Entretien Mickaël LANDREAU, membre fondateur du Collectif Nantais

Continuons notre tour de France des projets d’actionnariat populaire et prenons la direction de Nantes à la rencontre du Collectif Nantais. Comment fonctionne-t-il et quelles sont ses ambitions ? Mickaël Landeau, un des membres fondateurs du collectif, nous en dit plus sur le projet.

Bonjour Mickaël et merci d’avoir accepté notre invitation. Nous connaissons Mickaël, joueur, entraîneur, nous allons revenir sur votre rôle au sein du collectif. Avant d’aborder le projet, ma première question est assez simple. Mickaël enfant, quel est votre 1er souvenir dans un stade de foot pour voir un match des pros FC Nantes à la Beaujoire ? 

Mon premier match était le 7 mars 1987 avec mon petit club de l’Étoile Arthonnaise, j’étais débutant et un plateau était organisé autour d’un match de D1 (Nantes / Sochaux, score 2 – 1). C’est mon premier souvenir de la Beaujoire. Les organisateurs avaient réalisé une petite photo souvenir dans une assiette. J’ai longtemps conservé cet objet qui me rappelle ce moment, c’est un souvenir précieux.

Quelle est votre plus grosse émotion en tant que supporter de foot ? 

Ma plus grosse émotion en tant que supporter, c’est la Coupe du monde 1998 et la Finale France Brésil avec le fameux 3 à 0. Il s’agit d’un moment inoubliable.

Le 12 mai 2001 contre Saint-Etienne, quelles émotions ressentez vous lorsque le coup de sifflet final retentit et que vous devenez champion de France avec LE club de votre vie ? 

Nantes / Saint-Etienne 2001 – Source Sport

Ce sont des émotions dingues. Avant même que l’arbitre ne siffle la fin du match, tu sens le palpitant qui monte et vibrer dans la poitrine. C’est vraiment indescriptible comme sensation. Puis vient la marée jaune et verte qui t’emporte, et c’est la fête. J’étais littéralement sur un nuage.

Avant même que l’arbitre ne siffle la fin du match, tu sens le palpitant qui monte et vibrer dans la poitrine. C’est vraiment indescriptible comme sensation.

Comme un symbole, vous terminé votre carrière à Bastia contre le FC Nantes. Lors de cette rencontre vous, avez offert 150 places aux supporters Nantais. Comment est venue l’idée de leur offrir ces places et pourquoi un tel geste ?

Pour moi, ce match devait être une récompense, j’avais vraiment envie de faire profiter les gens que j’aime. Je souhaitais une atmosphère particulière et douce pour ce match. Ceux qui font le voyage de Nantes jusqu’à Bastia, ce sont vraiment les fidèles de chez fidèles du Football Club de Nantes, les supporters avaient déjà fourni un gros effort financier pour venir et payer le déplacement. Moi j’aime beaucoup les messages… Naturellement, je suis allé voir la responsable de la billetterie du Sporting club de Bastia en lui demandant si elles avaient des réservations et comment on pouvait agir. Au fur et à mesure, j’ai décidé d’offrir les places aux supporters nantais sans prévenir personne.

Le foot étant un sport collectif, auriez-vous des personnes (joueurs, entraineurs, formateurs, médecins) à mettre à l’honneur dans votre parcours ? 

Il y en a tellement que c’est dur de faire une liste. Pour moi, la vie c’est apprendre des gens et se nourrir des expériences des autres. J’aime créer quelque chose dans la relation humaine, dans l’apprentissage. C’est ça qui m’anime tout le temps, tous les jours et qui me fait lever le matin. On peut apprendre des autres de tellement de manière, c’est tellement varié !

Si je devais définir mon socle et ma base, je citerais ma famille bien sûr puis le docteur Fabrice Bryand, Raynald Denoueix, Jean-Claude Suaudeau, Christophe Lollichon mais il y en a tellement d’autres que je n’ai pas envie de les oublier… C’est tellement dur d’en citer que quelques-uns.

Vous avez entrainé Lorient. Quels souvenirs retenez vous de cette expérience ?

J’ai vraiment adoré entraîner, créer mon staff, partager avec eux et les éducateurs, le directeur du centre de formation. J’ai vraiment adoré construire le projet avec les joueurs mettre en place des choses, structurer le projet. Je me suis vraiment éclaté.

Avez-vous abandonné l’idée d’entraîner un jour ?

Non, mais aujourd’hui, je me suis engagé à être exclusivement à la disposition du Collectif Nantais pendant deux ans et demi. C’est pour cela que j’ai refusé toutes les offres.

Je me suis engagé à être exclusivement à la disposition du Collectif Nantais pendant deux ans et demi.

Justement, pouvez-vous nous expliquer le projet du Collectif Nantais en quelques mots ? 

Le Collectif Nantais est né d’une rencontre avec les sponsors du club qui m’ont sollicité pour échanger, connaitre ma vision du club et savoir si demain j’avais envie de m’investir. Je leur ai présenté ma vision des choses, ma vision de ce que devait être un club de foot dans son environnement et dans la société et ils ont tous adhéré.

Au fur et à mesure, nous avons fait plusieurs réunions. A un moment donné, on s’est posé la question de ce qu’on devait faire concrètement et l’idée du Collectif Nantais est apparu une évidence. Le nom a été choisi par les groupes de supporters. La première phase du projet a été la levée de fonds de 7,5 millions d’euros. Puis, ensuite nous avons décidé de faire un crowdfunding pour faire participer le plus grand nombre. Nous construisons certainement l’après Valdemar Kita.

