Le week-end dernier, j’ai profité d’un voyage à Madrid pour regoûter aux joies du football espagnol. En effet, que c’est bon d’assister à un match en Espagne, qui plus est à l’Atlético, le champion en titre. Quel plaisir de se balader dans le centre de Madrid, et de voir les maillots de Córdoba se mélanger naturellement à ceux de l’Atlético. Les métros de Madrid sont le théâtre de scènes « surréalistes » où les familles des rivaux du Real et de l’Atlético, se parlent, se chambrent sans aucune animosité. Pendant que deux supporters de l’Atlético un peu éméchés rigolent avec deux policiers, près de 1500 supporters du club promu de Córdoba ont fait le déplacement, et s’apprêtent à prendre place dans la tribune, sans aucun cortège de CRS. Bienvenue en Espagne.

Certes tout n’est pas rose autour du football espagnol mais une chose est certaine : En termes de convivialité et de sportivité, les espagnols peuvent donner des leçons au football français. Et le gouffre est immense. Suivez mon regard autour de la parano qui s’est employée depuis plusieurs années autour des matchs du Paris Saint-Germain. A une époque, celle ci était justifiée, aujourd’hui elle apparaît totalement injustifiée. De même, je ne parle même pas du plaisir qu’offre le foot espagnol par ses résultats européens et le spectacle offert chaque week-end. Mais c’est une autre histoire.

Bref, me voila de retour au Calderón. La dernière fois c’était en 2012, l’année de l’arrivée de Simeone. Le cycle Simeone pouvait démarrer avec l’Europa League remportée des sa première saison. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts : Brillant champion d’Espagne en titre, finaliste surprise et mérité de la ligue des champions 2014, perdue à 30 secondes près contre les grands rivaux du Real. L’Atlético fait désormais partie du top 5 européen. Certes, cette équipe a évolué depuis la saison passée. Le meilleur gardien de la Liga Courtois (sauf pour la Ligue espagnole manifestement, on y reviendra) est reparti faire le bonheur de son club propriétaire, Chelsea et a été remplacé par l’excellent Moya. La star, le buteur et grand artisan des succès de la saison passée de l’Atlético, Diego Costa a aussi fait ses valises pour Chelsea pour le plus grand plaisir de Mourinho. Mais cet Atlético, fort de cette manne financière dégagée par la vente de son buteur, a ainsi attiré des joueurs du calibre de Mandžukić ou Griezmann et réalise un début de saison très satisfaisant. Vainqueur de la supercoupe d’Espagne en août (certes contre un Real n’ayant rien avoir avec la machine à gagner d’aujourd’hui), 1er de son groupe de C1 devant la Juve et Olympiakos, plus que jamais en course pour lutter pour la défense de son titre de champion, de toute évidence l’Atlético est sur la lancée de sa superbe saison passée. La réception du modeste promu Córdoba, toujours sans la moindre victoire et de son nouvel entraîneur, l’ex défenseur Đukić, ne devait donc qu’être une simple formalité pour les colchoneros.

Installé en tribune, juste au dessus des ultras de l’Atlético, les 1500 aficionados de Córdoba chantent « campeones campeones campeones ». Il ne s’agit pas d’une référence à leur montée en Liga. Lundi dernier avaient lieu les récompenses de la ligue du football espagnol où le Real a tout raflé. En dehors de Simeone, élu logiquement meilleur entraîneur de la saison, l’Atlético n’a obtenu aucune récompense, épisode renforçant ainsi les éternelles rumeurs selon laquelles Tebas, le président de la ligue, est un pro madridista, même si officiellement, ce sont les capitaines des clubs qui ont voté. Les supporters de Córdoba, en solidarité aux joueurs de l’Atlético, injustement lésés de cette brillante saison passée, ont donc entonné ces chants repris par tout le Calderón. Et oui, même à Córdoba, les gens en ont assez d’entendre constamment parler du Real (ou du Barca).

