Départ de Moscou – Première destination : Kiev

Je prends place dans le train : Compartiment ouvert. Deux hommes et deux babouchkas m’accompagnent. Le train Russe est un vrai lieu de vie et d’échanges. Très rapidement, les quatre compères s’aperçoivent que je n’ai rien d’un russe et la discussion s’engage. Les russes ont vraiment la notion de partage et c’est ainsi qu’ils m’invitent généreusement à goûter la charcuterie qu’ils ont ramenée pour le repas.

Les russes sont habitués à ces long voyages en train et les discussions continuent autour de sujets diverses comme le Caucase, le métier d’un des 2 hommes présent dans le compartiment ou la famille de ces derniers.  La nuit arrivant, il est temps de s’installer, préparer sa couchette et de dormir en attendant l’arrivée à la Bryansk pour la sortie de territoire russe, l’arrivée en Ukraine pour l’entrée de territoire avec  le contrôle de passeport et des bagages.

J’arrive donc à Kiev pour des affaires personnelles et ne reste que quelques jours. La construction de la fan zone sur la rue Khreshatik va amener les gens à entrer progressivement en « Mode Euro » et l’arrivée de la compétition se fait peu à peu sentir. Les maillots ukrainiens sont de sortis un peu partout. Pour l’hébergement, j’ai trouvé un site internet sur lequel des gens proposaient d’héberger gratuitement des fans, venu voir les matchs de l’Euro. J’ai eu la chance d’avoir des réponses positives. Je découvre ainsi mes hôtes, véritablement aux petits soins avec moi. Repas du soir, thé, petit déjeuner léger et informations en pagaille dès que j’ai une question … C’est cela l’hospitalité Ukrainienne.

Le deuxième jour : Temps particulièrement pluvieux. Je décide donc de trainer aux alentours de la fan zone qui se construit sur la rue Khreshatik, la rue où se situe l’Assemblée Nationale ukrainienne, la rue qui voit un espace réservé aux banderoles et messages en soutien à Yulia Timoshenko. C’est d’ailleurs ici que démarre la fan zone.

Troisième jour : Temps magnifique, grand soleil. J’en profite pour découvrir la ville à pied. Je ne visite pas vraiment mais observe et apprécie les bâtiments, églises, parcs, etc… Le dernier jour est marqué par l’arrivée de la Suède. Au niveau de la rue Khreshatik, le coin suédois est bientôt prêt, la Suède étant la première équipe à venir jouer à Kiev, face à l’hôte Ukrainien.

Direction  Lviv pour  Allemagne/Portugal

Il est déjà l’heure de prendre le train, direction Lviv. Une nuit dans le train avant d’arriver dans l’extrême Ouest ukrainien, là où les gens parlent essentiellement Ukrainien (à Kiev, la langue dominante est le russe, enfin un russe mixé avec l’ukrainien).

Arrivé à Lviv,  je marche dans le centre avant de rejoindre mes hôtes : un jeune couple très sympathique. Je passe la journée avec eux à parler de tout et de rien. Le lendemain ils m’emmènent dans le centre ville afin de découvrir un petit peu mieux le vieux Lviv qui possède quelques bâtiments intéressants. Cette petite ville de l’Ouest Ukrainien accueille donc aujourd’hui les Allemands et Portugais. Les rues sont pleines de supporters, surtout allemands, mais également polonais. Le couple est au petit soin pour moi. Je suis presque mal à l’aise face à autant de gentillesse et d’hospitalité. Ils m’emmènent acheter quelques souvenirs avant de rentrer à l’appartement et de me diriger vers le stade pour assister à Portugal/Allemagne. Me voici donc dans le bus, direction l’Arena de Lviv, stade fraichement construit de 30 000 places. Le trajet du bus se déroulera sous un violent orage. A la sortie du bus,  je sors donc me réfugier dans le premier bar que je rencontre. Le bar est rempli de supporters Allemands, assistant à la diffusion télévisée du premier match de la journée  : Pays-Bas/Danemark. De nombreux polonais sont étalement présents. En effet, le prix des places étant moins important en Ukraine qu’en Pologne, de nombreux polonais ont franchi la frontière pour assister à l’Euro. Le but danois est accueilli avec une joie non dissimulée de la part de supporters allemand présents dans le bar.

