Quoi de plus logique que d’assister à la rencontre entre son club de cœur et le club de sa ville où on a passé plus de 27 ans de sa vie, club que l’on a suivi de la Division d’honneur à la CFA au vieux stade Auguste Delaune ? En arrivant au très beau stade Auguste Delaune (quand bien même niveau parking c’est une vrai catastrophe), l’excitation et l’effervescence sont palapbles pour une ville qui n’a pas connu l’ivresse d’une soirée de football depuis plus de 30 ans. Même la demi-finale de la coupe de la ligue perdue par Reims à domicile face à Bordeaux (2/1) en 2007 n’a pas procuré autant de mouvements et d’attente comme en témoigne la sortie des parisiens de leur hôtel Rémois. Mais Reims est une ville de football particulière, coupée en deux entre supporters parisiens et marseillais et avec Reims en back up pour beaucoup de gens de la ville.

Le stade affiche complet, 22000 personnes. Il est dommage de voir que beaucoup de sièges visiteurs sont vides. Tant pis. Le PSG booste les ventes et il règne une grosse ambiance dans le stade. Les commentaires restent néanmoins pessimistes et beaucoup se demandent combien de but le Stade de Reims va encaisser.

La composition des deux équipes est sans surprise. Reims joue avec deux défenseurs titulaires : Taccalfred et Mandy. Dans cette équipe, il n’y a pas de stars mais de très s dribbleurs à l’image de l’intermittent Diego et  OdaÏr Fortes, sans oublier le très bon attaquant Courtet. Côté parisien, l’équipe qui a humilié Valence au Mestalla est reconduite par Ancelotti, à l’exception de  Jallet et Maxwell remplacés par Van der Wiel et Armand. J’ai lu et entendu beaucoup de choses sur ce match : « C’est dur de jouer contre un bloc bas, c’est un terrain indigne de la L1, le niveau d’implication état bien côté parisien ». Beaucoup de propos sont erronés mis à part ceux concernant l’état du terrain, dont la qualité est une véritable honte à la fois pour Reims, le PSG mais également pour les spectateurs et téléspectateurs.

Étrangement  la première demi-heure est rémoise. On assiste un peu au scénario du match aller. Reims ne joue pas bas, articule son jeu autour des coups de pieds arrêtés et force le PSG à jouer sur leurs points faibles, à savoir les côtés. Fortes fait un mal fou à Armand et Diego est intéressant. Les Rémois se procurent 3 ou 4 situations très chaudes, gâchées par la maladresse dans la finition (Courtet) ou dans la dernière passe (centres de Fortes). Sur l’une d’entre elles, Reims est tout près d’ouvrir le score mais le ballon est sauvée par Verratti. Sur le contre qui suit, Lavezzi prend de vitesse le défenseur rémois et s’en va défier seul Agassa, qui ne bouge pas. L’attaquant parisien perd son face à face et gâche une occasion de se rendre le match facile. » Lavezzi est un joueur superbe mais il n’a pas la finition d’un buteur.

Les deux équipes rejoignent les vestiaires sur un score nul et vierge. La première mi-temps des hommes d’Ancelotti est insuffisante. Le PSG est assez peu dangereux, s’en remet aux fulgurances de Lucas ou Lavezzi, le jeu est sans mouvement, sans permutation, Pastore malheureux sur son côté est handicapé par l’absence de solution.  On imagine forcement une réaction de la part du coach italien.

La deuxième mi-temps n’offrira malheureusement pas grand-chose de neuf. Les parisiens, situés plus haut gênent davantage les rémois mais ne proposent pas beaucoup de mouvements. Sur un des rares mouvements du PSG, « Ibra » marque un très beau but injustement refusé pour hors-jeu. Un fait de jeu regrettable pour le PSG mais qui laisse présager un changement d’attitude et de rythme du côté des rouge en bleu. Ce sentiment est appuyé par l’expulsion logique du rémois Glombard, coupable d’une seconde semelle et sanctionnée d’un second carton jaune. A 10 contre 11, Reims pousse et obtient un corner à la suite duquel tout le stade va chavirer de bonheur. Une erreur défensive parisienne, aussi incroyable que le raté de Lavezzi en première mi-temps, permet à Krychowiak, l’ex éphémère bordelais, d’ouvrir le score. Il reste du temps et on s’attend à une manœuvre de Carlo Ancelotti. Verratti laisse sa place à Beckham, Menez et Gameiro remplacent respectivement Lucas et Pastore. Le PSG met alors la pression mais quoi de plus logique ? En vain. Le PSG s’incline à la grande surprise générale 1/0 à Reims en supériorité numérique.

Une déclaration de Leonardo controversée

A la sortie du match, Leonardo prend la parole : « On a peut-être une équipe faite pour l’Europe, basée sur le talent, la qualité de passes, pas pour ce genre de matchs ». Autrement dit, le PSG est une équipe construite pour jouer des gros matchs mais moins à l’aise contre des équipes plus faibles. Comment lui donner tort ? Il suffit de regarder le parcours de l’équipe depuis le début de saison :  Le club parisien répond très souvent présent lors des grand rendez-vous (que ce soit en championnat ou en LDC, même si le jeu proposé n’est pas celui escompté) mais souffre en revanche sur les matchs de championnat précédents la LDC. Ce genre de constat est également présent à l’étranger à l’image d’une équipe comme Schalke en 2010, à la peine en Bundesliga mais très performante en LDC.

