Cédric Rouquette
Cédric Rouquette

Pour notre deuxième volet sur le métier de journaliste, rencontre avec Cédric Rouquette. Longtemps grand reporter sur tous les stades d’Europe, actuel rédacteur en chef d’eurosport, il revient pour notre plus grand plaisir sur la découverte du sport, son parcours professionnel, sa vision du football …

Cédric Rouquette, bonjour. Comment vous êtes-vous découvert la passion pour le sport ?

Progressivement. J’ai beaucoup pratiqué le sport étant enfant sans que ce soit une véritable passion : judo, natation, tennis, patinage. Le virus du foot et du spectacle sportif m’a vraiment saisi à partir de la Coupe du monde 1986, sans savoir trop vous expliquer pourquoi. Je me souviens qu’au lendemain du match d’ouverture Italie – Bulgarie (1-1), dont je n’avais pas raté une miette, je m’étais dit : « Voilà, c’est ça que je veux, voir des matches tous les jours ». Je me suis inscrit au club de foot de mon quartier. J’adorais jouer, j’adorais regarder le spectacle sportif, j’adorais me documenter, la boucle était bouclée. Les deux très fortes dominantes de mes passions ont été le football et le tennis mais, jusqu’à mes années étudiantes, je me suis vraiment abandonné à beaucoup de disciplines. Entre les JO de 1992 et 1996, j’étais un mordu d’à peu près tout. Il y avait classiquement dans cet intérêt pour le sport l’intérêt ludique pour le jeu, mais aussi la fascination pour les champions, l’attachement à des personnages et à des histoires. Petit à petit, j’ai mesuré que l’intérêt du sport n’était pas seulement récréatif, pas seulement une série de jeux passionnants. Il permet aussi « l’agrandissement de la vie » : dépassement de soi, expression d’un potentiel dans des règles, prééminence du collectif, ou au contraire mise face à face d’un individu seul face à une situation complexe, etc…

Petit, quelles étaient vos idoles ?

Plutôt à chercher du côté du tennis : Stefan Edberg, Yannick Noah… Au foot j’étais de la génération Platini. Donc Platini, Maradona même si les révélations de 1989 étaient rudes pour le jeune ado que j’étais ; il m’a fallu grandir pour comprendre qu’il était un génie quand même. Mais le mot « idole », véritablement, ne peut s’adapter qu’à Stefan Edberg.

Etes-vous ou étiez-vous supporter d’un club de foot ? S’agit-il d’une transmission familiale ? Étiez vous abonné à un club de supporters ?

Pas de transmission familiale. Enfin, pas plus que ça. Mon père regardait le foot et le rugby mais ça ne m’a pas tellement influencé et, une fois que j’ai pris le virus, je l’ai dépassé dans mon intérêt pour le sport. Mais il m’a toujours encouragé. L’un des moments importants de ma vie, avec le recul, a quand même été une mutation professionnelle à Paris de mon père qui devait le conduire à faire 50 minutes de train tous les jours et donc… à ramener L’Equipe à la maison tous les soirs. Avant, tout gamin que j’étais, c’était moi qui achetais L’Equipe, mais une fois par semaine seulement. Je n’ai jamais été abonné à aucun club. Je n’avais rien à côté. Mais j’allais au Parc et au Stadium de Toulouse, dont je suis originaire, quand je pouvais, c’est à dire pas souvent. Je n’ai jamais été supporter au sens pur du terme, mais j’ai toujours suivi le parcours du TFC avec beaucoup d’intérêt et d’affection.

Avez-vous pratiqué le football (ou un autre sport) ? A quel niveau ? 

Si on écarte le sport de l’enfance jusqu’à dix ans, j’ai pratiqué deux disciplines en compétition : le football et le tennis, avec un remarquable manque de continuité. J’ai pratiqué le foot de U9 à U13 au poste de gardien. Je n’étais vraiment pas mal. J’ai raté un mercredi une journée de détection régionale sur un malentendu avec mon chauffeur. Qui sait si cela ne m’aurait pas mené à être un jour le gardien de la réserve de l’AS Beauvais ? J’ai repris le foot en U17, mais sur le champ. J’ai fait un ou deux matches en DH en étant hyper surclassé mais je ne me suis pas accroché. Lors d’un match amical, j’avais eu au marquage un pro de D2, Hervé Hagard. C’est le sommet de ma carrière footballistique. Au tennis, j’ai été et je suis encore classé en quatrième série. Je n’ai jamais accédé à la troisième mais qui sait ? Cela viendra peut-être si je fais une saison complète une fois dans ma vie.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? Comment devient-on journaliste sportif ?