A la mi-temps, la pluie ayant cessée, je file vers le stade et je découvre alors un bien joli stade tout neuf. Les supporters allemands sont en nombres, les portugais sont également bien présents tout comme les ukrainiens et polonais. Je prends place dans la tribune latérale et découvre que je suis très bien situé. Le stade se rempli peu à peu, majoritairement  d’allemands. Le match Pays-Bas/Danemark est diffusé sur les écrans géants et la victoire danoise est saluée comme il se doit par l’ensemble du stade. Dès lors, le speaker va faire monter l’atmosphère. Les speakers allemand et portugais sont amenés à se diriger vers le coin de leurs supporters pour chauffer l’ambiance. Les joueurs font alors leur apparition pour l’échauffement pendant que les speakers continuent à chauffer l’ambiance et annoncent les équipes aux fans. Les joueurs rentrent alors aux vestiaires et s’en suit une  petite cérémonie à base de respect, de danse et divers chorégraphies. Il est déjà l’heure des hymnes, repris en chœur par les supporters des deux camps. Les allemands font beaucoup de bruit dans le stade. Les portugais, malgré leur infériorité numérique, ne sont pas en reste et parviennent de temps en temps à se faire entendre.

Le match n’a rien d’exceptionnel. L’Allemagne monopolise le ballon. Le Portugal est bien en place, cherche avant tout à ne pas prendre de but et attend un exploit de Cristiano Ronaldo. A quelques reprises, les allemands parviennent à trouver une solution collective face au bloc portugais mais à chaque fois, ils manquent le dernier geste à l’image de Podolski. Sur un corner, Pepe est tout près d’ouvrir le score mais il voit la barre repousser sa tentative. Globalement le match est décevant, notamment de la part du Portugal qui ne cherche absolument pas à jouer, comme en témoigne les quelques ballons balancés en touche dans le camp adverse par la défense centrale portugaise sans que la Mannschaft n’exerce de pression particulière. Pepe est un excellent défenseur, mais limité balle au pied et presque gêné par ce truc rond qui lui colle au pied.

A la mi-temps, le speaker annonce « sold out » même si j’ai pu apercevoir quelques sièges vides.

La deuxième mi-temps reprend. Les deux équipes ne nous propose rien de réellement emballant. Özil est très bon et sera d’ailleurs élu homme du match, même si le joueur qui m’impressionne le plus est Mats Hummels. Impérial en défense, précis dans ses passes, prêt à dépasser sa fonction et à franchir le premier rideau portugais balle au pied.  Côté portugais, Moutinho est au dessus du lot. Cristiano Ronaldo est, quant à lui, intermittent et a beaucoup de mal face à Boateng. Je ne parlerai pas plus de son travail défensif, quasi inexistant. Il ne fait aucun pressing, aucun repli défensif important. Quand l’Allemagne a le ballon, même dans sa zone, il marche et attend. J’ai d’ailleurs vu Postiga redescendre plus bas que Ronaldo (c’est bien la seule fois où j’ai vu Postiga après son tacle sur Neuer). Le spectacle proposé par les deux équipes est décevant.  Les supporters allemands poussent de plus en plus leur équipe et en appel à Miroslav Klose. Et, c’est à ce moment là que Khedira adresse un centre, contré, pour la tête de Gomez qui libère une grande partie du stade. Je dois vous dire que je me suis levé au moment du centre, presque certain qu’il y aurait but. Vous noterez que toute l’action se déroule sur le côté gauche de la défense portugaise, et pourtant à aucun moment vous ne verrez Cristiano Ronaldo en mouvement. Dès lors, le Portugal n’a plus le choix, il faut jouer et comme par hasard, ils n’ont jamais semblé aussi proche de marquer. Mais la maladresse et le talent de Neuer vont avoir raison des attaques portugaises.  Fin du match, les deux équipes viennent remercier leurs supporters.  Je sors du stade tranquillement, sans attente. Aucun bus ne va où je vais et je dois donc rentrer à pied. Une heure de marche, parfois seul, sans rencontrer le moindre problème (quand je lis des supporters qui parlent d’insécurité, …)

