Mal situé, peu confortable, trop grand, le Stade de France fait l’œuvre de beaucoup de critiques dans le paysage du Football Français. A tel point que certaines personnes envisageraient sa démolition. Les critiques autour de ce stade sont-elles fondées ? Essayons d’y voir plus clair …

Stade de France, le produit d’un compromis

La France désignée organisatrice de la Coupe du Monde de Football 1998 (par la FIFA en 1992) se devait de construire une enceinte sportive de plus de 80 000 places assises et couvertes (81338 en mode Football/Rugby). L’importance du projet et l’investissement qui en découle (plus de 360 m€) aboutit à un accord original et novateur pour la construction d’équipement sportif : La concession. Absent des débats  autour de la construction de Stade de Football depuis 70 ans, l’Etat va être un des éléments essentiels du projet par son investissement financier. En contrepartie, la construction et l’exploitation du stade sont confiées à un concessionnaire pour une durée de 30 ans. La proximité de Paris et les réseaux de transports aidant, Saint Denis est retenu pour accueillir le futur grand Stade.  Les travaux, entamés le 2 Mai 1995 s’achèveront 31 mois plus tard. Le Stade de France est donc né.

De 1998 à aujourd’hui, l’heure d’un bilan

Inauguré le 28 janvier 1998 lors d’un match France / Espagne, le Stade de France accueillera la coupe du Monde et verra l’Equipe de France toucher le toit du monde un soir de 12 juillet 1998.  Depuis cette soirée, 15 ans se sont écoulés. A ce jour, le Stade de France a accueilli 68 rencontres des Bleus. Il est temps de faire un bilan et de faire tomber les « idées reçues ».

Depuis 1998, on ne cesse de répéter que le Stade de France n’est pas approprié, est trop grand et vide. Alors jetons un œil sur l’affluence du Stade de France depuis toutes ces années.

Ces graphique permettent d’établir un premier constat : Depuis sa création, l’affluence moyenne du Stade de France est de 70400 spectateurs* et représente un taux de remplissage de 86.5%. Des chiffres loin d’être alarmants surtout quand on fait le parallèle avec le taux de remplissage moyen des stades de l1 de l’ordre de 73.06% entre 1998 et 2011.


L’affluence du Stade de France a subi de grosses variations au fil des années, en particulier en fonction des résultats de l’équipe de France. La coupe du monde en Corée en 2002 a laissé des traces et est probablement responsable de la baisse d’affluence observée en 2003. De la même manière, la moyenne de spectateurs ne cesse de baisser depuis la coupe du monde 2010 à Knysna. Avec une moyenne de 55000 spectateurs par matchs en 2012, on est actuellement très loin de l’époque 98, où le Stade de France accueillait en moyenne 77000 personnes entre 1998 et 1999.

Cet élan post 98 s’est cependant essoufflé assez rapidement, pour des raisons diverses. La première raison est inhérente au nom du Stade : Le « Stade de France » est devenu après 98 « LE Stade de la France ». Sur les 68 matchs des Bleus à Saint-Denis, une grande majorité concerne des matchs amicaux (39), contre seulement 29 matchs officiels (cf. graphique ci-dessus). Un phénomène amplifié par la victoire de la coupe du monde en 98, qui a automatiquement qualifié l’Equipe de France pour la Coupe du Monde 4 ans plus tard en Asie. Ainsi, en l’absence d’éliminatoires pour la coupe du monde en Corée en 2002,  le Stade de France enchaînera donc des années de matchs amicaux (sans le moindre match officiel en 2000 et 2001), matchs sans véritable enjeux qui ne suscitent pas un réel intérêt de la part des amateurs de Football. Le spectateur de l’Equipe de France aurait donc une approche différence de celle d’un supporter de club et irait au stade selon l’enjeu ? Très certainement. Une approche qui serait à l’origine de la  différence de plus de 10 000 personnes sur l’affluence moyenne du stade, selon que la nature du match soit amicale (moyenne de 62159 spectateurs par match entre 98 et 2012) ou officielle (moyenne de 72534 spectateurs/match officiel entre 98 et 2012).

