Du 28 janvier au 8 février dernier se déroulait en Belgique, à Anvers, la phase finale du Championnat d’Europe de Futsal. Une édition de haute volée pour un sport trop peu médiatisé. Pendant 2 semaines, les spectateurs ont eu droit à toute une panoplie de gestes techniques, de combinaisons élaborées et de combats tactiques pour le plus grands plaisirs des yeux.

Pour les néophytes, sachez que le futsal se joue à 5 contre 5 sur 2 mi-temps de 20 minutes à temps de jeu effectif. Les remplacements sont illimités et la passe en retrait au gardien est autorisée (sans qu’il ne puisse prendre la balle des mains) à une seule reprise par action de jeu de l’équipe en possession du ballon.

Euro de Futsal
Euro de Futsal (source uefa.com)

Écartons tout de suite la question : La France n’a pas réussi à passer le cap du premier tour de qualification de cet Euro, se faisant sortir par le Monténégro à la différence de buts. Cette phase finale regroupe 12 équipes, réparties dans 4 groupes de 3. Les deux premières équipes se qualifient pour les ¼ de finale.

GROUPE A

Dans ce groupe A, celui du pays hôte, c’est l’Ukraine qui a su tirer son épingle du jeu, s’appuyant sur une défense hyper solide et très organisée. Une victoire 1-0 sur la Roumanie puis un match nul 0-0 face à la Belgique assurent la première du groupe aux Ukrainiens. Malheureusement pour les locaux, les Belges sont passés à côté de leur premier match : une défaite 6-1 face à la Roumanie fatale pour la qualification.

Résultats

Belgique 1 – 6 Roumanie

Roumanie 0 – 1 Ukraine

Belgique 0 – 0 Ukraine

Classement

1 – Ukraine 4 pts

2 – Roumanie 3 pts

3 – Belgique 1 pts

GROUPE B

Dans ce groupe, nul ne doutait de la qualification de la Russie et des Pays-Bas, deux des grosses nations du futsal européen. Restait à savoir qui allait terminer premier du groupe. Pour se faire, il fallait dans un premier temps se débarrasser des Pays-Bas. La Russie ayant pris l’avantage à la différence de but, le nul arraché face au Portugal, dans un match accroché, marqué par le magnifique ciseau d’Eder Lima (Russie), lui offre la première place.

Résultats

Russie 7 – 1 Pays-Bas

Pays-Bas 0 – 5 Portugal

Portugal 4 – 4 Russie

Classement

1 – Russie 4 pts (+6)

2 – Portugal 4 pts (+5)

3 – Pays-Bas 0 pt

GROUPE C

Surprise lors du premier match face à la Slovénie, l’Italie s’est parfaitement reprise par la suite, étrillant l’Azerbaïdjan pour s’offrir la première place du groupe. Une défaite douloureuse pour des Azéris qui avaient pourtant battu la Slovénie quelques jours plus tôt. Ainsi, dans ce groupe, tout s’est joué à la différence de but.

Résultats

Italie 2 – 3 Slovénie

Slovénie 6 – 7 Azerbaïdjan

Azerbaïdjan 0 – 7 Italie

Classement

1 – Italie 3 pts (+6)

2 – Slovénie 3 pts (0)

3 – Azerbaïdjan 3 pts (-6)

GROUPE D

Accroché lors du premier match face à la Croatie, l’ogre espagnol a remis les choses en place face à la République Tchèque, s’assurant, par la même occasion, de la première place du groupe. Derrière, la Croatie, malgré son match nul face aux Tchèques, se hisse en ¼ de finale, sans avoir ni perdu ni gagné de match.

Résultats

Espagne 3 – 3 Croatie

Croatie 3 – 3 République Tchèque

République Tchèque 1 – 8 Espagne

Classement

1 – Espagne 4 pts

2 – Croatie 2 pts

3 – République Tchèque 1 pt

Quarts de finale

Ukraine 1 – 2 Portugal

Habituée depuis le début de la compétition aux matchs très fermés, l’Ukraine n’a pas dérogé à la règle. Mais, incapable de marquer plus d’un but par match dans cet Euro, l’Ukraine a du s’incliner face à un Portugal plus fort, bien organisé défensivement et plus talentueux offensivement.

