L’Euro s’achève et l’Espagne vient d’entrer dans l’histoire du foot en l’espace de 4 ans en remportant deux championnats d’Europe et une Coupe du Monde, renouant ainsi avec le succès depuis l’Euro 64 remporté sur son sol. La fin d’un cycle de 44 ans durant lequel les compétitions internationales s’enchainent sans grand succès, avec seulement une finale perdue en 1984, une victoire en 1992 au JO, et de simple ¼ de finale en coupe du monde. Des résultats presque quelconques pour une grande nation de Football, donnant même l’image d’un pays de « looser ».
Aujourd’hui, cette nation fait peur à tout le monde. Pire elle en dégoûterait certains du football un peu comme Federer ou Schumacher dans leur sport respectif. Est-on conscient de la chance de voir une telle équipe de notre vivant ? Parfois j’émets des doutes. Mais l’Euro ne se résume pas uniquement à l’Espagne uniquement. Il y a eu beaucoup de révélations, d’emphases, de déceptions et de surprises.

Groupe A :

On attendait tous un duo Russie Pologne et nous avons eu un duel Grèce République Tchèque. Que penser de cette qualification. Qui se sont qualifiés ? Les meilleurs ou les moins mauvais ? Permettez-moi de pencher pour la deuxième solution. La Russie est une véritable déception. Incontestablement une des meilleurs équipe du tournoi et la meilleure équipe du groupe. Elle a failli par manque de justesse, de sérieux et de respect de l’adversaire. Elle a aussi manqué de calme et d’intelligence. Trop sûr de sa force, elle a sans doute pensé gagner les matchs avant de les jouer. Si elle gomme ses travers, elle sera un des acteurs majeurs du prochain mondial. La Pologne est une semi déception. Pays co-organisateur, composée de joueurs champion d’Allemagne ou qui ont fait une belle saison, cette équipe s’est montrée néanmoins pauvre techniquement et dans l’imagination. Son attaquant vedette était bien loin de celui vu en Bundesliga. Le contexte était certes très différent mais le fait de ne pas sortir la Grèce et la République Tchèque reste cependant un énorme échec.
La République Tchèque et la Grèce sont, quant à elles, deux nations très moyennes mais au collectif très bien huilés. Suffisant pour réaliser l’exploit d’être qualifiés pour le quart de finale. Très Peu de chose à dire finalement dans ce groupe. Individuellement, Gebresselassie et Cech se sont montrés au dessus du lot, tout comme Karagounis et Samaras côté grec. Le Groupe A est sans contestation le groupe le plus faible.

Groupe B :

Annoncé comme le groupe de la mort, il aura été le groupe du non jeu et d’une énorme désillusion, les Pays-Bas.
Hormis l’Allemagne, les équipes n’ont pas proposé un jeu attrayant. Souvent défensives, évoluant très souvent en contre comme le Portugal ou le Danemark. Les Pays Bas n’ont jamais réussi à bâtir un plan de jeu ou une organisation, même basique, avec un Van Persie dans le creux de la vague. Il est très difficile de ressortir quelque chose de positif finalement de ce groupe. Le Portugal, le Danemark et les Pays-Bas n’ont jamais montré de maîtrise, n’ont jamais imposé un collectif intéressant. Le Danemark l’a fait par intermittence mais a payé cher sa défaite face au Portugal. Coté Portugais, tout passe par Cristiano Ronaldo. Même moyen, il attire l’attention de l’adversaire. Moutinho et Coentrao sont, un temps, ressorti du lot, mais je reste sur ma faim et relativement déçu par la prestation d’ensemble des portugais.

Groupe C :

Sans conteste, le plus beau groupe, celui qui a offert les plus beaux matchs même avec une Irlande limitée mais qui a toujours montré de la fierté surtout lors du dernier match. Ce groupe a pas mal influencé la qualité technique et de jeu de cet Euro.
L’Espagne a montré un visage inconnu à ce jour, cynique et calculateur. Un vrai charmeur de serpent qui donne le ton et fini le spectacle quand lui a décidé. Comme un chat jouant avec une pelote de laine. Fantastique et effrayant à la fois.
L’Italie aura été le coup de cœur de cet Euro. Une volonté de jouer au football assumé par Prandelli, la classe d’un joueur retrouvé comme Pirlo et toujours autant d’incertitude au moment d’évoquer ce gamin de 21 ans Balotelli. Joueur que l’on a du mal à évaluer et juger en raison de sa couverture médiatique. Certainement pas un génie, mais juste un jeune qui apprend le très haut niveau. Il progresse petit à petit. Jugeons le sur ses performance avec et sans ballon.
La Croatie a montré de superbes choses. Elle aurait mérité d’être en quart de finale aussi, au même titre que l’Italie. Collectivement c’est fort, individuellement c’est costaud avec un chef d’orchestre hors norme comme Modric. Elle confirme qu’elle est une des meilleures nations européennes.

