Patrick Guillou
Patrick Guillou

Suite de l’entretien avec Patrick Guillou. Dans cette seconde partie, il aborde son après-carrière, ses nouveaux métiers, sa vision du foot.

SON APRES-CARRIERE

Avec du recul, quel coéquipier/adversaire vous a le plus impressionné ?

Alex Dias en tant que coéquipier. Il n’aimait pas s’entraîner, quand vous faisiez des petits jeux avec lui, vous étiez sûr de perdre, mais le jour du match il vous gagnait des matches tout seul… Technique, fin, habile, rusé, opportuniste et réaliste.

D’une manière générale, je n’aimais pas joué face à des adversaires au petit gabarit et au centre de gravité très bas. Je me rappelle aussi d’un duel d’hommes face à Toni Cascarino. Pas la même morphologie, pas le même impact mais une vraie confrontation.

L’après-carrière est-elle une  appréhension pour un footballeur de haut niveau ?

Elle peut représenter une appréhension si elle n’a pas été anticipée. Après 23 mois de chômage pour préparer une alternative, un pécule pour amortir la chute de revenus, il faut absolument avoir préparé un projet de vie, un projet professionnel. Ne jamais oublier que la deuxième vie professionnelle sera plus longue que la carrière de footballeur.

J’ai passé mon bac, j’avais un Deug d’Allemand et une licence Staps quand j’étais joueur. J’ai passé mes diplômes d’entraîneur, un Master2 en marketing et la formation de Manager Général à Limoges après ma carrière. Après, il y a les rencontres et les opportunités qui en découlent. L’une d’elles m’a mené à Canal+.

Très rapidement, on vous retrouve comme consultant chez  Canal+. Pensiez-vous à cette reconversion lorsque vous étiez joueur ?

Non pas du tout. Je sais que j’étais un bon client pour les médias. J’avais un avis tranché, des convictions et je disais autre chose que « la victoire est à trois points » ou ce genre de banalités.  Mais aujourd’hui avec la multiplication des supports médias, je ne sais pas comment je me comporterais… Quoique !

Comment cette opportunité s’est-elle présentée à vous ?

Jean Guy Wallemme, mon ancien partenaire et coach à Rouen commentait les matches allemands sur Canal+. Il a accepté en cours de saison un poste d’entraîneur en Belgique. Il a proposé mon nom à Canal+. Michel Denisot était alors directeur des Sports. Il me connaissait depuis Châteauroux. Il a dit banco et me voilà dans la boucle. Alexandre Bompard, fils de mon ancien Président à l’ASSE, a succédé ensuite à Michel Denisot.  Il m’a maintenu sa confiance tout comme le fait aujourd’hui Cyril Linette.

Quelles sont les qualités requises pour être un bon consultant ?

Connaître un « peu » le foot, un sens de l’analyse perspicace, un vocabulaire varié et le sens de la synthèse.

Avez-vous suivi une formation ?

Non, pas de formation particulière. S’inspirer des têtes de gondoles de la chaîne, lire les journaux spécialisés, connaître les équipes et avoir le feedback du journaliste qui t’accompagne (Très souvent Jean Charles SABATTIER). Beaucoup d’échanges pour constamment s’améliorer. Je travaille autant aujourd’hui que je le faisais quand je jouais.

Vous commentez aujourd’hui les matchs de Bundesliga. L’approche du métier est-elle la même en Allemagne qu’en France ?

Non, je ne pense pas. En France, on fonctionne par castes. Les anciens joueurs défendent les joueurs, les anciens arbitres défendent les arbitres et les anciens coaches ne veulent pas tirer à boulets rouges sur leur corporation. En Allemagne, les Effenberg, Lehmann, Basler parlent beaucoup et surtout donnent leurs avis. Ils ne cherchent pas à séduire ou faire plaisir, ils essaient d’être le plus objectif possible sans tenir compte de l’affect. Demandez au football allemand ce qu’il pense des chroniques de Frantz Beckenbauer. Un autre exemple ? Mehmet Scholl est le consultant attitré de la première chaîne allemande pour les matches internationaux. Il a « critiqué » quelques performances des  joueurs du Bayern en étant également salarié des Bavarois. Résultat ? L’année prochaine, il sera uniquement consultant….

