En écoutant l’unique émission française de football (Afterfoot sur RMC) aborder des sujets sur la DNCG, le PSG et le Fair Play Financier, il semble que les réglements européens et nationaux qui gèrent la vie des clubs à l’étranger sont assez mal connus. Comment peut-on parler d’un sujet et être aussi ignorant en la matière ?

A notre modeste niveau, nous allons résumer les principaux points du FFP en Europe et en Premier League et vous invitons à lire nos article consacrés aux réglements des joueurs étrangers en Europe et au Fair Play Financier.

PSG et le Fair Play Financier

Les sanctions officielles du PSG officielles sont disponibles dans le lien ci-contre.

Officiellement, les sanctions du PSG sont :

  • une restriction d’une liste de 21 joueurs au lieu de 25 avec 5 joueurs formés localement (c’est à dire en France) dont au moins un devra être issu du centre de formation du PSG. Une sanction qui apparait ridicule et injuste pour les autres clubs et pour le principe même de la formation au club.
  • Une amende de 60M d’euros dont 40M seront récupérables si le PSG revient à 30M de déficit pour la saison 2015 et break even (en gros niveau 0) en 2016.
  • Le PSG est d’accord pour limiter ses dépenses de transfert pour les saisons 2014/2015 et 2015/2016 tout en s’engageant à limiter le nombre de nouveaux joueurs sur la liste A*, le tout basé sur la balance nette de transferts par saison. Intervient alors le cas de David Luiz, acheté avant la clôture des comptes le 30/06/2014. Le transfert de David Luiz est inclu dans la saison 2013/2014 et non 2014/2015. Avant la clôture des comptes au 30 juin, le PSG a acheté Cavani, Marquinhos, Digne, Luiz pour la modique somme de 150M d’euros.

A aucun moment, il n’est mentionné une limite de 60M d’Euros pour le marché des transferts cet été. Il s’agit d’une information érronnée, trop souvent relayée dans les médias.

QTA, Eithad et Adidas

Dans les médias, les contrats de QTA avec le PSG, Eithad avec City et Adidas avec MU sont souvent mis en parallèle. Pour autant, la comparaison de ces contrats a-t-elle un sens ?

Le contrat de QTA avec le PSG n’est pas un sponsoring direct, le but étant de se servir du PSG afin de développer l’exposition de ce pays à travers le monde. Aujourd’hui, grâce au PSG, le Qatar n’a cessé de croître dans les médias, sur la toile ou tout autre support de communication. Quel serait le coût d’une telle opération pour ce pays sans passer via le PSG ? D’un point de vue strictement juridique, il est impossible de contrarier le contrat QTA et PSG, et ce que fait l’UEFA est très limite.

Le contrat d’Eithad avec City a une finalité autre. Appartenant à la famille proche du propriétaire de Manchester City, il s’agit d’un vrai sponsoring englobant le maillot, le stade (naming) et le centre de formation. C’est un projet global aux alentours de 400M d’euros sur 10 ans soit 40M par an qui n’a pas vocation à promouvoir un Etat. La comparaison avec le PSG est juste un non sens absolu.

Pour Adidas et MU, il s’agit d’un contrat de près d’un milliard d’euros sur 10 ans soit près de 100M d’euros par an. Si on doit établir une comparaison, c’est avec un autre contrat d’équipementier, celui s’en rapprochant le plus étant Arsenal à 30M d’euros.

Par rapport au marché, le contrat de MU est Hors Marché. Doit-on le réévaluer ? Il semble évident que non, tout comme le contrat de QTA avec le PSG.

Le FFP à l’anglaise

En France, beaucoup d’amateurs de football ignorent que la Premier League est soumise à son propre FFP. Je vous encourage le lien suivant pour en savoir plus. Concernant les salaires en Angleterre, il faut savoir que pour la saison 2013/14 par exemple, un club ne peut augmenter de plus de 5M d’euros par an sa masse salariale, à moins d’avoir négocié de substantielles revalorisations de contrat sponsoring. Cette limite de 5M ne s’applique pas pour les clubs dont la masse salariale ne dépasse pas les 62M d’euros par an. Par ailleurs, le déficit autorisé en Angleterre n’est que de 130M d’euros sur 3 ans. Ce sont des éléments importants à prendre en compte dans les analyses du marché des transferts en Premier League, ou lorsque qu’un club anglais est en concurrence pour le transfert d’un joueur avec un autre club non anglais.

