L’année 2013 vient à peine de commencer et les polémiques vont déjà bon train sur les différents stades de France à propos de l’état des terrains. Tout à commencer après la trêve, au début du mois de Janvier. Ayant survécues à la fin du monde, aux festivités traditionnelles de fin d’année, les équipes de Ligue 1 démarraient l’année 2013 avec la coupe de France. L’occasion pour les joueurs professionnels de montrer que le foie gras et la dinde aux marrons avaient bien été digérés. L’occasion pour certains entraîneurs de se plaindre, hélas déjà. « Le terrain était complètement merdique ». Tels sont les propos de René Girard sur la pelouse du stade Marcel-Verchère à l’issue du 32e de finale remporté (victoire 2-1) par les champions de France en titre face aux Bressans du FC Bourg-Péronnas. Une critique, certes plus nuancée, que l’on retrouve chez l’entraîneur Rémi Garde, à la suite de l’élimination de l’Olympique Lyonnais contre Epinal. « Vu la mauvaise qualité du terrain et la mauvaise circulation du ballon je ne peux pas leur en vouloir. »

Un manque de qualité, une évidence

Si la mauvaise qualité des pelouses évoquées est difficilement contestable, comment peut-on pour autant s’en étonner ? Bourg-Peronnas et Epinal sont des équipes de niveau national et la programmation de la coupe de France au début du mois de janvier n’améliore certainement pas les conditions de jeu. La « mauvaise qualité » des terrains de football a tendance à niveler l’écart entre professionnels et amateurs. C’est aussi ce qui fait le charme de la coupe de France et ce qui rend cette compétition si particulière.

Le débat autour de la qualité des pelouses serait à mon sens beaucoup plus intéressant à évoquer à l’échelon supérieur.  En France, les pelouses de la plupart des clubs de France (Bordeaux, Paris, Saint-Etienne, Monaco ou encore Toulouse) sont d’une qualité moyenne et souffrent de la comparaison avec les billards étrangers, pour des raisons diverses. Certains stades sont souvent utilisés à double emploi, notamment à Bordeaux où le Stade Chaban Delmas accueille régulièrement le club de l’Union-Bordeaux-Bègle (à huit reprises cette année). Les travaux pour la rénovation des stades pour l’Euro 2016 ne tendent pas à améliorer l’état du gazon.

Cependant, force est de constater qu’une pelouse gelée à 15h (cf. France/Irlande au Tournoi des 6 Nations 2012) prête à sourire. A Lille, le LOSC bénéficie d’un Grand Stade, flambant neuf, mais la pelouse a énormément souffert et a déjà fait peau neuve. Certaines équipes de notre championnat comme Lorient ou Nancy ont fait le choix d’une pelouse synthétique. D’autres clubs comme Sochaux ont pris le parti d’installer une pelouse chauffée et semi-synthétique. Un choix qui permet en théorie d’assurer des conditions de jeu satisfaisantes malgré des conditions météorologiques peu favorables. En pratique, les choses s’avèrent beaucoup plus compliquées (10ème journée Sochaux – Evian, reporté à cause de la neige) et nous pousse à nous poser deux questions : Quelles personnes s’occupent de nos pelouses en France, et comment travaillent-elles ?

Un manque de moyens à tous niveaux 

Afin de répondre à ces questions, nous avons rencontré une personne qui a travaillé à Geoffroy-Guichard entre 2009 et 2011. Pendant près d’une heure, il revient sur son rôle et son travail au quotidien.

« Je travaillais à l’entretien des vestiaires, tunnel, bureaux des arbitres, ainsi que de la billetterie les jours de matchs. Je m’occupais également du PC Sécurité et de la technique ». Qui plus est, il s’occupait de l’accueil, de la mise en place des salons réservés la semaine par les industriels locaux, et faisait les visites du Stade. Puis il poursuit « Le jour du match, j’étais d’astreinte nettoyage sur la journée et le soir je m’occupais de la pelouse, avant le coup d’envoi, à la mi-temps, et à la fin du match. En période hivernale, je renforçais l’équipe des jardiniers ». Renforcer est un doux euphémisme.  En effet, « Au club, il y a deux jardiniers pour s’occuper de la pelouse du Stade Geoffroy-Guichard et des annexes » nous déclare l’intéressé.