J’ai été formé à l’ESJ de Lille, une excellente école, la crème de la crème avec le CFJ dit-on. Un souvenir magnifique : mes meilleurs amis datent de ces deux années bénies. J’ai eu la chance de cristalliser assez vite, dès 12 ans, mon projet professionnel et m’étais donc préparé à passer les concours de grandes écoles de journalisme en faisant Science Po à Toulouse (plus une année supplémentaire pour décrocher une maîtrise de sciences politiques, dont j’ai appris l’obtention dans une cabine téléphonique du Stade de France le jour de Tunisie – Roumanie de Coupe du monde 1998). Avant cela, j’avais fait un bac sciences éco. A la sortie de l’ESJ, j’ai gagné le concours de le Page d’Or de L’Equipe qui m’a valu de passer d’abord trois mois en CDD, puis ensuite dix ans dans cette maison. On va dire que je me suis « programmé » pour un métier qui, à l’époque, pouvait encore s’apprendre sur le tas. Aujourd’hui c’est quasiment impossible : il y a davantage d’étudiants qui sortent d’écoles que de places dans les rédactions. Dans ce parcours je n’oublie pas quatre étés consécutifs à faire de la presse locale, une très bonne école. A 19 ans, j’avais mon territoire et je chroniquais les guéguerres politiques locales, les faits divers, le sport, la vie culturelle… Très formateur.

Quels modèles vous ont inspiré dans ce métier ?

Modèle est un grand mot. J’ai assez vite compris que j’étais fait pour ce métier et j’ai tracé ma route avec, à tort ou à raison, l’idée que les choses se décanteraient dans un sens favorable. Attention, il y a plein de gens pour lesquels j’éprouve du respect voire de l’envie puisqu’ils possèdent des qualités que je n’ai pas. Mais je ne veux pas donner l’impression de faire une distribution des prix si je les citais, ni courir le risque d’en oublier.

Vous avez sillonné de nombreux stades en Europe. Auriez-vous une anecdote particulière, un fait marquant à nous raconter ?

Oh, beaucoup. Disons celle-là : j’ai beaucoup aimé la finale de la Ligue des champions 2005 entre Liverpool et Milan à Istanbul. Pour le match bien sûr. Mais aussi parce que la veille, les circonstances m’ont conduit à partager le dîner de Jacques Ferran, ancien journaliste de L’Equipe et co-fondateur de la première Coupe des champions. Un vieux Monsieur alors. Jacques Ferran a écrit le règlement de la première coupe d’Europe à la main. La C1 fêtait ses cinquante ans et il devait participer à un hommage sur la pelouse. Nous étions quatre à table, dehors, par une magnifique soirée. Avec deux autres fous d’histoire du football, Didier Braun, qui est toujours à L’Equipe, et Stéphane Bitton, actuel patron de foot123.fr. J’avais pris cette discussion comme un véritable privilège. Cinquante ans de foot européen revisités en trois heures. Le lendemain, il y a eu le match. Extraordinaire, historique. Je me souviens d’une chose : le stade Atatürk était particulièrement excentré, au milieu d’une plaine urbaine sans rien à perte de vue. Le match était particulièrement tard pour des raisons de décalage horaire. On avait un peu l’impression de faire un match sur la Lune et je suis convaincu que si le scénario a été aussi fou (0-3 à 3-3), ce « cadre » y a été pour quelque chose. C’était vraiment un lieu qui vous dit que tout est possible.

Aujourd’hui, vous êtes entre autre rédacteur en chef à eurosport ? Comment s’organise votre travail au quotidien ?

