PRO : Entretien avec Thibaud ARNAUD, groundsman du SCO d’Angers.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours de formation ?

Je suis diplômé d’un BAC STAV (Science technologie de l’Agronomie et du vivant), d’un BAC PRO Aménagement Paysagers et d’un Certificat de Spécialisation maintenance des terrains de sports et de loisirs. Durant ces formations, j’ai passé deux diplômes : jeune Animateur et initiateur premier degré, afin d’entraîner les plus jeunes catégories au football.

A quel moment vous destinez-vous à travailler dans le sport ?

Depuis tout petit, j’ai toujours été attiré par tous les sports. Comme beaucoup, mon rêve était de devenir footballeur Pro… Mon choix s’est fait plus particulièrement à l’âge de 17 ans lorsque je venais d’avoir mon BAC STAV, je voulais entrer dans le monde du travail tout en restant dans le monde du sport. Après de longues recherches, j’ai remarqué ce métier de Groundsman qui me semblait complètement flou mais qui m’attirait énormément. Ce choix a été très compliqué à faire mais ce fût le bon et depuis, j’arrive à lier mes deux passions, celle de Groundsman et celle de footballeur (à un niveau régional). Autant dire que je passe beaucoup de temps sur un terrain de foot.

Vous débutez comme beaucoup de groundsman dans le Golf. C’est le parcours classique dans le secteur ?

Il n’y a vraiment aucun parcours classique. Pour ma part, j’ai préféré travailler sur un Golf avant d’arriver sur un stade de foot, afin d’acquérir beaucoup d’exigences dans mon travail, de découvrir les différentes attentes des joueurs (golf – foot) et d’apprendre différentes manières de travailler.

Quelles sont les exigences d’un green de golf ?

Il y a autant d’exigences sur un green que sur un terrain de foot, elles sont juste différentes. Les particularités du green sont la hauteur du gazon qui est en moyenne de 3 mm, la dureté du sol afin que la balle roule au moment de « putter » et en même temps la souplesse du sol afin que la balle soit un minimum freinée. Tout cela demande beaucoup d’attention.

Vous commencez dans le football au camp des loges en 2015. Quel était votre statut et votre rôle ?

J’étais jardinier au Camps des loges ainsi que jardinier sur le terrain du PSG Féminin la même année.

Existe-il une attention particulière dans le Golf qu’on ne retrouve pas dans le football ? Et inversement, quelles sont les particularités du football en la matière ?

Sur un parcours de Golf, il est possible de modifier certains trous en raison des difficultés ou autres (fairway, bunker, plan d’eau, forêt, green…), ce qui est impossible au foot. A l’inverse, toute les opérations effectuées sur un terrain de foot peuvent aussi s’effectuer sur golf. C’est aussi pour cette raison que j’ai préféré intégrer un golf avant d’arriver dans le monde du foot.

En 2013, le PSG a recruté Jonathan Calderwood, ancien Groundsman d’Aston Villa et élu meilleur Groundsman de la Premier League à plusieurs reprises. Avez-vous travaillé avec lui et qu’en avez-vous appris ?

En arrivant au PSG, j’avais 20 ans, je débutais dans le métier et je ne demandais qu’une chose : Apprendre un maximum dans le domaine. Jonathan Calderwood était le groundsman du Parc des Princes et du Camps des Loges, mais je travaillais beaucoup plus fréquemment avec Thomas Ovadia, Head Groundsman du Camps des loges.

J’ai appris toutes les techniques que Jonathan Calderwood avait pu délocaliser d’Angleterre. Ce fut très enrichissant de travailler dans ce contexte et cela m’a permis de faire attention aux moindres détails.

On entend souvent que le niveau des pelouses de Ligue 1 n’est pas acceptable en France. Etes-vous d’accord sur ce constat ? Avez-vous vu une amélioration ces dernières années ?

Je ne suis absolument pas d’accord avec ce constat. Il y a eu une grosse amélioration depuis six ans. L’augmentation des droits TV en France a permis à la plupart des clubs professionnels d’investir dans des technologies hybrides et des systèmes de chauffage. Sans compter sur des formations spécifiques gazon sportif après le Baccalauréat, qui évoluent d’années en années.

Les mentalités des clubs vis-à-vis des pelouses ont clairement changé et il n’est plus possible d’offrir aux joueur un terrain en piteuse état. Je vous mets au défi de regarder les pelouses des années 2000 avec celles d’aujourd’hui. Les différences sont flagrantes.

