A l’aube de la fin de la première moitié du championnat d’Angleterre et à la veille de ce que l’on appelle de manière triviale la période du boxing day (même si ce jour n’est que le 26 décembre), la Premier League a déjà eu son lot de dramas, de surprises et de véritables héros.

Noël avant l’heure

Le nouveau contrat signé entre Sky et la Premier League permet aux 20 clubs de l’élite d’engranger une somme supérieure à 1,2 milliards d’euros par an. Cette somme ne concerne que les droits domestiques. Autant dire que c’était Noël avant l’heure. Un cadeau de Noël qui a permis d’avoir un recrutement champagne des plus dépensiers. Même des clubs comme Norwich ou Southampton ont réussi à attirer Oswaldo de la Roma ou Sunderland avec Giacherinni de la Juve. Cela vous donne une idée de ce qu’ont pu faire ces fameux big guns anglais. Afin de tuer toutes concurrences, des sommes folles ont été versées aux clubs vendeurs afin de rafler la mise comme City avec Negredo, Sakho à Liverpool, Soldado aux Spurs, Özil à Arsenal ou Fernandinho à City.

Arsenal en tête, destins croisés pour les « deux Manchesters »

Pour une fois, cet article sera essentiellement centré sur les gros du championnat. Parmi les grands clubs, Arsenal est celui qui a le moins bougé, mise à part l’arrivée d’Özil. Ce sublime joueur permet d’accroître la force des Gunners sur coups de pied arrêté, amener de la vitesse dans la circulation du ballon. Cependant c’est un joueur qui exprime sa pleine force dans l’axe. Cette stabilité explique la superbe première partie de championnat des pensionnaires du très monotone Emirates Stadium. L’ensemble des autres concurrents ont quant à eux, connu de gros bouleversements structurels et/ou sportifs.

Du côté de Manchester, les deux clubs ennemis ont connu des fortunes diverses. Les Red Devils ont perdu leur icône Sir Alex Ferguson pour le très bon David Moyes des blues d’Everton. Toujours loué pour son travail formidable du côté de la Mersey, il n’a jamais bénéficié de moyens suffisants pour permettre à son ancienne équipe d’être un concurrent sérieux au top 4. Avec ManU, il est censé avoir un bel outil pour conserver sa couronne. Avec le départ de Fergie, c’est toute la cellule de recrutement qui est à repenser. C’est ce qui explique qu’en matière de recrutement, on approche le zéro pointé, l’arrivée de Fellaini faisant office d’exception. Paul Scholes a fini sa carrière et le milieu de terrain est toujours aussi limité en nombre. Défensivement, aucune recrue de renom n’est arrivée. En ajoutant les blessures importantes comme celle de Carrick, la première moitié de saison des coéquipiers d’Evra est compliquée, d’autant plus que ses concurrents se sont très fortement renforcés

City connait une vraie révolution sportive. L’arrivée de Pellegrini change beaucoup de choses tactiquement : Fernandinho et Negredo renforcent deux zones de l’équipe déjà très intéressantes même si Barry et Tevez ont quitté le club. Seul souci? La défense : Demichelis apparait léger et Kompany est souvent blessé. Ajoutons Hart en plein doute. Bref, City débute au ralenti, surtout à l’extérieur. Le bloc défensif n’est pas au niveau du milieu et de l’attaque ce qui pourrait être surtout problématique en Europe. La victoire 6-3 face à Arsenal le week-end dernier est juste un symbole de ce qu’est cette équipe. Magnifique devant et friable derrière. Ceci dit Manchester City reste à mon sens le vrai gros favori pour le titre derrière Liverpool.