Désormais, vous travaillez pour Henner Sport afin de développer le sport en France et en Allemagne. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette activité ?

Je ne développe pas le sport en Allemagne. J’assure les joueurs. En cas de blessure temporaire ou définitive, j’assure le risque de perte de revenus. Il faut savoir qu’en cas de sinistre, les clubs,  passé une période définie, ne sont plus tenus de maintenir le salaire intégral. Dans ce cas précis, les joueurs font appel à nos services.

Envisagez-vous un retour dans un club de football ? Si oui, dans quel club et pour quel type de fonction ?

Une certitude, cela ne sera pas sur un terrain. De part mon parcours, j’aspire plus à un rôle stratégique. Nous sommes dans le football fiction car aujourd’hui cette opportunité ne se présente pas.

SA VISION DU FOOTBALL

Vous avez joué au poste d’arrière gauche. Ce poste a-t-il  évolué ? Si oui, dans quels domaines ?

Aujourd’hui, on n’hésite pas à faire jouer des latéraux avec une morphologie moins conséquente. Liza en est la parfaite illustration. Il a révolutionné le poste. Philippe Lahm. Des latéraux toniques qui défendent sans tacler en pressant le porteur de balle. Intelligence de jeu, concentration dans l’alignement, très sûr de leurs techniques, capables de relancer dans les petits espaces et excellents contre-attaquant.

Qui est pour vous le meilleur arrière gauche actuel ?

J’aime beaucoup David ALABA et Jordi ALBA.

Comment définiriez-vous la culture foot. Quel pays vous semble le mieux représenter la culture foot ?

La culture foot se définit selon moi par ses supporters, son identité et son projet de jeu. Il est clair que selon ces critères, l’Angleterre et l’Allemagne sont deux beaux exemples. En France, il y a Saint –Etienne, Lens et L’Olympique de Marseille.

On évoque souvent l’absence de culture Football (et plus généralement de sport) en France. Partagez-vous ce sentiment ? Quelles sont les grandes différentes entre la France et l’Allemagne ?

Nous ne sommes pas une grande nation de sport, sans une grosse culture de sports en salle par exemple. Les raisons ? J’aimerai bien voir l’évolution au niveau du nombre de licenciés en France si on pouvait avoir le rythme scolaire allemand.  Changer et moderniser les infrastructures seraient également un levier de croissance intéressant.

Quel regard portez-vous sur le championnat français ?

Nous avons le football que nous méritons !

Revenons un peu au football Allemand. Dans les années 2000, l’Allemagne a fait évoluer sa formation. Pour quelles raisons ? Comment l’Allemagne s’y est-elle prise ?

Elle s’est inspirée du football français et espagnol pour faire sa révolution après les fiascos de 1998 et surtout 2000. Des choix novateurs, un programme d’intégration, un programme de formation et surtout un programme de détection ont été mis en place. Aujourd’hui, les Allemands récoltent le fruit de leur dur labeur.

Outre cette évolution, quels sont pour vous les secrets de la réussite de ce football aujourd’hui ?

La réponse précédente résume la partie sportive. Ensuite la modernisation des enceintes sportives et leurs exploitations ont permis une assise financière non négligeable. La diversification  des sources de revenus, non télé-dépendante, la commercialisation et le marketing permettent aux clubs allemands d’attirer et de fidéliser un nouveau public. Aurons-nous les mêmes possibilités d’exploitation pour nos stades après l’Euro 2016 ?

Quelles sont  les spécificités du football Allemand ?

Les vertus ancestrales : travail et rigueur. Viennent s’ajouter aujourd’hui la discipline tactique et des joueurs plus fins techniquement. Il ne faut pas oublier la préparation physique au top également.

La Bundesliga reste assez peu médiatisée en France (par rapport à l’Angleterre par exemple). Comment l’expliquez-vous?