Mon travail a deux pôles. Le premier consiste à « faire » le site avec mes journalistes : quels sujets ? Quels angles ? Quel contenu ? Quel timing ? Quelles sources ? Etc… Le second consiste à manager cette équipe, c’est-à-dire à organiser les réunions nécessaires pour la mise en oeuvre de la politique éditoriale, des entretiens individuels, à faire des budgets, des plannings, à étudier le marché, à suivre les audiences, à examiner des candidatures, à chercher et faire vivre des partenariats, etc… Les deux pôles pourraient m’occuper à plein temps chacun ! Je n’ai pas de journée-type ni de semaine-type. Tout dépend des priorités du moment. C’est très prenant. Hors mon temps de sommeil, je suis « connecté » à l’actu ou à mon équipe 80% du temps 7 jours sur 7. Et c’est toujours quand on est vraiment décidé à « couper » que l’actu vient se charger de vous ramener à votre job. Mais c’est passionnant, je ne pense pas qu’on puisse être un très bon journaliste en faisant l’épicier avec son emploi du temps.

Quelle est selon vous la différence entre le rôle de consultant et celui de journaliste ? Le rôle de consultant n’a-t-il pas pris une place trop importante dans les médias sportifs ? 

Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Je dirais que tout dépend de la qualité du consultant et de la qualité du journaliste. Il n’y a pas de règle générale. Si les consultants ont pris de la place, c’est à la fois parce que certains sont très bons et parce que le public s’identifie à eux. Il les « reconnaît » plus que les journalistes. C’est normal.

Certains de vos confrères sportifs (hors football) critiquent souvent le football. Le sport français est-il jaloux de la place du football dans les médias ? Le football prend-il trop de place dans le paysage sportif français ?

Si le football a cette place dans les médias, c’est parce qu’il a cette place dans l’intérêt des gens. Que cela puisse susciter des jalousies ou un phénomène de saturation, c’est bien possible, mais pas de la part du monde sportif. Pas trop… Les sportifs sont plutôt solidaires entre eux. Quant à mes confrères, je ne peux pas parler pour eux en général, mais il y aurait bien peu de rédactions rentables si elles faisaient moins de foot ou plus d’autre chose pour la beauté du geste.

Le métier de journaliste est-il différent suivant le pays où il est exercé ? Si oui, quelles sont les différences majeures ? A l’image des joueurs, pourriez-vous embrasser une carrière à l’étranger ? 

Oui bien sûr il est très différent et il est improbable que je puisse exercer à l’étranger avant une longue période de prise d’information sur la culture locale. Je ne sais pas si ce que j’écris serait reçu correctement en Belgique, au Canada ou en Afrique francophone. Il y a des cultures locales du journalisme, on le voit très bien quand on consulte les médias étrangers. Mais là encore je me garderais bien d’édicter des règles générales. On fantasme beaucoup sur le journalisme anglo-saxon et sa supériorité présumée. OK si c’est pour saluer le travail du Guardian ou du New York Times. Mais c’est aussi en Angleterre qu’on trouve les tabloïds les plus décomplexés capables de littéralement inventer des choses ex nihilo ou de citer des gens qu’ils n’ont jamais interviewés. Ne tirons pas de leçon définitive. Ce qui distingue la presse sportive française des autres est qu’elle est assez mesurée, loin des emballements extrêmes des journaux espagnols ou italiens par exemple. Pourtant, les acteurs du sport français ne supporteraient pas le quart des habitudes de ces journaux.

Existe-il une différence d’approche en France, entre le journaliste exerçant son activité en province, et celui évoluant à Paris ?

Normalement non. Beaucoup des techniques professionnelles que j’ai conservées viennent de mes années « en locale ».

Que pensez-vous du « monopole » du quotidien papier « L’équipe » dans le milieu de la presse sportive française ? Le Football ne pourrait-il pas être associé à un média plus généraliste (exemple, un supplément sport dans Le Monde ou Les Echos) ?

Le monopole est ce qu’il est, L’Equipe n’a braqué personne pour avoir cette position. C’est aussi le reflet de la culture sportive française, ou plus exactement de sa pauvreté : il n’y a pas de place en France pour plus d’un journal sportif. La place de L’Equipe résulte aussi de ce qu’a su offrir ce titre aux gens au fil des années. Mais s’il est exact que L’Equipe est le seul quotidien sportif en France, cela fait belle lurette qu’il n’a plus le monopole du discours et du contenu sur le sport en France. Il ne donne plus le ton comme il y a encore cinq ou dix ans. Le journal et le mag conservent des infos et une capacité de frappe que n’ont pas les autres rédactions, mais la différence est moins nette qu’avant. Vous pouvez passer une journée entière à être très bien informé sur le sport sans regarder L’Equipe. C’était impossible encore il y a cinq ans. Le supplément sports du Monde dont vous parlez existe, tous les vendredis ! Il ne faut pas imaginer qu’un quotidien viendra lutter contre L’Equipe dans les années à venir, puisque ça n’a aucun intérêt sur un marché qui se contracte et qui disparaîtra quasiment (le papier). Comme tous les médias, demain, L’Equipe sera surtout un média digital (internet, mobile, TV), et il rencontre sur ce terrain beaucoup plus de concurrence que le journal n’en a jamais eue.

