Ville magique, enivrante, Barcelone est une ville pleine d’histoire, de monuments et de parcs aussi splendides qu’interloquant comme la Sagrada Familia ou le Parc Guëll. Ville Olympique à l’image du quartier Montjuic, à la vie Nocturne sympathique quand on se promène dans le quartier El Born ou sur La Rambla.

Mais Barcelone est aussi une ville qui abrite l’un des clubs les plus importants du monde : le FC Barcelone. L’omniprésence du club dans le paysage local est incroyable : Il n’existe pas un quartier où on ne peut pas acheter de place pour un match du Barca. L’Espanyol, autre club de football de la ville, est quant à lui, absent du paysage local et de toutes places touristiques et le contraste avec le club pensionnaire du Camp Nou est édifiant.

En cette très belle journée du 10 avril 2013, le 1/4 de finale retour de la ligue des champions entre le FC Barcelone et le Paris-Saint-Germain est l’évènement de la journée.Tenue en échec sur sa pelouse 2/2 (ou devrais-je dire accrochant le FC Barcelone), l’équipe de Carlo Ancelotti n’est pas en bonne position statistique en venant en Catalogne. Néanmoins, avec ce match nul, le Pari-Saint-Germain s’est gardé le droit de rêver. Du côté Catalan, l’incertitude autour de la titularisation de Leo Messi est confirmée et le prodige argentin prend place sur le banc. Malgré tout, l’équipe proposée par Tito Vilanova reste impressionnante, Fabregas remplace Messi. Cela aurait pu être pire non? Dans des conditions idéales pour jouer au football, dans un des temples du football mondial comme le Camp Nou, on peut difficilement rêver mieux.

L’ambiance de ce Camp Nou en mode « sold out » est incroyable. L’analyse du journaliste de Didier Braun (Lequipe) sur la perception du Camp Nou prend alors tout son sens :

« Au Camp Nou, l’ambiance n’est pas toujours aussi brûlante qu’on l’imagine. Il arrive assez souvent que les arènes sanglantes se transforment en théâtres pour doctes connaisseurs. Mais l’immense stade est habité, et l’esprit de ses visiteurs le sent, et leurs jambes aussi. Depuis tout en bas, regarder les gradins vides en donne toute la dimension. Un Bonaparte d’aujourd’hui pourrait évoquer l’histoire qui vous contemple du haut de ces tribunes. Au Camp Nou, le terrain n’est pas non plus aussi grand qu’on le pense. Mais le jeu barcelonais crée une illusion. Qui entre sur cette pelouse de légende doit s’attendre à croire, selon qu’il aura le ballon ou non, qu‘un mécanisme secret en modifie les dimensions. Quand le Barça a le ballon – c’est généralement le cas pour plus de 60% du temps de jeu -, l’adversaire harassé finit par être persuadé que le terrain est immense. Puis, quand à force de patience et de ténacité, il l’a enfin récupéré, ce ballon, il a soudain l’impression que le terrain a rétréci. Y’a un truc ? ».

A ce niveau, les joueurs peu expérimentés ont de quoi être timorés. Cela change de l’enfer d’Auguste Delaune ou de Marseille Donjon du Vélodrome.

Une heure de domination parisienne

La première mi temps est très étrange. Les 5 premières minutes sont conformes à ce qu’on attendait. Le Barca est oppressant dès les premières minutes. A l’image d’Alex, la défense parisienne a les jambes qui flageolent. Une faute de Verrati à l’abord des 20 mètres donne l’occasion à Xavi de provoquer les premières sueurs froides du côté français. Le coup franc de l’Espagnol frôle la lucarne de Sirigu et le PSG semble avoir déjà besoin de Ventoline. Cependant, le niveau s’équilibre assez rapidement et c’est le PSG qui va s’offrir les occasions les plus nettes de cette première mi-temps. En analysant de plus près, on s’aperçoit que le rythme est presque lent. L’intensité est sans aucun doute au niveau de la compétition. En revanche, Pastore, Motta ou Lavezzi, en multipliant les touches de balle, mettent un temps fou à changer le jeu, et à jouer la profondeur. Le PSG est parfois en mode L1 et c’est rageant. A l’écriture de ces mots, je n’ose imaginer la réaction de nos lecteurs. « Hein ? Mais qu’est ce qu’il dit lui ? ». Encore une fois, on est toujours dans le contexte du niveau d’analyse. Où place-t-on le curseur ? Le Barca a donné une fenêtre au Paris-Saint-Germain, mais ce dernier n’en a pas profité par manque de justesse à l’image d’un Lavezzi, auteur d’une prestation moyenne, ou à cause de choix douteux (frappe en force plutôt que frappe placée). Le nombre de frappe à 20 mètres passant 3 mètres au-dessus de la transversale ou à côté des buts n’est pas acceptable. Ne pas marquer est une chose mais ne pas cadrer, à ce stade de la compétition, est assez surprenant. L’ambiance du Camp Nou est beaucoup moins festive que lors du début du match. La tension est palpable. Les visages des locaux sont tendus. La première mi-temps offerte par le PSG a complètement perturbé Barcelone et en a surpris plus d’un. Je tiens à rendre hommage aux supporters du PSG qui ont donné de la voix, n’ont cessé d’encourager leur équipe, obligeant le Camp Nou à siffler pour couvrir l’ambiance des visiteurs.

