Si le phénomène « cheerleaders » n’est pas encore entré dans la culture footballistique française, il en est autrement en Russie. En effet, les clubs russes n’hésitent pas à faire appel à des groupes de soutien afin d’animer les tribunes mais également à des fins marketing. Aujourd’hui, partons à la rencontre des QueensBand, le groupe de cheerleaders officiel du Kuban Krasnodar. Et c’est avec une grande sympathie qu’elles ont répondu à nos questions. La version russe de notre entretien est également disponible.

Groupe de Cheerleaders

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre groupe : Date de création, organisation, nombre de danseuses, chorégraphe ?

Notre collectif est né le 19 septembre 2009, lorsque nous avons foulé pour la première fois le parquet en tant que groupe de soutien du club de basket « Lokomotiv Kuban ». Depuis nos début, c’est Anna Kovalenko, ancienne sportive de haut niveau en gymnastique artistique, qui nous dirige. La première chorégraphe de QueensBand était Agnessa Mkhitaryan, et depuis 2010 notre principale chorégraphe est une membre du groupe : Irina Yurkova. A l’heure actuelle, notre effectif est composé de 18 personnes, mais étant donné que, depuis peu, nous intervenons également pour le club de hockey sur glace « Sochi », notre effectif va au moins doubler dans un futur proche.

Quel est le statut du groupe ? Etes-vous professionnelles ? Etes-vous payées ?

Oui, nous sommes un groupe professionnel. Notre effectif est composé de sportives de haut niveau dans les domaines acrobatiques, gymnastique rythmique, et également de danseuses professionnelles de différents styles. Notre niveau de préparation a été remarqué par les organisateurs de la cérémonie des Jeux Olympiques de Sochi 2014. Ainsi, dix de nos danseuses ont participé aux cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Combien d’entraînements avez-vous par semaine ? Comment s’organisent-ils ?

Pas un jour ne se passe sans que nous dansions. Il peut s’agir d’entraînement, préparation ou exhibition. L’entrainement des cheerleaders est composé d’échauffements, d’exercices. Puis nous apprenons les nouveaux pas, les combinaisons de danse. Enfin, nous travaillons sur le numéro entier.

Quel est le profil des danseuses ? Age moyen ? Profil scolaire (éducation) ?

Comme nous l’avons déjà dit, toutes les filles du groupe sont professionnelles dans divers domaines du sport et de la danse. Ainsi, elles ont des qualités telles que l’endurance et la discipline. Elles sont responsables et orientées vers le succès de l’équipe. L’âge moyen des filles est de 21 ans. Les membres de QB peuvent être divisées entre celles qui sont diplômées de l’Université et celles qui sont encore étudiantes.

Quel est le processus de recrutement ? Comment se passe l’intégration des nouvelles ?

En règle générale, nous tenons des castings plusieurs fois par an. Mais, parfois, nous faisons des exceptions pour des filles plus talentueuses qui ne pouvaient pas participer au casting. L’adaptation de chaque nouvelle participante dépend de son orientation au succès général de l’équipe, de sa capacité à travailler en équipe.

Comment est l’ambiance au sein du groupe ?

L’ambiance est très amicale et chaleureuse. Nous allons ensemble au cinéma et nous célébrons toujours ensemble les fêtes et événements importants (anniversaire, etc.)

Vous intervenez dans le foot avec le club du Kuban mais également dans d’autres sports. Quels sont les clubs et les sports qui font appel à vos services ?

Nous soutenons les clubs de hockey sur glace « Kuban » et « Sochi », le club de volleyball « Dinamo Krasnodar », et nous sommes toujours prêtes à soutenir les sélections russes de sports différents lorsqu’elles viennent dans la région de Krasnodar.

Quelles relations entretenez-vous avec le club du Kuban ?

Nous sommes le seul groupe de soutien de club de foot en Russie avec le statut de groupe professionnel. On soutient le Kuban, quelque soit le temps, la place au classement. Le FK Kuban est tout simplement notre club.

