Nous assistons, au delà du nombre de buts, à une des plus belles Coupe du monde depuis longtemps. Du jeu, de l’attaque, du suspense… Du footbtall, en somme. Le premier tour fini, revenons sur les moments forts des groupes A, B, C et D

GROUPE A : L’individualité Neymar, le collectif Mexicain

Soumis à une pression titanesque, la Seleção est entrée dans la compétition sur la pointe des pieds. L’attente est grande autour du Brésil et tout semble décortiqué : Le jeu, les individualités. Rien n’échappe aux observateurs. L’impression laissée par les locaux est étrange, comme si l’objectif principal était de sortir de poule en misant tout sur un bloc défensif et son atout majeur, Neymar. Collectivement, le jeu est très pauvre et Scolari peine encore à trouver le bon équilibre afin de satisfaire le cahier des charges : gagner et gagner en jouant bien. Défensivement Thiago Silva est méconnaissable et dans la lignée de sa saison moyenne au PSG.

Au milieu, le duo Paulinho-Gustavo ne sert strictement à rien, dans lequel le milieu des Spurs endosse le costume de fantôme. A contrario, le prodige auriverde Neymar tient son équipe à bout de bras pour le moment. Mais il est trop tôt pour juger cette équipe. Le 8ème de finale de « Copa America » face au Chili devrait nous en dire plus sur cette équipe et ses possibilités dans cette compétition.

Le Mexique est la vraie sensation de ce groupe. Le Miraculé de la zone CONCACAF se qualifie en 8ème avec le même nombre de points que le Brésil en ayant offert un esprit collectif irréprochable. Globalement, les aztèques proposent une des plus belles impressions collectives de ce premier tour, avec des prestation de grande classe, à commencer par son gardien Guillermo Ochoa. Rafael Márquez est le cerveau de cette défense, et son sens du placement est un modèle d’intelligence à ce poste. Enfin, Herrera, le joueur de Porto, est également très en vue.

Arrêt de classe de Memo Ochoa contre le Brésil - Source [2]
Arrêt de classe de Memo Ochoa contre le Brésil

Dans ce groupe A, le parcours des hommes de Niko Kovač est une véritable déception. Modric et Rakitic n’ont jamais su se mette au niveau de la compétition. Trop craintifs lors du match d’ouverture, les Croates n’ont pas joué assez libérés, avec des transmissions de balle trop lentes, et peu aidés il faut le dire, par l’arbitrage.

Face aux Mexicains, la Croatie a semblé dépassée et s’incline logiquement 3-1, Mandžukić, étant trop seul à la pointe de l’attaque. Toutefois, j’ai bien aimé le latéral Vrsaljko.

Il y avait une autre équipe dans ce groupe, le Cameroun. Permettez-moi de ne rien dire sur cette pseudo sélection tellement elle a été indigne avant et pendant ce mondial.

GROUPE B : L’Espagne out, Les Pays-Bas et le Chili qualifiés

Considéré comme le groupe de la mort, les spécialistes dont Chérif Ghemmour envoyaient les Pays-Bas retourner vers l’autre pays du fromage aux bout de deux semaines et imaginaient  l’Australie avec le record du nombre de buts encaissés. Je n’ai personnellement jamais cru en ce scénario et toujours considéré que le Chili et la Les Pays Bas sortiraient de ce groupe. Par contre, j’ai été très agréablement surpris par l’Australie. Les Socceroos nous ont offert 2 matchs exemplaires, notamment les deux premiers qui auraient mérité meilleur sort. Mais le mérite dans le football malheureusement n’a pas trop sa place, et il est agréable de se rappeler au bon souvenir de Tim Cahill, sans doute l’un des meilleurs joueurs de tête de la compétition.

L’Espagne n’a finalement pas déçu les connaisseurs. Le journaliste Fred Hermel avait annoncé sur les ondes de la radio RMC (émission Afterfoot) le possible couac de la Roja en raison d’une condition physique et mentale insuffisante, après une saison ultra-épuisante. Malgré ce, les espagnol ont été très bons en premier mi-temps contre les Pays Bas, et contre le Chili.

Il m’est très difficile de parler du Chili, sans plagier l’excellent Fernand Redond qui est LE spécialiste chilien sur twitter. L’équipe est tactiquement au point, collectivement presque parfaite et joue avec une grande insouciance. Cette équipe a beau mener au score (2-0 à deux reprises), elle joue constamment son jeu sans reculer, dans un schéma en 3-5-2, avec des individualités : Bravo, excellent depuis le début, Medel est très bon, Vidal à 50% assure, Aránguiz est intéressant et Alexys Sánchez toujours aussi précieux. Assurément l’un des jeux les plus redoutables de la coupe du monde avec les Pays Bas.

Les bataves ont marqué un grand coup dans la compétition en faisant exploser la pauvre équipe espagnole, grâce à Robben et Van Persie, auteur du plus beau but de la coupe du monde à mes yeux pour le moment. Louis Van Gaal étonne son monde avec son 5-3-2 sortie de nulle part. Les médias ont beaucoup évoqué ce match et le score de 5-1, qui à mon sens doit être prendre avec mesure. Le deuxième match face aux australiens a été beaucoup plus poussif et il est difficile de connaitre la valeur de cette équipe. Ce groupe ne m’apparait pas assez fort collectivement et suffisamment expérimenté pour garantir un passage en 1/4 de finale contre les Mexicains.

