« Nous allons faire descendre Liverpool de son putain de perchoir ». Telle est la déclaration de Sir Alex Ferguson à son arrivée au club en 1986 qui témoigne de la rivalité entre Liverpool et Manchester dans le North West derby. Une rivalité économique, culturelle et sociale dépassant le cadre strict de la compétition sportive et qui n’est pas sans rappeler la relation entre Lyon et Saint-Etienne en France.

Distantes d’une soixantaine de kilomètres, les deux villes divisent la région Rhônes-Alpes. Ce match est l’occasion pour les supporters et personnalités de s’exprimer avec violence et d’afficher la couleur à l’image de Benjamin Biloay « Je ne calmerai jamais le jeu ! Si je ne joue pas à Saint-Étienne, c’est par conviction. C’est le club que je déteste le plus ! J’aime pas leur maillot, ça me dégoûte ! »1. Ce à quoi répondra, Mickaël Furnon, le chanteur de Mickey 3D « Ce n’est pas de sa faute s’il est né à Lyon, qui n’est pas vraiment une ville de foot. Aulas a bien essayé d’enrichir l’OL pour en faire un club puissant et populaire, mais l’amour ne s’achète pas »2.

« En football, Saint-Etienne sera toujours la capitale et Lyon sa banlieue »5. Mais force est de constater que depuis 20 ans, l’image de Roger Rocher à un peu jaunie et Lyon s’est installé sur son perchoir à Geoffroy Guichard : 8 Victoires, 6 nuls et une seule défaite (en 1993-1994) en 15 confrontations en championnat, avec 22 buts inscrits et seulement 14 buts encaissés. La 15ème journée de championnat se clôturait par le derby Saint-Etienne / OL, le 109ème du genre, entre deux équipes qui n’ont jamais été aussi proches l’une de l’autre dans l’histoire.

Dans cet avant match, beaucoup de spécialistes sont revenus sur les résultats récents, les difficultés des Verts à marquer des buts et la forme du moment, plus favorable aux hommes d’Hubert Fournier. Ces dernières années, il est arrivé à l’A.S.S.E d’aborder le derby dans une situation plus confortable que celle des rivaux lyonnais, avec les résultats que nous connaissons. Le derby est en réalité un match à part, une forme de parenthèse dans la saison, déconnectée de toutes logiques statistiques.

Dans un Stade Geoffroy Guichard chaud bouillant, Hubert Fournier a gardé son système en 4-4-2 losange, positionnant Malbranque en 10 (Gourcuff étant toujours blessé). Galtier, a opté pour un schéma en 5-3-2, Gradel venant épaulé Ricky Van Wolfswinkel. Un choix jugé frileux, défensif et peu ambitieux par certains consultants. Peut-on juger l’animation d’une équipe juste à la lecture d’une composition ? Les Verts allaient ils laisser le jeu aux lyonnais et subir ? Quelle allait être l’animation des joueurs, la position des latéraux ?

Le début de match allait être très important et donner le ton à la rencontre. Les supporters ne s’y trompent pas et répondent présents dès l’échauffement.

Après 10 premières minutes timides et à l’avantage des lyonnais, les Verts se mettent enfin dans le match. En réalité, le schéma de Christophe Galtier s’apparente davantage à un 3-5-2, avec un énorme pressing. Les deux latéraux (Tabanou et Théophile Catherine) jouent très haut et imposent aux latéraux lyonnais (Jallet et Bedimo) de reculer. Pris de vitesse, dans le pressing, les lyonnais subissent et perdent les duels. Sur un bon travail de Gradel, Ricky reprend le ballon de volée, mais le balle s’écrase sur le poteau de Lopes, battu. Les verts défendent en avançant et forcent l’OL à reculer. Tabanou, placé très haut, oblige Jallet à concéder le corner. Gradel s’en charge, Bayal à la réception crucifie Lopes d’une tête puissante 1/0 : Le Stade explose.

Les Verts avaient déjà mené contre l’OL à domicile, sans toutefois parvenir à s’imposer. Comment allaient-ils gérer la situation mentalement ? Les hommes de Fournier réagissent, enchaînent les corners et se procurent une grosse occasion par l’intermédiaire de Fékir. Mais Ruffier détourne en corner. Avec Ruffier, Perrin, le milieu de terrain stéphanois et Gradel forment une colonne vertébrale technique et solide qui permet aux verts d’exploiter les bons coups. Juste avant la mi-temps, Gradel se joue de Bisevac sur le côté gauche. L’international ivoirien sert parfaitement Ricky, qui double la mise juste avant la mi-temps. 2/0, le break est fait !

Les deux équipes recommencent la seconde mi-temps comme elles ont terminé la première. Lacazette profite d’un cafouillage de Bayal pour s’offrir une belle occasion mais sa frappe devisée n’inquiète pas Ruffier. Les verts réagissent aussitôt par Perrin, mais la tête du capitaine heurte la barre transversale. Clément blessé est remplacé par Diomandé, mais le schéma reste identique, avec un gros pressing et une intensité rarement vue ses dernières années à Geoffroy Guichard. Hubert Fournier réajuste tactiquement son équipe en sortant Malbranque, peu à l’aise, au profit de Njie. Des tribunes, l’A.S.S.E imposent un rythme et un défit physique, auxquels ne semblent pas pouvoir répondre les lyonnais, mentalement touchés. Et sur une maladresse de Tolisso, Cohade récupère le ballon et vient crucifier l’OL. 3/0 !

L’OL aura l’occasion de sauver l’honneur sur pénalty, mais Lacazette manque le cadre Quelques minutes plus tard, l’international français trouvera le poteau et symbolisera la prestation des lyonnais. Définitivement, il ne pouvait rien arriver à ces stéphanois. L’A.S.S.E s’impose 3/0 grâce notamment à un premier but sur corner, et un second venant du flan gauche…Comme un certain 6 Avril 1994

Références

[1] – Déclarations de Benjamin Biolay – Magasine SOFOOT

[2] – Déclarations de Mickaël Furnon – Journal Leprogres

[3] – Image – Site madeinfoot

[4] – Image – Site RTL

[5] – Image – Site coup2crampon

[6] – Déclarations de Roger Rocher – Site Europe1

The Wolfman