Groupe E : La France et la Suisse dans le timing

Ce groupe est le « fameux jackpot » pour l’équipe de France, à l’image de 2010. C’est du moins comme cela que ce groupe a été qualifié par la majeure partie des fans et spécialistes de football et à raison d’ailleurs. En effet, cette poule regroupe la plus faible des équipes sud-américaines qualifiées, la plus faible des équipes CONCACAF et la plus faible sélection tête de série. La France a eu de la chance au tirage, encore faut-il savoir ce qu’on en fait. Les hommes de Didier Deschamps l’ont très bien utilisée. Très rapidement, l’équipe s’est mise dans de superbes dispositions avec en point d’orgue cette belle victoire face aux Suisses, complètement absents pendant plus d’une heure, et certainement perturbés par l’agression involontaire de Giroud sur Von Bergen. Est ce pour autant, une bonne raison de faire de la France un candidat au dernier carré ? La réponse est non. Lors du premier match contre l’Honduras, les bleus ont été très crispés et tendus. Evra a pris un jaune assez rapidement, Pogba est à deux doigts de prendre un carton rouge stupide. En revanche, les mouvements dans le jeu sont bons, face à un adversaire tout aussi limite d’un point de vue de l’engagement. J’attendais beaucoup plus de l’Honduras qu’un jeu basé sur le combat et l’intimidation. A aucun moment la sélection Los Catrachos n’a proposé de jeu, que ce soit à 10 contre 11 face à la France (qui a bien géré cet avantage), face à l’Equateur (malgré l’ouverture du score) ou contre la Suisse.

Giroud blesse Von Bergen - Source [1]
Giroud blesse Von Bergen – Source [1]

Face aux helvètes, les français ont immédiatement percé le coffre fort Suisse, et fait le break, bien aidés par deux énormes erreurs individuelles. Puis le match a basculé dans l’irréel avec une victoire 5-2. Comment la Nati allait digérer cette déconvenue ? Malgré ce trou d’air contre la France, la victoire face à l’Equateur a presque scellé leur avenir en 8ème. Cependant le seul match abouti est la victoire 3-0 face à l’Honduras, équipe qui se dispute le trophée de la sélection la plus faible avec le Cameroun. Xhaqa et Shaqiri peinent encore à donner leur pleine mesure, Rodriguez est toujours aussi intéressant. Mais les lacunes résident au milieu, avec les performances insuffisantes d’Inler et Behrami. Cette sélection est un vrai mystère et ressemble toutes proportions gardées, à l’Algérie : Une défense moyenne pour ne pas dire faible, un très bon milieu théorique et une attaque déroutante pour les observateurs.

Pour leur dernier match, les francais jouaient contre des équatoriens, condamnées à l’exploit, et emmenés par Enner Valencia, l’une des révélations offensives de ce mondial. Cette rencontre a accouché d’un match nul et vierge, au cours duquel Sakho auteur d’un coup de coude, a frôlé l’expulsion. Le défenseur des Reds, déjà touché à une cuisse contre la Suisse, sortira sur blessure. Quid de la gestion des défenseurs centraux de la part de Didier Deschamps ? Auteur d’une très bonne phase de qualification AMSUD, l’Equateur faisait office de gros outsider. Finalement, le parcours est assez décevant et le match contre la Suisse pourrait résumer leur parcours avec notamment ce but concédé dans les arrêts de jeu, après avoir gâché un contre 30 secondes auparavant. Le jeu est basé sur un gros impact physique, les joueurs sont vifs en contre mais terriblement brouillons. A noter l’inexplicable gestion de Caicedo sur le banc contre la France. En conclusion, la France leader et la Suisse se qualifient logiquement.

GROUPE F : L’Argentine a son Messi, le Nigéria devant la Bosnie

Dans ce groupe, l’Argentine est l’épouvantail de ce groupe, Messi passe un examen pour valider sa nationalité argentine, la Bosnie Herzégovine est la surprise annoncée, le Nigeria est l’éternel africain et l’Iran, le miraculé asiatique, a pour ambition d’éviter de prendre une valise à chaque rencontre. Ce groupe avait tout pour être excitant. Ce fut le cas, mais pas comme nous l’imaginions.