GROUPE C : Colombie en démo, la Grèce coiffe le Japon et la Côte d’Ivoire

Tres équilibré, ce groupe nous a offert une balade colombienne emmenée par la merveille James Rodriguez. L’équipe composée essentiellement de joueurs de Serie A ne gère pas ses efforts et a très bien digéré les blessures de Falcao et de Bacca. Cette sélection, qui s’est permis le luxe ultime d’offrir une belle sortie à Farid Madragon face au Japon, n’est jamais apparue en manque de maitrise, mises à part les 20 dernières minutes face à la Côte-d’Ivoire.

Farid Mondragon fait ses adieux à 43 ans
Farid Mondragon fait ses adieux à 43 ans – Source [5]

Une Cote d’Ivoire encore une fois décevante. A l’image de beaucoup de sélections de ce continent, la notion de collectif est souvent aux abonnés absents, la sacralisation du cador national jouant à l’étranger étant toujours mise en avant. Mais son grand joueur est vieillissant et défaillant. Drogba n’est plus celui de Chelsea, Yaya Toure joue sur une jambe et est endeuillé par la mort de son frère. Le reste de l’équipe est composé de bons joueurs voire très bons techniques mais ayant une intelligence football limitée à l’image de Gervinho et du contre contre la Grèce en fin de match. Le secteur défensif est très pauvre et le niveau de créativité au milieu de terrain est assez faible. Au final, on peut se dire que la qualification ne passe pas si loin. Mais cette vision est brute et assez comptable. Dans le dernier match, la Grèce a parfaitement géré sa barque et aurait pu du/pu plier cette rencontre à 1-0.

Le Grèce est la sensation du groupe, que tous donnaient déjà pour morte après leur défaite 3-0 face à la Colombie. La rencontre contre le Japon est le véritable tournant de la compétition pour les hommes de Fernando Santos en réalisant 0-0 à 10 contre 11. Avec une force collective incroyable, un calme étonnant, la Grèce n’est pas très loin de gagner le match. Apres cette confrontation contre le Japon, j’imaginais la Grèce surprendre la Côte d’Ivoire. Cette sélection ne donne pas d’espace, fait peu d’erreurs défensives, et a cette faculté de réagir immédiatement quand elle commet des fautes. Par ailleurs, elle ne ressemble à pas grand chose de connu, les adversaires ne se méfient pas spécialement et elle en devient dangereuse. Samaras est un superbe joueur, Karagoúnis un vrai chien immortel et j’ai eu un coup de coeur pour Sokrátis et Samaris.

Un coup de coeur pour un crève coeur avec la Samurai Blue. J’en faisais mon favori dans ce groupe avec la Colombie et elle finit avec 1 point seulement. Sa deuxieme mi-temps lors du dernier match n’est juste qu’une anecdote. Large dominateur de la zone Asie, agréable lors de la coupe de confédération, le Japon était attendu comme le fier représentant du continent asiatique. La Nippon Dyo s’est sabordée face aux ivoiriens qui comme le PSG contre Barcelone en Ligue des Champions en 2012/2013 avec Messi s’est liquéfiée avec l’entrée de Didier Drogba alors qu’elle avait le match en main. Tres intéressante dans le jeu, elle n’est pas parvenue à matérialiser ses efforts dans la zone de vérité. Elle s’est presque reniée en misant tout sur Honda, défaillant. Le jeu du Japon est comparable à l’Espagne, mais limité à 50 km/h. Face à la Grèce, le jeu était trop prévisible et lent pour bouger un bloc comme celui ci. La gestion de Kagawa est étrange, sanctionné après le premier match en étant remplaçant face à la Grèce. Espérons que cet échec sera bien intégré au sein de la fédération nipponne et permettra à cette sélection de revenir et progresser encore un peu plus.

GROUPE D : La surprise Costa Ricienne, l’Angleterre et l’Italie à la trappe

Ce groupe était en compétition pour gagner le statut du groupe de la mort avec le groupe B et G. Finalement, il aura été celui de la déception, accouchant du fait marquant de ce mondial avec la morsure de Luis Suarez, suspendu à juste titre comme tout acte de violence gratuite et volontaire devrait l’être en cas de récidive.

Beaucoup d’observateurs voyaient une bataille serrée entre l’Angleterre, l’Italie et l’Uruguay, avec un Costa Rica, faisant office de figurant. Voir cette nation première du groupe est quelque chose d’assez irréelle. Le plus surprenant est qu’il n’y a rien à dire, sur l’ensemble des trois matchs. Cette équipe a-t-elle été sous-estimée ? Peut être, même si l’excellent Tor-Kristian Karlsen nous avait prévenus. Offensivement, cette équipe possède deux joueurs de grande qualité, avec Ruiz et Campbell, un très bon gardien, Navas, jouant à Levante et beaucoup de joueurs évoluant en Scandinavie et en MLS. J’ai beaucoup aimé Celso Borges et Michael Barrantes qui doivent inciter les recruteurs de L1 à aller davantage en Norvège, Suède et Danemark.

