Daniel Riolo
Daniel Riolo

Journaliste, auteur et célèbre chroniqueur dans l’émission l’After Foot sur RMC, Daniel Riolo est également l’auteur du livre « Racaille Football Club ». Pour notre plus grand plaisir, il a accepté de nous rencontrer et revenir sur sa passion, sa vision du métier de journaliste et du football. 

LA DECOUVERTE DU BALLON ROND

Comment avez-vous découvert et développé un intérêt pour le sport ?

Autant que je me souvienne, il y a toujours eu un ballon dans mon enfance. Cela faisait partie de ma vie. J’habitais dans une rue pavillonnaire et on jouait au foot dans le quartier avec les copains. Quand je retournais en Italie, pendant les vacances, je jouais aussi beaucoup au foot avec mes cousins.

Quel est votre premier souvenir de football ?

En fait, j’en ai plusieurs. Le tout premier est la finale de 1976 entre Saint-Etienne et le Bayern Münich. J’étais devant la télé, à l’époque en noir et blanc. J’avais 6 ans et devais aller à l’école le lendemain. Mes parents m’ont autorisé à ne voir que la première mi-temps et je n’ai malheureusement pas vu la seconde période

Par la suite, mes parents ont acheté une télé couleur et vient alors LE choc visuel : Tout d’abord le match aller Saint Etienne / Liverpool en 1977 puis surtout le match retour à Anfield. Les couleurs, le but de Bathenay… Quel choc !

Tout le monde était supporter de Sainté. C’était une véritable « fièvre verte » dans laquelle je me suis laissé emporter. A cette époque, je ne pensais même pas qu’il existait d’autres clubs de foot. Le concept de championnat, je n’en avais pas conscience. Je savais que le foot se jouait à 11 mais je pensais qu’il y avait une équipe, un club, Saint-Etienne, qui jouait des matchs et les gagnait. Tous mes premiers souvenirs sont là. La même année, la coupe de France oppose Reims et Saint-Etienne. Reims ouvre le score, Sainté n’arrive pas à marquer et je me revois pleurer. Au final, Sainté l’emportera grâce à deux buts en fin de match de Bathenay et Mercadier. Il vient ensuite le match France / Bulgarie en 1977 et la découverte des bleus, Platini et la joie autour de cette rencontre. Les Bleus vont jouer la coupe du monde mais je ne comprends pas pourquoi ce match provoque autant de bonheur. J’apprends alors qu’il y avait super longtemps que la France n’avait pas participé à un mondial.

Quel fut votre premier match en tribune ?

La première fois que je vais au stade, ça doit être un France / URSS, avec Platini et le gardien de l’URSS, Dassaev dont tout le monde me disait que c’était un monstre.

Comment êtes-vous devenu supporter du PSG ?

En grandissant, je suis en âge de comprendre qu’il existe d’autres clubs de football et qu’il y en a un juste à côté de chez moi. Je me dis à ce moment là que c’est ce club qu’il faut que je découvre et que je regarde. Le PSG, je ne connaissais pas. Mes parents n’étant pas français, je ne pouvais pas avoir de transmissions et d’héritage footballistique. En Italie, la famille se partageait entre la Juve et l’Inter. J’ai tout doucement découvert le PSG. Mais à cette époque, les matchs ne passaient jamais à la télévision. Je ne savais pas si le club avait beaucoup de supporters. Il n’y avait pas de vraie communication autour.

Un jour, les voisins m’ont emmené au Parc pour un match entre le PSG et Saint-Etienne. Les verts ne gagnaient jamais au Parc. Mes voisins étaient supporters de Saint-Etienne. Et la BING, Paris marque. Tout le monde se met debout. Et je me dis « Putain, mais qu’est ce qui se passe ? ». J’étais petit et je croyais que tout le monde était pour Saint-Etienne. Je me suis dit alors « C’est bon ? On peut être pour le PSG ».

A quel âge avez-vous fréquenté régulièrement les tribunes ?

Quand j’ai commencé à pouvoir m’y rendre par moi même, j’ai commencé à aller au stade. Adolescent, le père d’un pote voulait bien nous y emmener. A 18 ans, j’ai eu une bagnole et j’étais en mesure d’y aller plus régulièrement. Au départ, j’avais peur et me posais des questions « Le Virage c’est chaud ! Est-ce que je vais y arriver ? » Et puis, petit à petit, j’ai fait le pas. J’y suis allé une première fois, j’ai regardé, observé …Parfois, c’était chaud le Parc à cette époque. Les premières années, j’appréhendais un but du PSG. Je me disais « Putain, ça être le feu, ils vont tous me tomber dessus ». C’était un peu pénible, mais j’étais pris par l’excitation alors j’y allais. C’était génial

Né en France, vous avez également des origines italiennes. Comment grandit-on avec cette double culture ? De quelle sélection vous sentiez-vous le plus proche ?

