La Super League, the reality show version Star Wars

Ces derniers jours, le monde du Football a vécu une des périodes les plus rocambolesques depuis l’arrêt Bosman. En effet, douze clubs ont annoncé dimanche 18 Avril 2021 leur volonté de s’émanciper d’une compétition « publique » et accessible aux mérites sportifs (La Ligue des champions) afin de créer une compétition privée et élitiste, teintée d’une culture de l’entre-soi, du profit à outrance, tout en prétendant divertir le peuple.

Les supporters et amoureux du football ont oscillé cette semaine entre deux sentiments : D’un côté, la haine des dirigeants du football (et non des clubs) et l’angoisse que cette Super League puisse voir le jour. De l’autre, le soulagement et la satisfaction face à la victoire de la fronde populaire, initiée par le PSG et le Bayern Münich.

Mais qu’en est-il au juste ? Le Football est-il véritablement sauvé ou sommes-nous juste témoin d’une Trilogie dont le premier épisode vient à peine de s’achever ?

A mon sens, l’histoire ne fait que commencer. Nous sommes à l’aube de gros changements dans le Football professionnel. Le spectre de la Super League n’est absolument pas effacé et le plus dur attend l’UEFA. En effet, les raisons du projet de création de Super League sont évidentes et diverses. Il s’agit de compenser :

  • Une incapacité des dirigeants à gérer un club de manière viable et de contrôler leurs dépenses comme le montrent le Real Madrid, la Juventus ou le FC Barcelona ;
  • Une incapacité d’investissement pour assurer une compétitivité sportive comme Inter Milan ;
  • Un défaut de performance sportive comme l’atteste Manchester United, club profitant le plus de l’effet stade vide en période COVID.

Mais contrairement à ce qu’affirment Giuseppe Marotta, Andrea Agnelli et surtout Florentino Pérez, la Super League ne va pas sauver le Football. Elle va surtout allonger la ligne de crédits et les problème économiques ne seront jamais résolus. L’objectif de la Super League n’est pas de contrôler les dépenses, mais bel et bien de trouver plus de sources de financement, constat terrible que Sir Alan Sugar avait mis en lumière lors du reportage sur la BBC en 2011.

Le Real Madrid ne cesse d’avoir une politique mercato absurde et onéreuse, l’Inter crie à l’aide mais nous cherchons toujours les raisons sportives des mouvements d’Alexis Sánchez ou Christian Ericksen, la Juventus accumule les transactions commodités (Adrien Rabiot, Weston McKenny, Aaron Ramsey) au détriment de la plus-value sportive. Il est inutile de parler du FC Barcelone où l’UEFA est complice de sa situation financière mais nous y reviendrons.

Peut-on alors toutefois parler d’un fiasco concernant la Super League et de la victoire du football dit Populaire ? La réponse à ces deux questions est non

Le non fiasco de cette Super League

Cette Super League n’est en aucun cas un fiasco mais plutôt une version béta, amenée à évoluer. Cette tentative échouée donne tout simplement aux « créateurs » de cette compétition les éléments à mettre en place et ce qu’il faut cibler pour que celle-ci fonctionne. Le prix à payer n’aura été que celui de la réputation des deux Seigneurs Andrea Agnelli et Florentino Perez.

Mais l’ombre de la Super League existe et existera tant que l’UEFA et surtout l’Union Européenne n’aura pas remis le football au centre des préoccupations. Aujourd’hui, l’UEFA est exposée et devra faire face à un travail titanesque. L’union Européenne a-t-elle la volonté et la capacité d’entamer des changements de fond ? Si l’UEFA renonce à toute évolution, elle perdra toute crédibilité et il s’agirait d’un véritable coup de maître de la part de la Super League…

La non victoire du foot populaire

Comment évoquer la victoire d’un football populaire alors que l’UEFA refuse d’intégrer les joueurs et les fans de ce sport dans son fonctionnement ? L’UEFA doit évoluer et la mue doit impérativement se faire sur trois niveaux, sans quoi, il sera très compliqué de sauver ce sport d’une Super League.