Liverpool et son 11 de champion

Liverpool et son super coach Brenan Rodgers a passé une année à peaufiner son équipe. II doit avoir une des défenses les mieux servies avec les arrivées de Sakho, Cissokho et Kolo Toure. Les retours en forme de Leiva et Gerrard sont des atouts considérables sans oublier le maintien au club d’un des plus beaux talents d’Angleterre, Luis Suarez,  meilleur buteur en ayant raté 9 à 10 match. Sans oublier Coutinho, sublime joueur et le début de saison canon de Sturridge. Sturridge est un très très bon joueur mais qui, soyons honnête, n’est pas très intelligent d’un point de vue footballistique et tout repose sur le jeu de Suarez et Coutinho. Si le 11 de départ est largement capable de jouer le titre, le banc n’est pas aussi intéressant. On attend toujours l’explosion d’Henderson même s’il a été excellent face aux Spurs. Dans ce secteur de jeu, les Reds ont besoin de recruter un profil défensif et offensif de grande qualité. Ceci vaut pour les latéraux. Cissokho est sympa mais tellement limité face aux gros du championnat à l’image de son match face aux Gunners. Le fameux 3-5-2 était mort  avec un flanc gauche Sakho et Cissokho. Ceci dit, sans Europe, Liverpool possède un effectif fort physiquement, techniquement et roublard, et présente tous les ingrédients d’un futur champion.

Boring Chelsea, Tottenham et son mercato râté

Un titre de champion que souhaite secrètement José Mourinho, le special happy One de retour à Stamford Bridge. Cependant, l’équipe du Mou est vraiment différente de ses précédentes équipes. Mon ami Rusko, spécialiste de l’Ukraine et la Russie, me disait rapidement que ce Chelsea ne ressemble en rien à l’ex-entraîneur du Real Madrid. Effectif jeune, avec peu d’expérience, sans véritable star au top et quand il en a une, il la boycotte. Je pense en particulier à Mata. Il garde son joueur chouchou qu’il aime titiller avec Hazard, superbe encore une fois. On sent que le coach des blues a besoin de sentir son groupe jeune et talentueux. Mais il ne le maîtrise pas comme l’atteste son parcours en Ligue des Champions. Par exemple Bâle a pris 4 point sur Chelsea et est éliminé. Mourinho fait ce qui est logique. Il base l’essentiel sur un bloc défensif le plus solide possible puis maximise ses atout offensifs via Oscar, Hazard essentiellement puis en redonnant une seconde vie à Fernando Torres. Le départ de Lukaku à Everton est très étrange. L’émergence très lente de Kevin de Bruyne et surtout la mise à l’écart de Juan Mata le meilleur joueur de Chelsea l’an dernier et décisif à chaque fois qu’il joue, sont très compliquées à comprendre d’un point de vue sportif. Cependant malgré cette sensation de lourdeur dans le jeu, Chelsea est à 2 points du leader Arsenal qui est loué pour son début de saison fantastique. Que doit-on en penser ? La réponse à cette question sera donnée plus bas après avoir évoqué l’actualité des  Spurs.

Les Spurs de Tottenham étaient parmi les gros outsiders derrière City. Villas Boas entame sa deuxième saison et se retrouve  un peu dans le cas de Rodgers à Liverpool. Mais, contrairement aux pensionnaire d’Anfield, les spurs « are walking alone » à l’image de son ex coach. L’équipe des quartiers nord de Londres avait une base intéressante l’an dernier où Gareth Bale était tout aussi important que Cristiano Ronaldo ou Messi peuvent l’être pour leur club respectif. Vendre le gallois pour 100M€ a permis à cette équipe d’avoir les moyens de bonifier ce qui a été entrevu l’an dernier. Malheureusement, ce n’a pas été le cas. Les joueurs transférés cet été sont pour la plupart de jeunes recrues, à l’expérience assez faible à l’image de Paulinho, Lamela ou Eriksen, Soldado un attaquant  très bon évoluant pour la première fois à l étranger dans un système différent et un statut différent et surtout deux autres pertes non compensées au milieu et derrière : Gallas et Dempsey. Dempsey a souvent pris le relais de Bale quand ce dernier était moins bien ou absent. Avec les départs de l’Américain et du néo madrilène, les Spurs ont énormément perdu en termes de puissance sur les frappes longue distance et sur les coups de pied arrêtés. Sans parler du faible temps de jeu des anglais Lennon et Defoe. Le premier a souffert de l’émergence de la hype Townsend dont l’apport actuel est malheureusement assez pauvre.

