Carine Galli
Carine Galli

Après Igor Rabiner et Cédric Rouquette, pour ce troisième volet journalistique, rencontre avec une des voix féminines du football français. Carine Galli a l’extrême gentillesse de se livrer pour Soccer-Populaire. Ses débuts, son travail chez ses principaux employeurs (Eurosport et RMC), son actualité, ses ambitions, ses coups de cœur et coups de gueule : Carine Galli nous dit tout.

Bonjour Carine, le journalisme est-il une vocation ? Si oui, d’où vient-elle ?

J’ai toujours été de nature curieuse, avec une envie de m’informer. Ne pas savoir ce qui se passe en France, dans le monde, ne pas regarder les infos tous les jours m’est impossible. L’envie de faire des études de journalisme a été naturelle et encouragée par ma famille qui me voyait bien dans cette profession. Après il y a le fait de vouloir travailler dans le foot. Ce sont mes cousines qui m’ont transmis leur passion. Travailler dans ce milieu, m’intéressait et me passionnait. Je voulais le décrypter, rencontrer les acteurs principaux : présidents, entraîneurs joueurs. Je ne souhaitais pas être une simple spectatrice ou une simple supportrice. Avoir la possibilité de transformer une passion en un métier est une chance incroyable.

Quelles sont les qualités majeures pour percer et réussir dans ce métier ?

Il faut beaucoup travailler, y croire; je n’ai jamais été une élève très studieuse à l’école, mais ce métier m’a toujours passionné. Tous les jours, je me dis que c’est extraordinaire de vivre de ma passion et je m’investis à 200%. J’ai eu quelques galères, parfois j’ai cru que c’était la fin et même si rien n’est gagné, j’ai déjà énormément de chance d’en être là. Quand je vais au travail, je me fais plaisir. Il faut beaucoup travailler mais aussi savoir saisir les opportunités et ne jamais lâcher, être persévérante.

Quelles ont été vos modèles ? Vos soutiens professionnels ?

Je n’ai pas vraiment de modèle. Après j’ai fait des rencontres, des mains m’ont été tendues, c’est très important. Le premier à m’aider a été mon ancien prof de presse écrite Stéphane Michel qui est devenu un ami et m’a proposé mes premières piges; il est toujours de très bons conseils.

Dans le journalisme sportif, tout a commencé grâce à Marc Ambrosiano, ex RMC et maintenant rédacteur en chef de Téléfoot. Grâce à lui, j’ai débuté chez RMC, j’ai fait des stages, des piges. Il m’a donné ma chance et m’a toujours dit de m’accrocher. Chez RMC, j’ai également rencontré Gilbert Brisbois qui m’a permis de faire un essai dans l’émission l’After. Je l’ai tanné, il m’a donné ma chance et maintenant, j’’interviens dans l’émission. Daniel Riolo est aussi de très bons conseils. Sans oublier mes anciens boss d’OMTV : Thierry Agnello, Jean-Robert Escandes et Dominique Grimault qui ont été les premiers à me permettre d’animer une émission de TV, ainsi que mes responsables de CFoot et d’Eurosport. Bref, j’ai la chance d’avoir rencontré plein de gens supers, prêts à donner des conseils à des petits jeunes, à les faire progresser et à leur permettre de débuter dans ce métier

On parle souvent du métier de journaliste comme métier précaire. Est-ce une réalité ou une légende ?

Oui c’est un métier très précaire, il très rare d’avoir un CDI. J’en ai eu un avec CFoot mais malheureusement la chaîne s’est très vite arrêtée. Depuis que je travaille, je suis en piges, je cumule plusieurs employeurs sachant que chaque pige effectuée peut être la dernière. C’est une pression mais c’est le cas de beaucoup de journaliste.

Quels sont les différents types de médias dans lesquels un journaliste peut faire carrière ? Est-il simple de passer d’un média à un autre ?

Presse, radio, tv et web. Je ne pense pas en oublier, non ? Je travaille sur les différents supports, il faut savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.

Il est très rare de voir des femmes dans ce métier et encore moins des femmes charismatiques. Peut-on parler de sexisme dans ce milieu ?

Il y en a encore peu, mais tout de même de plus en plus. J’aime évoluer dans un milieu plutôt masculin, je trouve que les rapports sont beaucoup plus simples. Je suis passionnée de foot. Je sais qu’à Eurosport, ils m’ont engagée car je suis la Ligue 2, j’adore ce championnat et je connais bien mais la chaîne a pris un risque en me donnant les rênes d’une émission alors que j’avais très peu d’expérience télé. Après être une fille peut aussi être un avantage par rapport à un homme. Il ne faut pas se mentir. Entre 10 mecs et 1 fille, si la fille est compétente, la fille aura peut-être plus de chance d’être engagée. Les mentalités ont changé.

