logo RostovMaintenu à la faveur de deux victoires faciles en barrage contre le SKA Energiya en juin dernier, le club de la ville de Rostov-sur-le-Don est la véritable sensation de ce début de saison en Russie. Actuellement leader avec 13 points en 5 matchs, Rostov étonne et détonne. Décryptons le phénomène.

Un peu d’histoire

Créé en 1930 sous le nom de Selmashstroy, l’actuel FC Rostov a connu différentes appellations. Selmash (d’où le surnom de Selmashi), Traktor puis Torpedo avant de se stabiliser avec le nom de l’entreprise de fabrication de machines agricoles Rostselmash en 1957. En 2003, le club change une nouvelle fois d’appellation pour prendre sa forme actuelle : Football Club Rostov (en russe : Футбольный клуб « Ростов »).

Le futur stade de la ville de Rostov-sur-le-Don
Le futur stade de la ville de Rostov-sur-le-Don

Rostov évolue depuis toujours au stade Olimp-2, qui lui aussi a connu diverses dénominations (Rostselmash ou encore Olimp-21ème siècle). Suite aux derniers travaux effectués et terminés en 2009, la capacité du stade a été réduite à 15 840 places. Rostov-sur-le-Don ayant été désignée comme ville hôte pour la Coupe du Monde 2018, le nouveau stade pourra accueillir 43 702 spectateurs et sera livré courant 2017.

Fort d’une quatrième place en Première Ligue d’URSS en 1991, Rostselmash est invité à prendre part à la première saison de la Russian Premier League en 1992. Relégué deux saisons plus tard, le club fait l’ascenseur et retrouve l’élite dès la saison suivante. Abonnée à la deuxième partie de classement, l’équipe s’en sort plutôt bien et se maintient sans véritables problèmes. Mieux encore, Rostselmash connaît l’apogée de son existence avec deux participations consécutives en Coupe Intertoto, récompensant deux bonnes saisons en 1998 et 1999. Après avoir difficilement passé les deux premiers tours, l’équipe est stoppée en demi-finale par la Juventus en 1999, alors qu’en 2000 elle tombe contre l’AJ Auxerre dès le 3ème tour.

Après ces relatifs coups d’éclats européens, Rostselmash retombe dans l’anonymat de la RPL. Devenu Rostov, le club connaît une nouvelle fois la relégation en 2007. Comme lors de leur précédent passage en Division 1 (actuelle First National League), les jaunes et bleus ne tardent pas. Il remportent leur championnat et retrouver l’élite dès 2009.

Malgré une bonne saison 2010, au cours de laquelle, le club termine à la 9ème place, la dynamique a du mal à s’enclencher. Lors des deux dernières saisons (qui correspondent à l’adoption du calendrier Ouest-Européen), Rosto va sauver sa place dans l’élite à la faveur d’un match de barrage, contre Shinnik en 2012 et contre SKA-Energiya en 2013.

Un mercato réussi

La saison 2011/2012 fut  interminable et des plus compliquées avec pas moins de 5 entraîneurs à la tête de l’équipe, Miodrag Bozovic débarque à Rostov. Le coach monténégrin n’en est pas à sa première expérience russe puisque de 2008 à 2012, il a successivement entraîné l’Amkar, le FC Moscou (qui depuis a cessé d’exister), le Dinamo et de nouveau l’Amkar avant de s’installer sur les rives du Don.

Miodrag Bozovic - Arrivé en 2012,  Miodrag Bozovic a parfaitement trouvé sa place sur le banc du stade Olimp-2
Miodrag Bozovic – Arrivé en 2012, Miodrag Bozovic a parfaitement trouvé sa place sur le banc du stade Olimp-2

Auteur d’une saison décevante en championnat (29 points en 30 matchs), Bozovic parvient à hisser Rostov en demi-finale de Coupe de Russie mais doit rendre les armes en prolongations face au futur vainqueur CSKA. Notons que Rostov atteint alors ce stade de la compétition pour la deuxième année consécutive.

