en France. Résultats, on se retrouve avec des joueurs, grands, costauds et matures.

Le joueur qui est né en Décembre de la même année a quasiment un an de moins et donc un retard logique de morphologie. Notre vision est donc tronquée sur la qualité footballistique, puisque le grand a toujours la balle alors que le petit, qui peut avoir quelque chose en plus, ne peut pas s’exprimer. Mais on s’aperçoit que les joueurs qui passent professionnels sont souvent nés entre Juillet et Décembre. On aboutit donc à un paradoxe dans les centres. On doit changer notre « œil » dans le recrutement, m’avait dit un ami aujourd’hui à Lorient

Quelles sont les solutions ?

Au lieu de recruter le joueur qui court plus vite, le plus costaud, il faut anticiper ce phénomène, détecter celui qui joue réellement bien au football, qui a une intelligence de jeu. Qu’il coure moins vite aujourd’hui est une chose, mais en s’appuyant sur son intelligence de jeu, sa compréhension et sa culture du foot, on est sur qu’en le prenant au centre, il deviendra un bon joueur demain. Alors certes on ne va pas gagner aujourd’hui mais on ira au bout avec lui dans sa formation et son parcours professionnel. Il y a une grande réflexion à avoir là-dessus et Lorient travaille en ce sens depuis peu. L’équipe n’est pas composée des joueurs les plus athlétiques mais certainement de joueurs plus intelligents.

Willy Sagnol a récemment déclaré que « le recrutement de joueur type africain a ses avantages : c’est un joueur pas cher quand on le prend, prêt au combat généralement, qu’on peut qualifier de puissant sur un terrain. Mais le foot ce n’est pas que ça. C’est aussi de la technique, de l’intelligence, de la discipline. Il faut de tout. Des nordiques aussi, c’est bien les nordiques, ils ont une bonne mentalité ». En tant qu’éducateur, comment avez-vous réagi ?

Certainement que je l’aurais été s’il avait tenu ses propos là devant moi tel quel. Maintenant, ses propos divulgués sont sortis d’un contexte. Et pour tout vous dire, je ne suis pas apostrophé par ses dires. J’ai eu la chance de travailler 10 mois pour la sélection gabonaise. Oui ce sont des garçons athlétiques, et c’est une évidence. Aujourd’hui, on n’a peur de dire les choses car on peut être targué de raciste ou autre chose .Ce n’est pas être raciste que de dire que le joueur africain est plus athlétique que le joueur européen c’est une évidence avec toujours des exceptions. Est-on sexiste si l’on dit que le foot féminin va moins vite que les hommes ? C’est aussi une évidence.

Les joueurs gabonais que j’avais, étaient beaucoup plus athlétiques qu’un autre, plus fort avec beaucoup d’impact, et avec moins d’intelligence de jeu, tout simplement parce qu’on ne leur apprend pas à réfléchir sur le jeu. Ce n’est pas de leur faute mais plutôt celle de la pédagogie, des éducateurs, et plus globalement des dirigeants. Sur la majeure partie du continent, la gouvernance est militaire et il n’y a pas de réelle réflexion ils font et basta sinon sanction. Cela ne force pas à penser par soit même.

 La déclaration de W. Sagnol ne m’apparait pas raciste, mais issue d’une constatation. Après, il faut faire toujours attention avec les généralités.

La formation est-elle sur-critiquée ?

Au niveau du football français, Lyon forme des joueurs qui évoluent dans les grands championnats. Le Havre, Rennes et d’autres forment bien aussi. On fait partie des nations qui forment le plus de joueurs pour les grands championnats. Elle est montrée du doigt, tout n’est pas parfait, mais ce n’est pas si mal. Ca va être encore plus vrai avec les droits télé en Angleterre en 2016. Le Football Français risque d’être pillé et voir ses jeunes talents traverser la manche, la France pourrait être réduite à un championnat de seconde zone à cause de l’argent que drainera le football outre-manche. Ce n’est que ma vision des choses, mais il faudra que les clubs français optent pour une politique de formation car ils n’auront pas les revenus nécessaires pour attirer les meilleurs joueurs.

Comment gérez-vous l’arrivée des réseaux sociaux dans le football ? Existe-t-il des chartes en France ?

