Avant toute chose, je me dois de vous préciser que les mots utilisés dans cet article seront certainement très loin de la réalité et de l’émotion vécues des tribunes. Je suis rentré depuis peu et j’ai encore bien du mal à mettre des mots sur ce que j’ai pu ressentir. Revenons donc sur ce 30 juin 2013.

Après une matinée en mode Joga Bonito avec quelques brésiliens sur un terrain de five, il est déjà temps de se mettre en route. Petit détour par la boulangerie : Salgado, fresco et nous prenons la direction du Maracanã. A plus de trois heures du coup d’envoi, le stade est déjà encerclé par une marée jaune. Au milieu, les évangélistes prônent leur paroisse et je ne compte plus les t-shirts à l’effigie du Christ parmi la foule. Les manifestations contre l’organisation de la Coupe du Monde semblent bien loin d’ici. Mais ne nous y trompons pas. De nombreux brésiliens, bien que fans de foot, se sentent concernés par ces revendications. L’arrivée au Stade se fait sans aucune difficulté. La police est présente, la sécurité est assurée et je ne vois l’ombre d’un problème à l’horizon. Le dispositif pour rentrer dans le stade est assez simple : Pas de fouille, un seul portique de sécurité à franchir et me voici déjà dans l’enceinte.

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Le stade se remplit rapidement, en raison de la cérémonie de clôture qui précède la rencontre et à laquelle la plupart des spectateurs veut assister. Pour patienter, la FIFA nous propose des vidéos de buts des anciennes compétitions, de la dernière coupe du monde de Futsal ou encore de Beach Soccer. A un peu moins de deux heures du début de la rencontre, les festivités peuvent commencer. Il s’agit là d’une cérémonie assez sobre : Animations, musique, drapeau brésilien … sous l’œil des joueurs espagnols assistant au spectacle depuis leur banc de touche.

Sans être renversant d’ingéniosité et de créativité, la cérémonie est assez efficace et on passe plutôt un bon moment. Les spectateurs se chauffent quelque peu : des « Ola » sont lancées, des chants sont entonnés et des sifflets sont dirigés à toute personne portant un maillot de l’adversaire du soir. La pression monte peu à peu.

Les deux équipes font leur apparition pour l’échauffement et le public est déjà chaud bouillant. La composition des équipes confirme l’absence de Cesc Fabregas, remplacé par Mata, du côté espagnol, Auteur d’un excellent début de compétition, le Catalan avait apporté du rythme au jeu offensif à la Roja, d’autant plus que Del Bosque n’a pas reconduit son « double pivot », laissant Busquets seul devant la défense en l’absence de Xavi Alonso. Aucune surprise n’est à signaler chez la sélection Auriverdes. Je m’aperçois par la même occasion de la popularité de Neymar. Je savais qu’il était devenu la star de l’équipe mais je n’imaginais pas à quel point il était adoré, adulé et que chacune de ses apparitions sur le grand écran provoquerait les clameurs du stade

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Le coup d’envoi est imminent. Les deux équipes foulent de nouveau la pelouse et le public est plus chaud que jamais. L’hymne espagnol est joué en l’honneur de la Roja et parfaitement respecté par les brésiliens mais tout le stade n’attend qu’une seule chose : le « Hino Nacional do Brasil ». Après une première partie musicale sans parole, les voix sont lâchées. Le visage des joueurs sur le grand écran donne la chair de poule. Soudain, la musique s’arrête et l’hymne se poursuit a capella. J’assiste alors à un moment tout simplement magnifique. J’avais déjà vécu pareille situation lors du match Vénezuela / Uruguay, mais cette fois, l’émotion et l’intensité sont décuplées.

