Sur le continent Sud-Américain depuis plusieurs mois, je ne pouvais me permettre de manquer l’opportunité d’assister à un SuperClasico, expérience plutôt rare pour nous autres européens. Je profite donc de quelques jours de libre à ma disposition pour prendre un vol direction Buenos Aires, l’Argentine, un pays qui respire le football.

Je m’étais renseigné avant pour obtenir une place. Toutes mes recherches ne m’ont pas servis à grand-chose, si ce n’est à m’apercevoir que le tourisme footballistique existe. Obtenir une place pour un SuperClasico est très difficile. Un des moyens les plus sûrs est de passer par des hôtels qui proposent des « tours » avec transfert aller/retour au stade et place comprise. Cette solution est très onéreuse mais certainement la plus sûre de toutes. Le bouche à oreille est une solution possible. En effet, n’importe qui peut connaître une personne qui revend des entrées. C’est certainement la solution la moins chère, mais elle comporte un gros risque : Le faux billet. Enfin, LA dernière solution est de se rendre directement au stade, de chercher les revendeurs (qui peuvent également vendre de fausse entrée) ou de tenter l’improbable : se coller à la foule qui entre dans le stade à la dernière minute. Je n’ai vu personne la pratiquer, mais on m’a dit que c’était monnaie courante. Finalement, je trouve, avec beaucoup de chance, une personne qui revend une place et qui m’assure l’entrée au stade puisqu’elle a une place située juste à côté de la mienne. Le prix est conséquent, mais l’opportunité d’assister à un Boca/River l’emporte sur la santé financière de mon compte en banque.

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Avec mon partenaire, nous nous retrouvons près de 2h30 avant le début du match. Afin d’éviter les bus bondés et peu sûrs à l’approche du match, nous décidons de faire une petite demi-heure de marche et nous voici face au mythique stade Alberto Jacinto Armando, plus connu sous le nom de Bombonera. Le match ne commence que dans 2h environ mais le stade est déjà bien rempli et les chants pleuvent. La descente de River en division B il y a deux ans inspire tout particulièrement les supporters de Boca et les insultes sont bien évidemment présentes dans les différents chants de le barra (la 12). La partie du stade réservée aux supporters de River est pleine, mais de là où je suis situé, je peine à les entendre et il faut quelques secondes de silence entre les différents chants des supporters du Boca pour se rendre compte que les supporters de River chantent également. A mon grand étonnement, seuls les gardiens sortent s’échauffer sur la pelouse. J’en déduis que les joueurs ont un espace réservé dans les vestiaires pour s’échauffer. A quelques minutes de l’entrée de joueurs sur la pelouse, le stade est en effervescence, les supporters chantent de plus en plus fort. C’est tout simplement impressionnant. Les joueurs de River entrent du côté du but situé du côté de la barra 12, à l’opposé de leurs supporters. Un protocole qui permet de faire sentir un plus la pression sur les joueurs adverses. Les joueurs de Boca entrent quant à eux, en latérale, au centre du terrain.

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Les petits papiers volent, les longs papiers descendent depuis le haut des tribunes pour échouer sur le terrain. En quelques secondes, ils sont évacués et le match peut commencer. Je ne connais presque aucun joueur sur la pelouse mis à part Iturbe, Riquelme et Trezeguet (tous deux blessés). Je ne sais donc pas trop à quoi m’attendre.