En France, les réseaux sont tombés sur la tête des entraîneurs et ils ne sont absolument pas gérés. Il n’y même pas une petite formation à ces réseaux sociaux. Or, ils sont importants pour les joueurs et leur carrière, et il est devenu un moyen de communication. Mais c’est aussi dangereux parce que beaucoup de pseudo agents entre autre pénètrent les réseaux sociaux et se positionnent sur des joueurs, ce qui a pour effet de perturber la bonne marche de la formation qui devient parasitée.

Au Portugal et notamment au Benfica, tout joueur signe une charte à son arrivée. C’est tout bonnement interdit d’apparaître en photo à l’intérieur de Benfica et de représenter le club. En cas de non respect de cette charte, les sanctions tombent, de l’amende financière jusqu’à l’exclusion. Bien ou pas bien, toujours est-il qu’il n’y avait pas de problème.

« Les réseaux sociaux sont tombés sur la tête des entraîneurs et ils ne sont absolument pas gérés. »

En France, nous n’avons pas pris le sujet à bras le corps, comme beaucoup d’autres sujets. Comme le mental par exemple. Quand l’équipe ne va pas bien, on fait appel à un préparateur mental, mais c’est souvent trop tard.

Adjoint au conseiller technique de la ligue de bretagne

Dans votre parcours, vous avez occupé le rôle d’adjoint du conseiller technique départemental et régional à la ligue de Bretagne. Quelles étaient vos différentes missions ?

Le conseiller technique va mettre en place la politique technique fédérale, la formation de cadres dans chaque région et chaque département suivant les pédagogies dictées. Il va également détecter les jeunes. L’adjoint est là pour suppléer le conseiller, assurer le côté administratif, en essayant de dialoguer avec les clubs, souvent réfractaires aux changements. Je me rappelle à l’époque, qu’on devait mettre en place le football à 5 chez les débutants, sans compétition et avec des ateliers techniques. En club, les joueurs ne faisaient que des matches. Il a fallu faire passer le message aux dirigeants et formateurs des bienfaits des ateliers. Aujourd’hui, les ateliers existent encore 15 ans après, et paraissent naturels

Qui sont les décideurs de ces changements ?

Chaque année, la Fédération organise des séminaires pour savoir ce qui se passe dans les ligues de chaque département ou région. Les directives naissent de ces discussions et remontées d’informations. Je trouve que ce qui se fait en France est plutôt bien pensé. Il faut continuer à regarder ce qui se fait à côté et ne pas se regarder le nombril. On a gagné la coupe du monde en 1998 et on s’est regardé le nombril pendant 10 ans et on a pris du retard.

Vous étiez récemment à l’Assemblée Générale de L’UNECATEF en mai dernier. Quel est le but de cette AG ? Quelles sont les différents intervenants et les orientations de travail ?

Le but est de faire un bilan comptable, un retour d’expérience sur ce qui a été mis en place en termes de formation et aussi d’attribuer des récompenses. Cette année, Thierry Laurey et Corinne Diacre ont été récompensés de leurs bons parcours. Corinne est intervenue pour revenir sur sa première expérience en tant qu’entraîneur et sa condition dans le métier.

Cette journée est une sorte de photographie de la saison passée et elle permet de donner quelques orientations sur la saison à venir. Cette association est importante car elle permet de se retrouver, savoir où nous en sommes en tant qu’éducateur/formateur/entraineur par rapport au foot pro, et elle permet aussi de connaître nos droits pour se défendre.

Le cas de Luzenac ou l’avenir du RC Lens ont-ils été évoqués ?

Ces sujets n’ont pas été évoqués officiellement pendant l’AG mais ont animé la saison tout le long de l’année, puisque l’UNECATEF est un organe qui fait partie des discussions auprès de la LFP, plutôt écouté mais peut être pas assez à mon sens. Le pouvoir appartient encore trop aux dirigeants et pas assez au terrain.

« Le pouvoir appartient encore trop aux dirigeants et pas assez aux hommes de terrain. »

Que pensez-vous du changement de structure de la Ligue 1 à partir de l’année prochaine, avec une relégation à deux clubs uniquement ?