Par ailleurs, la défense est d’une faiblesse folle et il est incompréhensible de dépenser autant d’argent et négliger autant le secteur défensif. Qui est le responsable? André Villas Boas et/ou Baldini? En réalité, les Spurs n’ont pas capitalisé la bonne saison de l’année dernière mais se sont servis du transfert de Bale pour reconstruire un groupe, une équipe de manière complètement bancale. Villas Boas débarqué, espérons que la solution interne sera privilégiée  en attendant de voir la vraie place du Directeur Sportif au sein de ce club.

Martinez et la surprise Everton

Ce rapide tour d’horizon du haut du tableau ne serait complet sans dire un mot d’Everton et son merveilleux entraîneur Martinez. La perte de Fellaini a été très bien compensée par l’arrivée de Gareth Barry et l’explosion de deux superbes talents : Deulofeu et Ross Barkley dont nous avions parlé l’année dernière comme étant un joueur à suivre au potentiel de futur très bon joueur. Lukaku, sur sa lancée de sa superbe saison à WBA, est à mentionner également. Encore une fois Martinez tire la quintessence de son groupe avec un niveau de jeu collectif toujours aussi élevé comme en témoignent son parcours à Wigan voire à Swansea. Je vous invite par ailleurs à relire l’article de l’excellent Rusko sur Swansea. Malgré la forte probabilité de voir le meilleur latéral gauche du royaume rejoindre MU cet hiver, nul doute qu’Everton a le potentiel pour être encore une fois l’énorme surprise de fin de saison.

Globalement en France et parfois en UK on entend beaucoup de choses sur Arsenal et leur formidable première partie de saison. Les Gunners sont effectivement leaders en comptant :

  • 2 points de Liverpool qui monte en puissance ;
  • 2 points de Chelsea qui est soit disant boring et en rodage ;
  • 3 points de city qui n’a pas de défense ;
  • 4 points d’Everton.

La stabilité est la vraie explication du statut de leader des enfants de Wenger. Au soir du 23 décembre, juste avant le boxing day, les Gunners pourraient néanmoins se retrouver 4ème à 1 point du 5ème Everton.

Au regard des bouleversements structurels des clubs de PL, aucune prédiction sérieuse ne peut être faite avant le soir du 4 janvier. Même MU, à 10 points du leader peut revenir à une distance raisonnable et bien placé pour la deuxième partie d’un des plus palpitants championnats anglais depuis des années. Nous aurons un premier élément de réponse après la rencontre entre Arsenal/Chelsea au soir de la 17ème journée. Ce match est le premier grand rendez-vous de la saison, qui pourrait être déjà décisif pour l’une ou l autre des deux équipes. Malheur au vaincu.

En tout cas, on est à l’aube d’un retour en force de la PL en Europe et pour longtemps tant le niveau qualitatif est en train de s’accroitre de manière exponentielle en Angleterre. Peu en ont conscience.

Ligue 1 cherche joueurs intéressants ?

Pour les clubs de L1 cherchant des joueurs à fort potentiel, voici 4 joueurs intéressants : Knockaert, Kermorgant en championship avec Maloney puis Snodgrass, véritable  pourvoyeur de ballon. Ces joueurs seraient très intéressants à Lille par exemple et seraient un plus dans la course au podium. Enfin, ils permettraient d’anticiper le possible départ l’an prochain de Kalou et seraient un gain de temps pour Martin (Maloney étant supérieur et de loin). Je ne parle même pas de la possibilité de revente via l’exposition des deux écossais et des deux attaquants français en Ligue des Champions ou en coupe d’Europe.

Pour finir avec légèreté, voici mon pronostic pour le classement final, sous réserve d’un recrutement hivernal forcement perturbant :

1 – City

2 – Liverpool

3 – Chelsea

4 – Everton

5 – Manchester United

6 – Arsenal

 The Swindler