Le match peut débuter dans une ambiance assourdissante. Dès les premiers instants, les brésiliens mettent une pression d’enfer sur les joueurs espagnols. La seleçao est comme possédée, portée par un public magnifique qui lui donne force et courage. Il ne faudra que deux minutes à Fred pour ouvrir le score et faire littéralement exploser le Maracanã. L’ambiance est indescriptible. Je n’arrive pas à trouver les mots pour décrire le moment. Je me revois, bouche bée au milieu de la foule en joie. L’ambiance ne retombe pas. Chaque possession de balle espagnole est accompagnée par les sifflets du public et chaque récupération brésilienne fait se lever tout le stade. L’Espagne semble presque perdue, comme tétanisée par ce qui est en train de lui arriver. Evidemment, le jeu espagnol reste redoutable, Iniesta est génial, mais le Brésil est meilleur et fait sérieusement tangué le jeu des champions du monde. Les défenseurs font la différence à l’impact, les attaquants sèment constamment le doute et l’Espagne passe deux fois, très proche de se retrouver à 10. Au bord du précipice, Pedro aura pourtant l’occasion de relancer la Roja. Suite à un mauvaise alignement de David Luiz, l’espagnol se retrouve face à Julio César, ajuste le portier brésilien mais voit son tir repoussé par David Luiz revenu de nulle part, avec une rage impressionnante. Un retour salué comme il se doit par tout le public du Maracaña.

Peu avant la mi-temps, Neymar crucifie Casillas d’une frappe surpuissante du gauche. Les derniers espoirs espagnols se sont envolés. Face à ce Brésil, dans ce Maracanã en feu, je ne vois pas une seule équipe au monde capable de combler un retard de deux buts. L’impression est confirmée dès le début de la deuxième mi-temps lorsque Neymar laisse très intelligemment passer le ballon pour Fred, qui gagne son duel face à Casillas pour la deuxième fois de la soirée. Les espagnols, une nouvelle fois cueillis à froid, touchent le fond. Dès lors, il s’agit pour l’Espagne de ne pas sombrer dans le ridicule, alors que le Maracanã continue de pousser les siens sur chaque possibilité d’occasion. Que se passe-t-il dans la tête des espagnols à cet instant du match ?

A la suite d’une faute de Marcelo sur Navas, l’arbitre désigne le point de penalty et donne à la Roja l’occasion de sortir la tête de l’eau. Mais Sergio Ramos envoie son penalty à côté des buts d’un Julio César, absolument impérial tout au long de la rencontre. Dépassée sur les contres attaques brésiliennes, l’Espagne va finir la rencontre à 10, Piqué étant prié de rejoindre les vestiaires. Un Julio César en feu, des « olé » lancés à chaque passe brésilienne, un feu follet nommé Neymar qui a déjà pris rendez-vous avec ses futurs coéquipiers mais également ses futurs adversaires en Liga, la fin de match n’est qu’une formalité pour le Brésil.

Pour la troisième fois consécutive, le Brésil remporte la Coupe des Confédérations. La déroute espagnole est plus qu’étonnante. On pourrait trouver de nombreuses excuses à cette défaite, mais les champions monde ont affronté une très belle équipe du Brésil : pressing incessant, intensité sur chaque duel, provocations balle au pied, qualité technique. Dès les hymnes, on aurait presque pu lire la suite du match. La détermination brésilienne était ahurissante et contrastait avec le sérieux espagnol qui trahissait presque un manque de sérénité. Le Brésil a frappé un grand coup dans l’optique de sa coupe du monde. Néanmoins, aucun pays vainqueur de la Coupe des Confédérations n’a remporté la Coupe du Monde l’année suivante. Au Brésil de faire déjouer les statistiques.

La soirée se termine par la remise des trophées :

–  Podium des meilleurs buteurs avec dans l’ordre : Torres, Fred et Neymar

– Meilleur gardien : Julio César

– Podium des meilleurs joueurs avec dans l’ordre Neymar, Iniesta et Paulinho

– Trophée du Fair Play : l’Espagne.

Thiago Silva peut enfin soulever la coupe, un geste qu’il aimerait bien répéter dans un an. Vient l’heure de quitter le Maracanã. Bientôt il sera l’heure de quitter Rio de Janeiro. Ah Rio ! Son Christ Rédempteur, son Pain de Sucre, Copabacana, Ipanema, ses soirées endiablées. Je ne suis pas encore parti, mais Rio me manque déjà.