Point de vue de Madame – Les joueurs ne sont pas corvéables à merci.

Le glas de ma douce illusion que mon mari était un amateur de football fin et sophistiqué a retenti sous la forme de la sonnerie de mon téléphone portable. Quelques secondes plus tard, il m’annoncera, non sans une pointe de fierté, qu’il avait attendu les joueurs de son équipe préférée à la sortie de leur entraînement à la veille d’un match important. Ressentant le froid à l’autre bout de ligne, il ajouta, soudain un peu penaud, que c’était pour faire plaisir à son petit frère, bien sûr.

Mon calvaire ne s’arrêta pas là de retour à la maison, il voulu me montrer son trophée: le film de l’évènement  Sachant qu’il avait filmé plusieurs joueurs dont j’admire les exploits sportifs, il me montra solennellement le pauvre spectacle de jeunes gens lynchés dans une basse court. Emphase mise à part, la scène ne s’avéra pas glorieuse. Les joueurs sortant l’un après l’autre harangués par une foule à la fois ravie et rageuse. Aux cris de support: « Hé! Jérémy ! Jérémy ! Ouais, Jérémy! », auquel l’intéressé, alors en pleine conversation téléphonique, lève la tête, sourit aux supporters et leur envoie un signe de la main avant de s’engouffrer dans le bus de l’équipe. Le supporter qui, l’instant d’avant se comportait en groupie, se transforme en juge et le verdict est sans appel: « Puff, encu** va! ». Sur ces entre-faits, mon mari me dit « Franchement, c’est pas sympa de la part du joueur. Après tout c’est leur job de représenter le club. Quel manque de respect pour les supporters! »

Sa réaction me laissa pantoise. Si je ne renie pas le fait qu’un joueur d’un club sportif représente ses couleurs, et qu’à ce titre il doit se comporter de façon correcte et occasionnellement serrer des mains et signer des maillots, j’ai du mal à comprendre en quoi la réaction du joueur était incorrecte et justifiant les insultes qu’il a par la suite reçu. Qui n’a pas été coupable de saluer rapidement un ami alors qu’il était au téléphone ? Cet ami serait-il alors en droit de vous dire « je ne saurai cuire de votre insolence ?  » Probablement pas. Vous vous enquerriez de sa santé mentale. Pourquoi alors ce jugement sévère de mon mari envers ce joueur ?

Devoir de représentation du club

A l’argument de mon mari selon lequel le devoir de représentation du club fait parti du travail des joueur, je répondais avec une naïveté pragmatique: « Ben, non, leur job c’est de taper dans un ballon ». Mots auxquels les yeux de mon mari se levèrent si hauts au ciel, que je me demandais ce que j’avais pu dire de si idiot. En effet, nul ne peut renier le fait qu’un joueur ait un devoir de représentation du club, mais leur principale responsabilité reste tout de même, en fonction de leur poste, de marquer des buts, faire des belles passes, récupérer le ballon ou empêcher l’équipe adverse de marquer. Accessoirement, de beaux gestes techniques, et certains peuvent même ajouter de belles simulations ou même l’art de pousser à bout un joueur de l’équipe adverse pour qu’il se prenne injustement un carton lorsqu’il explose après une pleine mi-temps de stoïcisme. Pas forcément éthique, mais remplissant l’objectif de tout joueur de football: gagner le match.

Naturellement, représenter le club est essentiel également. Après tout, le beau jeu ne pourrait pas nous offrir les spectacles que nous avons le plaisir de voir chaque semaine sans le succès financier des clubs. L’engouement que les joueurs génèrent joue une part importante dans les revenus du club et, en cela, ils doivent savoir se montrer professionnels, jouer le jeu des journalistes et signer des autographes aux supporters. Mais quoi qu’il en soit ce ne peut-être qu’une activité secondaire, et en tant que telle, les joueurs ont le droit de s’en échapper de temps à autres. Personne ne peut être constamment ouvert et sympa, n’y a-t-il pas un droit inaliénable d’être de mauvais poil et de ne pas vouloir serrer la pince d’un admirateur ingrat qui vous enverra des noms d’oiseau dès que vous aurez tourné le dos. Après tout si leur but dans la vie était de prendre des bains de foules, n’auraient-ils pas tenté de faire carrière dans la chanson, le cinéma ou la télévision? Et quand bien même, la foule ne serait pas aussi ambivalente: adoratrice un instant, accusatrice le moment d’après. J’ai fait l’expérience de tomber sur une foule qui avait attendu plusieurs heures sous la pluie londonienne à l’avant-première d’un film sur Leicester Square pour une star aussi célèbre que furtive qui fit la prouesse technique de sortir du cinéma, saluant de façon photogénique la foule avant de s’engouffrer dans une limousine aux vitres noires en moins de 30 secondes. Pas de pause, mais une démarche rapide et déterminée pour éviter la bruine. Aux cris enthousiastes a succédé un moment d’excitation où les fans détrempés partageaient les mauvaises photos floues qui prouvaient qu’ils avaient vu leur idole.