Une sorte d’ « homme à tout faire » du Stade Geoffroy-Guichard, où plutôt de la ville. En effet, comme il nous le révèle, son employeur n’est pas l’A.S.S.E mais bel et bien Saint-Etienne Métropole comme la plupart de ses collègues. Il ne bénéficie d’aucune formation de jardinier et a « appris sur le tas ». Aujourd’hui, son contrat à durée déterminée à la Ville terminé, son travail à Geoffroy-Guichard n’est qu’un lointain souvenir. Quelqu’un a pris sa place, pour un poste similaire, et certainement un avenir similaire. Nous abordons alors un des faits marquants de la saison 2011-2012. Pour le compte de la 22ème journée,  l’arbitre M. Bastien a interrompu la rencontre A.S.S.E / Lorient après à peine 10 minutes de jeu en raison d’un terrain impraticable sur une moitié de l’aire de jeu. Les conditions exceptionnelles de grand froid sur la région Rhône-Alpes la semaine précédant le match laissaient présager des difficultés quant à la bonne tenue de la rencontre. Le délégué de la LFP, Michel Thévot, a expliqué « qu’après le débâchage de la pelouse, celle-ci était légèrement humide et cela s’est mis à geler ». « C’est devenu extrêmement glissant. L’arbitre a essayé mais cela s’est très vite dégradé, deux joueurs ont glissé et deux autres n’ont pu se réceptionner. C’est devenu très dangereux», a-t-il ajouté.

Pourtant, toutes les mesures avaient été prise pour que le match puisse se jouer comme le confirme notre interlocuteur : « nous avons assuré un travail le jour et une grosse partie de la nuit afin de préserver l’état de la pelouse, principalement en enlevant la neige et en bâchant la pelouse ». A la question « Quels sont vos moyens pour lutter contre la neige », il nous répond  « Nous avons un ensemble d’équipements mineurs (sel, balais, pelle), des souffleurs, tracteurs avec lame, fenwick avec godet, et une bâche ainsi qu’une remorque pour transporter la neige sur un terrain vague sur lequel nous stockons la neige »

Des moyens, somme toute modestes pour un club de football évoluant dans l’élite. Des moyens qui expliquent en grande partie la scène surréaliste vécue à Geoffroy-Guichard lors de la 24ème journée de L1 de la saison 2012-2013, opposant l’A.S.S.E et Montpellier. Déjà dans l’obligation de démarrer la seconde mi-temps avec 15 minutes de retard en raison d’abondantes chûtes de neige, M. Kalt fût contraint de suspendre la rencontre 30 minutes à la 65ème minute. Une période au cours de laquelle, les joueurs du centre de formation, professionnels (titulaires et remplaçants) de l’A.S.S.E. ont mis « la main à la pelle » pour aider le personnel du stade à déblayer la pelouse recouverte de neige afin d’éviter l’annulation du match que les verts avaient en mains en menant 3/1.  A aucun moment le personnel n’a utilisé le matériel à sa disposition (tracteur avec lame, fenwick avec godet). Les tracteurs étaient-ils indisponibles, déjà utilisés par Saint-Etienne Métropole (déblayage des parkings ?) pour assurer le retour des 22000 spectateurs à la 65ème minute d’un match qui  avait peu de chance d’aller à son terme ? Les raisons demeurent toujours inconnues.

Une ligue et un règlement en cause

Conformément au règlement (cf. article 544, 545, 546 des règles arbitrales), M. Kalt aura donc utilisé les 45 minutes qui lui sont autorisées pour mener la rencontre jusqu’à son terme et éviter une polémique en renvoyant les deux équipes aux vestiaires alors que les stéphanois menaient au score 3/1 à 20 minutes de la fin du match. Une décision qui ne fût pas au goût de René Girard qui déclarera en conférence de presse « J’ai dit à l’arbitre ce que j’en pensais. Je trouve que c’est scandaleux. Il y a des gens qui sont là pour prendre des responsabilités. A Auxerre, nous avons joué 50 minutes de plus pour être champion avec des choses que l’on avait jamais vues… Là, c’était vraiment n’importe quoi. Il y avait des gens qui passaient devant moi avec une souffleuse et avec un moteur. Je ne parlerai pas de football. Je n’en ai pas envie.». L’arbitre a jugé que les conditions climatiques ne mettaient pas en danger l’intégrité physique des joueurs. Une décision certainement influencée par un règlement qui met forcément l’arbitre en porte à faux puisque l’arrêt du match entraîne obligatoirement l’annulation du score et le report du match à une date ultérieure. On pourrait utiliser le même règlement qu’en Espagne, arrêter le match et le reprendre à la minute à laquelle il a été interrompu. Mais reste la difficulté de trouver des dates disponibles, dans un championnat à 20 clubs, avec deux coupes nationales et les impératifs télévisuels… Une formule que la l1 ne peut définitivement plus assumer.

The Wolfman