Nous avions échangé en 2012 avec une personne qui travaillait pour l’ASSE en ligue 1. Voici ce qu’il déclarait : « Je travaillais à l’entretien des vestiaires, tunnel, bureaux des arbitres, ainsi que de la billetterie les jours de matchs. Je m’occupais également du PC Sécurité et de la technique ». Puis il poursuit « Le jour du match, j’étais d’astreinte nettoyage sur la journée et le soir je m’occupais de la pelouse, avant le coup d’envoi, à la mi-temps, et à la fin du match. En période hivernale, je renforçais l’équipe des jardiniers ». Une sorte d’ « homme à tout faire » du Stade Geoffroy-Guichard, où plutôt de la ville. En effet, comme il nous le révèle, son employeur n’est pas l’ASSE mais bel et bien Saint-Etienne Métropole comme la plupart de ses collègues. Il ne bénéficie d’aucune formation de jardinier et a « appris sur le tas ». Aujourd’hui, son contrat à durée déterminée à la Ville terminé, son travail à Geoffroy-Guichard n’est qu’un lointain souvenir. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Cela témoigne de l’évolution de chaque stade réalisée entre 2012 et 2020. Aujourd’hui, la plupart des Groundsmans sont qualifiés et sont dédiés à un domaine, l’entretien du rectangle vert. Les droits TV alloués à chaque club en France évoluent dans le bon sens et on se retrouve avec des demandes fortes de la LFP concernant la qualité des pelouses. De ce fait en tant que Groundsman, nous devons nous approcher le plus possible de la perfection.

Jonathan Calderwood, Grounds Manager du PSG, revenait sur son parcours au PSG et son étonnement des températures élevées en été en France, par rapport à l’Angleterre. Quel est le problème des hautes températures pour une pelouse ?

Depuis trois ans, les étés sont assez compliqués à gérer, du fait que sur certaines périodes, les températures de jour et de nuit ne descendent pas en dessous des 20°C. Dans ce contexte, la pression fongique est énorme. Notre objectif est de faire baisser la température du gazon pour éviter le développement de champignons et les ventilateurs sont très utiles dans ces conditions extrêmes.

En 2016, vous rejoignez le SCO d’Angers pour devenir intendant du stade Raymond Kopa. Comment est née cette opportunité ?

Je souhaitais évoluer et passer d’un centre d’entraînement à un stade. Après de longues recherches, j’ai vu que le club du SCO Angers cherchait un Groundsman. Étant originaire de Vendée, je me rapprochais de ma famille et de mes amis et ma décision s’est faite vraiment naturellement.

J. Calderwood expliquait que le gazon du Parc des Princes était enlevé en fin de saison puis ensemencer pour le début de saison du club. Pratiquez-vous la même technique à Angers ?

La fin de saison est une des périodes cruciales qui déterminera la qualité du gazon pour la saison suivante. Nous nous efforçons de mettre à nu le terrain à la fin de saison peu importe s’il était en bon état ou non.

Ces grosses opérations mécaniques consistent à enlever toute la matière organique décomposée sur le dessus du sol, afin de repartir sur une base saine. Cette matière organique en couche empêche l’eau de pénétrer dans le sol et de fait, ne permet pas une bonne évacuation de l’eau du terrain.

Un terrain avec beaucoup de Matière Organique s’observe avec de l’eau qui stagne en surface du terrain.

Entre hybrides, mi naturelles, mi synthétiques, Quelle est la nature du gazon au SCO ?

Au stade Raymond Kopa, on bénéficie d’un Gazon 100% naturelle, mais d’un sol qui est dit « HYBRIDE » (technologie AIR FIBR). Un sol qui est composé d’un mélange de liège, de microfibres et de sable. C’est un substrat hybride qui permet une plus grande résistance du gazon. En effet, les racines du gazon vont descendre dans le sol hybride et permettre une forte résistance, à un tacle par exemple. C’est essentiellement grâce à ce genre de système que nous voyons de moins en moins de « motte de gazon » se décoller.

Combien de personnes travaillent à l’entretien et au maintien des pelouses à Angers ? Quel budget du club représente-il ?

Nous sommes deux au total, une personne au stade et une autre au centre d’entrainement.

Pouvez-vous nous décrire votre semaine type ?

Il faut toujours avoir comme ligne directrice les matches à domicile, où aucune erreur n’est permise. Tout dépend des saisons mais sur une semaine de septembre par exemple, je fais en sorte de tondre le maximum possible, tous les jours, de faire un décompactage et une fertilisation.

Imaginons un match le samedi à Raymond Kopa le samedi. Quel est votre rôle le jour même et vos activités d’avant match et après match ?

Il n’y a pas beaucoup de temps à perdre, je suis tout seul à préparer le terrain. Je m’oblige à faire une tonte et tracer le terrain avant le match en fonction de la météo annoncée. Il me reste ensuite à installer les buts et les poteaux de corner.