Atlético - Córdoba (7)
Atlético – Córdoba (7)

18h, le coup d’envoi retentit sous un agréable soleil d’automne. L’Atlético qui excellait en contre la saison passée grâce à la puissance de son ex-buteur brésilien (ou espagnol, on ne sait plus) a changé de philosophie de jeu. Et la nouvelle vedette, c’est Mandžukić, boudée par Guardiola et arrivée du Bayern pour 40 millions. Mandžukić n’est pas Diego Costa. Finies les chevauchées en partant à 40 mètres de ses propres buts. Place à un jeu d’attaques placées. L’international croate étant avant un tout un joueur de surface et assez lent, et face à une équipe andalouse remarquablement organisée, l’Atlético s’est montré peu dangereux, en dehors d’une barre de l’excellent Arda Turan. On sent bien qu’il sera difficile de déverrouiller ce bloc défensif. Mais la marque de fabrique de Simeone repose aussi sur le génie des coups de pieds arrêtés. L’Atlético est la meilleure équipe en Europe dans cet exercice (déjà 12 buts marqués cette saison), avec comme distributeur de caviar ce fabuleux joueur Koke (encore 2 passes samedi). On joue la 43ème minute, corner mal repoussé par la défense, feinte de frappe de Griezmann, le tir est détourné et le gardien pris à revers. Le Calderón explose et le français avec puisque c’est son premier but sous ses nouvelles couleurs. Simeone a encore été bien inspiré puisqu’il avait « bougé » sa nouvelle recrue cette semaine en déclarant qu’il devait « devenir un homme footballistiquement ».

Mi-temps, 1-0 l’essentiel est assuré et on imagine que le plus dur est fait. Mais à l’image de ses 1500 supporters, mettant l’ambiance au Calderón, l’équipe très limitée du Córdoba s’accroche et au courage égalise sur corner à la 53ème. Cette égalisation aura le mérite de réveiller les hommes de Simeone et leur jeu ronronnant. Il ne faudra que 6 minutes pour que Griezmann (auteur d’une belle tête), et Mandžukić, profitant d’une sortie à la pêche du médiocre gardien de Córdoba, agravent la marque.

Le promu a explosé et l’Atlético va dérouler, Raul Garcia entré en jeu se permet même une tête renversée faisant mouche 4-1. Córdoba profitant d’un Juanfran en vacances aujourd’hui défensivement (impliqué sur les deux buts), réduira l’écart pour le plus grand plaisir des supporters andalous. La fin de match sera marquée par l’entrée de l’idole des ultras de l’Atlético et quasiment jamais utilisée. J’ai nommé « l’oignon » (Cebola ici) et connu en France par les supporters du PSG sous le nom de Cristian Rodriguez. Ce joueur joue très peu, est toujours annoncé sur le départ mais est toujours dans l’effectif. Mais surtout ce joueur incarne exactement ce qu’adorent les Socios et Simeone. Il ne lâche jamais rien. Il est entré en jeu à la 73ème, le score déjà acquis (3-1) acclamé sous les « Uruguay, Uruguay ». Et « l’oignon » s’est arraché sur chaque ballon, a joué comme si le score était de 0-0 et qu’il était incontournable à cette équipe alors qu’il ne joue quasiment jamais. Simeone lui a rendu hommage en conférence de presse. C’est aussi cela la patte du Cholo, la grande idole du Calderón. Il n’oublie personne. Les 54000 personnes quittent le stade ravis. Les fans de l’Atlético n’oublient pas de crier quelques amabilités à Tebas suite à cette farce des récompenses de la Liga. On a la rancune tenace dans le sud de Madrid. Ceux du Córdoba acclament leur équipe faible mais pleine de volonté. Malgré la débâcle, les andalous ont des motifs de satisfactions et savent que leur maitien ne se joue pas contre l’Atlético. Ses supporters sont aussi conscient de vivre un moment privilégié car c’est la première saison de Córdoba dans son histoire en Liga. Le score est finalement anecdotique. Naturellement, les andalous quitteront le stade par un « hommage » à Seville grand rival local et appuyé par les ultras de l’Atlético.

La belle Serie de l’Atlético se poursuit, 6eme victoire en 7 journées. La bonne nouvelle de la soirée, l’ex leader, le barca perdra, une semaine après sa débâcle du clasico, au camp nou contre cette étonnante et épatante équipe du celta vigo. L’Atlético remonte donc a la 2ème place au côté de la révélation de cette première partie de saison, Valence, brillant vainqueur du derby à Villarreal, à un point du nouveau leader, le Real. A Madrid, la rivalité n’est jamais bien loin. C’est le plus grand succès de Simeone depuis son arrivée en 2012 : en dépit du fait que les deux clubs ne jouent pas sur le même terrain en termes de renommée et de puissance économique, il n’y a plus une grande équipe à Madrid capable de gagner des titres mais bel et bien deux.

KarimJ (@Alexis7511) & The Wolfman