Pour l’AFTER, je pense que beaucoup voudraient intervenir dans cette émission, le fait d’être une fille qui s’y connaît est clairement un avantage.

Avez-vous ressenti le besoin d’en faire plus qu’un candidat ou journaliste homme ?

NON, parfois j’ai été testée c’est normal.

Avez-vous l’ambition d’être un exemple et une source de motivation pour la gente féminine ?

Pas du tout

Votre expertise de la Ligue 2 peut-elle vous amener à réfléchir à une collaboration avec un club professionnel ?

Pas aujourd’hui, je suis au début de ma carrière mais j’aimerais parfois être une petite souris et voir tout ce qui se passe dans un club

A l’image des joueurs, pourriez-vous embrasser une carrière à l’étranger ?

Je ne crois pas.

Pouvez-vous nous raconter une préparation d’un afterfoot ou de l’émission « Le Grand Plateau » ?

Chaque lundi nous avons réunion à 13h pour la préparation du Grand Plateau avec le rédacteur en chef David Thomas et les journalistes qui travaillent sur l’émission. Avant ça, j’échange par téléphone ou mail avec David sur des idées pour l’émission, des éléments à préparer par rapport à l’actualité de la Ligue 2 etc… Donc à 13h le lundi, on se met au point sur le conducteur. On définit l’ordre des sujets, l’angle, l’ordre des off des matchs. L’après-midi, je prépare mon texte, je vais voir les off qui ont été montés. Les sujets Brèves de couloir, Le grand débat. En fin d’après-midi, je passe un coup de fil à Christophe Bureau et Thomas Bihel pour que l’on se cale sur nos duplex du soir. Vers 17h, Arnaud Tulipier, consultant sur l’émission, arrive. On fait un point avec David Thomas. Une petite répétition et après c’est parti pour le maquillage, la coiffure…avant le direct à 19h30.

C’est un vrai bonheur de préparer et de présenter cette émission. Arnaud Simon, Jérôme Papin et Guillaume Di Grazia m’ont fait confiance en me confiant cette émission, ils ont ‘misé’ sur moi et je m’éclate chaque lundi.

Comment intègre-t-on l’explosion des réseaux sociaux ? En quoi cela perturbe l’univers du journalisme ? Y a-t-il une sorte de « vulgarisation » de la profession ?

Je ne suis pas sure que cela perturbe quoi que ce soit, c’est un outil de plus. Les footballeurs communiquent beaucoup via ce réseau social et on y glane quelques infos.

Est-ce différent d’exercer en province et à Paris ? Si oui, dans quelles proportions ?

Ma seule vraie expérience en Province a été pour OMTV. Travailler dans une chaîne de club, c’est différent. Ce n’est pas vraiment du journalisme car on est le média d’un club, donc sa voix.

Beaucoup de vos confrères, contrairement à vous travaillent sur internet via leur blog ou leur site. Est-ce un choix de votre part ou un manque d’opportunité ?

Je ne me suis jamais posée cette question. J’essaye déjà de faire bien ce que j’ai à faire.

En tant que journaliste comment appréhende-t-on le quasi-monopole quotidien l’équipe ? N’y a-t-il pas une volonté d’offrir une nouvelle voie en s’associant à un autre média plus généraliste (exemple, un supplément sport dans Le Monde ou Les Echos…)

Chacun est libre, je lis tous les jours l’équipe mais il y a aussi de très bons articles sur le foot dans Le Parisien, le JDD ou dans des hebdomadaires. D’ailleurs, j’aime beaucoup les grands entretiens de L’équipe.

Que dites-vous à ceux qui ne cessent d’accuser la presse d’être à l’origine de leur problème ?

Qui dit ça ?

Comment jugez-vous le niveau de la L1 ?

Le niveau de la Ligue 1 est très homogène. On voit bien qu’aucune équipe ne se dégage vraiment et que la lanterne rouge peut « taper » le leader. On dit que c’est une spécificité française….ça montre surtout le niveau très moyen du football français. Après, il y a l’exception PSG, le PSG n’est plus dans la même sphère que les autres clubs.

Quels sont les remèdes pour redresser le niveau global de note football ?

 Il faudrait 5 heures …

La taxe à 75 % n’a finalement pas été votée pour le moment. Une bonne chose selon vous ?

 Elle risque d’être votée et de s’appliquer désormais au couple donc attendons

L’ambition des clubs français est-elle en adéquation avec la compétence et les moyens financiers associés ?