Roumanie 0 – 6 Russie

On savait la Russie très forte, mais de là à écraser son ¼ de finale de cette manière il y avait un pas à ne pas franchir. Pourtant, les Russes se sont bel et bien baladés lors de ce quart de finale. Grâce notamment à un Eder Lima en grande forme, les Russes ont su plier la rencontre dès la première mi-temps.

Italie 2 – 1 Croatie

Depuis sa défaite initiale face à la Slovénie, l’Italie n’est plus la même et fait vraiment honneur à son statut de favorite. Implacable en défense, les Italiens mettent une énorme pression dès l’entame de match, et ce n’est pas l’égalisation croate qui les fera douter. Ne parvenant pas à faire le break, malgré une nette supériorité, l’Italie aura eu chaud en toute fin de match, lorsque les croates toucheront le poteau de l’excellent Mammarella.

Slovénie 0 – 4 Espagne

Avant le match, il était difficile d’imaginer la Slovénie mettre à mal le favori espagnol. En effet, il n’en fut rien. Cependant, il est à noter que les 2 derniers buts espagnols auront été inscrits en toute fin de match, alors qu’un joueur de champ avait remplacé le gardien slovène.

Des demi-finales de rêve

Portugal 3 – 4 Italie

En demi-finale, on retrouve donc les quatre favoris de la compétition. Déjà vainqueur de la compétition en 2003, l’Italie retrouve le Portugal, un adversaire qui ne l’a jamais battu en match officiel.

Conscients de cette statistique peu flatteuse, les Portugais s’en remettent à Ricardinho, certainement l’un des joueurs de futsal les plus beaux à voir jouer. Impérial techniquement, le Portugais a par moment donné le tournis à la défense italienne. Les Italiens avaient, comme lors de leur ¼ de finale, parfaitement entamé la rencontre, ouvrant le score dès la première minute. Mais, à la mi-temps, c’est bien le Portugal qui est devant au tableau d’affichage.

A peine remis de cette première période intense, que le jeu reprend très fort côté italien. Dépassés, les Portugais cèdent à 3 reprises, avant de réduire l’écart à un peu plus de 5 minutes de la fin. Le dernier baroud d’honneur portugais sera vain et, comme en ¼ de finale, Mammarella, considéré comme un des meilleurs gardiens au monde, sera sauvé par son poteau dans les derniers instants du match.

L’Italie monte en puissance dans cette compétition et se qualifie par la 3ème finale de l’Euro de son histoire.

Espagne 3 – 4 ap Russie

Dans l’autre demi-finale, la Russie (vainqueur de l’épreuve en 1999) se voit opposer aux sextuples vainqueurs de l’épreuve, quadruples tenant du titre, aux imbattables espagnols, pour une revanche de la dernière finale qui avait vu l’Espagne arracher la prolongation à quelques secondes de la fin du match avant de faire la différence en prolongation.

Les Russes savent ce qui les attendent. Privée de son meilleur atout offensif, Torras, l’Espagne réalise une première mi-temps de rêve. Asphyxiés, les Russes ne parviennent pas à sortir de leur moitié de terrain tant le pressing espagnol fait rage. Dans ces conditions, rentrer aux vestiaires avec un petit but de retard sonne comme une petite victoire pour les hommes de Skorovich. Timorés au cours du premier acte, les Russes vont se libérer en seconde période. Profitant d’une légère baisse de régime adverse, ils parviennent à s’approcher des buts de Rafa et d’une frappe surpuissante Sergeev remet les deux équipes à égalité. Le match s’emballe, dans la foulée, Lyskov donne l’avantage à la Russie avant que Usin n’égalise. A peine le temps de reprendre ses esprits que Fukin vient tromper l’arrière garde espagnole.

Le temps s’écoule, l’intensité est toujours à son maximum. Les Russes ne parviennent pas à prendre le large. L’Espagne n’a plus le choix et fait sortir son gardien au profit d’un joueur de champ. En supériorité numérique, il s’agit de faire circuler la balle afin de créer une brèche dans la défense russe. Après quelques tentatives infructueuses, Miguelin envoie une lourde frappe qui trompe Gustavo. INCROYABLE ! On a l’impression de revivre le scénario de la finale d’il y a 2 ans. On a donc droit à une prolongation de 2 fois 5 minutes et ce n’est pas pour nous déplaire. La tension est palpable, chaque possession peut s’avérer cruciale. Gustavo sauve son équipe sur un nouveau tir de Miguelin. On se dirige petit à petit vers les tirs aux buts, mais l’impensable se produit. Suite à une action parfaitement construite, Robinho se retrouve seul face à Rafa le brésilo-russe ne se fait pas prier et redonne l’avantage à son équipe alors qu’il reste un peu plus d’une minute à jouer. Une minute interminable pour les Russes qui tiennent là un véritable exploit, une revanche sur leur bourreau espagnol. La sirène retentit, les joueurs russes laissent exploser leur joie, les spectateurs peuvent reprendre leur souffle et respirer.