De 2000 à 2003, l’Equipe de France va petit à petit se déconnecter des villes de province en jouant majoritairement ses matchs au stade de France, pour des raisons évidentes de rentabilité. A titre d’exemple, seulement deux matchs sur quinze auront lieu en province entre 2000 et 2003 (match amical France/Sélection FIFA en 2001 à Marseille, et France/Danemark en amical à Nantes) contre un sur trois entre 1998/1999. Une exclusivité et un manque de concurrence que le Stade de France a du mal à assumer. En effet, pour la France du Football, ce Stade ne représente rien. Les images de la coupe du Monde 98 ont un peu jauni et ce stade est devenu le stade des finales de coupes nationales dans lequel très peu de clubs s’y sentent à l’aise. Par ailleurs, l’enceinte de Saint-Denis  n’appartient à aucune Equipe de l1 et ne peut donc drainer les supporters de clubs à l’image de ce qui peut se faire à Lyon ou à Marseille. Depuis 2003, les choses ont changé. Si Lyon, Saint-Etienne, Marseille et Lens sont toujours des hôtes régulières pour l’Equipe de France, d’autres villes sont désormais sollicitées pour accueillir les bleus : Metz, Lorient, Nantes, Rennes, Guingamp, Toulouse, Sochaux, Montpellier ou encore plus récemment Reims, Le Havre et le Mans et Valenciennes. Dans ces villes, l’Equipe de France attire, parfois plus que le club en question. Voici un petit comparatif entre le taux de remplissage du Stade pour un match de l’Equipe de France, et le taux moyen de remplissage du club l’année ou le stade a accueille l’Equipe de France.

Pour une très grande majorité, l’Equipe de France attire le public de province avec un taux de remplissage dans les stades très souvent supérieur au taux de remplissage du stade au cours de la saison. Mais, comment se situe le Stade de France par rapport aux autres stades ? Sur l’ensemble des stades qui ont accueilli l’Equipe de France, le taux de remplissage moyen est de l’ordre de 89.5%, à peine légèrement supérieur au taux de remplissage moyen du stade de France entre 1998 et 2012 (de l’ordre de 86.5%).

Que reproche-t-on au Stade de France ?

On voit par les chiffres que le Stade de France n’a pas grand-chose à envier aux autres Stades qui accueillent l’Equipe de France. Mais alors que lui reproche-t-on ? A mon sens, nous reprochons au Stade de France d’être le théâtre de piètres spectacles et parfois de honte (Dérapage pendant le match France/Algérie en 2001, France/Irlande avec la main de Thierry Henry en 2009) avec l’étrange impression d’avoir déjà vu la pièce. Ce sentiment est par ailleurs conforté par  le hasard des tirages au sort, qui donne souvent à l’Equipe de France les mêmes adversaires dans les phases qualificatives de Coupe du Monde ou d’Euro :

  • Roumanie en qualification à la Coupe du Monde 2010 et Euro 2012 ;
  • Irlande en qualification à la Coupe du Monde 2006 et 2010 ;
  • Israël en qualification à l’Euro 2004 et de Coupe du Monde 2006 ;
  •  Biélorussie en qualification à l’Euro 2012 et à la Coupe du Monde 2014 ;
  • Ukraine en qualification à l’Euro 2000 et Euro 2008

Le public du Stade de France passe souvent pour un public froid, loin du terrain et sans réelle émotion. C’est surtout oublier que le Stade de France n’est pas exclusivement un Stade de Football. Il accueille par ailleurs des concerts, des spectacles et possède également une piste d’Athlétisme. Une raison de la distance des supporters ? Un élément de réponse tout du moins. Les critiques du Stade de France sous-entendent que les choses sont différentes ailleurs. Mais le Stade de France a-t-il des leçons de supporterisme à recevoir du reste de la France ? Je ne pense pas. La France n’est pas un gros pays de Football, possède une culture « Equipe nationale » pas ou peu développée à la différence de pays comme l’Angleterre ou l’Ecosse.  N’oublions pas que la Finale de la coupe du Monde se déroulera devant « à peine » 75000 personnes, dans un stade loin d’être à guichets fermés. Les amateurs de football ont énormément de mal à mettre de côté les rivalités hexagonales et considérer le joueur avant tout comme un joueur français. C’est ainsi que l’on se retrouve avec une partie du public stéphanois insulter copieusement les joueurs lyonnais à chaque touche de balle lors de France/Nigeria en 2009. De la même manière, il est fréquent de voir une partie du public du Vélodrome siffler les joueurs parisiens… Le public du Stade de France est-il plus condamnable ?

Terrain, Tribunes … même combat ?

Est-ce que l’Equipe de France n’aurait pas actuellement le public qu’elle mérite ? Ne serait-il pas qu’une copie identique de ce que nous propose les joueurs de l’Equipe de France depuis des années, avec des personnes plus concernées par leur club que par le maillot Bleu, distants et sans réelle envie et détermination ? Chacun aura son avis …

* seuls les matchs de l’Equipe de France sont pris en compte

The Wolfman