Place au choc, Juventus/Napoli

L’affiche que toute l’Italie du football attendait.

Récapitulons : le champion en titre, grand favori à sa propre succession et déjà en tête de la Serie A, la Juventus. Son adversaire du soir, le coleader, le grand outsider, pour de nombreux observateurs italiens, la seule équipe capable de vaincre la Juve : Naples. Ceux qui s’attendaient à un match fermé, tendu, à une grosse bataille physique et technique au milieu, n’ont pas été déçus. Ceux qui s’attendaient à voir un match avec des défenses d’une fébrilité déconcertante, comme celle des Spurs contre Chelsea, se sont trompés de match. Première chose à noter, la Juventus est privée de son gardien et capitaine  Buffon ainsi que de son titulaire inamovible en attaque Vucinic.

Début de match, il ne faut que 56 secondes à la Juventus pour se créer la première occasion de la rencontre, sur une frappe difficilement repoussée par De Sanctis. Et puis, le match va se fermer, laisser place à une intensité et à un combat tactique et physique impressionnant. La bataille est au milieu, les deux équipes ne se laissent pas respirer. Ainsi, pas grand chose à se mettre sous la dent jusqu’à la 26ème minute et un coup franc magnifiquement frappé par Cavani, le goleador de Naples, ballon qui heurtera la barre d’un Storari battu. Ce sera la seule occasion du match des hommes de Mazarri.  Jusqu’à la fin de la première mi-temps, en dehors d’une frappe de Marchisio à la 45ème, magnifiquement détournée en corner par le gardien de Naples, rien d’autre à signaler. Ce match est un combat physique, tactique et mental. Les deux équipes se craignent, de toute évidence l’une plus que l’autre. Clairement Naples est d’une prudence extrême. On assiste à une bataille tactique bloc contre bloc. 0-0 logique à la pause. L’enjeu a tué le jeu? On peut résumer cela ainsi.

Le coaching heureux de Conte!

Seconde mi-temps, à l’instar du premier acte, la Juventus se montre immédiatement dangereuses, grâce à Giovinco, trompant la vigilance de la défense napolitaine ainsi que de De Sanctis. Hélas pour les bianconeri , son tir n’est pas cadré. Puis même rythme que la première période. Les deux équipes ne prennent pas le moindre risque. Sauf qu’on sent le milieu de Naples de plus en plus étouffé, obligeant Hamsik à redescendre aidé Berhami et Inler excellent tactiquement. La Juventus par un pressing haut force Naples va balancer des ballons à « l’anglaise » devant. Petit à petit la Juventus prend donc l’ascendance sur ce match. A défaut de se montrer dangereuse, la menace se rapproche, en particulier sur le côté de Maggio. La Juventus a le mérite d’au moins tenter de percer le verrou concocté par Mazarri. Le bloc napolitain est solide. Cependant, on sent que le 0-0 ne dérangerait personne. En plus, l’intensité est certes toujours aussi au rendez-vous, la nervosité aussi mais le rythme baisse. La fatigue et la peur de commettre l’irréparable conduisent les deux équipes à ne pas prendre le moindre risque. Autant le dire, ce choc est frustrant et décevant. La rentrée de Matri à la place d’un Quagliarella invisible, va bouger un peu plus cette défense de Naples. L’attaquant italien va d’ailleurs se créer une occasion autour de la 65ème minute. Dernière sueur froide pour Naples ? On pouvait le penser puisque plus le match avançait, plus les blocs se regroupaient. Puis, Vidal fatigué (et mois bon depuis 3 semaines), est remplacé par le français Pogba (75ème) et Asamoah, très bon, légèrement blessé, suppléé par Caceres (77ème). Changement poste pour poste pour la Juventus.

Et puis, 79ème, corner de Pirlo, magnifiquement frappé, Caceres, le nouvel entrant, arrivé comme une fusée et oublié au marquage, ouvre le score. Coup de tonnerre, la Juventus prend l’avantage à 11 minutes de la fin dans ce choc cadenassé. Ce héros totalement inattendu, l’international uruguayen n’étant qu’un simple remplaçant à la Juve. C’est ca aussi la force de la Juventus, ce cynisme, cette intelligence de jeu qui use l’adversaire ainsi qu’un banc très compétitif. Naples a fait une erreur. La Juve en a profité. Ce but suffisant pour déclencher une fin de folie entre les deux équipes ? Et bien non car Pogba d’une superbe frappe à la suite d’un mauvais dégagement de Campagnero va abattre De Sanctis, à peine 2 minutes après l’ouverture du score. Le jeune français (19 ans) arrivé libre de Manchester United cet été a marqué des points aujourd’hui. Le Napoli est KO debout et ne reviendra pas.