A l’instar de tous les favoris de ce mondial, surtout ceux du continent AMSUD, les argentins ont été très nerveux, avec pour objectif de se qualifier en étant premier du groupe. La sélection des 23 reste assez surprenante. Au premier abord, elle apparait comme redoutable. Mais à y regarder de plus près, l’Albiceleste semble assez limitée au milieu de terrain, le point faible étant l’absence de joueurs capables de faire le lien entre la défense et l’attaque. Gago et Mascherano quand il ne joue pas derrière, ne sont pas ce genre de profil. Palacio est un bon joueur, mais ne fait pas partie de la catégorie des grands joueurs. Lavezzi est un très bon combattant, dans le harcèlement de l’adversaire, mais brouillon dans la percussion et avec une faiblesse dans le dernier geste. Offensivement, la sélection argentine possède de très bons joueurs (Aguero et Higuain). Mais ces joueurs sont-ils compatibles avec le jeu développé ? La blessure d’Aguero est une bénédiction car elle va obliger Sabella à revoir sa copie. Enfin il y a Messi. Cette équipe me fait penser à l’Argentine de 1986 : Talentueuse, robuste mais pas forcément magique, bonifiée et tirée vers l’avant par son génie, son cœur, son cerveau, Maradona. Dans ce premier tour, c’est Messi qui a fait la différence et délivrer le peuple : Avec un but face à la Bosnie, un but très important contre l’Iran, et un doublé contre le Nigéria. Alors il aura effectivement besoin de ses lieutenants, notamment de Gago Garay, ou Zabaleta. Mais si l’Argentine doit gagner, elle devra s’appuyer sur un Messi hors norme.

La faillite du ou des meilleurs, c’est la crainte de toute nation. C’est ce qui est malheureusement arrivé à la Bosnie. Je l’imaginais sortir du groupe, car elle me semblait supérieure au Nigéria, notamment au milieu et en attaque. Tétanisée par l’enjeu et sa première participation à un Mondial, incapable de se lâcher lors du premier match contre l’Argentine, la Bosnie termine à la 3ème place du groupe. Contre le Nigéria, c’est le secteur offensif qui a été insuffisant : Džeko a manqué beaucoup de possibilités, Safet Sušić a peut-être fait preuve de trop de prudence en ne lâchant pas plus tôt Ibišević. Pjanić s’est employé mais trop isolé, Misimović étant transparent depuis sa formidable saison à Wolfsbourg. A noter la prestation du jeune Bešić, qui, à mon avis, ne restera pas longtemps en Hongrie

Heureusement, le dernier match les voit s’offrir une première victoire contre l’une des sensations de ce mondial, l’Iran. Miraculés de la zone Asie, les perses n’avaient pas trop d’espoirs avec la plupart de ses joueurs évoluant aux pays ou au moyen orient. Pourtant, le 0-0 face au Nigéria est une premiere grosse surprise de ce mondial, et à deux doigts de faire l’exploit contre l’Argentine. Certes, cette équipe ne propose rien dans le jeu et aucun mouvement dans le secteur offensif mais elle a fait preuve d’une extraordinaire solidarité, d’une application hors norme lui offrant beaucoup de sympathie. L’Iran finit finalement dernière du groupe alors qu’elle pouvait se qualifier lors du dernier match. Mais le classement est logique, et la défaite face à la Bosnie rend bien service au Nigéria, second et qualifié pour les 8ème.

Les Super Eagles sont l’éternel espoir du football africain lors d’un mondial. Cette nation ultra performante dans les nations de jeunes et aux Jeux Olympiques peine à confirmer dans l’épreuve reine. Elle s’en sort un peu par miracle face à la Bosnie en profitant des défaillances des adversaires du soir. Contrairement aux sélections de 1994, 1998 voire 2002, elle a beaucoup moins de talent, très peu de créativité mais possède une vitesse devant qui s’avére redoutable. Cette équipe possède un bon gardien, Enyeama, bien connu en L1 et un redoutable finisseur en la personne de Musa. Mais le milieu est le talon d’achille, Onazi étant le seul joueur intéressant. Si son adversaire presse beaucoup, en gênant les longues relances de derrière, cette sélection devient inoffensive. L’équipe de France est prévenue.