Le lendemain sera moins agité. Au programme, balade dans la ville pour m’acheter des provisions en vue de mon voyage d’une journée en trainqui m’attend entre Lviv et Donetsk. Je remercie mes hôtes une dernière fois avant de prendre le bus qui m’amène à la gare. Je ne les connais que depuis 3 jours mais ils ont été tellement gentils que je ressens une certaine tristesse de les quitter.

Lviv – Direction Donetsk pour France/Angleterre

Me voici donc parti pour environ une journée entière de trajet. Il va falloir trouver une occupation. Ça tombe bien : un supporter allemand se retrouve dans mon compartiment. Je discute donc avec Klaus. Il m’apprend notamment que c’est la première fois qu’il participe à une compétition internationale. Il va suivre son équipe mais a également acheté des places pour quelques autres matchs en Ukraine, dont un certain France/Angleterre.  Finalement le temps passe assez vite et, après qu’un de nos voisins nous ait offert à manger (alors que je lui ai bien dit que j’avais ce qu’il fallait), je m’accorde un peu de repos. Pendant la nuit, Vera, une babouchka nous a rejoints dans notre compartiment. Au réveil, j’entame donc la discussion avec elle et une autre femme, déjà présente dans le wagon, toutes-deux forts sympathiques. La babouchka est très intéressée par le foot. Elle me parle du match Allemagne/Portugal et du grand attaquant puissant qui a marqué. On parle donc football, mais également voyage. J’apprends d’ailleurs que notre train passe par Odessa et Dnipropetrovsk pour rejoindre Donetsk, ce qui explique la longueur du trajet. Je sers également de traducteur pour Klaus et une chinoise, présente dans notre compartiment. Comme d’habitude, on nous propose à manger. On rit beaucoup et même si je ne comprends pas tout, j’arrive à tenir suffisamment la discussion. J’arrive à Donetsk et je m’empresse de me rendre au stade. Direction la Donbass Arena. Le tramway nous dépose assez loin du Stade. Je fais la connaissance de deux russes qui viennent de Rostov sur le Don et qui vont également voir le match. Ils connaissent le stade ainsi que le chemin. Très sympas, nous nous dirigeons ensemble, sous une grosse chaleur, vers cette magnifique enceinte : La Donbass Arena

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Le stade peine à se remplir et ne sera pas plein. L’enceinte est peuplée essentiellement de russes. Les Français sont visibles grâce à la couleur bleu mais sont finalement très peu nombreux, beaucoup moins que les anglais. Mais qui aurait pu imaginer l’inverse ? Le procédé est identique au match de Lviv : Echauffement suivi de cérémonie en rapport avec la ville de Donetsk. La cérémonie est moins impressionnante qu’à Lviv. Je crois n’avoir pas grand chose à dire sur le match. Merci aux anglais pour le magnifique jeu proposé. La France est trop lente dans les transmissions mais aurait pu et  du gagner ce match. Finalement, le moment le plus intéressant restera le début du match, lorsque tous les russes présents dans le stade, se mettent à chanter : Rossiya ! Rossiya ! Et ils le répèteront à plusieurs reprises. Les anglais ont, par moment, mis l’ambiance contrairement aux timides « allez les bleus » qu’on entendait de temps en temps, en tendant l’oreille . A la fin du match, je me dirige à pied vers la fan zone où je dois rencontrer mon hôte. J’arrive à la fan zone en pleine deuxième mi-temps du match Ukraine/Suède, non sans avoir entendu au loin les feux d’artifices pour célébrer les buts du Shevchenko. A la fin du match, éclate une explosion de joie. Sheva est célébré comme il se doit. Drapeaux et klaxons sont de sortis et animent la soirée. Ukrainia ! Ukrainia sont repris en cœur. Au milieu de cette atmosphère, je découvre Olga et sa famille qui seront mes hôtes pour le soir. Ils vivent dans la banlieue de Donetsk et on doit s’y rendre en taxi. Je découvre alors qu’elle accueille une petite quinzaine de supporters. Olga et ses filles (je précise tout de suite, beaucoup trop jeunes …) sont au service de tous les fans et n’hésitent pas à s’arrêter en pleine rue pour aider un supporter quand elles le  voient en difficulté.