Et si c’était tout simplement une histoire d’égo?

Sous la pluie londonienne, je regardais la scène d’un regard aussi perplexe que celui que je portais sur le film de mon mari. Je me demandais comment quelqu’un pouvait passer autant de temps à attendre un autre être humain pour l’entre-apercevoir et rapporter un souvenir aussi convainquant que la photo du monstre du Loch Ness de leur non-rencontre avec quelqu’un de beaucoup plus beau, riche et célèbre qu’eux. Finalement, c’est assez vexant d’admirer quelqu’un au point de sacrifier son temps et son confort pour un moment volé. Il faut quelque part accepter que cet autre que l’on adule n’a que faire de votre personne.

Cela expliquerait certainement la réaction des supporters dont la passion se transforme en haine dès qu’ils ont subi la relative indifférence de ceux qu’ils sont venus voir. Finalement, ce n’est pas très sympa d’être relégué au rang de groupie par un vague signe de main. Mon mari m’explique que c’est une histoire de respect. Ces gens font le club, ils vivent pour le foot, voyagent pour suivre leur équipe et attendent des heures ou s’improvisent agent secrets pour s’infiltrer dans le stade, l’hôtel ou l’aéroport pour voir leur idoles. Le respect marche selon moi dans les deux sens, et malgré le devoir envers les supporters, les joueurs ne sont pas corvéables à merci.

 Réponse de monsieur : Les joueurs pas corvéables oui mais le minimum existe.

Ahhh elle est mignonne ma moitié. A vrai dire je comprends sa position. Le football professionnel, elle le voit de loin ou bien très loin. Malgré son avis très bien construit, on doit  se questionner de sa compréhension de ce sport, des devoirs d’une équipe, d’un club, des joueurs qui vont, forcément, bien au-delà, du rectangle vert.

L’idée n’est pas de dire que les joueurs doivent accepter tout de leurs supporters mais plutôt qu’un club doit un minimum de temps, d’échange et de contact avec ses fans, surtout ceux qui font des déplacements, place le club dans leur vie au-dessus de tout. Par exemple, l’après-midi du match à Valence, trois supporters parisiens sont devant l’hôtel des joueurs. Trois…Rien de plus devant l’Hôtel au moment où Jean-Claude Blanc, Léonardo et Olivier Létang en sortent. Pas un seul regard aux supporters, pas une seule poignée de main. Un écart si grand et si proche. J’ai trouvé cette scène triste, navrante et pourtant elle ne m’étonne pas. Cela confirme bien que ce club n’a pas pour priorité de cultiver sa relation avec ses supporters. Pour autant, tant que sportivement les résultats seront là et les stars avec, la machine tournera parfaitement bien et il n’en sera pas moins populaire.

En terme de proximité, quel choc avec le président de Valence himself au stade Mestalla après son interview avec BeIN, disponible pour ses fans et ceux de l’équipe adverse, photos, brève discussion… La veille, à la sortie de l’entraînement, une cinquantaine de fans du PSG attendaient la sortie des joueurs. Beaucoup attendaient Ménez par exemple. Finalement mis à part Jallet, aucun joueur français ne s’est arrêté, les soit disant symbole du club (Sakho, Chantôme…) direct au bus. Bizarrement seuls les étrangers Verratti, Lucas, Lavezzi, Pastore, Ibrahimovic se sont arrêtés pour signer des autographe ou prendre des photos comme Pastore. Qu’est-ce que cela leur coûte? 20 min, 30 min ? Des gens qui ont traversé la France et l’Espagne ne méritent-t-ils pas un peu plus de considération autre que le stupide pouce levé de Léonardo ?

N’est-ce pas un minimum pour un club de donner de son temps pour ses propres fans ? Un peu de considération ? On ne parle pas de faire la caravane du Tour de France en balançant des goodies mais juste un peu de respect. Les fans sont là pour vous. Soyez un peu là pour eux. Pour moi, c’est un devoir et une partie intégrante de leur boulot comme être disponible à la presse. Cette attitude est très étrange de la part d’un club français, de joueurs français alors que l’équipe de Porto à Paris a été des plus disponibles.

Corvéables non, respectueux oui.

 Et vous, quel point de vue partagez-vous ?