C’est un changement entre amis, qui va limiter les risques pour un gros club de se voir reléguer. Cette décision va également restreindre la situation d’un club comme Luzenac, ou Ajaccio et je ne suis pas sûr que ce soit un bon calcul. Le meilleur calcul serait de faire des contrôles plus accrus sur les salaires, parfois démesurés, qui mettent les clubs en danger. Par exemple, le foot a beaucoup d’histoire comme avec le Mans, Sedan, ou Brest il y a quelques années, en grande partie à cause des salaires et des primes pour se maintenir à tous prix. Et quand il n’y a plus d’argent, les choses défilent vite. Il y avait peut être autre chose à faire.

Vous pensez à quoi ?

Pourquoi pas une ligue fermée, et ouvrir par moment ? Peut être s’inspirer de ce qui est fait aux Etats-Unis ? Je ne sais pas. Cela permettrait un meilleur contrôle des finances, plus de spectacle. Le seul moyen de toucher de l’argent et d’avoir des partenaires c’est d’avoir du monde, et pour avoir du monde, il faut des buts et du spectacle.

Vous seriez pour une ligue fermée, et donc une situation plus restrictive que deux descentes et deux montées ?

Peut-être pas totalement fermée, qui enlèverait le charme du football français. Mais est-ce que nous n’allons pas quelque part vers une ligue fermée ? Aujourd’hui, c’est 2… Demain, on ira peut être vers un championnat à 15 clubs parce que les droits télés ne pourront plus être donnés aux petits clubs. Ce qui se passe entre la ligue professionnelle et la fédération est un jeu politique, qui dépasse le cadre de l’entraîneur… Chacun essaie de tirer avantage de la situation.

Le bon compromis ne serait-il pas un retour à un championnat à 18 clubs, et la suppression de la coupe de la ligue, qui n’intéresse personne, si ce n’est le gagnant ?

Oui un championnat à 18 serait intéressant, et permettrait de garder le charme des montées/descentes. La coupe de la ligue existe dans beaucoup de pays, elle amène de l’argent mais elle est mal placée. On pourrait imaginer des coupures dans le championnat. Dans le monde professionnel, vous avez raison, un championnat à 18 un peu comme en Allemagne serait le bon modèle, avec la suppression de la coupe de la ligue et une place en plus pour la coupe d’Europe en championnat.

Formateur au Benfica

Pouvez-vous revenir sur votre expérience au Benfica ? Quelles étaient vos missions et objectifs ?

Benfica bénéficiait à l’époque d’un partenariat avec la fédération Gabonaise, pour entraîner pendant un an les U18, en vue de la CAN2017. J’avais par ailleurs fait un stage au Benfica, et il fallait donc, dans le cadre de ce partenariat, un entraîneur/éducateur francophone. C’est ainsi que j’ai travaillé un an au Benfica, avec un staff portugais et gabonais. Ma mission était de former ces cadres, entraîner les jeunes gabonais, avec pour eux, la possibilité de signer au Benfica pour les meilleurs. Un joueur a signé un contrat professionnel, et quatre autres sont restés au Benfica pendant un an.

Quelles sont les différences entre le football portugais et français à tous les niveaux (tactique, technique, structure des clubs, cellule de recrutement) ?

Dans le travail, les portugais ont une méthode toute autre et travaillent sur la périodisation tactique. Ils organisent leur entraînement en fonction du match. Avant le match, ils s’entraînent par rapport à l’adversaire pendant trois jours, avec les principes tactiques des clubs. Au Benfica, il joue en 4-3-3 basé sur du jeu latéral et plein de vitesse. Et ils mettent en consonance la préparation physique, tactique et mentale par rapport au match. Si le match a lieu le mercredi, le lundi et le mardi sont préparés en conséquence.

L’autre différence réside sur la ferveur des supporters, qui n’ont rien à voir avec la France. Au Portugal, ce sont des supporters, en France, nous avons des spectateurs, pas toujours enclins à réfléchir et très connaisseurs du football. Au Parc des Princes par exemple, combien de spectateurs connaissent réellement le football, avec une vraie culture foot et combien sont là parce que le Parc est un endroit devenu branché ? Au Portugal, je ne dis pas que ça n’existe pas, mais les gens ont une vraie culture de supporters : Ils ont au match avec le maillot, au Benfica tout est fait pour aller au Stade avec des places à 5€ pour des matches de coupes d’Europe… Et il y a aussi une histoire.

Quid de la structure des clubs ?

