Au sortir de l’Euro et en ce début de reprise de L1, on parle déjà beaucoup d’arbitrage. Si Stéphane Lannoy a fait un bon Euro (qui jure avec sa prestation en coupe du monde 2010*), et officiant pour la demi finale Allemagne / Italie, il était néanmoins le seul français dans cette compétition.

Pour ou contre la vidéo ? un faux débat 

Malheureusement en France, dès que l’on évoque le problème d’arbitrage, on retombe dans ce vieux débat autour de la vidéo et les adeptes prendront toujours les erreurs de l’homme en noir pour la réclamer dans ce sport. Je pense que ce débat n’a pas lieu d’être si on a réellement pris le temps de réfléchir à sa mise en place.

Le football serait donc ce sport archaïque, incapable d’évoluer comme le Hockey, le Tennis, le Baseball, qui utilisent la vidéo ? Il est difficile d’établir des comparaisons dans des sports, si différents. En effet, le rugby (comme le Football Américain, Tennis ou Baseball) se présente comme une succession de phases arrêtées et de phases de jeu alors que le football ne comporte pratiquement que des phases de jeu. Si la vidéo est mise en place, quand faut-il l’utiliser ? On voit alors poindre un des premiers problèmes de cette technique : Sa mise en place engendrerait obligatoirement une hiérarchie dans les actions  de jeu, qui mériteraient ou non une vérification d’une phase de jeu. Pourquoi privilégierait-on un but plutôt qu’un corner, une sortie de but ou une touche ? Pour faire comme au rugby, à savoir privilégier un essai plutôt qu’un « en avant » ? Petit rappel, la France élimine la Nouvelle-Zélande en ¼ de finale de la coupe du monde en 2007 sur une erreur d’arbitrage avec un « en avant » de Traille sur l’essai français.

Par ailleurs, juger une action sur un écran consiste à juger une image. On oublie alors clairement la situation, la position et l’interprétation de l’arbitre au profit d’une image ou de ralentis. Se posent alors les questions suivantes : Qui nous donne l’image ? Les angles de vue ? On a vu par le passé que les images télé ne sont pas infaillibles : Le pénalty de Brésil / Norvège en 1998 est justifié par la vidéo amateur d’un spectateur dans les tribunes alors que les images nous prouvaient clairement une simulation. La vidéo donne encore davantage de pouvoir à la télé qui n’en manque pas tant, à l’image du révélateur de hors-jeu instauré par la réalisation télé qui devient quasiment indispensable pour les téléspectateurs, toujours avides de vérité. Vérité souvent erronée puisque le révélateur trace une ligne au niveau des pieds du dernier défenseur alors que la règle du hors jeu stipule que n’importe quelle partie du corps (hormis les bras) doit être prise en compte.

La dernière chose que nous oublions est la nature même de d’arbitrage. L’arbitrage est avant une décision humaine, avec une prise en compte du contexte. C’est tout ce qui différencie l’homme de la machine. La vidéo serait donc une décision bête et méchante, ce radar qui flashe une voiture à 140 km/h sur autoroute, sans tenir compte du contexte, qu’il s’agisse d’une voiture lambda ou d’une ambulance du SAMU. C’est ce qu’on appelle généralement, la règle et l’esprit. Enfin, l’arbitrage est une décision instantanée et personnelle et qui par nature peut être remise en cause, même devant une télé (sauf à de rares exceptions comme le franchissement d’une ligne). Le débat serait juste déplacé du terrain en loges où des officiels seraient assis sur des fauteuils à discuter d’un penalty que l’un aurait accordé, l’autre refusé. Quitte à ce que la polémique existe, je préfère encore qu’elle reste sur le terrain plutôt qu’en coulisse.

L’arbitrage, des constats édifiants.

