Situation et vision du club

Pour analyser la situation de Sainté, il faut avoir suivi le club et surtout le contexte de ces dernières années. Beaucoup raisonnent avec nostalgie, voudraient que les choses aillent plus vite. Beaucoup voudraient que Sainté joue les premiers rôles, propose un jeu flamboyant. Tout cela est à mon sens une utopie et assez symptomatique de ce qui se passe au club depuis longtemps.

Le club est paradoxalement victime de son histoire et son analyse est juste fascinante : Cette finale perdue en 1976 est bizarrement le point de départ de beaucoup d’erreurs (Herbin le dit très clairement). Cette descente sur les champs Élysées est l’un des plus mauvais souvenirs pour beaucoup de joueurs de l’époque (Dominique Rocheteau le premier). Un mauvais souvenir, d’une part à cause de la défaite, mais aussi en raison de l’ampleur médiatique de l’évènement. Beaucoup au club n’ont pas conscience des choses, dépassés par le phénomène et la folie ambiante. Sainté venait de décomplexer le football Francais. On en oublie presque que les verts avaient perdu.

Cette finale de 1976, est le point de départ de beaucoup d’erreurs en interne  : le club commence à oublier ce qui a fait la réussite de l’équipe : Une équipe basée sur un bon centre de formation, des méthodes d’entrainement très durs, avec ses avantages et ses inconvénients (notamment la carrière relativement courtes de certains jeunes comme Paganelli). Le club a commencé à flamber, à acheter des joueurs, très bons certes, mais relativement chers et qui ne s’intègrent pas tous dans le jeu stéphanois.

La plupart de ceux qui s’expriment sur le club (anciens joueurs, journalistes et supporters) sont restés à l’époque 1976 et au dernier titre de champion de France en 1981. Le club n’a pas subitement perdu tout ce qui faisait sa réussite. C’est à mon sens, un processus lent, qui débute en 1976, juste après cette finale. Un des exemples les plus criants, est Jean-Michel Larqué et sa relation qu’il entretient avec le club.

L’exemple LARQUE

J’ai infiniment de respect pour le grand joueur qu’il a été. Son cas fait cependant débat auprès des supporters. Pour une génération de supporters, sa carrière et son palmarès lui confère un statut d’intouchable. Pour la génération qui a connu Jean-Michel Larqué sur cassette vidéo en tant que joueur, les avis sont beaucoup plus nuancés. Mes premières images de Larqué sont frappantes : Dimanche 1993 à Téléfoot, juste avant la demi-finale de coupe de France entre  Saint-Etienne et Nantes : Match capital qui en cas de défaite peut remettre en cause le maintien du président Laurent. Larqué interviewe le président Stéphanois d’une manière très surprenante et déstabilisatrice. S’en suit la défaite, les adieux de Laurent, l’arrivée de Guichard avec dans ses valises, un certain Jean-Michel Larqué en tant que Manager.

Ambitieux et désireux d’Europe, la gestion de Jean-Michel Larqué à coup de millions pour récupérer des joueurs de qualité sera infructueuse et va poser problème. La suite, on la connait. Équipe loin de l’Europe, en brasse coulée, dans une situation financière et sportive plus que compliquée, plongeant le club en D2. Une équipe et des joueurs bien loins « des vrais verts » auxquels il fait très souvent allusion en tant que journaliste. Un épisode que beaucoup d’anciens supporters ont oublié mais qu’une génération verte a pris de plein fouet dans la « gueule » en découvrant le Football.