En difficulté à la trêve, de nombreux joueurs ont rejoint le club afin de renforcer l’effectif l’hiver dernier. Parmi ces joueurs, des flops comme par exemple David Bentley, prêté par Tottenham, mais également de belles réussites avec le Gabonais Guélor Kanga ou encore le Sud-africain Siyanda Xulu. Cet été, l’équipe dirigeante poursuit son travail hivernal mais ne cherche plus à faire dans le clinquant. En défense, Igor Lolo débarque gratuitement du Kuban et le club se paie les services de Kamil Agalarov (Anzhi). Le choix semble judicieux. Les deux latéraux connaissent bien la RPL et, sans être des grands joueurs à  leur poste, ont les qualités nécessaires pour s’imposer au sein d’une équipe moyenne deuxième partie de tableau. La vente de Inal Getigezhev permet au président Sergeï Gorban de se payer les services de l’attaquant Sud-coréen Yoo Byung-Soo (Al-Hilal). Mais incontestablement, le gros coup réalisé par Rostov n’est autre que l’obtention du prêt de deux joueurs du Spartak : le milieu offensif/ailier géorgien Zhano Ananidze et l’avant-centre russe Artem Dzyuba. Il faut bien avouer que l’arrivée de Dzyuba du côté de Rostov en a surpris plus d’un. Malgré des prestations encourageantes et pleines de bonne volonté, Dzyuba ne bénéficie que d’un très faible crédit auprès de Valeri Karpin. Mais plus que le prêt du joueur, c’est la destination qui étonne. Rostov joue le maintien, et un club un peu plus huppé, jouant l’Europe, était tout à fait envisageable. Toujours est-il qu’il est bien là, avec son compère Ananidze, venu, lui, se relancer ou plutôt lancer pleinement sa carrière.

Les clés de l’effectif

Avec ces arrivées, Bozovic dispose d’un effectif tout à fait honorable. D’ailleurs l’équipe type a plutôt fière allure pour une équipe de bas de tableau, promise à la lutte pour le maintien.

Equipe type
Equipe type

Dans les buts, le capitaine Stipe Pletikosa n’a rien perdu de sa superbe et continue d’assurer. En défense, le jeune Vitaly Dyakov s’impose comme un leader naturel et ses performances n’ont pas laissé Fabio Capello insensible. Les expérimentés Sheshukov et Gatcan forment une paire de milieux défensifs cohérente et complémentaire et leur activité permet de libérer les 4 joueurs offensifs. Avec 32 ans au compteur, Timofey Kalachev est le joueur de champ le plus âgé, il n’en reste pas moins l’un des plus actifs. Côté gauche, Poloz et Ananidze se disputent le poste. Une concurrence saine qui oblige les deux joueurs à se surpasser et donc à progresser. L’omniprésent Kanga est, quant à lui, beaucoup plus libre et ne s’en prive pas. Devant, Dzyuba est chargé de terminer les actions.

Sans être un prétendant affirmé aux places européennes, Rostov s’est donc construit une équipe très correcte et qui a tout pour être la surprise de la deuxième partie de tableau (comme nous vous l’annoncions dans la présentation de la saison).

13 points en 5 matchs : un début de saison rêvé

Avec 3 matchs à domicile pour débuter la saison, le calendrier avait décidé de donner un petit coup de pouce aux hommes de Bozovic. Pourtant tout a failli très mal commencer. Mené 1-0 jusqu’à la 88ème  minute par le Terek, Rostov parvient à arracher la victoire. Dzyuba sur penalty dans un premier temps, puis de la tête sur un service d’Ananidze offre la victoire aux siens. Une victoire à l’arrachée, mais une victoire fondatrice tant pour Rostov que pour Dzyuba. Il est, bien évidemment très difficile et inutile de se plonger dans de l’histoire-fiction, mais quelque chose nous dit que sans ce scenario, le début de saison des jaunes et bleus aurait pu être très différent.

La semaine suivante, la fin de match est plus cruelle pour les hommes de Bozovic puisque c’est Krasnodar qui arrache l’égalisation à deux minutes de la fin, alors que Rostov se dirigeait vers une deuxième victoire.

Dzyuba : 13 tirs, 9 cadrés, 7 buts

Verni par ce calendrier favorable, Rostov a une occasion en or de dissiper sa frustration en recevant le promu Tom, à la rue en ce début de saison. Étonnamment bousculé en début de deuxième mi-temps, Rostov va s’en remettre à Dzyuba. Déjà buteur en première période, l’avant-centre russe va inscrire deux nouveaux buts et ainsi s’offrir le premier triplé de sa carrière. Rien ne semble pouvoir arrêter Dzyuba qui en est alors à 6 buts en 3 matchs (dont 3 penaltys).