GROUPE G : L’Allemagne naturellement, les USA surprenants

Annoncé groupe de la mort, il aura été surtout celui de la déception et d’une confirmation. Grande favorite, la Nationalmannschaft remporte ce groupe assez tranquillement. Comme prévu, elle n’a souffert que face au Ghana, un match qu’elle aurait pu/du perdre. Beaucoup de questions demeurent autour du bloc défensif, défini comme incohérent avec quatre défenseurs centraux et « lents ». Ses points forts : la circulation de balle, le mouvement et des finisseurs de classe mondiale comme Müller. Quand on peut se permettre de jouer en même temps avec Götze, Kroos Schweinsteiger, les choses sont plus simples. Si on ajoute l’inconstant Özil et le diminué Khedira, on est en présence d’une des formations les plus complètes du tournoi. Peu importe le bloc défensif, si ce milieu-attaque tourne à plein régime, la sensibilité allemande sera très bien épargnée.

Epargner, ce n’est pas le cas du Portugal. Qualifié en passant par un trou de souris, la Selecção das Quinas est extrêmement surcotée (Brunos Alves, Veloso, Mereiles, Nani) et l’écart entre sa valeur réelle et marchande est abyssal. Dans cette équipe, on ne voit qu’seul joueur : Cristiano Ronaldo. Dans une défense au QI football négatif, seul Coentrão surnage, mais le madrilène, blessé face aux allemands est rentré au pays. Le « Pirlo local » en la personne de Moutinho est toujours recherché du côté de Monaco. Pourquoi William Carvalho, auteur d’une très bonne saison au Sporting a si peu joué ? A l’image d’un pays où la législation ne facilite pas l’éclosion et l’épanouissement des jeunes, la section portugaise ne ressemble à rien, que ce soit tactiquement, ou techniquement. L’élimination du Portugal est perçue dans la plupart des médias comme une surprise, une analyse dans laquelle je ne me retrouve pas. Le Portugal me semble être le miraculé, qui survit car il parvient toujours à faire le minimum pour qu’on ne réfléchisse pas à une refonte totale du système, la « gardienne d’immeuble » veillant au grain. Nous souhaitons énormément de bien à cette belle nation de football mais son avenir paraît sombre.

Tout semble beaucoup plus clair pour les USA. Véritable Roi de la zone CONCACAF, avec un championnat MLS de plus en plus structuré, attractif et relevé, la sélection américaine s’est invitée logiquement au prochain tour. Sur le terrain, elle a faire preuve d’une redoutable efficacité et d’une condition physique incroyable. Certes, ce n’est pas la plus talentueuse du groupe malgré des talents purs comme Clint Dempsey (joueur très sous-coté) ou encore Jones de Schalke 04. Bradley fait partie des stars de la sélection mais bizarrement, fut le seul joueur à décevoir, avec un déchet technique déconcertant contre le Portugal. La blessure d’Altidore est une très grosse perte car il n’y a que très peu de soutien à Dempsey. La principale force de cette équipe réside sur les côtés, avec des latéraux performants notamment Beasley, la defense centrale restant assez limitée.

Faible, est-ce le mot pour définir le Ghana ? J’emploierais plutôt le terme « stupide ». Contre les Allemands, Jordan Ayew a montré tout ce qu’il était : Très bon et très bête, avec ce contre gâché en fin de match pouvant offrir les trois points aux Ghanéens. Que dire de leurs conflits qui ont ruiné la fin du mondial et une qualification en 1/8 possible derrière l’Allemagne ? André Ayew s’est une nouvelle fois illustré et aura été le meilleur joueur avec la pépite Atsu et je suis déçu de ne pas avoir vu davantage Badu et Waris. Le match contre les USA (Le début et la fin de match manqué) et la rencontre face au Portugal (deux buts offerts aux Portugais) laissent un sentiment d’énorme gâchis. Le Ghana est à l’image des sélections d’Afrique noire lors de ce mondial : Décevantes, pollutées par des querelles internes et des primes complètement hors propos. Le Ghana termine bon dernier, une honte ultime et une fin sans gloire pour beaucoup d’entre eux dont Boateng et Muntari, qui ne devraient plus jamais revenir en sélection

GROUPE H : Les diables rouges et les fennecs poursuivent l’aventure

Réputé l’un des groupes les plus faibles, il n’a pas été celui où le fan de football, a pris le plus de plaisir. Il fut celui du courage, de l’abnégation et du refus du non jeu. Favorite et leader annoncée, la Belgique a rempli son contrat mathématique sans convaincre. Victorieux logiquement des Algériens ayant tout simplement  refuser le jeu, Marc Wilmots peine encore à trouver la bonne formule offensive. Derrière, les diables rouges peuvent faire confiance à une défense expérimentée, solide ainsi qu’à un grand gardien international. Cependant, l’animation offensive dépend essentiellement des éclats d’Hazard ou Mertens. Le milieu de terrain est assez décevant dans sa capacité à réguler le style belge, à déséquilibrer l’adversaire. Aussi, Wilmots est en train de gâcher complètement Lukaku qui peine à s’aider lui-même. Ce système ne lui convient pas, et il souffre de la différence de style avec le jeune Origi. Wilmots pourrait associer Mirallas et Lukaku et positionner Hazard en électron libre. Cela aurait le désavantage de mettre Mertens sur le banc mais il est une arme redoutable en joker comme contre l’Algérie.