Au Benfica, chaque équipe comporte une figure du club, un ancien joueur qui a gagné des titres. En U16, c’était Fernando Chalana, en junior Valid, en réserve c’était Helder Christian, l’ancien joueur du PSG. Il n’est pas forcément l’entraîneur principal, mais représente le club et est mis en avant. Chaque équipe comporte un staff de dix personnes, ce qui est très conséquent. Au Portugal, il n’y a pas de contrat aspirant ou stagiaire. Le joueur est professionnel ou pas. Ainsi, un club portugais peut faire signer un contrat d’un an et n’a pas obligation de signer un contrat de 2/3 ans comme en France pour un stagiaire ou un joueur aspirant. A Benfica, il n’y a pratiquement aucuns joueurs issus de la formation en équipe professionnelle et peu de portugais d’ailleurs.

Oui, les clubs recrutent énormément à l’étranger et revendent très bien. Le Portugal figure souvent comme un modèle. Quel est le secret ?

Oui, les clubs portugais, et notamment le Benfica ou Porto sont très bons sur le recrutement. Ils ont aussi des agents influents, c’est plus facile. Il y a aussi des accords entre agents… Le seul problème est que les joueurs formés ne jouent pas, hormis au Sporting de Lisbonne. Au Benfica, ils ont fait le choix de former pour l’équipe B qui joue en D2, et vendent leurs meilleurs joueurs très cher, ce qui permet de faire vivre le centre de formation. C’est une stratégie.

« En France, il y a une fainéantise du côté des langues qui nous empêche de nous exporter et de s’ouvrir sur l’extérieur ! »

Ils mettent l’accent sur le recrutement et se donnent les moyens. En France, une personne est associée au recrutement quand au Benfica ils sont 8. Ils sont aussi très performants dans les langues. Ils parlent portugais, Français, Anglais et Espagnol, ce qui est essentiel dans le marché des transferts. Les français ne sont pas considérés comme étant capables de parler plusieurs langues, non pas par manque de compétence mais manque d’envie. Cela nécessite des intermédiaires et une dépendance préjudiciable aux discussions.

Mais quid des règlements différents avec un nombre de joueurs étrangers illimité, l’autorisation des TPO, et la facilité des clubs à faire venir bon nombre de joueurs sud-américains ? Que faire ?

Oui, on ne peut pas le faire. C’est juste. Nous avons la réputation d’être un pays formateur. Quand je suis arrivé au Benfica, ils connaissaient la formation française et s’en inspirent. Ils ont une politique et une pédagogie particulière, basée sur ce qui se fait en Espagne, et proche de ce que nous faisons en France maintenant. Mais ils recrutent bien mieux, ont beaucoup d’étrangers et jouent sur leur image. Un joueur du Benfica est sûr d’être dans un club avec des moyens financiers, qui va jouer le titre et la coupe d’Europe tous les ans. Le club recrute également beaucoup en Angola et au Cap Vert, anciennes colonies portugaises, et bien sur en Amérique du Sud, notamment au Brésil et Argentine où l’acclimatation est facilitée par le climat et la langue commune.

Formation Benfica (3)
Formation Benfica (3)

Quel regard portez-vous sur le championnat portugais ?

Le championnat portugais est relativement méconnu, pas assez médiatisé. C’est peut être propre aux portugais, qui ont beaucoup de qualités, mais qui ont une certaine réticence à aller de l’avant. Et pourtant, il y a de quoi faire. Mais le pays va mal financièrement et le championnat est en danger, avec des clubs qui ont des grosses difficultés pour payer leur effectif. Je me rappelle avoir discuté avec des dirigeants , réfutant l’idée d’être rachetés par des Qataris ou Emirats. Ils viennent de signer un contrat avec Fly Emirates. C’est signe que la situation est alarmante. Benfica, Sporting et Porto s’en sortiront, avec Braga peut être mais quel est l’avenir pour les autres équipes ? La formation n’existe quasiment plus parce qu’il n’y a plus de moyen. Le championnat Portugais n’est pas encore dans la situation du championnat Grec, mais s’il ne fait pas attention… Mais les gens continuent à aller au stade. C’est ça qui est beau.

Le manque de professionnalisme du joueur de L1 a été pointé du doigt par Ancelotti, Leonardo, Blanc, Deschamps ou Jardim. Partagez-vous ce constat et comment l’expliquez-vous ?

