En cette période de calme pour cause de trêve internationale, nous souhaitions revenir sur la polémique autour de Sagnol qui a agité le football français ces dix derniers jours. Revenons tout d’abord rapidement sur le fond, la très longue interview de Willy Sagnol, accordée par Willy Sagnol au journal Sud-Ouest.fr et notamment au passage qui soulève le débat.

Le joueur de football africain ne peut bien évidemment pas être réduit à la description faite par le coach bordelais. En effet, l’Afrique étant un continent, ce serait donc indifférencier un joueur formé au Ghana, en Algérie, au Cameroun ou en Côte-d’Ivoire ? Sagnol récuse-t-il ces différences ? Est-il ignorant au point de confondre un pays et un continent ? A vous d’en juger

Mais j’aimerais revenir sur la forme. Lors de cette interview, l’entraîneur bordelais réalise un raccourci maladroit et fait appel à des stéréotypes, souvent usités dans le football. Certains commentateurs évoquent parfois le « contrôle américain », geste raté, généralement trop long ou dévissé, en référence au fait que les Américains, n’étaient, jusque dans les années 1990, pas réputés pour être doués au football. Cette expression n’est plus aussi légitime de nos jours mais elle reste dans le vocabulaire footballistique. Les commentateurs ignorent-ils que le Brésil, l’Uruguay ou l’Argentine se trouvent sur le continent Américain pour autant ? Ne parle-t-on pas des difficultés tactiques rencontrées par les Sud-Américains lorsqu’il traverse l’Océan Atlantique pour jouer en Europe ? Pourtant, les football espagnol, italien ou anglais sont très différents en termes de style.

Tous les africains ne sont évidemment pas grands, costauds et dépourvus de technique et on pourrait citer des dizaines de contre-exemples. De la même manière, les brésiliens n’ont pas tous la technique de Ronaldinho. Brandão serait-il autant moqué s’il était de nationalité norvégienne ? Le footballeur italien est-il toujours truqueur et attiré par le catenaccio, l’allemand grand costaud et puissant, le britanique adepte d’un jeu viril « kick and rush » ? Ces stéréotypes existent malgré tout et restent dans l’inconscient collectif.

Réaction de Thuram - Ref   [2]
Réaction de Thuram – Ref [3]

Doit-on pour auta s’insurger avec autant de violence et parler de racisme ? Que dire de cette montée au créneau des associations telles que SOS Racisme3 et la LICRA? Quid des réactions de quelques personnalités du football, ancien joueur, entraîneur ou président de club ? Lors d’une interview, l’ancien président de l’OM a évoqué « un pays qui penche très fortement à droite et a comme héros Éric Zemmour. Que cette France-là produise des sous-Zemmour n’est guère étonnant » et regrette « qu’aucun seul Africain ne travaille dans l’encadrement d’un club ou n’est admis dans une instance dirigeante. Tant que ces joueurs de la diversité, qui sont les principaux animateurs du championnat français, seront traités comme une orange qu’on presse et qu’on jette, comme on l’a fait avec leurs pères anciens combattants, des affaires de cette nature surgiront périodiquement ».

Des personnes sont-elles intéressées par ses postes ? Si oui, Pape Diouf sous entend-il que les instances du football français ont des politiques discriminatoires ? Autre réaction, celle d’Antoine Kombouaré déclarant s’être senti « humilié et blessé. Je reste sur le terrain du sport et je ne vais pas sur celui de la politique. Sur ce terrain, il ne faut pas faire de différence. Vraiment, je ne peux pas accepter de tels propos.»6 Antoine Kombouare a-t-il été formé en Afrique ? Pourquoi se sent-il africain ? Ce sentiment est-il lié à sa couleur de peau ? C’est une interprétation que certaines personnes pourraient faire, et il aurait été intéressant de lui poser la question. Antoine Kombouaré a-t-il fait preuve de maladresse, tout aussi condamnable que celle de Willy Sagnol ? Chacun se fera son avis.

Enfin, j’aimerais pour finir revenir sur le rôle de la presse et en l’occurrence des journalistes du site du Sud-Ouest. Les médias ont parmi leur différentes missions d’information celle d’être un relai afin de « transmettre des messages au public »7, une définition chère à Raymond Domenech. A ce titre, on peut regretter le silence des journalistes et l’absence d’interaction aux propos du coach bordelais. Dans un monde idéal, Willy Sagnol auraient pu expliciter sa vision des choses et ainsi éviter une polémique de plus autour de notre football français. Mais « dans le monde médiatique d’aujourd’hui, une phrase lâchée ne se reprend pas. Elle a une vie à elle, passe à travers le filtre médiatique, la plupart des gens ne l’ont pas entendue, ou entendu le résumé, sur internet »8, analyse Eric Naulleau. Sagnol en a fait malheureusement l’amère expérience.

Références

1 – Image de Yacine Brahimi

2 – Image de Yaya Touré 

3 – SOS Racisme suite aux propos de Sagnol

4 – La LICRA suite aux propos de Sagnol

5 – Extraits d’une interview pour le site jeuneafrique

6 – Propos de Kombouare extraits du journal LEQUIPE

7 – Extraits d’une interview pour la FIFA

8 – Eric Naulleau sur le monde médiatique – On n’est pas couché – Année 2010 (à partir de 7 min 50 s)

The Woflman