La deuxième mi-temps reprend sur les mêmes bases. Les Blaugrana sont toujours aussi peu inspirés. Sur une phase d’attaque rapide, le PSG ouvre le score par l’intermédiaire de Pastore. 0/1. A ce moment du match, le PSG est qualifié pour la suite de la compétition. Les supporters parisiens lancent des « on est chez nous » , « Ici c’est Paris ». Le plus drôle aurait été de le faire en espagnol. « Aqui es Paris». Barcelone est vraiment fébrile : les passes sont mal ajustées, le mouvement est moins fluide, les joueurs moins mobiles. Le public siffle chaque mauvais choix, mauvaise passe ou erreur technique. Le PSG continue son jeu parfaitement huilé mais si peu efficace. Encore des occasions pour Pastore ou Lavezzi… Mais toujours pas de second but. Soudain, le stade se met à reprendre espoir. Un bruit si fort que l’on aurait pu croire à un pénalty sifflé en faveur du Barca. Leo Messi sort du banc et va s’échauffer. L’avance d’un but sera-t-elle décisive face à ce « pénalty » pour les locaux ?. Le numéro 10 barcelonais n’a que 15 ou 20 minutes dans les jambes, ses accélérations balle au pied seront faméliques mais qu’importe. L’impact de Messi va au-delà du simple football. Son boost est aussi psychologique. L’équipe sans lui est comparable au junkie en pleine overdose face à ce PSG. Messi est la piqure dans le cœur, le shoot d’adrénaline. Dès son entrée, des modifications apparaissent dans le jeu des catalans. Le Barca joue plus haut et les coéquipiers du quadruple ballon d’or sont meilleurs à l’image de Pedro ou Inesta.

Messi est arrivé, sans se presser … Barcelone qualifié en 1/2

Bizarrement, le PSG semble bien gérer son entrée. C’était jute le temps que Messi règle la mire. L’argentin n’aura besoin que d’une fenêtre de tir face à un organisation parisienne frisant la perfection. Une passe qui casse le dos du bloc défensif parisien, repoussant cette dernière sur Pedro libre de tout marquage. La frappe de l’espagnol finit dans le petit filet de Sirigu, qui ne peut que constater les dégâts. Le banc blaugrana exulte, le Camp Nou explose, à en faire mal aux oreilles.

1-1. Barcelone reprend alors la tête pour la course à la qualification. Le PSG est amorphe, les entrées de Gameiro et Beckham pour Lavezzi et Verratti n’y changeront rien ou presque. Les parisiens ont laissé passer leur chance en première mi-temps, incapables de faire le break. Avec deux buts d’avance avant l’entrée de Messi, le matelas aurait certainement été décisif. Carlo Ancelotti et beaucoup de spécialistes avaient clairement dit que les visiteurs se devaient de mettre au moins deux buts.

La fin du match retentit et le stade peut souffler. La performance du PSG a désynchronisé la partition de FC Barcelone et plongé le Camp Nou dans un stress pendant plus d’une heure comme rarement il aura été. Le PSG et ses supporters peuvent être frustrés du match ce soir comme les Blaugrana l’ont certainement été à l’aller. Mais cette élimination est finalement logique. « Le PSG méritait de passer » est une phrase qu’on a entendue dans l’analyse de ce match. Mais qu’est-ce que signifie le mérite dans le sport professionnel ? Pas grand chose. Essayons quand même de prendre en compte le mérite. Quand on ne saisit pas les opportunités qui s’offrent à soi, quand on ne capitalise pas avant l’ouragan Messi, on ne mérite rien. La capacité à saisir les opportunités, c’est aussi la différence entre les deux équipes sur les deux matchs.

Je me permets de revenir sur mon propos de la fin de la première mi-temps. Le PSG a été superbe, énorme dans l’engagement. Mais au delà de l’expérience, qu’est ce qui a manqué au PSG ? Certainement de la précision, de la vitesse d’exécution indispensables pour réussir en Ligue des Champions. Et là, le niveau de la L1 pose problème. En effet le championnat de France n’impose pas une intensité, un niveau suffisamment important. Le gap entre les deux compétitions est donc titanesque.et le club de la capitale en souffre. Je prends l’exemple de Javier Pastore. Il a été sublime ce soir, plus volontaire et plus rapide qu’en L1. Mais ce n’est pas assez pour le top niveau européen. Il doit l’être encore plus. Alors on peut parler de recrutement mais la n’est pas réellement mon propos. A mon sens, c’est la répétition des rencontres de haut niveau qui permettra à ce club d’aller plus loin. Le club doit s’imposer de jouer un maximum de matchs de L1 comme des matchs de coupe d’Europe afin que l’écart soit le moins grand possible. Le PSG ne doit plus être considéré comme un club de L1 mais comme un club européen.

Les supporters du PSG ont vibré et ont vécu un match intense, stressant, et beau. Les amateurs de football neutres auront vu un 1/4 de Ligue des Champions, avec un Barca très moyen (à cause du PSG bien entendu) jouant sans Messi pendant une heure face à un PSG terriblement inefficace. Une inefficacité très certainement responsable de son élimination. Pour les amateurs de football, ce deuxième acte a été intense, très intéressant. Mais auront-ils vu un excellent match de Ligue des champions ? Si les commentaires sont dithyrambiques sur le PSG (vu en Europe comme un club moyen), c’est en parti parce que beaucoup voulaient voir tomber le Barca et ont pris plaisir à voir ce géant Goliath trembler et proche de se faire terrasser par David. A titre de comparaison, le PSG a été bien meilleur à Valence au regard des standing européen.

A travers cette expérience européenne, le Paris-Saint-Germain a validé une première phase de son projet. Les fondations sont coulées et devront être plus solides afin d’aller plus haut et d’atteindre l’objectif d’être un acteur majeur sur la scène européenne à l’image de Manchester United, du Bayern, du Barça ou de la Juve.

Encore bravo au PSG, à ses magnifiques supporters ce soir. Le plus dur reste à accomplir