1. Changements au niveau de l’Union Européenne

L’Union Européenne doit comprendre et accepter que le football, son industrie n’est pas comparable à celui de l’industrie automobile. Beaucoup accable l’UEFA dans ce constat mais le responsable est bel et bien l’Union Européenne. Cette dernière doit offrir un cadre légal adapté à l’industrie du football permettant à l’UEFA de le réguler de manière stricte. Plusieurs régulations doivent être mise en place rapidement :

  • Une régulation concernant un ratio de solvabilité de club intégrant les dettes à court et long terme (voir la régulation Solvency 2 en finance) ;
  • Une régulation permettant de contrôler le risque systémique et éviter que la faillite d’un club ait un effet papillon. Ceci est très facile à mettre en place ;
  • Un contrôle sur les surévaluations d’échange de joueur pour des profits comptables fictifs déconnectés du marché (Miralem Pjanic / Arthur, Danilo / Joao Cancelo / Danilo, etc…) ;
  • Une chambre de compensation (la FIFA travaille dessus actuellement) pour tout transfert de joueur permettant la garantie au club vendeur d’être payé. Par ailleurs, instaurer un coût de collatéral le temps de la durée du contrat du joueur acheté
    E) ;
  • Un montant plafond pour un transfert et une « Luxury taxe » pour le club vendeur et acheteur à partir de chaque Euros au-dessus du plafond dont les fruits serviront à financer un fond de secours pour les clubs et joueur non payé en Europe.

2. Changements au niveau des ligues domestiques

Il est indispensable de repenser l’organisation du football qui est inévitablement plus internationale. Une ligue d’Elite ne peut pas être organisée à plus de 18 clubs et certains pays comme la France doivent limiter leur championnat à seize clubs, avec une seule coupe domestique. Les ligues inferieures doivent être rationalisées d’un point de vue géographique pour éviter les coûts de déplacement onéreux et l’impact écologique. En France, il s’agirait de créer une L2 et L3 en deux groupes de 16 équipes à match unique. Les quatre premiers de chaque groupe s’affronteraient sur un mini-championnat qui définirait les montées à l’échelon supérieur.

3- Changements au niveau de l’UEFA

Cette organisation va être attendu et chaque décision sera attendu par ce fameux coté populaire. L’une des premières décisions est d’installer les fans à la table de ceux qui décident le football et ses compétitions. Vous trouverez plusieurs propositions que pourrait être prendre l’UEFA à destination des fans et des amoureux du foot :

  • Réorganisation des compétitions de club et les horaires : Pas de match au-delà de 20H30 quel que soit le fuseau horaire, deux journées de Coupe D’Europe le Week-end, pas de coupes d’Europe les jeudis lors des phases de poule
  • Suppression des qualifications des compétitions internationales comme elles sont faites à ce jour. La FIFA et l’UEFA doivent travailler de concert. La ligue des Nations doit être une compétition permettant d’établir les pays qualifiés directement en Coupe du Monde pour la zone Euro et l’Euro. Les pays du top 10 du coefficient FIFA doivent être qualifié directement pour le Mondial ;
  • Suppression des protections lors des phases à élimination directe ;
  • Globalisation de la règle allemande concernant la propriété des clubs avec en plus 5% du capital réservé aux supporters impossible à céder autrement qu’a d’autre supporter ;
  • La masse salariale d’un club ne doit pas dépasser 50% du Chiffre d’affaires, avec deux joueurs « hors limite » et faisant exception ;
  • Interdiction absolue de qualification autrement que sur critère sportif ;
  • Interdiction de tout transfert de joueur n’ayant pas atteint la majorité, intéressement a hauteur de 50% du premier transfert au club formateur si ce dernier n’y a pas signé son contrat pro avec son club formateur ;
  • Imposer un prix plafond pour les matchs de coupe d’Europe permettant à plus de supporter de vivre une expérience dans le stade et envisager la création de fan zone lors des matchs européens.

L’ombre de la super League n’a pas disparu et reste une menace fantôme. Ils incombent désormais l’UEFA et l’Union Européenne de travailler main dans la main afin d’éviter la ruine de ce sport, qui est et sera toujours populaire.

The Swindler & JM

Références

[1] – Une – Footmercato

[2] – 20 minutes

[3] – Le parisien

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