Je ne sais pas si tous les binationaux pensent comme ça, mais moi quand j’étais gamin, je voulais être 100% français. Je découvre ma binationalité lors du premier match de la coupe du monde 1978 entre la France et l’Italie. Le match avait lieu à 18h, juste après l’école. A cette époque, j’étais en CE1. En sortant de l’école, j’ai invité un copain à regarder le match à la maison. On était à fond pour l’équipe de France, avec Platini. Mon père était, quant à lui, supporter de l’Italie. Lacombe ouvre le score au bout de 38 secondes. Avec mon copain, on était comme des fous, on sautait de partout et mon père nous dit à ce moment là : « Vous devriez vous calmer. Le match vient juste de commencer. Ce n’est pas fini ». Au final, l’équipe de France perd le match. J’étais triste. Mon père, quant à lui, était content et je n’ai pas compris.

Après la coupe du monde, je suis parti en vacances en Italie et j’ai compris ce qu’était la binationalité. Et là, j’ai morflé ! J’ai passé tout l’été dans les buts à me faire canarder. Je m’appelais Jean-Paul Bertrand-Demanes et j’en ai pris plein la gueule. Je pleurais tous les jours. Mes cousins ne m’ont pas lâché : « toi, t’es le français, toi, t’es le français. Nous sommes Italiens et nous avons gagné ». C’était violent. Par ailleurs, à chaque fois qu’il y avait des gens, de la famille, des amis à la maison, ils me disaient que tous les bons joueurs français étaient italiens. Je ne sais pas comment ils faisaient pour en trouver autant mais ils faisaient exprès de me faire chier avec ça. Dans la série : « Daniel Bravo il est Italien, Platini il est italien ». Ils m’énuméraient tous les joueurs français avec un nom à consonance italienne, qui se terminent par un « i ». Platini, Baratelli, Genghini… Ils allaient même me chercher Bruno Baronchelli. Mais merde ! (rires). A chaque fois, je pleurais. Mes premières années de foot, je me rends compte que je pleurais beaucoup.

En 1982, j’ai pleuré et j’ai fait la fête en 3 jours. Pour le France / RFA, j’étais chez moi. Le lendemain, on partait en vacances en Italie. En France, le match avait été vécu comme un drame national mais en Italie, tout le monde s’en foutait de ce match. Les Italiens étaient déjà concentrés sur la finale. L’Italie l’emporte 3/1 et j’ai fêté la victoire avec mes cousins. Bah oui, j’étais Italien. La binationalité, ça a des avantages. T’as deux équipes en fait. En 1986, j’étais à fond pour l’équipe de France de Platini. La France bat l’Italie en 8ème. A 16 ans, ce sont les premières vacances où j’ai pu aller en Italie peinard. Mes cousins ne m’ont pas emmerdé. C’était chouette, mais comme Platini jouait déjà en Italie, forcément…

Par la suite, comment avez-vous évolué vis à vis de ces deux sélections ?

J’ai petit à petit abandonné l’équipe de France. A la fin des années 80, tout le monde a été renvoyé à ses origines, avec le discours de la gauche. Vous êtes patriote, vous êtes un raciste. Ok, si c’est ça, allez vous faire foutre ! L’histoire qu’on m’a racontée à ce moment ne me plaisait plus et n’était plus la mienne. Le discours de la diversité et de SOS Racisme, il n’y a rien eu de pire. Moi qui pleurais pour être français, j’ai alors lâché… Je me suis dit « Si tout le monde doit me renvoyer à ça, OK j’y retourne ». En grandissant, tout le monde disait que les Italiens étaient des tricheurs. C’était comme si on accusait mon père d’être un tricheur. Au bout d’un moment, ça me cassait les c*******. C’était la même chose avec les arabes qu’on accusait d’être des voleurs. Vous imaginez ? En 92 et en 96, je suis supporter des bleus évidemment, mais il y a un truc qui avait changé et qui s’était vraiment cassé. C’est une approche foot, bien évidemment. Mais je suis toujours resté extrêmement patriote.

A suivre … Dans la seconde partie, Daniel reviendra sur ses différents métiers et son approche du journalisme.

Propos recueillis par The Wolfman

Publicités