Bonus : La magie du taux de change

Imaginons un transfert entre un club anglais et étranger évalué à 40M d’Euros. Etant donné le taux de change entre l’Euro et le GBP, le club anglais devait débourser 34,36 M de GBP en 2013 (taux à 0.859). En 2014, le club anglais dépensera 31,66 M de GBP pour exactement le même montant en Euros (taux à 0,7915), soit une économie de près de 3 M de GBP. Une raison qui pourrait expliquer la venue de nombreux rugbymen en France à partir de 2007. Enfin, quand on sait qu’entre l’amérique du Sud et la Russie, les transferts se font beaucoup en US Dollar, la parité de change peut être plus importante qu’elle n’y paraît.

Lens, Luzenac et le rôle de la DNCG 

Actuellement, Luzenac et Lens agitent le football français. En effet, promus respectivement en L2 et L1, les deux clubs ne sont pour le moment pas autorisés par la DNCG à prendre part à la compétition.

Il s’agit de bien comprendre le rôle de la DNCG. Le site la LFP l’explique très bien.

Dans son rôle de contrôle des clubs professionnels, la DNCG a pour principal objectif d’assurer la pérennité et l’équité des compétitions, en vérifiant notamment que les investissements sportifs de chaque club n’excède pas ses capacités financières. Cette appréciation se fait à partir des données financières, historiques et prévisionnelles, communiquées par les clubs. La Commission rappelle ainsi l’importance de l’existence, au niveau des clubs, de systèmes comptables et de contrôle interne efficients, d’un contrôle de gestion adapté au secteur d’activité et d’un processus structuré de prévision. Ce dispositif est placé sous le contrôle des Commissaires aux Comptes des clubs. In fine, ce sont les dirigeants des clubs qui ont la responsabilité des informations communiquées à la Commission.

La DNCG n’a pas pour mission d’auditer les comptes des clubs au sens où peut le faire un commissaire aux comptes : elle n’en a d’ailleurs pas les moyens juridiques et matériels. Sa mission principale est de contrôler la situation juridique et financière des clubs. Elle s’intéresse à ce titre à la sincérité des informations qui lui sont fournies (et donc à la fiabilité des comptes), mais n’a pas pour mission de les certifier ou de les attester. L’objet de ses contrôles sur pièces et de ses auditions n’est donc pas d’identifier d’éventuelles erreurs et/ou fraudes comptables, mission d’une toute autre nature que la DNCG ne serait pas à même d’assumer en l’état actuel des procédures. Elle peut toutefois ponctuellement constater des irrégularités dans l’exercice de ses missions et transmettre alors ces informations aux organes compétents, lorsqu’elle ne l’est pas elle-même.

La DNCG est un organisme spécifique au sport, et qui n’existe que si une Fédération Sportive délègue à une Ligue la gestion du secteur professionnel. Il n’a pas d’équivalents dans d’autres secteurs d’activité, à la fois par son mode de désignation, ses objectifs et son fonctionnement. A l’exemple de l’UEFA qui a institué au niveau européen un système de supervision dont les objectifs s’inspirent de ceux de la DNCG (le Fair Play Financier), la situation financière des clubs en Europe pourrait justifier la création d’organismes similaires dans d’autres pays que la France dans un avenir rapproché.

Lens et Luzenac sont donc logiquement recalés en première instance.

* liste des joueur majeurs à inscrire en Ligue des Champions. La liste A ne peut pas contenir plus de 25 joueurs. Sur ces 25 places, 8 sont réservées à des joueurs locaux, c’est-à-dire formés au club ou au sein de la fédération. Seules 4 de ces 8 places locales peuvent être occupées par des joueurs non formés au club.

The Wolfman & The Swindler