L’Algérie a bien compris la leçon contre la Belgique : Refuser le jeu à ce point était assez consternant. Bien meilleurs face aux Coréens, ils ont encore inexplicablement chuté en deuxième mi-temps, se faisant peur pour pas grand chose. Il apparait très clair que cette équipe à un vrai problème de gestion de l’émotion, de self control. Est ce que le staff est assez fort pour améliorer cet aspect ? Contre la Russie, l’Algérie a complètement paniqué. La seconde mi-temps fut meilleure, mais dès qu’il a fallu défendre le 1-1, elle n’a plus su quoi faire et est retombée dans les même travers.

L'Algérie rentre dans l'histoire - Source [5]
L’Algérie rentre dans l’histoire – Source [6]

Oublions l’émotion, les algériens n’ont offert qu’une heure de bon jeu sur 3 matchs. C’est peu. Cette équipe peut mieux faire si elle arrive à s’alléger d’un poids, d’une pression inexplicable. Ceci dit, ce n’est pas plus explicable que la médiocrité de la Russie. Tactiquement impossible à analyser, le jeu russe n’a aucun sens sur deux premières mi-temps face à l’Algérie et la Belgique. Quid de l’absence de Dzagoev ou la sous utilisation de Kerzakhov ? Par hasard, la Russie finit première en qualification pour la qualification dans un où le deuxième fut…le Portugal. Je vous réfère au très article de Rusko pour comprendre la faillite de la Russie.

Un échec qui n’est pas loin de toucher la Corée du Sud. Clairement sur la pente descendante depuis le fameux mondial de 2002 à l’instar de son championnat, la Corée du Sud a beaucoup déçu lors de ce mondial. Le point d’orgue étant le craquage complet lors de la première mi-temps face aux fennecs. Malgré la présence de plusieurs joueurs évoluant en Europe, en particulier la star du Bayer Leverkusen Son, la Corée du sud n’a pas été à la hauteur. Peu de jeu collectif, peu de vivacité, les coréens ne pouvaient rien espérer dans ce groupe.

Cap sur les 8ème de finale

France / Nigéria : La France figure comme logique favorite surtout par rapport au milieu et l’attaque française. Ceci dit, la défense tricolore n’a jamais été confrontée à un adversaire de taille. C’est la seule crainte pour ce match. Si les Bleus pressent de manière constante les relances du Nigéria, les français devraient se qualifier sans problème.

Allemagne / Algérie : Sans doute le 8ème le plus déséquilibré sur le papier. Ceci dit, Vahid Halilhodžić a l’effectif pour perturber ces allemands. Seule interrogation : La gestion du match et de l’événement. Je ne serais pas surpris de voir une défense à 3 pour bloquer les côtés allemands ainsi que les relais axiaux. L’Algérie dispose avec Yebda, Brahimi et Feghouli d’un milieu pour jouer vite et mettre une grosse pression aux hommes de Joachim Löw. Devant, Slimani doit être accompagné d’un joueur rapide. Si l’Algérie se contente de défendre, elle n’aura aucune chance. C’est la clé du match.

Argentine / Suisse : Il est très difficile de ne pas voir les argentins passer. Le milieu suisse peut créer l’énorme sensation mais le niveau du bloc défensif axial Helvète est assez moyen. Xhaqa, Shaqiri, Inler, Behrami peuvent largement perturber et éteindre le milieu argentin.

Belgique / USA : Ce match est intéressant, mais la défense centrale américaine est très faible. Bradley est une vraie déception à un poste clé et Altidore est toujours out. Je ne vois pas les américains éliminer les diables rouges.

Références

[1] – Site dhne 

[2] – Site leparisien

[3] – Site UEFA

[4] – Site Lemonde

[5] – Site Ledauphine

[6] – Site le JDD 

The Swindler & The Woflman