Êtes-vous sponsorisées ou financées par le club?

Le Kuban fait en sorte que nous ayons des conditions confortables pour nos entrainements et nos perfomances : le club loue pour nous une grande salle chorégraphique en centre ville, avec un système de sonorisation (accoustique) moderne. Le club nous aide régulièrement à préparer les nouvelles tenues : les tenues d’été sont plus légères et quand il fait froid nous changeons les tenues pour des modèles plus chauds et adéquats.

Quelle est l’image du groupe auprès du club ? Auprès des supporters?

Dans un premier temps, les supporters du club étaient sceptiques quant à nos interventions. Quand nous sommes arrivées dans la tribune pour supporter l’équipe avec les ultras, nos relations ont évolué. Maintenant, nous recevons beaucoup de compliments et de soutiens, et peut-être même plus que les joueurs du Kuban. Bien sûr, le club voit que nous pouvons influencer l’humeur des supporters, c’est pourquoi il contribue fortement à notre activité et renforce l’image positive du groupe de soutien.

Quelles sont les ambitions, l’objectif du groupe Queensband à moyen/long terme ?

Dans un futur proche, nous souhaitons couvrir tous les sports dans la région de Krasnodar et ouvrir notre propre école, notre académie de cheerleading.

Comment les membres du groupe voient-elles leur avenir 

En tant que jeunes femmes, nous rêvons toute de la même chose : avoir une belle famille avec un mari idéal et des enfants en bonne santé. Cependant, nous avons déjà parmi nous d’excellentes mère au foyer, mais qui n’ont pas arrêté la danse et travaillent encore avec notre équipe.

Les groupes de Cheerlearders en Russie

En France, il faut un grand événement pour faire intervenir un groupe de cheerleaders et leur apparition est très rare dans le football. Quelle est la vision en Russie concernant ces groupes de soutien ?

Maintenant, chaque grand club essaye d’avoir son propre groupe de cheerleaders. La présence de belles danseuses qui supportent l’équipe pendant les matchs est devenue une tendance dans le sport russe.

Quelle est l’inportance de ces groupes en Russie ? Est-ce un vrai phénomème culturel ?

Avec une bonne organisation en terme de marketing, les groupes de soutien ont pris une importance significative. Par exemple, des supporters de hockey sur glace quand ils achètent un abonnement pour la saison, choisissent une place d’où ils peuvent voir le jeu mais aussi d’où ils peuvent apprécier les performances des filles. Tous les groupes de soutien en Russie ne peuvent pas être appelés phénomène culturel. En revanche, on peut les considérer comme des groupes qui cherchent à étonner, à surprendre, inventer de nouvelles choses, à aller au delà du cheerleading classique.

Est-ce que tous les clubs professionnels ont un groupe de cheerleaders ?

Tous les clubs professionnels essaient d’avoir leur propre groupe de cheerleading, mais tous les clubs russes n’en ont pas.

Quelles sont vos relations avec les autres groupes de cheerleaders ?

L’émergence de nombreux groupes de soutien a accru la conccurence. Maintenant, pour recevoir une invitation pour de grands événements, il faut se démarquer, être meilleures que les autres. Cependant, on respecte les autres collectifs, et sommes même amies avec certains. Par exemple, pendant le concours « Miss RFPL », en juin dernier, la représentante des QueensBand, Aleksandra Parfyonova, s’est liée d’amitié avec Maria Gudymenko, représentante du collectif Soul Sister de Saint-Pétersbourg, ce qui a rapproché nos deux collectifs.

QueensBand & SoulSisters
QueensBand & SoulSisters

Un concours est-il organisé entre les groupes ?

Il existe des compétitions de cheerleading mais les groupes qui supportent les clubs de sport ne participent pas à ces tournois. La raison de cela réside dans la différence entre la spécificité du cheerleading classique et le cheerleading en tant que soutien d’équipes sportives. Le premier est un sport, le second est un show

Football en général

Quelle est votre opinion sur le football russe en général ?