Je les quitte dès le matin pour me rendre dans la ville de Donetsk par le train électrique. Dans la ville, je m’arrête à différents points où sont installés des volontaires afin de discuter. Je me balade le long de l’avenue Pushkin, très fleurie, avec de nombreuses fontaines, puis dans le parc  Sherbakova. Donetsk est une ville très jeune, par sa population, mais également par son architecture. C’est également une ville de football, complètement derrière son Shakhtar avec énormément de référence au club. On sent que la ville est fière de son club et que les gens sont vraiment intéressés par le foot. Bref, j’ai été agréablement surpris par cette ville. Je m’attendais à quelque chose de rustique et finalement, la ville est  jeune et bouge. Bon, ne venez par chercher ici des monuments historiques exceptionnels ! Il est temps de se rendre à la gare : direction Kiev. Il fait une chaleur incroyable. Dans le  bus qui m’amène à la gare, l’air est à peine respirable.

Lviv – De retour à Kiev

Encore une fois, le train permet la discussion. Une jeune femme et une grand-mère sont dans mon compartiment. On parle de tout et de rien. Le temps passe relativement vite et malgré la chaleur, la fatigue extrême qui m’anime me plonge dans un sommeil immédiat.

Je me réveille à Kiev avec une une journée devant moi à « tuer ». Je suis trop fatigué pour visiter la ville. N’ayant pas de plan, je vais me laisser guider là où mes pieds m’emmèneront. En sortant du magasin du Dinamo Kiev, je tombe dans une marée jaune : Un tas de supporters suédois se dirige vers le stade Lobanovsky. Je décide de les suivre. Bien m’en a pris. Je me retrouve dans le stade à voir l’entraînement de l’équipe de Suède. Le stade est rempli à 1/3 de sa capacité par des personnes tout de jaune vêtues. Évidemment, ce n’est pas un entrainement exceptionnel, mais c’est suffisant pour s’apercevoir que Toivonen est adroit devant le but et que les supporters sont à fond derrière leur équipe. Ils en seront d’ailleurs remerciés à la fin, lorsque les joueurs à leur tour les applaudiront. J’ai essayé d’observer Zlatan, mais il n’a fait que trottiner et n’a pas participer aux divers jeux mis en place. Le soir, je retourne chez mes hôtes. Toujours aussi sympathiques, ils m’accueillent à bras ouverts. Diner, thé, foot, discussions diverses sur le monde qui nous entoure et sur les expériences à l’étranger de chacun rythment la soirée. Je les quitte au matin, mais cette fois pour de bon. Je termine mon périple en me baladant un peu dans la ville. Je quitte la rue Khreshatik, laissant de nombreux supporters se préparer pour les matchs du soir. La ville est à l’heure de l’euro.

Dernière étape : Retour à Moscou

Dans le train pour Moscou, je dois dire que je n’ai pas beaucoup de force et espère bien dormir mais je sais que nous allons être réveillé à la sortie du territoire ukrainien et à Bryansk, poste douanier russe sur le trajet entre les  deux capitales. Que retenir de ce trip en Ukraine ?  L’Ukraine n’est peut être pas le plus beau pays du monde, ni de l’Europe (même si je suis loin d’avoir vu toute l’Ukraine), mais les villes se laissent apprécier et respirent le football.  L’hospitalité des ukrainiens, la gentillesse et la solidarité qui les animent sont les choses qui m’auront le plus marqué dans ce périple.

Rusko