Vous avez fait de la télévision, de la presse écrite, vous êtes désormais sur internet. Comment s’adapte-t-on à ces différents médias ? Quel support permet le mieux de s’exprimer ?

J’ai surtout fait de la presse écrite puis de l’internet. J’ai aussi eu des passages antenne télé et radio mais c’étaient plus des présences « dérivées » de ma signature à l’écrit. Chaque média a ses techniques propres. Les journalistes qui ont du talent sur tous les supports sont rares et, s’agissant des médias audiovisuels, je ne suis pas sur mon terrain de prédilection, même si ce sont des exercices amusants. Difficile de dire où on s’exprime le mieux. Dans le journalisme, vous avez – en résumant à grands traits – trois exercices : le fait de trouver ou relayer un fait nouveau (une info), le fait d’étayer une info en proposant des angles et traitement originaux, le fait de commenter ou d’analyser une info. Incontestablement, le commentaire et l’analyse sont les genres les plus personnels, ceux où on a une tribune. On peut faire ça sur tous les supports. Là où ma technique est la plus affirmée et la plus personnelle, c’est à l’écrit. Mais je n’ai que 36 ans. J’ai encore largement le temps de progresser sur tous les supports.

Certains journalistes entretiennent des liens étroits avec le milieu du football (joueurs, entraineurs etc…). Avez-vous des amis dans ce milieu ? Est-ce compatible avec le métier de journaliste et dans quelles mesures cela peut poser problème ?

Je n’ai pas d’ami dans le milieu, ce qui ne veut pas dire que ça n’arrivera pas, ni que ceux qui nouent ce type de relation trahissent le métier. C’est plus affaire de circonstances et d’affinités. Je pourrais sûrement avoir plus d’infos si je passais mon temps dans le milieu du foot à chercher à me faire des amis partout. Mais j’aurais certainement un peu moins d’indépendance dans ma façon de traiter les sujets. Ce n’est pas incompatible avec la profession, d’avoir des amis dans le milieu, c’est même bien commode pour avoir des infos. Mais il faut savoir naviguer d’une casquette « journaliste » à une casquette « ami » plusieurs fois par jour et je ne suis pas certain que j’aurais ce talent. D’autres l’ont incontestablement.

Vous avez un compte twitter, vous tenez également un blog de football sur Eurosport. Dans quelles mesures les réseaux sociaux ont fait évoluer votre profession ?

Ce sont deux choses différentes. J’ai eu un blog bien avant d’avoir un compte twitter, dont je me sers trop peu d’ailleurs en ce moment. Sur le fond, les réseaux sociaux, internet et les commentaires en bas d’article ont changé quatre choses :