Raynald Denoueix, souscripteur – Source Twitter

Vous êtes donc en lien avec les groupes de supporters ?

Les joueurs et entraîneurs sont le cœur du projet, et autour gravitent toutes les parties prenantes, dont les supporters font parties. Nous sommes en lien avec eux. Nous avons discuté du système de gouvernance pour faire participer toutes les parties prenantes au projet. On fonctionnera avec différents collèges (investissement, crowdfunding) et chaque collège aura son représentant. L’idée est que cela ne soit pas n’importe quoi en termes de gouvernance.

Qui sont les fondateurs du Collectif Nantais ? Quel est son statut juridique ?

Les membres fondateurs sont : Philippe Plantive, président de Proginov, Thibault François, le président de Fastea capital, et moi-même. Nous sommes une S.A.S.

Mickaël Landreau, Philippe Plantive, Thibault François – Source Le Télégramme

Vous connaissez sans doute le modèle du Sporting Club de Bastia en tant qu’ancien joueur. Quelles sont les différences que vous avez identifiées entre les deux projets ?

Oui je connais très bien le projet bastiais. C’est vraiment un choix délibéré de ne pas faire une SCIC, possible à mes yeux, uniquement après un dépôt de bilan. En termes de gouvernance, nous ne sommes pas persuadés que ce soit la meilleure solution pour le club. On pense qu’une SCIC expose trop le club à moyen/long terme

C’est vraiment un choix délibéré de ne pas faire une SCIC, possible à mes yeux, uniquement après un dépôt de bilan.

Votre projet est vraiment d’être actionnaire majoritaire ?

Non, nous construisons le modèle autour d’actionnaires. Le Collectif Nantais sera certainement minoritaire.

Avez-vous rencontré M. Kita pour leur expliquer votre projet ? 

Nous avons prévenu le club que nous allions mettre en place un projet il y a un peu plus d’un an et nous retournerons le voir le jour où nous serons prêts.

Comment pensez-vous qu’il perçoit votre projet ? 

Je pense que c’est à lui qu’il faut poser la question

Avez-vous des soutiens politiques ?

Au-delà des soutiens politiques, nous pensons qu’il est primordial que l’ensemble des politiques soient au courant que nous montons ce projet mais nous n’avons pas de politique à proprement parler dans la création du projet. Nous sommes apolitiques.

Des entreprises vous suivent elles dans ce collectif ?

Oui, nous avons énormément entreprises qui nous soutiennent, plus de 40 entreprises à ce jour. Désormais, nous cumulons plus de 1250 souscripteurs, répartis entre les entreprises et les personnes privées.

J’imagine que vous êtes en lien avec la Brigade Loire. Que pense-t-elle de cette initiative ?

Tout est coconstruit avec les parties prenantes, dont les supporters. Nous sommes en liens permanents à travers les nombreux séminaires que nous organisons. Il faudra leur poser la question.

Supporters de la Brigade Loire – Source Ouest France

Le Collectif Nantais serait-il intéressé pour faire partie d’une structure spécifique des socios français ?

Nous ne nous sommes jamais posé la question. Il faudrait connaitre les intérêts et les enjeux.

Faut-il selon vous pour nos clubs professionnels un statut intermédiaire entre une SASP et une association et s’inspirer du modèle Allemand avec leur « 50+1 » ?

Je pense que les clubs de football doivent être des entreprises. Ce qui est important, c’est que les gens se réunissent, que ce soient les sociétés, les supporters, les fournisseurs, les sponsors et que chacun puisse être respecté, écouté dans leurs domaines de compétences qui doivent être celles correspondante à un respect de la gouvernance et un respect de l’entraîneur et des joueurs.

Que pensez-vous du modèle « club état » comme au PSG ou City par exemple ?

Je n’aime pas la concurrence déloyale mais encore une fois, je ne concentre pas trop sur ça. Ce qui me plait, c’est d’écrire notre projet commun pour le FC Nantes : écrire quelque chose qui nous anime avec nos convictions, qui correspond à ce que notre territoire, nos partenaires, nos supporters, ont envie de vivre. Pour moi, c’est ça le plus important. Après, la concurrence il y en aura toujours ça fait partie de notre environnement.

Ecrire quelque chose qui nous anime avec nos convictions, qui correspond à ce que notre territoire, nos partenaires, nos supporters, ont envie de vivre. Pour moi, c’est ça le plus important

Vous avez fait le choix de récolter l’argent dès maintenant sans garantie de pouvoir entrer au capital du club. Quel est le plan si on ne vous ouvre pas la porte au capital ? 

Nous allons rembourser les gens. Il y aura juste des frais d’organisation ponctionnés. Pour la partie investissement, 98% de la somme sera remboursée. Pour la partie Crowdfunding, il y aura 6% de frais et le reste sera remboursé.

Auriez-vous un conseil si jamais un de nos lecteurs voulait mettre en place un modèle socios dans son club ?

Le plus important est la construction avec toutes les parties prenantes du club, ceux qui seront toujours là pour le club. Ça représente énormément de monde, et pas uniquement que les supporters. Mon conseil serait de prendre le temps de construire votre projet en n’oubliant personne sur votre chemin.

Nous tenons à remercier chaleureusement Mickaël pour sa grande disponibilité et souhaitons bonne continuation au sein du Collectif Nantais. Vous retrouverez toutes les informations sur Twitter

JM & Jérem