La culture de l’effort n’est plus en phase en pro. A la formation, les garçons travaillent beaucoup. A Brest par exemple, club que je connais bien, les élèves sont en cours de 8h à 16h. A 16h, ils partent s’entraîner jusqu’à 17h30-18h, puis reviennent pour effectuer les devoirs scolaires, manger, puis re-devoirs. Ce sont des journées de dingue. Quand on part pour un match à Paris, on fait plus de 11h de car dans le week-end. Les jeunes en formation ont la culture de l’effort. La donne bascule en professionnel.

Qu’est-ce qui se passe chez les professionnels ?

Les professionnels s’entraînent peu. Ils réagissent par rapport aux matches, jouent sur la fraîcheur physique et donc se préserve physiquement. Et quand on leur demande de travailler, ils travaillent un peu moins. Et quand un jeune pro est habitué à ne pas travailler, quand il rencontre Laurent Blanc, ou Jardim, forcément ça coince. C’est une attitude spécifique à la France, que je n’ai pas vue au Portugal. Je suis allé au Brésil et ils n’arrêtent pas de travailler.

Le joueur français n’a pas l’habitude de travailler tout seul, après l’entraînement. En formation, nous sommes beaucoup plus proches des joueurs, et donc il y a toujours quelque chose de prévu pour lui. Une fois qu’ils ont signé pro, on les laisse un peu tomber… et c’est un mal français. Et il n’est pas étonnant que Leonardo, Ancelotti, Leonardo, Jardim ou Bielsa aient eu du mal

Le football français est-il réfractaire à l’arrivée d’étrangers dans le football et trop corporate ?

Le Français est centré sur lui, c’est une évidence. Et il pense qu’il est le meilleur du monde. Par contre, il n’est pas fermé aux étrangers. En France, on a quand même eu des étrangers : Halilhodžić, Gerets, Jardim, Ancelotti, Bielsa. On ouvre quand même pas mal les portes.

Par exemple, au Portugal, il n’y a pas un français et j’étais le seul. On m’a d’ailleurs bien fait comprendre que la culture française dérangeait un peu, parce qu’on a toujours tendance à faire bouger les choses quand ça ne va pas. Au Portugal, ils ferment tellement qu’ils n’hésitent pas à faire jouer les réseaux, pour placer des compatriotes aux meilleures places : Mourinho, Villas Boas etc…Il y a certainement de la grande compétence chez eux mais avouons que quand on est dans la bonne écurie il est plus facile d’avoir les meilleures équipes à entraîner non ?

En France, les staffs sont capables de prendre un jeune joueur qui n’a pas encore le niveau mais qui a les qualités intéressantes susceptibles d’être améliorées. Au Portugal, l’esprit de la gagne est toujours présent et le joueur engagé doit forcément dégager quelque chose de très fort, être le meilleur et faire gagner l’équipe. Au Benfica, l’objectif est clair : « Formar a ganhar », on forme pour gagner. Et tout est fait en ce sens. A l’entraînement, tous les petits jeux sont disputés et doivent donner un vainqueur alors qu’en France, on a du mal à compter les points.

Justement, adulé en Italie, au Chili, en Espagne et en Argentine, Bielsa divise le football français. Jardim a également essuyé rapidement les critiques en ligue 1 ? Qu’en pensez-vous ?

Je reproche aux médias, notamment aux consultants, un peu plus aux champion du monde, de faire la pluie et le beau temps. C’est facile quand on est de l’autre côté, mais on gère des hommes. Gérer des hommes va au delà d’un match, d’une approche tactique. Oui, Bielsa est peut être critiquable mais soyons mesuré. C’est un entraîneur qui a une histoire, un passé, qui fait bien jouer ses équipes, avec beaucoup de spectacle. On ne s’ennuie jamais quand on voit un match de Marseille. Certes il prend des buts, mais s’il gagne 6/4, 6/5… il aura gagné. Parfois, c’est un peu n’importe quoi sur le terrain, avec un marquage individuel auquel on n’est plus habitué. Mais les critiques ne viennent pas que des médias. Elles sont aussi issues du club et des joueurs. J’entendais le jeune milieu de terrain Imbula avouer qu’il était lassé par la méthode d’entrainement. Où un ouvrier peut se permettre de critiquer son patron et la manière de gérer sans qu’il y ait sanction ? Il n’y a que dans le football, parce qu’il est payé 10 ou 20 fois plus cher que son entraîneur, celui qui commande.