Le club n’a jamais réussi à se sortir de son histoire et à avancer sans tomber dans la comparaison des époques. A l’image des analyses de Jean-Michel Larqué, proche de la caricature et parfois dans l’insulte comme lors de cet épisode « Luc Sonor ». Traiter les joueurs stéphanois actuels de « canada dry » a un intérêt assez limité. Pourtant, les sujets abordés pourraient être intéressants. Evoquer la gestion du club, lapassation de pouvoir du gardien Jémérie Janot, sa fin de carrière et sa reconversion s’avèreraient intéressants, bien plus intéressants que l’analyse sans cesse en comparaison avec sa période, certes glorieuse, mais aujourd’hui révolue. La rengaine « C’était mieux avant » a ses limites. Les comparaisons entre Curkovic et Janot n’ont pour moi strictement aucun sens, si ce n’est sans cesse flatter son égo, se persuader que la situation actuelle ne viendra pas chatouiller les souvenirs de son époque. Un Syndrôme « à jamais les premiers » proche de celui de Yannick Noah avec Roland Garros, obligé de s’exiler au États-Unis durant la Finale d’ Henri Leconte contre Mats Wilander en 1988 , effrayé de voir le français l’emporter.

La réalité du club et la construction du projet Galtier

La réalité du club est dure :  Le club a certes un grand palmarès mais est devenu un petit club, à tel point que quand le stade n’est pas retenu pour l’euro 2016, ça ne provoque aucun remous dans le milieu du Footbal françaisl. De 1983 à 2009 , le club n’a pas réussi à faire deux années consécutives dans les 10 premières places du championnat. Depuis 1983, c’est une succession de 22 entraîneurs, 10 présidents.

En 2009, la situation du club est délicate : L’ASSE s’incline 3-0 au Parc et l’entraîneur Alain Perrin est limogé. Aucun entraîneur ne veut réellement venir. L’ASSE décide donc de confier le poste à Christophe Galtier, adjoint à l’époque d’Alain Perrin. Un pari osé puisqu’il ne dispose pas des diplômes d’entraineur. Il présente néanmoins l’avantage de très bien connaître le groupe de joueurs. En reprenant les rênes, on sent très vite une volonté de sa part de bouger les choses, d’insuffler un autre style et de prendre le jeu à son compte. Malgré un jeu attrayant, des prestations honorables en terme de jeu contre l’OM, Lyon ou encore Bordeaux, les Verts s’inclinent dans chacune de ces rencontres. Cette équipe semble meurtrie, avec des joueurs mentalement au fond du trou (Monsoreau en est l’exemple). En continuant ainsi, Galtier voit la zone rouge se rapprocher à grand pas. C’est ainsi qu’il décide de changer son fusil d’épaule, revient à des basiques pour prendre des points. Un changement d’attitude qui s’avèrera payant puisque le club finira par se sauver, in-extremis en tremblant jusqu’au bout.

Pour sa première saison en tant qu’entraineur titulaire, il réalise un recrutement judicieux pour 450 000 € (Albin Ebondo, Laurent Batlles et Carlos Bocanegra). Il décide d’entamer la saison comme il a fini la dernière, avec prudence car il sait que son équipe est en convalescence. Son objectif est clair : Prendre des points le plus rapidement possible, éviter à tout prix le doute et les vieux démons de l’année précédente.

L’ASSE démarre la saison avec une défense pas mal remaniée, a déjà pris 5 buts en deux matchs quand elle se déplace à Rennes. La fameuse phrase de Galtier*, sortie du contexte, fait sourire, mais pour ceux qui ont suivi le club, elle prend tout son sens. Qui peut réellement en vouloir à Christophe Galtier ? Imaginons une équipe comme Brest se maintenant à quelques journées de la fin, au terme d’une saison éprouvante : Qui pourrait reprocher à l’entraîneur en place de jouer le nul pour un déplacement à Rennes lors de la 3ème journée de la saison suivante  ? Pas grand monde, parce que c’est Brest. Sainté est bel et bien victime de son nom.