Quelle est l’ambition des clubs français ? Lyon reste un modèle. L’OL travaille bien depuis longtemps même si ces dernières années ont été plus dures que les précédentes. Ils ont commis des erreurs et les payent mais ça reste très cohérent. L’OM est sur courant alternatif et paye son mercato raté de 2010. Lille a réalisé de très bonnes choses mais c’est peut être vu un peu trop gros. Mercato raté, stade magnifique mais qui coûte très cher. Lille est un peu en retrait cette saison : parcours en ligue des champions raté, des difficultés en championnat. On arrive à la fin d’un cycle à Lille. La situation économique des clubs est très compliquée, tous les clubs doivent faire des économies : Lyon, l’OM, Lille…sauf le PSG…et Monaco. Le fossé risque de creuser encore plus vu les puissances financières de ces deux clubs et la cure d’austérité obligatoire pour les autres.
Les clubs ont énormément de mal à gérer l’après victoire. On a vu ça à Marseille, à Lille et maintenant à Montpellier. Les mêmes erreurs sont constamment reproduites. Après un titre, le club va en ligue des Champions, la masse salariale explose et certains pètent les plombs, ils pensent qu’ils sont arrivés car ils ont gagné le titre. C’est évidemment très bien mais le plus dur est de durer et de maintenir la même exigence qui avait permis d’arriver au sommet.

Après la L1, place à l’équipe de France. Que vous inspire l’équipe de France et son parcours depuis 2002 ?

L’EDF ne m’inspire pas beaucoup malheureusement. Souvent ce n’est pas un plaisir de regarder un match des Bleus. Ce n’est pas une équipe, aucun joueur ne se dégage vraiment et il faut comprendre que la France n’a pas de très très grands joueurs actuellement. La génération précédente était dorée, celle-là ne l’est pas et est très individualiste. Il y a des attentes autour de l’équipe nationale et au final beaucoup de déception. J’espère que Didier Deschamps que j’apprécie beaucoup va réussir mais j’ai beaucoup de mal à être séduite à nouveau par l’EDF. On a avalé tellement de couleuvres et on a connu tellement de désillusions qu’il faut du temps. Deschamps est l’entraîneur idoine pour l’EDF, je ne suis pas sure que ça soit le cas de l’équipe.

Comment voyez-vous l’évolution du football féminin en France. Lyon a recruté récemment deux cadors du football mondial (Ohno et Rapinoe). Trouvez-vous que l’on fait tous les efforts nécessaires pour le développer ? A quand le « Clairefontaine des filles » ?

Lyon travaille très bien depuis de longues années. Jean-Michel Aulas est très investi dans la section féminine de l’OL et ce depuis de longues années. Patrice Lair a donné une dimension internationale à son équipe. L’OL domine l’Europe maintenant il faudrait que Lyon ait des adversaires en France. Le PSG, dans les années à venir sera peut-être un véritable outsider aux Lyonnaises. Le problème, c’est aussi que les clubs français n’ont plus de moyens et je crains donc que le développement de leur section féminine ne soit pas une priorité.

Etes-vous d’accord pour dire que le Paris-Saint-Germain, avec QSI, a perturbé l’approche journalistique du football en France ? Qu’il révèle une certaine vision du football que l’on a en France qui peut virer à une sorte d’autarcie ?

Oui, c’est un nouveau paramètre à prendre en considération. L’arrivée des Qataris avec un pouvoir financier énorme. Les arrivées d’Ancelotti et de stars comme Ibra ou Beckham ont bouleversé le paysage footballistique français et donc le journalisme sportif français. Il y a des excès, des attentes et beaucoup d’inconnus car nous sommes au début de ce projet ‘PSG version Qatar’. Il y a aussi un côté très français dans le fait de toujours se plaindre. On regarde chez les voisins européens, on voit leur puissance financière, on se plaint que le niveau du football français soit médiocre et quand un club peut entrer dans la cour des grands, quand il a des moyens colossaux et une ambition qui va évidemment croître, ça fait aussi grincer des dents.

Après, il est évident que pour le foot français, il faudrait que d’autres clubs aient la même puissance que le PSG, il y aura sans doute Monaco l’an prochain mais ce n’est pas suffisant. Pour que le championnat français reste intéressant et qu’il s’exporte également à l’étranger, il faut espérer que des investisseurs arrivent à Lyon, Marseille, Lille…

A présent, quelques petites questions un peu ludiques, loin du foot. Quel est votre style de musique ?

J’écoute les tubes des années 80 ou les chanteurs français Bruel, Goldman, rien de très original. J’adore aussi Sophie Maurin, une artiste top qui est aussi ma meilleure amie !

Si vous aviez une dernière soirée à passer sur Terre, quel serait votre dernier repas, dans quel endroit et avec quel film ?

Ça serait un repas préparé par ma maman, à Marseille et devant César et Rosalie, mon film préféré

Quel le livre de football nous conseilleriez-vous ?

Je suis en pleine lecture de The Secret Footballer

Merci Carine Galli de s’être prêtée au jeu et bonne continuation dans vos divers projets.

Propos recueillis par The Swindler & The Woflman

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