Le football russe est cyclique. Il alterne les haut et les bas. Mais nous sommes patriotes et supportons notre pays, et on supporte donc notre football dans les victoires brillantes comme dans les défaites amères.

Comment avez-vous vécu l’échec russe lors de la Coupe du Monde ?

Evidemment, cela nous a bouleversées. Mais nous connaissons la spécificité cyclique du football russe et nous espérons que le succès arrive bientôt , lors de la Coupe du Monde 2018 chez nous. Peut-être que les supporters nous verront dans les stades russes pendant cette Coupe du Monde.

Regardez-vous souvent des matchs de RPL ? Des matchs d’autres championnats ?

Entre les entrainements et les performances, nous avons un emploi du temps très chargé, mais nous essayons de voir tous les matchs du Kuban et suivons la situations du championnat russe.

Quelle est, selon vous, la meilleure équipe de RPL ?

Le FK Kuban, évidemment !

Qui va gagner le championnat ?

La saison actuelle est tellement imprévisible qu’il en est même difficile de prédire les trois premiers. Pour le moment, le Zenit est leader, mais il reste encore 2/3 du championnat*, et personne ne sait ce qui va bien pouvoir se passer.

Kuban

A quelle place va terminer le Kuban ?

L’équipe a pour ambition et pour objectif de retrouver l’Europe, et pour cela il faut terminer dans le haut de tableau. Le potentiel est bien présent, c’est pourquoi nous pronistiquons une place dans les cinq.

Quel est le meilleur joueur du Kuban ?

Le meilleur joueur est Ivelin Popov. Les supporters l’aiment, son jeu est remarqué positivement par les spécialistes, et il confirme sa classe lors de chaque rencontre.

Quel est le joueur le plus sympa ?

La plupart des filles de notre groupe pense qu’il s’agit de Toni Šunjić, notre arrière central de Bosnie-Herzégovine.

Quelle est votre vision du club, de son avenir ?

Aujourd’hui, le FK Kuban développe activement sa propre académie, s’occupe beaucoup des jeunes, des espoirs. On espère voir dans un avenir proche de plus en plus de joueurs locaux dans l’effectif jaune et vert.

Kuban vs Krasnodar
Kuban vs Krasnodar

Quelle est votre relation avec le club de FK Krasnodar ? Existe-t-il une vraie rivalité entre les deux clubs ?

Maintenant, les matchs entre ces deux équipes sont des vrais derbies. Cela se ressent sur le terrain, dans les tribunes et dans le marketing. Vis à vis du FK Krasnodar, nous nous comportons comme avec les autres rivaux du Kuban. Mais la grande différence c’est que nous résidons dans la même ville et les intérêts de nos clubs se croisent toujours. Cela fait des « taureaux » un concurrent spécial, aussi bien pour les joueurs jaunes et verts que pour nous

Est-ce que le FK Krasnodar a un groupe comme le votre ?

A un moment, le FK Krasnodar a demandé à notre équipe de devenir leur groupe de soutien. Mais évidemment, nous avons refusé. parce que nous avons déjà un club préféré : FK Kuban. Mais, depuis peu, ils ont fondé leur propre de cheerleaders. Ce groupe doit encore gagner en expérience. C’est pourquoi nous comparer à eux n’a pas réellement de sens.

Victoria Faleeva
Victoria Faleeva, attachée de presse des QB

Toute l’équipe de SoccerPopulaire tient encore à remercier les QueensBand (@queens_band) pour leur disponibilité et tout particulièrement Victoria Faleeva, l’attachée presse du groupe de Cheerleaders. Un grand merci également à Roman Zaikin pour son aide à la traduction.

* Interview réalisée plus tôt dans la saison. Le Zenit est toujours leader, mais on est actuellement à la moitié du championnat.

 Rusko & The Wolfman