La Juventus l’emporte logiquement sur l’ensemble (même si un nul aurait reflété la physionomie du match) et s’envole avec la 1ère place.  Enfin, je tiens à souligner l’excellente prestation de l’arbitre Antonio Damato. Il a été parfait dans un contexte pas simple : les 22 acteurs étaient nerveux, la pression à son comble et la presse turinoise, stupidement, avant le match, en avait rajouté une dose. Dans un pays où le foot rime souvent (hélas) avec des polémiques arbitrales, on ne peut que se réjouir de cet arbitrage remarquable.

Conclusion de ce choc

La Juventus prend donc seule la tête de la Serie A, Une statistique pour résumer la puissance et la solidité que dégage cette équipe : 46 journées consécutives en championnat sans défaite. Et surtout, cette équipe a encore montré, un mental, un cynisme digne des plus grandes équipes. La force de la Juventus par rapport à la saison passée ? Asamoah, Giovinco et un banc plus large. Rappelons que la Juventus gagne ce match sans deux tauliers (Buffon, Vucinic) et que les deux buteurs (à la surprise générale, certes) viennent du banc. On notera encore une fois, une défense à 3 Bazargli-Chielini-Bonucci exceptionnelle. La force de la Juventus, c’est avant tout de ne pas prendre de but. Et une relance propre également. Pirlo et Marchisio, ont encore fait un grand match aujourd’hui. En évoquant ces 5 joueurs, on parle tout simplement de 5 joueurs intouchables dans le 11 de départ de Prandelli avec la sélection italienne, finaliste à l’Euro. Ce n’est pas une surprise.

Au niveau de sa prestation globale, la Juventus a au moins le mérite, à défaut de s’être montrée très dangereuse dans ce match, d’avoir toujours cherché à jouer. Certes, sur l’ensemble du match, le 2-0 peut paraitre sévère, un 0-0 aurait été logique.

Mais Naples a été trop timide pour espérer repartir avec les 3 points. On peut s’étonner que Mazarri ne fasse entrer qu’à 2-0 sa jeune “perle” Insigne. Et surtout, pourquoi avoir été aussi prudent ? La peur de gagner ? Ce match montre aussi encore une fois que lorsque Cavani ne fait pas la différence, l’attaque du Napoli est stérile et très discrète…Hamsik et Pandev ont été décevants aujourd’hui. Cette défaite n’est pas dramatique, bien évidemment. Naples reste second, c’est seulement la première défaite de la saison en championnat. Cela étant, la Juventus sans être dans un grand jour, privée de son gardien et de son attaquant titulaire, l’a emporté au mental, sans forcer, uniquement à l’usure et à l’expérience. Le plus regrettable pour Naples est d’avoir perdu sans avoir joué sa chance à fond. Naples avait la meilleure défense de Serie A avant ce match. Est-ce une raison pour se contenter que de contrer le bloc adverse ? Mazarri a la fin du match a dédramatisé cette défaite, en disant qu’en jouant ainsi, Naples va perdre peu de match. Oui, c’est vrai mais o peut regretter une telle frilosité du Napoli et de Mazarri (coaching beaucoup trop tardif à 2-0).

La Juventus déjà championne ?

La Juve est déjà en tête de la Serie A, avec 3 points d’avance sur son adversaire et dauphin du soir. Franchement, cette équipe est de loin la plus forte de ce championnat italien. Je suis d’ailleurs persuadé que les hommes de Conte peuvent aller très loin en Champions League (à condition de sortir d’un groupe difficile dans lequel il y a Chelsea et le Shaktar). Le champion en titre est l’équipe avec un collectif bien rodé, un groupe costaud ayant des individualités de top niveau à chaque ligne (sauf peut être en attaque) et un banc très large. Soyons clair, il n’y a que la Juventus qui peut perdre ce championnat. Le championnat est long, certes. La ligue des champions sera difficile à gérer sur le long terme, si jamais la Juve va loin. Mais on souhaite bon courage à la concurrence pour rattraper cette équipe. Certes  il n’y a que 3 points d’avance sur le second et 4 sur le 3ème mais la Juve est invaincue depuis 46 journées …

KarimJ