Ils ne le savent pas encore, mais les Russes qui viennent de réaliser un exploit majeur dans le monde du futsal, viennent également de perdre l’Euro (cf. la Finale). De l’avis de tous, ce match est à classer parmi les tous meilleurs matchs de futsal. Intensité, dramaturgie, technique, tout y était. Un spectacle grandiose pour une demi-finale de rêve.

Match pour la 3ème place

Portugal 4 – 8 Espagne

Un match pour du beurre où clairement l’intensité défensive n’était pas la même qu’en demi-finale. Fort logiquement, l’Espagne vient à bout d’une équipe du Portugal parfois brillante, mais trop limitée défensivement face à l’armada espagnole.

Finale : Triomphe italien

En préambule à cette finale, j’aimerais revenir sur un point. Certains noms de joueurs russes ont du vous paraître bien étranges. Il s’agit, en fait, de joueurs brésiliens, évoluant dans le championnat de futsal russe et ayant été naturalisés depuis quelques temps déjà. Ainsi, 5 joueurs de la sélection russe sont nés au Brésil.

En face, l’Italie n’est pas en reste, loin de là. Si les noms et l’apparence choquent moins, la squadra est également composée de bi-nationaux. Ainsi, pas moins de 8 joueurs de la squadra sont nés au Brésil.

Italie 3 – 1 Russie

Depuis les ¼ de finale, l’Italie a pris l’habitude de démarrer très fort ses rencontres. Cette finale ne fait pas exception. Très vite, l’Italie installe son jeu, ne laissant pas son adversaire respirer. C’est donc sans grande surprise que l’Italie prend l’avantage grâce à son capitaine Gabriel Lima. Ce but a le mérite de réveiller un peu les russes, jusque là bien endormis. Sur un des premiers bons mouvements russes, Eder Lima étale tout son talent et vient égaliser.

Mais l’impression laissée ne trompe personne. L’Italie semble bien supérieure à cette équipe de Russie. Tout en maîtrise sans jamais se précipiter ou s’affoler, l’Italie reprend l’avantage, Murilo profitant des étonnantes largesses de la défense russe. Quelques minutes plus tard, Giasson donne un peu plus d’air aux italiens. A la mi-temps, l’Italie mène donc 3-1 et les 4 buteurs du soir sont brésiliens.

Côté russe, l’espoir est encore bien présent, d’autant plus que les russes s’étaient également fait marcher dessus en première période en demi-finale. Les intentions sont là. Pourtant, à aucun moment, les Russes ne semblent capables de venir titiller Mammarella. Un faux rythme s’installe et les partenaires de Robinho ne parviendront jamais à changer le tempo. Certainement épuisés physiquement mais aussi mentalement par leur demi-finale (ce que confirmera le coach Skorovich après le match), les Russes passent à côté de leur finale. En face, c’est tout le contraire. L’Italie maîtrise les événements, dictent la cadence du match. Lorsque Cirillo est expulsé côté russe, la supériorité numérique de 2 minutes est gérée de main de maître, même si les Russes mettront un point d’honneur à ne pas prendre de nouveau but.

L’Italie remporte cette finale et s’adjuge son second titre Européen, mettant fin au règne espagnol. L’Italie n’a pas battu l’Espagne ? Qu’importe, le titre est bel et bien dans les mains italiennes.

Le sacre de l'Italie - 1 (Source : uefa.com)
Le sacre de l’Italie – 1 (Source : uefa.com)

Les Russes, quant à eux, ne peuvent que repartir à la fois fiers et frustrés. Fiers d’avoir enfin battu une sélection espagnole qui les avaient privés de titre il y a deux ans et qui leur avaient barré la route des ¼ de finale du dernier mondial, mais frustrés par ce non match lors de la finale et de ce 4ème échec à ce stade de la compétition.

Au rayon des récompenses, avec 8 buts au compteur, Eder Lima remporte le soulier d’or de la compétition, une bien maigre consolation.

Rusko & The Wolfman