Le match démarre sur les chapeaux de roues. Boca n’est pas très bien rentré dans la partie. Sur la première action du match, Sanchez centre pour la tête de Lanzini, qui la joue finement et trompe Orion. Pas de quoi éteindre la Bombonera pour autant, bien au contraire puisque les chants redoublent d’intensité. Le jeu est rude, les contacts sont permanents et l’arbitre laisse jouer : tirage de maillot, appui sur duel aérien, rien n’est sifflé. Les tacles sont donc rugueux mais corrects pour la plupart. Le match se poursuit avec un Boca toujours aussi apathique, notamment en défense. River fait bien circuler le ballon. Les joueurs affichent une belle qualité technique, jouent dans les petits espaces. Certaines phases de jeu sont très agréables, même si globalement le niveau est loin d’être exceptionnel. Petit à petit, Boca refait surface, mais ne se crée pas d’occasion pour autant. River contrôle plutôt bien et on semble se diriger vers ce score de 0/1 à la mi-temps lorsque, suite à un bon travail de Erviti à l’entrée de la surface, Silva ajuste Barovero pour remettre les deux équipes à égalité. La Bombonera explose littéralement. Tout le stade est debout, tout le monde chante, crie, hurle. Contre le cours du jeu, Boca est revenu dans la partie et s’en sort plutôt bien avec ce score de 1/1 à la mi-temps.

Pour patienter en attendant le retour du spectacle, même si le vrai spectacle est bien plus en tribune que sur le terrain, des Poms-Poms girls viennent nous distraire à la mi-temps. La deuxième mi-temps reprend sur le même rythme dans les tribunes. Sur le terrain, les choses sont différentes. C’est bien l’équipe de Carlos Bianchi qui prend les choses en main et s’installe dans le terrain du River. Les Xeneizes ont, semble-t-il, pris la mesure de leur adversaire. Cependant cette domination ne se traduit pas en termes d’occasions de but.  Le combat physique, lui, n’a pas changé et les duels sont toujours aussi âpres.

L’ambiance est de plus en plus chaude, et lorsque Diaz, l’entraîneur de River, est expulsé, c’est tout un stade qui se lève pour le raccompagner aux vestiaires. Notez que pour retourner aux vestiaires, Diaz doit traverser le terrain et se rendre vers la barra de Boca pour emprunter le tunnel. Le match s’arrête donc quelque temps, histoire de gonfler le tunnel, de faire entrer quelques policiers pour protéger Diaz en cas de débordements des supporters de Boca. L’interruption est de courte durée et le match peut reprendre, pour quelques minutes seulement. En raison de l’apparition de fumigènes, l’arbitre interrompt la rencontre. Chants, pétard et fumigènes : L’ambiance est indescriptible et je n’ai pas de mot pour décrire ce que je suis en train de vivre.

Après quelques minutes d’interruption, le match reprend son cours pendant que des lances à incendies sont utilisées pour « punir » les supporters. Malgré une nette domination de Boca et 10 minutes de temps additionnel, les occasions se font rares. Le match est de nouveau interrompu. Alors que Boca s’apprête à jouer un corner, le gardien de River vient se plaindre des pétards tirés par les supporters derrière lui. Finalement, le corner peut se jouer et Boca obtient la plus grosse occasion de la deuxième mi-temps. Le ballon termine dans les pieds d’un attaquant qui parvient à frapper. Tout le stade croit au but mais Barovero s’interpose parfaitement. Les toutes dernières minutes sont plutôt à mettre à l’avantage de River. La tension est palpable. Un des membres du staff de Boca se fait exclure. L’arbitre ajoute deux nouvelles minutes de temps additionnel, le temps pour Guillermo Burdisso d’effectuer un tacle assez violent et de se faire expulser à son tour.

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L’arbitre siffle la fin du match, au cours duquel, Boca aura semblé légèrement supérieur. Le  match nul 1/1 semble plutôt approprié. Les supporters de River quittent le stade petit à petit, pendant que ceux de Boca, chantent à la gloire de leur équipe. Je quitte le stade, heureux d’avoir eu le privilège de vivre ce spectacle. L’expérience de la Bombonera et le mythe Boca/River ne sont donc pas usurpés. Footballistiquement, ce n’est pas ce qui se fait de mieux au monde, loin de là, mais l’ambiance est exceptionnelle. Les gens vivent pour leur club, vivent pour le foot. Peut-être aurai-je la possibilité d’assister à d’autres matchs avant de quitter Buenos Aires ? Affaire à suivre …

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