Si on peut comprendre le propos de Leonardo, on peut néanmoins regretter la forme. Cette déclaration vient s’ajouter à la réponse pleine d’ironie1 du directeur sportif parisien (après le match PSG / OM de coupe de France) à ceux qui avaient osé émettre quelques réserves sur l’intérêt sportif de la venue de David Beckham. Elle vient, si besoin était, compléter la liste des critiques de Leonardo sur le niveau des entraînements et du football français2, sur le niveau des arbitres4, sur la presse et le public5 et alimente la guerre PSG contre le reste de la l1. Mais n’est ce pas finalement le but recherché ?

Samedi, malgré sa supériorité numérique sur le terrain et sa supposée supériorité technico-tactico-physique, le PSG trouve le moyen de s’incliner sur la pelouse du Stade de Reims. Leonardo a vu les erreurs et le mauvais match de son équipe à quelques jours de la réception de Valence en Ligue des Champions. Il va donc faire ce qu’un José Mourinho ne renierait pas le moins du monde : une déclaration choc afin de détourner les critiques et servir de paratonnerre comme peut le faire très souvent Jean-Michel Aulas.

Depuis samedi, les discussions autour du PSG tournent autour de la déclaration de Leonardo. Pourtant, il y a des choses à dire sur le jeu du club de la capitale. Pourquoi à la différence de Schalke en 2010, le PSG ne semble pas capable d’apprendre de ses erreurs ? Quid du de l’équipe de départ douteuse, du un jeu inexistant, du manque d’application, du coaching étrange ? A l’image de ce qu’il a réalisé contre l’OM, Carlos Ancelotti a donné l’impression de faire du match contre le FC Valence un modèle qui doit obligatoirement se répéter. Mais Carlo dépend beaucoup de l’attitude de ses joueurs et de leurs  mouvements. A Valence le mouvement sans ballon des parisiens (en particulier Ibrahimovic) a effectivement profité à Pastore, Matuidi et Veratti. A Reims comme face à Marseille, il n’y a rien eu de cela mis à part certains coups d’éclats individuels. Reims n’a pourtant rien proposé d’extraordinaire. Les hommes d’Hubert Fournier ont juste fait ce que toute équipe fait quand elle joue contre le PSG : implication, envie, détermination, plan de jeu respecté à la lettre. Cependant, c’est le PSG qui a les clefs en mains dans ce genre de match. Ce genre de résultat ne sera malheureusement jamais la victoire du petit mais toujours la faute du plus gros qui n’aborde pas le match comme il le faut en l1. Pourquoi ne pas faire justement une équipe « L1 » ? On pourrait imaginer une équipe comme ci-dessous

Sirigu (Douchez)

Jallet Armand (Camara) Sakho Tiéné (Armand)

Matuidi Chantome Veratti

Pastore

Gameiro Menez

Au final, n’en déplaise à Christophe Dugarry*, Leonardo a parfaitement réussi son opération de communication.

Reims et l’espoir du maintien.

Au coup de sifflet final, la communion du Stade avec son équipe est forte et belle mais à la fois  incroyable et rageant. En effet, cette ville veut du foot de haut niveau, un Stade de Reims en L1. Avec une telle ambiance, le maintien serait plus facile mais le stade est rarement plein face à Bastia, Nice ou Toulouse. Cette perf’ rémoise incitera certainement les gens à se déplacer au Stade de l’aube pour le derby de la mort. En effet, des milliers de fans de Reims devraient faire les 120 km séparant la ville des sacres de la capitale du textile. Dehors un concert de Klaxon sévit un peu partout dans la ville. Le Stade a gagné le titre ? La coupe de France ? De la Ligue ? Son maintien en L1 ? Non, le Stade de Reims a « juste » battu le PSG et pris 3 points. Au club de capitaliser la dessus … Descendre en ligue 2 et battre le PSG c’est un peu grotesque non ?

1 « On l’a pris uniquement pour faire des photos, des conférences de presse et vendre des maillots. C’est pour ça qu’on l’a pris. C’est la confirmation aujourd’hui. C’est à vous de juger, les experts qui connaissent le foot, les consultants extraordinaires qui ont dit que David Beckham était venu pour ça »

2 « Être en haut, en Championnat ou en Ligue des champions, ce n’est pas qu’une question d’argent. Il n’y a pas de culture de la gagne, ici. Le niveau de préparation des joueurs et des entraîneurs est vraiment bas. Faire juste des toros et tirer au but, ce n’est pas possible » analyse-t-il avant de poursuivre sa démonstration. »Au PSG, on a changé la méthodologie et on a eu six claquages. Sakho, il avait trois kilos en trop mais il ne le savait pas. La base de travail chez les joueurs n’est pas là. Si la France perd une place à l’indice UEFA, c’est que cela ne marche pas. »

3 « J’ai peur qu’avec nous tout le monde regarde tout, tout le monde étudie tout, et contre nous il y a trop de détails qui jouent. Je ne suis pas contre l’arbitrage, je crois seulement qu’on doit bien réfléchir aux choses. Je ne sais pas comment ça se passe avec les arbitres, s’ils sont professionnels, s’ils ont des contrats, s’ils sont indépendants, s’ils se préparent pendant la semaine, s’ils regardent les matches, si quelqu’un contrôle, je ne sais pas. Mais il me semble qu’il n’y a pas trop de préparation. »

4 « Depuis plusieurs semaines, il y a un ton bizarre, une manière de juger le club qui est bizarre. Après le clasico (remporté 2-0 par le PSG dimanche), j’espérais voir dans la presse des commentaires sur Sirigu, Armand, Lucas, Lavezzi, Ménez, qui a fait une très belle entrée dimanche, a-t-il fait savoir. Mais on trouve des choses qui n’ont pas lieu d’être parce que pour juger et critiquer Ibrahimovic, sincèrement, il faut avoir du courage. »

*Le consultant de Canal + a plusieurs fois déclaré que la communication de Leonardo était catastrophique