stadierPour notre rubrique « autour des pelouses », nous sommes allés à la rencontre d’un stadier officiant au Stade Geoffroy-Guichard. Sous couvert d’anonymat, il a accepté de revenir sur sa fonction, l’organisation des matchs à domicile, ainsi que sa vision des récents problèmes entre les supporters stéphanois et niçois.

Depuis quand exercez-vous la fonction de stadier ?

Je suis stadier à Geoffroy-Guichard depuis un certain match ASSE-OM en mai 2012. Cela fait donc un peu plus de six mois que j’exerce et compte une dizaine de matches à mon actif. J’ai saisi cette opportunité par l’intermédiaire d’un ami, stadier aussi depuis bientôt un an.

Quel est votre statut ?

Je suis embauché par une société d’Intérim, qui signe mes contrats, et qui sert d’intermédiaire entre une société de sécurité et moi-même.

Avez-vous suivi une formation ?

Non je n’en ai pas eu besoin. Je vais toutefois essayer de passer le CQP, aussi connu sous le nom de Carte Pro, qui sert à effectuer les métiers de la sécurité. Ceci dit, je prends cette initiative à titre personnel pour enrichir mon CV mais ce n’est en rien une obligation formulée par mon agence d’Intérim ou par la société de Sécurité.

Quelle image aviez-vous de cette fonction avant de l’exercer ? Étiez-vous supporter et abonné à Geoffroy-Guichard ?

Absolument, j’étais membre des Green Angels depuis la saison 2004/2005. Cependant, je n’ai jamais fait partie du noyau, et n’ai jamais mis les pieds au local. Je me contentais de chanter et prendre part aux animations durant le match. Je ne m’étais pas vraiment posé la question du métier de stadier car je n’ai jamais eu affaire à eux. Pour moi, ils étaient simplement là pour vérifier que tout se passe bien

Pouvez-vous nous décrire votre activité les jours de matchs ? Quelles sont vos consignes, vos objectifs…?

La prise de fonction commence environ trois heures avant le match et se termine trente minutes après le coup de sifflet final. L’objectif est de faire en sorte que tout se passe bien, dans la plus grande simplicité.

Nous commençons par un rassemblement général, le temps de faire l’appel, de signer les contrats et de rejoindre nos équipes respectives. Ensuite il s’agit de prendre notre poste. Nous avons alors un briefing avec le chef d’équipe (un chef d’équipe pour une dizaine de stadiers environ), qui rappelle les consignes générales et donne les consignes spécifiques au match du jour. Après, nous avons quelques minutes pour mettre en place les barrières et autres infrastructures, puis nous ouvrons les grilles dès que nous en avons l’autorisation.

Les stadiers ont surtout un rôle de médiateurs à remplir. Le but n’est pas d’employer la violence mais de discuter avec les supporters, leur justifier l’attente, ou un quelconque désagrément auquel ils peuvent-être confrontés.

Combien de stadiers sont réquisitionnés pour un match ?

Je ne connais pas le chiffre officiel, mais je dirais entre 150 et 200 personnes.

Les stadiers sont-ils toujours affectés au même poste et tribunes ?

En général, les équipes sont assez stables, mais le fait d’avoir des absents de manière régulière impose un certain turnover. J’ai commencé en Pierre Faurand, avant de passer plusieurs matchs en Henri Point, et d’être transféré en Kop Sud dès son ouverture. Cependant, les stadiers situés dans le stade y restent généralement tout comme les personnes affectés aux parkings.

Quelles sont les principales difficultés de la fonction ?

Nous recevons des consignes à chaque match qui changent malheureusement très souvent. Ainsi s’installent un manque de continuité et une absence de cohérence dans ces consignes. C’est très regrettable. Sur un match, les fruits sont interdits et récupérés à la fouille. Sur d’autres, les pommes peuvent rentrer mais pas les bananes, par exemple. C’est très aléatoire et difficilement compréhensible, d’autant plus que personne, dans la hiérarchie, ne sait expliquer ces changements continus.

L’horaire d’un match a-t-il un impact sur votre travail ? Un match à 15h est-il plus simple à gérer ?

L’horaire d’un match a une influence sur le nombre de supporters présents et donc un impact évident sur notre travail. A la base, un match à 15h est plus facile à gérer qu’un match à 19h. En effet, c’est un horaire contraignant qui empêche un certain nombre de supporters de se déplacer. Mais le changement d’horaire à moins de 24h à l’avance (comme ce fut le cas pour le match entre l’ASSE et Reims) rend les choses plus complexes. Convoqués à midi, au lieu de 17h, certains stadiers n’ont pu tenir leur poste. On s’est retrouvé avec un stade assez vide, et des effectifs incomplets et déséquilibrés dans à peu près toutes les équipes, avec un nombre de femmes insuffisant pour la fouille féminine et un nombre d’hommes trop important. En termes de réorganisation d’effectif, ce ne fut pas simple. Et il n’y a aucun moyen d’anticiper les éventuelles absences, ce qui rend le challenge encore plus corsé.