Groupe D :

Un groupe très équilibré avec l’équipe de France en phase de rédemption après des années de médiocrité à tous niveau.
L’Angleterre, beaucoup décriée, a offert des prestations conformes aux attentes, à savoir solide et efficace en contre et qui n’a pas été aidée par les absents (sur suspension ou sur blessure).
La Suède, grand perdant de ce groupe aura finalement manqué 20 minutes sur 3 matchs et 20 minutes face à l‘Ukraine. Ce groupe suédois très homogène, emmené par un très bon Ibrahimovic et Källström, a offert un très bon match face à l’Angleterre et surclassé une pathétique équipe de France. Au regard du groupe D, c’est le grand absent des quart de final.
La France que beaucoup de supporters ou journalistes ont vu belle après des matchs amicaux assez grotesques et une victoire survendu face à une Ukraine d’une faiblesse inouïe. Tactiquement cette équipe de France a été très déconcertante, individuellement très pauvre mis à part Koscileny Lloris et Cabaye.. Sa qualification, sur le plan strict du jeu tient du miracle.

1/4 de finale : un 0-0 de très haut niveau

Les quarts Allemagne Grèce et Portugal République Tchèque ne méritent pas de développement tant l’écart entre les nations était trop important. Il en est de même du match Espagne-France, malgré un optimiste français difficilement compréhensible avant ce match. Italie-Angleterre aura été un spectacle superbe. Un grand 0-0. L’Angleterre aura essayé d’être au niveau du jeu pendant 30 minutes mais s’est aperçue assez vite que la comparaison ne pouvait être assumée plus longtemps. Le jeu italien face à la solidité anglaise nous a offert un spectacle haletant. L’Angleterre qui aurait pu faire un mini hold-up s’est contentée d’espérer la qualification au pénalty. Heureusement pour le football, l’Italie grâce à un superbe tir aux buts de Pirlo accèdent aux demies finales pour jouer une équipe allemande qui n’a pas vraiment commencé son Euro. Les équipes produisant du jeu sont récompensée, comme le montre la Final Espagne Italie que nous aborderons dans un instant. C’est quelque chose d’assez remarquable pour être souligné.

Etranges demies finales

Les demies finales ont été assez étranges. D’un point de vue quidam du football, Espagne Portugal a été décevant au contraire d’Italie-Allemagne. Pour une personne avertie ces deux matches ont proposé des spectacles très intéressant d’un point de vue footballistique. Nous avons vu une Espagne cynique, limite condescendante face à un Portugal aussi courageux que limité finalement, ne devant sa place en demi-finale grâce à un tableau favorable. L’autre rencontre a offert plus de jeu, de football, de suspens. On a vu un Löw, inventif et plein de surprises (étranges) et une Italie fidèle à ses principes. Balotelli a enfin fait un match conforme à ce que le monde veut le voir faire, emmené par un Pirlo encore en maître de cérémonie, leader improbable en début de saison 2011-2012. Finalement Löw a peut-être pêché par excès de confiance aussi bizarre soit-il.

Une finale de 20 minutes pour entrer dans l’histoire

La Finale finalement n’aura pas eu lieu. Tout du moins, à peine 20 minutes. L’Espagne a géré son effort pendant la compétition preuve d’une incroyable force et d’une approche footballistique tutoyant le Zenith. L’Italie a toujours été à la limite de la rupture physique, sauvé par le jeu,  son jeu. Elle paye sur cette finale tous les efforts consentis pour se défaire de la Croatie, l’Irlande,  l’Angleterre et l’Allemagne. L’Espagne, pendant ce temps, était en mode gestion jouant avec ses adversaires. Nous vivons une époque formidable, nous sommes témoins d’une équipe nationale qui est la définition du mot football, témoins d’une équipe qui est la quintessence de ce sport. Il y a les années avant JC, il y aura le football avant l’Espagne.

The Swindler