Le terrain doit être prêt quatre heures avant le début de la rencontre, afin que les délégués du match me rejoignent pour mesurer la hauteur du gazon. En effet, le règlement impose que la hauteur du gazon soit comprise entre 21mm et 30mm.

Avant le match, je discute avec le staff pour savoir s’il veut ou non de l’arrosage avant l’échauffement ou avant match afin d’accélérer ou ralentir la vitesse du ballon. Puis les cinq bénévoles qui sont avec moi une demi-heure avant le match, entrent sur le terrain à la fin de l’échauffement ainsi qu’à la mi-temps pour reboucher les trous causés par les joueurs.

A la fin du match, on enlèvera les buts et les poteaux de corners.

La moyenne des précipitations annuelles atteints 650 mm à Angers. Comment la pelouse supporte la pluie et comment se fait l’évacuation de la pluie ?

Nous avons un sol très drainant, composé de sable, ce qui me facilite la tâche dans les moments de forte précipitation. Je fais en sorte d’adapter mes opérations en fonction de la météo et surtout d’aérer suffisamment le terrain afin que l’eau pénètre encore plus facilement dans le sol.

La météo est l’un des plus gros inconvénients de ce métier comme il peut être un bel avantage aussi, il faut faire avec et s’attendre à tout changement de dernière minute.

La pelouse du SCO est-elle chauffée pour éviter le risque de gel de la pelouse ? Si oui, quel est le dispositif à disposition ?

Non pas de chauffage.

La luminothérapie est très utilisée en Premier League. L’utilisez-vous à Angers ?

Elle est très utilisée aussi en France. A Angers, je ne suis que très peu équipé donc je me limite à faire les zones vraiment les plus stressées par le manque d’ensoleillement.

Vous êtes également référent pelouse auprès de la ligue. En quoi consiste ce rôle ? Avec qui êtes-vous en contact ?

Le pote de référent pelouse permet à la Ligue de bénéficier d’un interlocuteur dans chaque club à tout moment durant la saison. Par ailleurs, chaque référent de club est invité à un ou deux séminaires organisés par la Ligue. Ces séminaires portent sur des sujets très spécifiques autour du Gazon et permettent de se retrouver et d’échanger. Mais le rôle le plus important du référent pelouse réside le jours des matchs. Les délégués pourront s’adresser au référent pelouse s’il y a un problème sur le terrain.

La Ligue de Football professionnelle a-t-elle un droit de regard sur la qualité de la pelouse ? Un club de ligue 1 peut-il être sanctionné pour une pelouse de mauvaise qualité ?

Oui bien sûr. A chaque match, une note est attribuée pour la qualité de la pelouse (note sur 20). Si le club reçois 3 notes successives en dessous de 10, une sanction financière peut-être attribuée.

La ligue a réalisé un classement des pelouses depuis 2013. Sur quoi se base ce classement et comment se fait l’attribution des points ?

Une note sur 20 est attribuée à chaque match pour la qualité de la pelouse par six votants.

  • Réalisateur TV
  • Arbitre central
  • Entraîneur (domicile et extérieur)
  • Capitaine (domicile et extérieur)

Les critères d’évaluation sont les suivants : la souplesse, la qualité du couvercle végétal, la trajectoire du ballon, l’aspect visuel, la qualité du traçage.

J’imagine que vous y êtes attentif ?

Bien sûr, j’y suis attentif. Cela me permet d’effectuer un bilan à chaque match, et en fin de saison de déterminer les meilleures ou les moins bonnes périodes. Mais en soi, en début de match je sais à peux prêt qu’elle note j’aurais en fin de match.

Depuis votre arrivée, le SCO est arrivé à la 4ème place, puis 12ème (en 2018 et 2019) et est actuellement à la 10ème place de ce classement cette saison (saison stoppée pour épidémie de coronavirus) J’imagine que c’est une fierté pour un des plus petits budgets de France (17ème budget en 2019/2020).

Je pourrais me contenter de ça, mais dans ce métier on veut toujours faire mieux.

Enfin, difficile de ne pas évoquer le coronavirus qui secoue cette année 2020. Comment cette épidémie impacte votre travail au quotidien ? 

Malheureusement le télétravail est impossible dans ce domaine. Je m’efforce de réduire mon temps de travail, je suis le seul à pouvoir accéder au terrain et n’ai de contact avec personne.

Je me dois de garder une bonne qualité de gazon si toute fois la saison venait à reprendre. Je m’attends tout de même à tous les scénarii possibles, donc je me dois de prévoir le futur même s’il est compliqué de se projeter dans une situation aussi inédite.

Pour conclure, un dernier mot à rajouter ?

Merci à vous pour le temps consacré.

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