Costa Rica qualifiée - Source [9]
Costa Rica qualifiée – Source [9]

L’Uruguay et son sauveur Suarez a pris le deuxième billet. Cette sélection dégage une aura incroyable mais elle me parait assez limitée. Elle me fait penser à une sélection africaine, mais plus disciplinée, plus intelligente et avec deux énormes talents offensifs (Suarez et Cavani) et un taulier défensif, Godin. Le milieu est relativement moyen, même si González peut être un soutien de poids pour Cavani. Mais le niveau global reste rustre. Face au Costa Rica, sans Suarez, elle fut méconnaissable. Les deux autres matchs ont été plus que poussifs, l’Uruguay profitant plus de la médiocrité des adversaires. Alors, cette sélection a un cœur, comparable à ce que font les algériens. Elle dégage une émotion forte mais ces prestations en qualification furent moyennes, et pas sensationnelles en coupe de confédération.

Que dire de l’équipe d’Angleterre ? Cette sélection est jeune, en reconstruction mais c’était déjà le cas en 2012. Elle possède des jeunes de grands talents. Sturridge et Sterling sont des bons joueurs mais n’oublions pas qu’en sélection, il n’y a pas Coutinho et Suarez. Welbeck n’est pas un grand joueur et Wishere déçoit plus les années passent. Au delà de ce constat, la déception est surtout tactique. Le système de Hodgson est incompréhensible. Les deux milieux Gerrard et Henderson n’ont apporté aucun soutien au pauvre Wayne Rooney. Baines a été bridé par la présence de l’inutile Welbeck sur un côté (il n’est pas un joueur de côté). Il n’a jamais lancé Milner qui aurait pu et du faire un bien fou à cette sélection, Lallana a goûté au banc, et Lambert a rarement été utilisé. Alors certes, l’équipe utilise les joueurs de Liverpool mais dans un système qui n’a jamais été travaillé chez les Reds. Cette sélection est un vrai gachis, une suite d’erreur tactique à l’image du match contre l’Italie.

L’Italie dans ce mondial reste un vrai mystère. Sa victoire heureuse face aux anglais, incapables de bloquer Pirlo, n’a pas été bonifiée face au Costa Rica. Pire, la La Nazionale s’est sabordée toute seule face aux Uruguayens même si les diverses compositions d’équipe m’avaient plus que surpris : Sous utilisation d’Immobile, Cerci et Insigne, manque de protection de Pirlo et surprotection de Balotelli. Beaucoup expliquent l’échec de la Squadra Azzura par un problème de fraîcheur physique. J’ai du mal à comprendre cet argument. L’Italie a participé à la coupe des confédérations, a un championnat pas forcément si intense que cela et aux performances européennes médiocres. A mon sens, l’échec est beaucoup plus tactique et technique. Face à l’Uruguay Balotelli n’aurait pas du être titulaire, et Pirlo protégé par un milieu Motta, Marchisio, Verratti avec Immobile et Insigne. Face au Costa rica, la vitesse des attaquants était la principale menace, même si Balotelli gâche deux énormes opportunités. L’Italie a égaré sa créativité et s’est perdue toute seule dans ce mondial.

Cap sur les 8ème de finale

Finalement, les huitièmes nous offrent deux matchs de Copa America où la Colombie est large favorite face à l’Uruguay. La rencontre entre le Brésil et le Chili est plus qu’indécise. A forme identique, je vois le Chili supérieur au brésil. Mais aujourd’hui le Chili n’est pas à 100% et ceci peut s’avérer un élément limitant les ambitions de cette sélection. Une qualification après prolongation est assez envisageable pour le Brésil, ou bien une défaite en fin de match des chiliens.

Le match Costa Rica / Grèce offre le plus surprenant des huitièmes depuis des lustres en coupe du monde. Etrangement, je ne vois pas les pensionnaires de la zone CONCACAF passer ce tour car ils vont joué contre un adversaire au style inédit, sans espace.

Pays-Bas / Mexique devrait permettre aux Aztèques de passer ce tour. Le résultat face aux espagnols a été gonflé par les medias, aux comportements tout aussi puérils qu’honteux dans cette coupe du monde, surtout en France. Les Pays-Bas ne m’apparaissent pas assez forts collectivement. Robben est susceptible de s’agacer et vouloir être le héros, et Van Persie est tributaire des espaces, dans une défense Mexicaine qui en laisse peu. Les Mexicains ne seront pas aussi naïfs que les chiliens et me laissent imagine une qualification de La Verde

Références

[1] – Site leparisien 

[2] – Site leparisien

 [3] – Site Sofoot

[4] – Site Francetvinfo

[5] – Sie Lemonde

[6] –  Site FIFA

[7] – Site kawarji

[8] – Site Sofoot

[9] – Site Lesechos

The Swindler & The Wolfman