« Affiche anodine du Championnat de France de football dans les années 70 et 80, OM – PSG, au carrefour du sport, de l’économie et de la politique, est aujourd’hui une marque déposée, une référence internationalement.» 1 Souvent appelé Clásico, en référence à l’affiche du Championnat Espagnol (El Clásico), tout est fait pour attirer les gens devant la télévision et créer du show : déclarations des joueurs, entraîneurs, animations particulières dans les émissions de football, reportages et caméras embarquées sur les motos qui suivent les bus des deux équipes. Malgré ce, cette rencontre entre le leader du championnat et son invité du soir a accouché d’un drôle de match.

Le passage du coq à l’âne ?

Si Florian Thauvin avait chanté fièrement les valeurs marseillaises et bavé sur l’argent du Qatar à l’approche du match, l’homme à la crête doit se sentir pousser deux grandes oreilles tant la prestation du jeune attaquant fût insipide au Parc des Princes. Mais ce n’est pas à l’attaquant Marseille que je voulais faire référence à travers cette question mais davantage à l’approche de José Anigo dans cette rencontre.

En déplacement à Saint-Etienne, l’entraîneur avait opté pour un 5-4-1 avec une ligne défensive assez basse. Un jeu peu ambitieux, qui lui avait valu pas mal de critiques. Contre le Paris-Saint-Germain, l’entraîneur marseillais a préféré un tout autre schéma en 4-2-3-1, avec Valbuena, Ayew, Payet, Thauvin et, Gignac et Morel, un latéral au jeu assez offensif sur la pelouse. Comment l’OM allait-il rivaliser avec cette tactique résolument offensive et tenir le rythme ?

Une première mi-temps éclairée par Lucas

Le rythme, les marseillais vont le tenir dix minutes. Les joueurs s’appliquent à être dans le duel, à l’image de Romao, le seul véritable joueur défensif du milieu de terrain. Mais les joueurs  jouent à contre-emploi. Payet et Thauvin défendent mal, le pressing parfois initié par le milieu marseillais est confus et Marseille se met en danger. Superbement servi par Lucas,  Lavezzi efface Mandanda d’un dribble mais rate d’un rien l’ouverture du score. Quelques minutes plus tard, ce même Lucas manque l’occasion de marquer un but incroyable. Sur une action de grande classe et un raid de 50 mètres, le brésilien efface tous les joueurs marseillais, pique son ballon devant Mandanda mais le retour de Fanni sauve les siens. Lucas aurait il inventé le cadrage-débordement et la prise d’intervalle dans le football ?

En souffrance et sans ballon, l’OM ne parvient pas à être dangereux à l’image de Valbuena, invisible. L’international se met toutefois en évidence par une frappe de loin, détournée par Sirigu. Ibrahimovic fera passer un dernier frisson à la défense marseillaise. La tête du suédois trop croisée met fin à cette première mi-temps.

Maxwell et Cavani pour un  2-0 qui satisfait tout le monde

De retour des vestiaires, les marseillais vont se faire cueillir à froid. Ibrahimovic, discret et peu inspiré jusque-là, délivre une superbe passe pour Maxwell. Le brésilien, auteur du but égalisateur à l’aller, ajuste Mandanda du pied gauche et ouvre le score.

Dès lors, s’installe un faux rythme, Marseille jouant un peu plus haut et le PSG se contentant de faire tourner le ballon, sans pour autant installer de réelle pression et chercher le break. Les joueurs du club de la capitale sont placés, comblent les espaces et se contentent d’attendre. Collectivement, le PSG ne fait pas un grand match et se contente de gérer et épuiser l’adversaire. Sur une combinaison entre Verratti et Van Der Wiel,  le centre sans contrôle du néerlandais trouve Cavani. L’uruguayen, entré 9 minutes plutôt à la place de Lavezzi, reprend de la tête et trompe Mandanda. 2/0. Le PSG se dirige vers une victoire somme toute tranquille. Les hommes de Laurent Blanc s’imposent logiquement et profitent de la défaite de Monaco à Saint-Etienne sur le même score pour mettre le club de la principauté à 8 longueurs.

Dans certaines circonstances, même les élégants se décoiffent2

Les équipes qui ont inquiété le Paris-Saint-Germain se sont toujours basées sur un schéma tactique précis et maîtrisé, équilibré, affichant une grande générosité et un brin de folie. Tout ce que l’OM n’a pas proposé hier. L’OM s’était déplacé à Monaco dans un 4-4-2 en losange, avec un milieu renforcé par Lemina, Romao et Cheyrou. Quelles étaient les motivations du coach marseillais d’installer une tactique aussi offensive et inappropriée contre un tel adversaire ? Pensait-il réellement mettre le Paris-Saint-Germain en danger en jouant de la sorte ? J’en doute.

Au risque de perdre le match, autant que la défaite serve à quelqu’un et à … José Anigo. Avec son choix tactique, l’entraîneur de Marseille a pris le parti de s’affranchir des critiques récentes (cf. ASSE – OM) sur son approche défensive et affiché le refus de se coucher devant le PSG. José Anigo aura surtout fait semblant de tenter quelque chose. André Ayew est convaincu que son équipe a tenté un coup comme il l’affirme : « il vaut mieux perdre en essayant de jouer que de fermer le jeu et souffrir tout le match ». Reste à savoir si les supporters marseillais ont mordu à l’hameçon ?

1 – Livre OM-PSG PSG-OM, les meilleurs ennemis – Enquête sur une rivalité – Jean-François Pérès, Daniel Riolo, David Aiello – Mango Sport 2007

2 – Le livre noir des Bleus: Chronique d’un désastre annoncé – Vincent Duluc – Robert Laffont 2010

The Wolfman