Pour sa première année en tant qu’entraineur finit 10ème, sans avoir réellement tremblé pour le maintien. Je crois que le projet du club depuis 2009 est basé sur un constat d’échecs et sur l’idée de corriger les différentes erreurs du passé : Des erreurs de recrutement avec des transferts coûteux et improductifs (Sanogo, bergessio), avec des joueurs qui ne rentrent pas dans le cadre des valeurs de Sainté, avec des erreurs dans le staff. Au final, exit les Comolli, Vincent Tuong-Cong … exit les joueurs aux mentalités douteuses  (cf la gestion du cas Payet)… Exit les gros contrats. L’heure est à la restructuration, avec des dirigeants qui se partagent les rôles, avec une nouvelle politique financière inspirée de l’Allemagne où de ce qui s’est fait à Lille. Cette politique est basée sur la récompense et sur le résultat : Ainsi, aucun joueur stéphanois n’a un salaire fixe supérieur à 90 000€. En revanche, le salaire peut atteindre 120 000€ ou plus, suivant les performances de chacun et des résultats du club. Cette politique financière limite forcément les verts en terme de recrue (Wendel, Frau, Pujol ou plus récemment Ceara), mais je crois que c’était une étape essentielle dans le club, surtout dans une situation économique compliquée où la plupart des clubs sont obligés de faire attention à leur masse salariale.

Le recrutement depuis 2009 est intelligent, basé sur des joueurs d’expérience, extrêmement suivi, avec une grosse prise de renseignements sur leur comportement. Les joueurs sur le départ ont été autorisé à quitter le club. Rivière a été vendu 6m€ à Toulouse, Matuidi 10 m€ au PSG et Payet 10m€ à Lille. Par ailleurs, Aubameyang qui éprouvait un gros désir de rester au club a été conservé par Galtier sous forme de prêt (l’option d’achat fût levée en Janvier). A la surprise générale, il a fait une excellente saison en marquant 16 bus (sans tirer le moindre pénalty). Saint-Etienne a dans le même temps recruté des joueurs de devoir, complètement dans l’esprit du groupe : C’est ainsi que Marchal, Mignot, Clément, Ruffier, Lemoine, Brison et Pongole (prêt) ont rejoint le club

Alors on peut parler de jeu, mais est-ce réellement l’essentiel ? En 2007-2008, on jouait plutôt bien. En 2008-2009, on joue l’Europe et le maintien la même année. On ne peut pas dire le club ait retiré grand-chose de cette expérience. Peut être parce qu’il manquait à ce club, l’essentiel : La stabilité et les bases pour un club comme Saint-Etienne. Je ferai le parallèle avec Lens, club atypique avec un contexte très particulier. Cela fait très longtemps que l’on n’avait pas vu avec autant de bon sens à Sainté, autant de caractère dans une équipe. Avec beaucoup de changement à l’intersaison, les Verts ont réalisé une bonne saison en luttant jusqu’au bout pour la coupe d’Europe. Mignot, Ruffier, Brison, Lemoine, Clément, Nicolita et Gradel se sont parfaitement intégrés et n’ont eu aucun mal à se fondre dans le groupe. Des jeunes pousses (Ghoulam, Guilavogui ou Zouma) pointent le bout de leur nez dans l’effectif. Les cadres de vestiaires tiennent leur rôles (Batlles, Janot, Mignot). La relation entre Jérémie Janot et Stéphane Ruffier semble claire et très saine. Janot l’a d’ailleurs naturellement invité chez lui dès son arrivée au club et tout semble bien se passer pour le mieux.

Je ne défends pas pour autant Galtier. Il s’est parfois trompé dans la gestion de certains matchs, et je conteste parfois certains de ces choix. A-t-il les qualités suffisantes pour nous faire retrouver les sommets et l’Europe ? L’avenir nous le dira. On oublie souvent qu’il reste un jeune entraineur et qu’il peut lui aussi progresser. Mais à mon sens, le club a trouvé l’essentiel : un entraineur, un meneur d’hommes avec du caractère, des valeurs, respecté et écouté de tous (bien aidé par Dominique Rocheteau).

La reconstruction est lancée. Place à l’aménagement

* : Christophe Galtier déclarera après le match de Rennes « On est venu chercher le point qui nous était attribué au coup d’envoi »

The Wolfman

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