Qu’est ce qu’on demande à un joueur ? De s’entraîner dur, d’être performant, et s’il est le meilleur, il en bénéficiera et fera une bonne carrière avec un bon salaire. Mais il y a tellement de critiques. Les médias critiquent les entraîneurs parce que les joueurs balancent en dehors, et comme tout le monde connait tout le monde, cela remonte vite alors qu’au contraire les entraineurs ont tendance à protéger leurs joueurs…

Quel bilan faites-vous de Bielsa et Jardim en ligue 1 ?

Moi j’aime beaucoup la première partie de saison de Bielsa, la seconde aussi même si les résultats ont été moins bons. Ses équipes jouent pas mal, vont de l’avant et ne jouent pas pour protéger leurs buts. Je ne sais pas comment un père de famille peut aller voir des matches qui se terminent par 1/0, où tout le monde s’ennuie. S’il y va avec son fils, à 25€ la place, ça fait un billet de 50€ pour assister à un 1/0 minable. Si Bielsa reste à l’OM, on va encore avoir droit à des matches spectaculaires avec parfois du n’importe quoi dans les fins de matches c’est vrai. Mais il tente des choses. Les matches de Bielsa respirent la vie, avec des erreurs, des occasions, des scores fleuves, pour ou contre… mais on voit du spectacle. Est-ce que ce n’est pas ce qu’on demande aujourd’hui ?

Jardim n’a pas hésité à lancer le jeune Bernardo Silva, du Benfica. Quand il est arrivé à Monaco, j’étais convaincu que ce joueur allait faire parler de lui, je l’avais vu évoluer. Il a tellement de qualités. Après, Jardim a parfois eu une approche un peu plus défensive, mais il est obligé de s’appuyer sur quelque chose qu’il connait et qui marchait bien au Sporting. Mais il est capable de jouer de l’avant aussi.

Les jeunes sont-ils autant médiatisés au Portugal ?

Oui, tous les matches des jeunes sont télévisés en direct, contrairement en France. Benfica TV filme tout les matches et on savait que Bernardo Silva était une étoile montante, allait percer et qu’il serait vendu cher. L’équipe nationale des jeunes est également beaucoup relayée malgré l’absence de résultats. Mais je pense que le Portugal souffre d’un problème fédéral, qui nécessite un vrai positionnement sur le choix des joueurs et l’organisation de leur entraînement.

« Est-ce qu’un bon joueur n’est pas de faire ses 150 matches de Ligue 1 et voir après ? »

M’Vila et Martin ont disparu après une progression rapide et des passages en équipe de France. Fekir, après une bonne saison, a été convoqué en équipe de France. La France souffre-t-elle d’un excès de jeunisme ?

C’est vrai et j’ai la même réflexion. Bamou par exemple de Nantes, qui a une trajectoire atypique, et qui tout de suite joue en ligue 1 est qualifié de bon joueur. Est-ce qu’un bon joueur n’est pas de faire ses 150 matches de Ligue 1 et voir après ? Avant, c’était le processus normal et les joueurs confirmaient sur la longueur. Aujourd’hui tout va trop vite et les clubs ont peur de les perdre. Pourquoi mettre Fekir tout de suite en équipe de France ? Est-ce qu’il n’est pas encore en phase de post-formation ? Est-ce qu’il est prêt ? Je ne suis pas certain. Benzema est aujourd’hui un des meilleurs attaquants au Monde, mais il a mis du temps pour arriver. On l’oublie beaucoup. Après les gens doivent savoir ce qu’ils font, ce sont des experts du très haut niveau mais on peut rester observateur.

Les entraîneurs ont aussi leur part de responsabilité. On se souvient des propos d’Antonetti sur M’Vila, ou de Jean-Michel Aulas sur Fekir. N’est-ce pas leur rendre la tâche compliquée pour des jeunes joueurs sans grosse expérience ?