Entretenez-vous des relations avec le club ? Si oui, de quelle nature ?

A mon niveau, non, aucune. C’est la hiérarchie qui doit probablement en avoir.

Récemment a eu lieu le derby entre l’ASSE et l’OL à Geoffroy-Guichard. Comment appréhende-t-on ce genre de rendez-vous ?

Il est géré comme un match normal. Nous partons du principe que nous ne sommes que les pions, sur l’échiquier. Les simples stadiers n’établissent pas la stratégie, ils opèrent simplement. Du coup, deux solutions se présentent : Soit les têtes pensantes ont réussi leur coup et le match se déroule bien, soit il y a des failles dans leur plan, et dans ce cas, ce ne sera pas à nous d’intervenir mais aux CRS.

Qui établit les stratégies ?

C’est une très bonne question, à laquelle je ne saurais répondre. Je n’en ai aucune idée.

Existe-t-il une préparation particulière pour ce type de match « à risque » ? Avez-vous des consignes spécifiques ?

Nous sommes appelés à faire preuve d’une vigilance toute particulière. Mais étant tous intérimaires, l’implication n’est pas forcément plus grande. Le fait que les fouilles soient plus ou moins réussies ne change rien à notre gratification, donc nous n’avons aucun intérêt à fournir des efforts supplémentaires.

Avez-vous personnellement été en situation délicate ?

Oui, cela m’arrive régulièrement. La plupart du temps, c’est lorsque je suis confronté à des supporters alcoolisés (ce qui est commun en Kop) ou à des phénomènes de groupes. Je n’ai jamais été pris pour cible physiquement, seulement de manière verbale.

Entretenez-vous des liens avec les supporters ?

En dehors du contact que j’ai avec eux au stade, non. Et je ne sais pas si la hiérarchie en a

Des liens étroits entre certains stadiers et groupes de supporters sont souvent évoqués pour expliquer l’introduction d’objet interdits (fumigènes par exemple) dans les stades. Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas si c’est vrai. Si c’est le cas, il n’y a rien d’étonnant. Dans tous les corps de métier, on peut obtenir des passe-droits en ayant des relations. Au même titre qu’on peut obtenir une réduction spéciale sur un achat si on connaît le vendeur, l’atténuation ou l’annulation d’un PV si on connait personnellement l’agent verbalisateur, il doit être possible de bénéficier d’un traitement de faveur avec certains stadiers. Mais je n’y ai jamais été confronté directement. Je ne peux donc pas confirmer ou infirmer cette hypothèse.

L’augmentation considérable du nombre de spectateurs en Kop a posé quelques problèmes, notamment dans la gestion du flux de supporters en début de saison. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?

Les machines permettant de valider les billets à l’entrée ne sont pas encore tout à fait au point, bien qu’on ait pu noter une amélioration considérable lors du match ASSE-Reims. C’est pourquoi le flux de supporters est dur à gérer. De plus, les stadiers étant intérimaires, ils peuvent très bien ne pas venir, sans prévenir…

Des incidents ont éclaté à Nice entre supporters Niçois et Stéphanois. Qu’en pensez-vous ?

Je n’y réagis pas en tant que stadier mais en tant que personne, en tant que supporter que je suis malgré tout. Le mouvement ultra est très compliqué à vivre en ce moment. Il n’a pas énormément changé, il est juste beaucoup plus médiatisé qu’autrefois. Cependant, je ne cautionne en aucun cas la violence. Les Niçois ont visiblement attaqué les Stéphanois qui ont répondu. L’enquête en cours permettra d’en savoir plus. Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Le problème me semble plus profond. La violence doit être écartée des stades, sans toutefois que les autres supporters en souffrent. C’est pourquoi je condamne le plan Leproux, et le modèle à l’anglaise.

J’ai simplement du mal à comprendre pourquoi les Ultras consomment généralement beaucoup d’alcool et de stupéfiants (pour l’avoir vécu durant des déplacements), pourquoi ils cherchent forcément le conflit physique avec les autres groupes, etc… La meilleure façon de gagner une rivalité dans les tribunes, c’est de déplacer un maximum de monde, de faire les plus belles animations, d’avoir la plus grosse puissance vocale possible. C’est ce qui apporte vraiment quelque chose à ce sport Mais je ne vois pas en quoi les Ultras « défendent leurs couleurs » lorsqu’ils envoient des pierres sur un bus ou des sièges sur une pelouse. Ils défendent leur propre tribu mais certainement pas le club. C’est un club de football qu’ils soutiennent, pas un club de free-fight. S’ils veulent en découdre, libre à eux, mais qu’ils le fassent dans l’intimité, loin des stades, de la médiatisation et des caméras.

Un grand merci  pour le temps accordé et votre disponibilité.

Propos recueillis par The Wolfman

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