Puerto Ordaz, mardi midi. J’arrive au Terminal d’autobus où Luis vient gentiment me chercher. Le match ne commence qu’à 19h30, mais toute la ville ne vit que pour ça : Vénézuéla / Uruguay. Après avoir récupéré ma place, nous rejoignons les amis de Luis, qui m’accueilleront généreusement pour la nuit et le jour suivant. Rhum à la main, tous se préparent tranquillement à se rendre au stade. Plus le temps passe, plus le groupe s’agrandit  et vers 16h/16h30 on se met en route pour le stade CTE Cachamay, hôte habituel des Mineros de Guayana.

Une petite demi-heure de marche plus tard et nous voilà à l’entrée du stade. Très rares sont les personnes qui ne portent pas le maillot de la Vinotinto et nombreuses sont les femmes et jeunes filles, ce qui, je dois bien l’avouer, n’est pas pour me déplaire. Plus de deux heures avant le coup d’envoi, le stade est déjà bien rempli. En effet, toutes les places non VIP ne sont pas numérotées et il faut donc arriver le plus tôt possible pour s’installer avec ses amis. Au final, le stade n’affichera pas complet, mais seul un coin de la partie haute (Rio Paragua) restera vide.Tequeños, pop-corn, chips, boissons diverses (non alcoolisées) nous sont proposés directement dans les gradins à des prix abordables. En attendant l’entrée des joueurs, le public se chauffe : quelques chants, des « Ola » lancées et suivies par tout le stade.

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A un peu moins de 30 minutes du coup d’envoi, les joueurs font enfin leur apparition sur la pelouse. Les Uruguayens sont les premiers à sortir du vestiaire et se font bien évidemment huer comme il se doit. La chanson officielle de la Vinotinto pour les qualifications au mondial brésilien résonne dans le stade avant que la composition des équipes ne soit annoncée. Jusqu’alors plutôt confiant pour le Venezuela, la composition de la Celeste m’a fait redescendre sur terre. Equipazo comme le disent les hispanophones, c’est-à-dire une grosse équipe. Suarez a beau être suspendu pour ce match, le 11 uruguayen ferait peur à n’importe quelle sélection mondiale. Forlan, Ramirez et surtout Cavani en trio offensif, une charnière Lugano-Godin habituée au football international, rodée au combat et, qui plus est protégée par le duo Gargano-Perez. J’ai bien peur que la Vinotinto ne fasse pas le poids face à cette Celeste. Mais, après tout, la Colombie de Falcao est bien venue s’incliner ici même à Puerto Ordaz. Côté Venezuela, Farias a choisi de faire confiance à Feltscher pour aider Rondon en attaque. L’association Rondon/Aristeguieta qui avait parfaitement fonctionné face à la Colombie n’a pas été renouvelée. Un choix étrange quand on connait la capacité d’Aristeguieta à être généreux, à se coltiner les défenses rugueuses et ainsi à libérer Rondon.

On s’approche désormais du coup d’envoi et les équipes font leur entrée sur la pelouse pour les hymnes. L’ambiance est géniale et va encore franchir un palier avec l’hymne national. Quelques sifflets accompagnent le bel hymne uruguayen, le stade trépigne d’impatience. Le moment tant attendu arrive. Les premières notes du « Gloria al bravo pueblo » résonnent et tout le stade, debout, se met à chanter. Vers la moitié de l’hymne, la musique s’arrête, les gens continuent et redoublent même d’intensité. L’hymne se termine donc a capella, j’en ai encore la chair de poule rien que d’y repenser. Le stade est chaud bouillant, le « Yes, we can » local (Sí se puede) est repris en cœur, le match peut débuter.

Première surprise, l’Uruguay se positionne très haut, exerçant un pressing dans le camp vénézuélien. La Celeste entre donc mieux dans le match, mais la charnière Tuñez-Viscarrondo contrôle plutôt bien les attaques uruguayennes et petit à petit le match s’équilibre. Il ne se passe pas grand-chose, mais la tension est permanente. Chaque semblant d’action est appuyée avec force par un public, qui vit le match, attaque et défend avec son équipe. Muslera subit le « ho hisse en**** local, qui est un peu plus violent au niveau des paroles, mais qui me décroche un large sourire.