Non seulement c’est dur, parce que le statut change avec l’argent qui tombe. Mais en plus, les propos sont publiques, lancés dans les médias, et relayés. Le joueur est donc tenté d’y croire, l’agent également. Et la progression se matérialise sur le plan financier, au détriment du foot. Je crois qu’on a raté quelque chose dans la post-formation d’M’Vila. On aurait du l’accompagner plus, dans sa vie de tout les jours, plutôt que de l’encenser comme cela a été fait. Je suis d’accord avec vous, il y a un excès de jeunisme. En Espagne, le championnat de réserve permet aux jeunes de s’aguerrir. Les clubs espagnols qui croient en leurs jeunes joueurs, font signer des contrats longue-durée, tout en les laissant à la disposition du championnat de réserve, à l’ombre ce qui leur permet de s’aguerrir, dans une compétition de bon niveau. Lille avait fait la même chose. C’est ce que m’avait rapporté un de mes formateurs qui avait eu Eden Hazard. Au départ, Hazard n’était pas prêt pour le monde professionnel selon ses formateurs et il avait été convenu d’accompagner le joueur, le former en ne le faisant pas jouer le week-end. C’est dur à faire accepter à un joueur qui est déjà un des meilleurs dans son club. Mais les choses ont été faites en bonne intelligence, il a mis un peu de temps, et aujourd’hui c’est un bijou.

Lyon cette année contre Astra Giurgiu, l’A.S.S.E contre Esbjerg l’année dernière. Comment expliquez-vous les parcours médiocres des clubs français en Europa League, malgré des bugdets nettement supérieurs à leurs adversaires ?

Il ne s’agit pas d’un problème de budget, d’un problème technique. Saint-Etienne ou l’OL, sur la longueur, sont meilleurs que les adversaires contre lesquels ils ont joué. A mon sens, c’est avant tout un problème d’approche mentale. Si l’entraîneur est investit, certainement que les joueurs le sont beaucoup moins. Probablement que ce n’était pas glamour pour les joueurs d’aller jouer dans des pays de l’Est. Ils ont joué sans plus, alors que le club, l’entraîneur et les supporters étaient certainement motivés. Fabien Lemoine que je connais bien, devait être certainement très motivé. Mais sur 11 mecs, s’il y en a 3 qui ne sont pas à bloc, les choses se compliquent. Certains choisissent les compétitions, les matches. C’est probablement plus intéressant de jouer un Lyon/Saint-Etienne qu’un petit match de ligue 1 ou un adversaire inconnu. C’est le souci en France.

Guingamp a fait un bon parcours alors que l’effectif est peut-être moins bon que l’OL ou l’A.S.S.E. Pour Guingamp, l’Europa League est exceptionnelle et fait briller les yeux. C’était une aventure exotique pour le club d’aller loin ensemble et jouer cette compétition. C’est ça la coupe d’Europe. On a la même chose en coupe de France avec des joueurs amateurs qui vont loin, au mental. Et le football est aussi une affaire de mental.

Enfin, deux collègues de profession Faouzi Djedou-benabid et Yacine Hamened sont les auteurs de livre Pourquoi le foot français va dans le mur (Mai 2015, Edition Hugo Sports). Avez-vous lu le livre ou allez vous le lire ? Fait-il du bruit dans la profession ?

Je n’ai pas lu le livre en entier mais je suis tombé sur des extraits. Je ne partage pas tout à fait ce qui est dit. On sent beaucoup d’amertume dans les extraits que j’ai pu lire. Par exemple, les joueurs seraient « déformés » et non formés. Je ne peux pas être d’accord. Les choses ont changé et évoluent encore à tous les niveaux. On forme des joueurs de qualité, tout n’est pas parfait, c’est une certitude. La formation française n’est pas mal, mais elle doit aussi être repensée surtout chez les très jeunes. Les statistiques montrent que les joueurs recrutés trop jeunes ne réussissent pas. Pourquoi continuer ? Dans ce contexte, il faut se poser les bonnes questions. Quand un club aura le courage de dire à un gamin « Ecoute, on te prend quand tu auras 15 ans mais pas avant », on aura fait du chemin. Le club perdra peut-être des joueurs mais il doit être prêt à cela.

Nous remercions chaleureusement Anthony RIMASSON pour sa grande disponibilité et sa sympathie et lui souhaitons le meilleur dans la suite de ses activités.

Propos recueillis par The Wolfman.

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