Le premier constat que nous faisons est que la formation des arbitres n’est pas assez performante. Mais peut-elle en être autrement ? Et d’ici combien de temps ? Un arbitre doit être avant tout un sportif de haut niveau, capable d’être au plus près des actions pour faire son travail. Or, aujourd’hui, l’arbitre ne bénéficie pas d’un statut professionnel et doit cumuler deux professions. Comment peut-on exiger aux arbitres d’être au top physiquement après 90 minutes ou éventuellement 120 minutes de jeu quand parallèlement les joueurs professionnels finissent certains matchs avec des crampes ? A part, faire de l’arbitre un véritable marathonien…Ce manque de fraîcheur physique est souvent à l’origine du manque de lucidité et de psychologie assez flagrants en fins des matchs, ou lors des phases finales d’une Coupe du Monde.

Le deuxième constat : L’absence de dialogues entre les instances et les arbitres. L’arbitrage est certes une appréciation de l’arbitre mais repose toutefois sur des règles fondamentales (ce qu’on appelle les lois du jeu) et  sur des consignes (cf. les tirages de maillots dans la surface). Ces dernières, laissées en début de saison par les instances arbitrales sont des recommandations ou des situations que l’homme en noir est invité à surveiller. Si certains arbitres y accordent beaucoup d’attention, d’autres n’y sont pas (ou peu) réceptifs. Ainsi, des arbitres appliquent la règle de la « double peine » (cf. L’expulsion de Barthez contre Valence en finale de la coupe UEFA en 2004), d’autres préfèrent s’abstenir et ne délivrer qu’un carton jaune accompagné d’un pénalty. Les arbitres officient donc sans appliquer volontairement les mêmes règles et les mêmes consignes.

 

 

Pour les supporters que nous sommes, difficile de s’y retrouver mais pour les professionnels du football, les choses sont différentes. Le monde du foot est relativement fermé, où les entraîneurs, joueurs, arbitres de l1 se côtoient et se connaissent pour la plupart très bien depuis des années. Les joueurs et entraîneurs devraient pouvoir s’adapter comme le font déjà ceux évoluant en Angleterre, habitués aux arbitres qui laissent davantage jouer. Tout ceci nécessite bien évidemment une réelle communication avant les matchs entre les différents partis, avec un petit rappel de ce que l’arbitre attend de la rencontre. Existe-t-il réellement un dialogue entre les deux occupants du carré vert ? Quid du dialogue entre les arbitres et les instances arbitrales ? Hormis éliminer monsieur Lannoy de la coupe du monde 2010 après sa prestation dans le match Brésil / Côte d’Ivoire, lui a-t-on parlé ? Permettez-moi d’en douter. Monsieur Lannoy est sorti de la coupe du monde 2010 par la petite porte, mais visiblement satisfait et fier de ses prestations. (cf. ses déclarations)

Le troisième constat découle évidemment des deux autres. Comment être crédible et se faire respecter des joueurs quand la formation n’est pas aboutie, et où le dialogue et inexistant. Sans oublier l’univers du terrain et des joueurs, de plus en plus profiteur d’un système qui favorise la triche… Il ne reste plus qu’à l’arbitre la possibilité de mettre des cartons jaunes pour insolence à l’image des parents qui feignent une autorité, hurlant en public auprès de leur enfants mal-élevés.

Un attentisme qui exaspère 

Aujourd’hui, au lieu de l’aider, les instances laissent les arbitres se faire pointer du doigt comme étant l’unique responsable d’un système qu’il ne peut maîtriser. Un peu à l’image de certains de nos amis qui rappellent que la soirée samedi soir que nous avons organisée n’était pas réussie  « Mais Proposez ! Proposez  » leur répond-on. Je pense que c’est ce que déplorent les amoureux du foot, un attentisme exaspérant et une situation qui gèle. Sans oublier le bon vieux débat autour de la vidéo. qui n’amuse plus personne. L’arbitrage à 5 a été testé en Europa League 2010. Quels en a été le retour d’expérience ?  Qu’en est-il de l’arbitre de surface, de l’arbitre derrière les buts ? Aujourd’hui beaucoup remettent en cause ces techniques, l’adaptabilité pour des compétitions telles que la ligue 1. Contrairement aux instances, nous allons modestement proposer quelques idées qui pourraient améliorer l’arbitrage.

