Plus le temps passe et plus le football français s’enfonce dans le ridicule le plus absolu. S’il est vrai que nos instances et nos clubs n’aident pas à relever le niveau, les médias semblent avoir pris la même courbe. La semaine fantastique a commencé avec les sanctions de Zlatan Ibrahimovic et Dimitri Payet. A l’heure où certains médias dont RMC fustigent l’individualisme dans le football, le focus fait sur cet événement est assez cocasse. Le verdict tombe : 3 matchs pour le parisien, qui avec le sursis se transforment en 4 matchs et 2 pour le marseillais.

Rappelons que Grenier avait pris 4 matchs pour propos injurieux envers le corps arbitral. Entendons nous bien, que ce soit 2, 3 ou 4 matchs peu importe. Mais pourquoi une différence de traitement entre Payet et Ibrahimovic ? Le phocéen n’aurait donc pas insulté l’arbitre directement ? J’invite les gens qui tiennent cette thèse à revoir les images assez claires à ce sujet. Il ne peut y avoir de débat.

Les propos d’Ibrahimovic concernaient-il la France ou la France du football ? Il apparaît évident qu’il visait l’organisation du football tricolore, son niveau de professionnalisme que beaucoup de spécialistes ne cessent de critiquer à longueur de temps. A quoi bon mentir en changeant le fonds du propos d’un joueur et ne tenir compte du contexte ? Souvenez-vous des propos de lyonnais fêtant la victoire en coupe de France en insultant les stéphanois de « batards » du haut du balcon de l’hôtel de ville. Etrangement, il n’y a pas eu autant d’indignation…

Par ailleurs, vouloir imposer au footballeur un rôle éducatif, social et modèle pour la jeune génération est une idée louable mais utopique. L’approche éducative passe à mon sens par une explication claire et précise et une analyse honnête de ces évènements par les médias.

Furieux des sanctions, l’O.M. et le P.S.G. ont décidé de boycotter le diffuseur Canal +, coupable d’être à l’origine des sanctions envers le joueur. En effet, sauf erreur de notre part, le rapport de l’arbitre ne mentionnait pas ces attitudes, qui de fait, devrait plus relever du Conseil National de l’Ethique et non de la commission de discipline. Les médias ont pris l’habitude de placer des caméras et des micros partout, d’animer des rubriques, en sous-titrant les propos des joueurs aux bords des terrains. Par le passé, ces dispositifs n’existaient pas. L’intérêt du sport était-il différent ? Cela changeait il le traitement de ce sport dans son intérêt ?

 Alors beaucoup d’amateurs s’érigent contre le boycott, avec des raisons aussi ridicules que déconcertantes : Le premier argument consiste à dire que Canal + paie les droits télé. Financer n’autorise pas tout et ne donne pas tous les droits. Dans quelle société, un argument peut-il tenir ? N’y a-t-il pas contractuellement un devoir de réserve ? Le deuxième argument avancé : Comprendre le boycott, c’est finalement accepter les agressions comme Brandao sur Motta, ou Galtier sur Gallardo. Il n’y a en réalité aucun rapport entre les évènements cités et le problème Ibrahimovic ou Payet , ou on parle d’intrusion extrême avec murmure de chaque parole avec sous-titre. D’ailleurs, le geste de Brandao sur Motta est filmé par une caméra de surveillance du Parc des Princes et non une chaîne de télévision. Les vidéos des diffuseurs devraient être à la disposition du corps arbitral, si celui-ci souhaite les utiliser pour demander une sanction. Canal +, à travers sa réalisation, fait basculer le football dans un monde de TV réalité et fusionne deux de ses domaines d’expertise : Le football et la pornographie. La FootPorn est une nouvelle approche. Apporte-t-elle une valeur ajoutée à la connaissance, l’apprentissage du football ? Le voyeurisme exacerbé de notre société est dérangeant, perturbant voire inconfortable et le rôle des chaînes TV et des médias est aussi d’assumer ses choix vis à vis de son auditoire. En continuant dans l’absurde, on pourrait imaginer une TV qui filme les négociations d’un transfert en live ? Absurde non ? Le boycot peut se comprendre sur le fond, même s’il est difficile de le cautionner sur la forme car peu constructif.

D’ailleurs, le comportement de la Ligue et surtout de son président est compréhensible. En attaquant l’O.M. et surtout le P.S.G., la ligue touche indirectement à un de ses gros financiers. Il est de son devoir de ménager sa monture, comme il est coutume de dire. D’un point de vue du business, l’attitude de la ligue et de son président Thiriez sont cohérentes. Le président de la Ligue s’est également illustré en coupe de la ligue en ne descendant pas sur la pelouse satisfaire la traditionnelle poignée de mains aux joueurs, de peur de se faire conspuer par les supportais bastiais, en conflit depuis des années entre autres pour le non respect de la tragédie de Furiani le 5 Mai 1992 (Non au match le 5 Mai)

Le choix de M. Thiriez est une erreur assez grave, et doit assumer son statut et ses responsabilités. Rappelons que Sepp Blatter, qui sait qu’il va se faire siffler lors de la finale de football des JO de Londres a malgré tout fait le job et est resté pro. Le président de la Ligue a fauté, à l’image d’une organisation politique qui sclérose notre football. Et ce n’est pas Jean-Michel « Underwood » Aulas qui va l’aider, ce dernier souffrant d’un manque de reconnaissance et ne cesse de vouloir être un acteur non pas sportif ou structurel mais médiatique. Faire l’enfant avec Vincent Labrune, se ranger auprès de Canal + afin d’avoir la chaîne avec lui et devenir le leader de la fronde anti-BEIN est logique. Le président de l’OL serait un parfait président de la série House of Cards.

Mon dernier point concerne le traitement médiatique de l’arbitrage après la finale de la coupe de la Ligue Bastia / P.S.G. Entre le pénalty et l’expulsion de Squillaci, l’arbitre M. Bastien est devenu le responsable de tout. « Il a ruiné la finale, Il a manqué d’intelligence, il n’a jamais joué au football de sa vie ». Voilà le genre de propos avancé par TF1 ou RMC, via Frank Lebœuf ou Stéphane Pauwels. Pas un ne s’est posé la question de la liberté de l’arbitre à juger ce fait de jeu autrement. L’arbitre a aussi une carrière à gérer, qui dépend en grande partie des notes qu’il va recevoir. En imaginant qu’il mette carton jaune, il aurait été salué par le peuple, les médias, mais quid de sa note ? Le carton rouge ne lui donnera-t-il pas une meilleure note ? A qui la faute donc ? Vers qui doivent se diriger les critiques ? L’arbitre est prisonnier des textes et du système de notation de la DNA. A partir du moment où le management d’une rencontre dépend d’une application stricte d’un règlement, les médias doivent remplir leur rôle éducatif et expliquer que les critiques autour de l’homme en noir n’ont pas de sens.

Il serait bon que ce pays, qui passe son temps à donner des leçons et cultiver des postures clownesques, change et traite ce sport de manière plus mature, plus professionnelle et moins portée sur le show.

Références

[1] – Image issue du site LeMondeSport

[2] – Image issue du site Lanouvellerepublique

The Swindler & The Wolfman