Elle est d’abord historique. Puis il y a le manque d’intérêt. Peut-être que les défaites historiques de l’Equipe de France (1982-1986) ou des clubs (1976) n’ont pas favorisé cet intérêt. Les stars internationales préféraient également s’exporter plus en Angleterre, en Italie qu’en Allemagne. Les choses sont en train de muter. L’arrivée de Guardiola en est la parfaite illustration.

A l’inverse, quels regards portent les Allemands sur notre football français ?

Ils ont vraiment une fascination pour Zinedine Zidane. Sinon le grand public allemand s’intéresse autant au football français que le public français regarde le football allemand. Pourtant ces dernières années, il y a eu de beaux ambassadeurs du foot français en Bundesliga : Lizarazu, Sagnol, Ismaël, Micoud, Ribéry.

En France, on ne voit le football allemand qu’à travers le Bayern Münich et le Borussia Dortmund. Quelles  équipes suivies en France nous conseilleriez-vous de regarder de plus près ?

Le SC Freiburg et l’Eintracht Franckfurt : à la fois pour le jeu pratiqué  ainsi que pour leurs conceptions du foot.

Quels joueurs de Bundesliga pas ou peu chers recommanderiez-vous pour des clubs français ?

Chaque club français dispose d’une cellule de recrutement. Proposer des noms serait injurieux pour les personnes en poste. Ils m’arrivent cependant de donner mon avis sur un joueur quand on me le demande.

Les performances de clubs comme Wolfsburg, Hoffenheim, Hambourg ne semblent pas en adéquation avec leurs budgets et objectifs ? Pour quelles raisons ?

Il y a eu dans un passé récent concernant ces clubs, une concentration du pouvoir autour d’une seule personne. Lorsque cette personne part, les rôles sont redistribués et naissent des luttes intestines. La nature a horreur du vide ? Du coup certains postes sont occupés par des « Mozart du football ».

Pourquoi les clubs récemment champions (Stuttgart, Wolsfburg) n’ont pas su confirmer les saisons suivantes ?

Parce que la Champions League « pompe » un jus énorme. Ces équipes ne sont pas prêtes psychologiquement à franchir ce cap. Elles n’ont pas non plus un effectif étoffé pour pouvoir jouer deux compétions d’une telle intensité.

L’année prochaine, Josep Guardiola remplacera Jupp Heynckes sur le banc du Bayern Münich. L’arrivée de Guardiola peut être une véritable pub pour la  Bundesliga et améliorer la visibilité de ce championnat ? Comment est perçue cette arrivée en Allemagne ?

L’entraîneur le plus titré de ces dernières années rejoint le club le plus titré d’Allemagne. Tout est dit ! Attention cependant si Jupp Heynckes gagne les trois titres cette année.

Que peut apporter sportivement Guardiola à une équipe qui frôle déjà la perfection (meilleur début de saison de l’histoire de la Bundesliga, champion d’Allemagne à 6 journées de la fin, toujours en lice en ligue des champions) ?

L’avenir nous le dira !  Mais certainement de nouveaux joueurs de dimension internationale. Beaucoup auront envie de travailler sous ses ordres.

Au Bayern, les dirigeants bavarois sont influents et communiquent beaucoup. Ce mode de fonctionnement ne peut-il pas être un frein à la réussite de Guardiola, lui qui avait le contrôle total du club catalan ?

La qualité première d’un entraîneur est d’être capable de s’adapter. Regardez, vous verrez sa première conférence de presse sera en Allemand. J’en suis sûr.  Il arrive dans nouveau pays avec de nouvelles règles et de nouveaux modes de fonctionnement. Guardiola était extrêmement intelligent sur un terrain lorsqu’il jouait. Il saura trouver les solutions pour espérons le donner une nouvelle dimension au FC BAYERN

Un grand merci à Patrick  pour sa disponibilité et sa gentillesse.

Retrouvez la première partie de l’interview

Propos recueillis par The Wolfman

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