Le premier gros test arrive enfin. Pour son premier déplacement, Rostov se rend du côté de Makhachkala pour y affronter l’Anzhi. Avec seulement 2 points au compteur et un entraîneur démissionnaire (Guus Hiddink), l’Anzhi n’est pas au mieux, contrairement à Rostov pour qui tout sourit. Ainsi, d’un match a priori facile pour les locaux, on passe d’emblée à un match piège. La vérité du terrain confirme nos impressions. Kanga voit sa frappe contrée retomber des les filets de Gabulov. Au final, Rostov s’impose. Quelque jours plus tard Suleyman Kerimov, président de l’Anzhi annonce une restructuration du club et la mise en vente de tous ses joueurs. Rostov aura donc sonné le glas de cet Anzhi version strasse et paillette.

Après la trêve internationale, Rostov retrouve son stade Olimp-2. Les résultats du week-end peuvent permettre à Rostov de s’emparer seul de la place de leader. Après une première période insipide, les quelques 13 000 supporters locaux vont connaître le bonheur absolu. Ananidze, en feu, marque et délivre deux passes décisives, Volga est perdu en défense. Le Sud-coréen Byung-Soo inscrit son premier but sous ses nouvelles couleurs, alors que Dzyuba frappe une nouvelle fois. L’international russe, appelé par Capello pour le match contre l’Irlande du Nord (entré à la mi-temps) a des stats incroyables : 13 tirs, 9 cadrés, 7 buts, le tout en seulement 5 matchs de championnat.

A la surprise générale, Rostov se retrouve leader du championnat avec un bilan presque parfait de 4 victoires pour 1 match nul, 12 buts marqués contre 3 encaissés et 13 points au compteur.

Bozovic semble parfaitement en contrôle de son équipe. Les milieux de terrain défensifs que sont Sheshukov et Gatcan ont un rôle primordial dans la pressing. Dyakov s’impose en véritable patron de la défense, toujours bien placé, son début de saison est irréprochable. Sur les côtés, que ce soit Kalachev, Poloz ou Ananidze, tous participent activement aux tâches défensives. Offensivement, Kanga a les clés de l’animation. Son activité débordante permet de trouver des décalages sur les côtés afin de terminer l’action sur Dzyuba, qui, par sa taille peut mettre à mal n’importe quelle défense sur un ballon aérien. La vitesse est un élément prépondérant du jeu offensif de Rostov.

Bien évidemment, tout est loin d’être parfait, mais l’état d’esprit général et le cœur mis à la tâche offrent un bol d’air frais très agréable dans une période trop marquée par les transferts et les activités en coulisse.

Et maintenant ?

Si cette réussite n’est pas un simple fait du hasard, il faut bien avouer que le calendrier a bien aidé Rostov en ce début de saison. Avec 4 matchs sur 5 à domicile et les réceptions de Terek, Tom et Volga, on ne peut pas dire que Rostov ait été soumis à rude épreuve jusqu’à présent, d’autant plus que pour leur seul match à l’extérieur, les jaunes et bleus affrontaient un Anzhi malade et gangrené en interne.

Les choses très sérieuses arrivent et l’enchaînement risque d’être impitoyable. Lokomotiv, Dinamo, CSKA tels sont les trois prochains rendez-vous des joueurs de Rostov, trois matchs qui se joueront à Moscou qui plus est. Pour son retour à la maison, Rostov devra se frotter au Zenit. Autrement dit, 4 matchs hyper compliqués attendent les leaders du championnat et il ne serait pas étonnant de retrouver Rostov avec le même nombre de points qu’aujourd’hui au soir de la réception du Zenit.

Petit à petit, Rostov devrait donc rentrer dans le rang et retrouver sa place en deuxième partie de tableau. Il sera intéressant de voir comment vont être gérés ces moments difficiles qui s’approchent fatalement. La capacité de réaction et de réponses face à des équipes moins huppées sera la clé de la suite de la saison. En suivant cette voie et sans blessure majeur, Rostov se maintiendra sans aucun problème et pourrait même espérer une place au milieu de tableau. Et qui sait, peut-être que plus tard dans la saison on se souviendra de ce mini putsch d’un club au budget d’à peine 30M$, leader après 5 journées de championnat, au nez et à la barde des Spartak, CSKA ou autre Zenit.

Rusko