  • L’article n’est pas « mort ». Il est par définition vivant. On voit comment les gens se l’approprient. On peut préciser des choses en répondant aux gens, les corriger, amplifier tel ou tel passage via les réseaux sociaux. Il m’arrive, à dessein, de ne pas mettre certaines choses dans mes chroniques en sachant que tel passage va attirer une commentaire ou une question, et que c’est ce commentaire qui va me permettre de dérouler ma réflexion. Certains articles sont même le produit direct du contenu des commentaires de l’article précédent. L’article est devenu une matière vivante, et ça me plaît.
  • Cette nouvelle donne libère un peu plus la parole. Dans les commentaires, on s’est habitué à voir de tout : des gens d’accord, des gens pas d’accord, des gens qui ne sont pas d’accord mais qui aiment la réflexion et débattent, des gens qui contestent sans avoir lu. Il y a tellement de choses contradictoires dans cet espace qu’il est, paradoxalement, impossible de leur accorder une valeur énorme. C’est plutôt une invitation à tracer sa route et à développer son point de vue sans souci du « qu’en dira-t-on ». De toute façon, tout s’exprimera dans les commentaires. Inutile de chercher à plaire à tout le monde. C’est, du coup, plus souvent tentant et nécessaire d’utiliser le « je » voire de se mettre en scène. Sinon, il y a comme un contraste entre la chronique « froide » de type presse écrite, telle que je la faisais au début, et le bouillonnement qui peut l’entourer.
  • S’agissant du football, j’estime qu’internet nous met sur un pied d’égalité avec les joueurs. Les joueurs ont horreur des notes, ont horreur d’être jugés, et ils se sont longtemps cachés derrière l’argument « et si vous, vous étiez jugés à chaque fois que vous faîtes un article? ». C’est désormais le cas. Balle au centre.
  • Sans qu’il faille surestimer les choses, les nouveaux outils permettent d’être en relation directe avec ses lecteurs. Evidemment, pas les dizaines de milliers qui nous lisent, mais certains assidus, qui réagissent, rebondissent, interpellent sur Twitter, répondent… ça peut être chronophage mais c’est très sympa.

La politique a toujours fait parti du Football, mais j’ai l’impression que celle-ci prend de plus en plus de place dans l’analyse d’un club ou d’un match, notamment depuis l’arrivée du projet parisien. Le projet parisien a-t-il changé l’approche du métier ?

Si par politique vous entendez « stratégie du club », c’est normal que celle-ci occupe une place centrale dans les commentaires car le projet du PSG est quasiment sans précédent en France et il intervient à un moment où on pensait cela impossible en France. Si par politique vous entendez « politique politicienne », je ne suis pas certain de partager votre constat. La presse généraliste fait son travail et si, comme chacun le sait, le dossier du PSG a des ramifications diplomatiques voire stratégiques, je ne vois pas pourquoi il faudrait le taire. Qu’un président de la République en exercice influence le cours de l’histoire d’un club de L1, comme Nicolas Sarkozy l’a fait, ce n’est pas courant et il faut à la fois le raconter et l’expliquer. Donc, effectivement, on verra le PSG à la une de Libé ou dans « C dans l’air », mais cela me semble normal. En revanche les médias sportifs parlent de sport. Depuis que QSI a racheté le PSG, je n’ai lu dans les médias de sport, à 95%, que des papiers sur le 4-4-2 vs le 4-2-3-1, le mercato, la complémentarité Zlatan-Lavezzi ou les stats incroyables de Sirigu. La politique n’a pas attendu QSI pour se faire une place dans l’univers du football. Le livre de Chérif Ghemmour, Terrain miné, le montre très bien, et il ne se concentre que sur quinze matches piochés dans toute l’histoire. La vente du PSG à Canal+ en 1991 s’est faite sous la direction de Jacques Chirac et Alain Juppé. Longtemps, aucune décision sur le PSG, même sous capitaux privés, ne s’est faite sans eux. En France la vie des clubs et la vie politique sont étroitement imbriqués pour au moins une raison : les collectivités sont propriétaires de l’écrasante majorité des stades et l’Etat est toujours le bailleur de fonds quand on organise une grande compétition. C’est moins le cas pour l’Euro 2016 (seuls 150 millions d’euros sont sur la table, pour des besoins de construction dix fois supérieurs), et bizarrement ça avance peu…

Les convictions politiques d’un journaliste sportif doivent-elles faire partie intégrante de son analyse ?

Non… Mais je vois difficilement comment cela pourrait s’exprimer. A part dans des articles de commentaires sur les politiques publiques du sport, qui sont assez rares, je ne vois pas de cas professionnel précis où une préférence politique partisane pourrait être transposée dans un article sur un 2-2 entre deux équipes de L1. De toute façon, le débat n’est pas tranché, s’agissant de savoir s’il existe un « foot de gauche » et un « foot de droite ». So Foot avait consacré un excellent dossier au sujet il y a quelques années. Le foot de gauche, c’est le foot « généreux », offensif ? Ou le foot d’ultra-défense, quand les « petits » opprimés cherchent à dérégler les grosses machines spectaculaires bâties à coups de millions ? Vaste débat.

Cédric Rouquette nous livre sa vision du football et de ses à-côtés dans la seconde partie.

Propos recueillis par The Wolfman

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