Partant du constat que la formation ne sera pas améliorée dans de brefs délais, faisons en sorte que l’arbitre soit mis dans les meilleures dispositions. L’amélioration de l’arbitrage passera avant tout, par l’amélioration des relations humaines entre l’arbitre et le reste du foot (instances, médias, joueurs, entraineurs). L’arbitre et le football professionnel semblent évoluer dans deux mondes parallèles où les échanges se font rares. L’arbitre n’a pas le droit de s’exprimer après un match et les entraineurs (joueurs) réagissent toujours à chaud après les matchs. Pourquoi ne  donnerait-on pas à l’arbitre un droit de réponse, afin qu’il puisse s’expliquer ? On pourrait imaginer de vrais échanges constructifs tout au long de la saison (et pas uniquement en début de saison) dans lesquels chacun aurait sa place, un rôle à jouer, et amènerait son ressenti sur le terrain.

Par ailleurs, un arbitre ne doit pas avoir plus de 45 ans pour exercer. Or, l’évolution d’une carrière, (comme celle d’un joueur), dépend du métabolisme de chacun. Il serait concevable de laisser un arbitre poursuivre sa carrière au-delà de la limite d’âge, s’il en éprouve le désir et s’il répond bien évidemment aux tests d’efforts. L’arbitre Joël Quiniou avoue n’avoir jamais été aussi bon que sur la fin de sa carrière, profitant de son expérience et de son vécu. Pour les arbitres en retraites, ils pourraient jouer un rôle pédagogique. Si dans les médias, on retrouve des anciens joueurs et entraineurs en poste de consultant, l’arbitre se fait rare. Pour quelles raisons ? La réalisation télévisuelle française pourrait tenir ce rôle pédagogique en changeant son approche de « vérification » pour une approche de « compréhension » de l’arbitrage. A ce titre, la suppression du « révélateur de hors jeu » serait bénéfique, et éviterait les débats inutiles, qui ne font qu’alimenter les tensions. Il serait intéressant de comprendre le mode de fonctionnement de l’arbitre et sa communication, par l’intermédiaire des dialogues entre l’arbitre et les joueurs. S’il y a une chose dont il faudrait s’inspirer du rugby, c’est bien cela. Le dispositif avait été testé en France et j’avais trouvé cela intéressant, et permettait de comprendre ce qu’il se passe sur le terrain. Aujourd’hui nous disposons d’un film sans son. Avouez que c’est moins intéressant non ?

Enfin, pourquoi ne donnerait-on pas la possibilité aux arbitres de se faire remplacer quand ils sentent physiquement et psychologiquement en difficulté ? Cette règle existe en cas de blessure de l’arbitre. Pourquoi ne pas étendre cette règle ? Pourquoi faudrait-il attendre la blessure ? En se retirant de lui-même, en avouant ses limites, cette règle aurait pour avantage de responsabiliser l’arbitre, et améliorerait son image. Ceci éviterait le risque d’avoir un arbitre à 30 mètres des actions en fin de match. Enfin, elle aurait l’avantage de donner une réelle utilité au 4ème arbitre, qui est présent pour gérer les remplacements et rappeler à l’ordre les entraineurs un peu trop agités.  Cette proposition ne nécessite d’aucune technique supplémentaire, d’aucun investissement financier et a le mérite d’utiliser au maximum les moyens qui sont à la disposition du football aujourd’hui. Elle nécessite néanmoins une refonte totale du système et des mentalités, à commencer par le système de notation des arbitres, qui prendrait le remplacement comme une preuve d’intelligence, plutôt que comme un aveu de faiblesse. Entre un arbitre qui réalise 60 bonnes minutes (remplacé par le 4ème arbitre) et un arbitre qui, fatigué à la 60ème reste sur le terrain et termine le match difficilement, qu’est ce qui parait le plus intéressant ?

A l’heure où les enjeux financiers sont de plus en plus importants et où les paris en ligne fleurissent, il est temps que le Football redevienne un peu plus crédible à commencer par son système d’arbitrage. Sinon, des suspicions de triche et de corruption pourraient vite faire leur apparition. Il en va de l’image du Football, de l’image du sport et de la passion de nombreux supporters.

 * la prestation de Monsieur Lannoy, l’unique arbitre français de la compétition lors du Brésil – Côte D’ivoire.

 

The Wolfman