Comme prévu, Rondon a des difficultés face à la charnière uruguayenne et doit sortir un mini exploit pour pouvoir décocher un tir que Muslera parvient à détourner en corner. Arango ne semble pas dans un grand jour, et le milieu de terrain a du mal à exister face à la paire Gargano/Perez. Peu de mouvement, les attaques manquent de rythme et ne pourront pas tromper la vigilance de l’arrière-garde adverse sans mettre un peu de folie. Tout cela contraste fortement avec les attaques de la Celeste. Les mouvements du trio offensif sont tout simplement impressionnants. Autant d’automatismes et de fluidité pour une sélection est suffisamment rare pour être signalé. Certes, Forlan est loin d’être au somment de son art, mais ses déplacements sont judicieux et parfaitement coordonnés avec les passes et actions de Ramirez et Cavani, ou même de Rodriguez. Mais, le plus impressionnant reste Edinson Cavani. Tout ce qu’il fait est juste. Peu avant la demi-heure de jeu, l’attaquant Napolitain parvient à se faire oublier sur le côté droit. Il reçoit le ballon, entre dans la surface, évite le retour de Cichero, se recentre quelque peu et place un frappe du gauche qui termine au fond des filets. Le stade devient tout d’un coup bien silencieux. Le meilleur joueur sur le terrain vient de faire la différence et quand on voit le sérieux mis par la Celeste pour ce match, on se dit qu’il sera bien difficile d’aller chercher la victoire.Tout comme le public, les joueurs vénézuéliens sont assommés par cette ouverture du score. Cristian Rodriguez transperce le milieu de terrain avec une facilité déconcertante avant d’offrir le ballon à Cavani qui voit son tir passer à gauche des buts de Hernandez. La fin de la première mi-temps est compliquée pour la Vinotinto qui, clairement, accuse le coup. On en reste là, fort logiquement, l’Uruguay mène 1/0 à la mi-temps.

Cette mi-temps est alors marquée par le sceau de la bêtise. Des supporters se battent entre eux au niveau du Rio Caroni (tribune basse du stade). La Guardia Civil et les stadiers interviennent, mais ont bien du mal à contrôler ce « fight » et se prennent également quelques coups. Ce triste spectacle ne doit pas pour autant occulter la bonne ambiance générale du match. La deuxième mi-temps reprend avec les mêmes 11. La Vinotinto cherche à tout de suite emballer la rencontre et le public suit parfaitement le mouvement. Malheureusement, comme elle sait très bien le faire, la Celeste se positionne bas sur le terrain, le milieu fait bien le job et la défense se montre très solide. Difficile donc de mettre beaucoup de rythme et on se dit surtout qu’en contre, l’Uruguay peut plier définitivement la rencontre. Très vite, Farias décide de faire entrer Aristiguieta à la place de Feltscher. Si le nantais a beaucoup de mal à entrer dans son match, sa présence sur le terrain va permettre à Rondon d’être plus libre et d’avoir plus d’espace. C’est maigre certes, mais l’intention est là et avec le cœur, la Vinotinto va essayer d’aller chercher cette égalisation. Néanmoins, à aucun moment l’Uruguay ne va sembler être en difficulté. Toujours en contrôle, jamais dépassée, la défense maîtrise et la Celeste dicte le rythme du match. Cavani est énorme, tant offensivement que défensivement où il revient sans cesse aider ses coéquipiers, assurément l’homme du match.

Les minutes passent et toujours pas la moindre véritable occasion à se mettre sous la dent. Expérimentés, les Uruguayens savent faire la faute tactique intelligente qui vient casser le début d’action adverse. Rincon en fera de même. Seul problème, il avait déjà un carton jaune et doit donc laisser ses coéquipiers à 10 pour les 5 dernières minutes.  A l’abordage en fin de match, un corner de la dernière chance, Danny Hernandez monte, le ballon ressort de la surface et revient sur Rosales dont la frappe contrée termine au ras du poteau de Muslera. Il s’agit là de la seule occasion nette de la Vinotinto de la deuxième mi-temps. On en reste donc là. Comme souvent en Amérique du Sud, une fois la fin de match sifflée, la situation devient assez houleuse. Ça c’était déjà chauffé dans les dernières minutes suite à un coup de Caceres sur Rosales qui devait quitter momentanément le terrain pour saignement. Le banc vénézuélien, ne comprenant pas l’absence de décision du corps arbitral, se retrouvait au bord du terrain, prêt à entrer sur la pelouse. Après le coup de sifflet final, le banc s’est donc retrouvé sur le terrain pour de mini affrontements avec les homologues uruguayens et quelques joueurs. La Guardia Civil étant très vite intervenue, rien ne s’est donc vraiment passé, mais l’intention était là.

L’Uruguay avait parfaitement préparé son match, ce que Lugano confirmera plus tard en nous relatant que les joueurs se contactaient depuis des mois pour parler et préparer ce rendez-vous (comme quoi, il n’y a pas de secret). La Celeste l’emporte logiquement 1/0 sans briller. Pour la Vinotinto, il s’agit là d’une terrible désillusion. Avec le même nombre de points que la Celeste à l’issue de la rencontre, mais avec un match de plus au compteur, le rêve brésilien s’éloigne et le Venezuela ne connaîtra probablement pas sa première phase finale de Coupe du Monde de son histoire.

Rusko