PRO : Entretien avec Thierry ERHART, coach mental dans le football

Source www.retc-coaching.fr/la-preparation-mentale-au-service-des-dirigeants/

Qu’est-ce qu’un coach mental dans le football de haut niveau ? Comment travaille-t-il et quelles sont ses méthodes de travail ? C’est tout l’objet de notre entretien avec Thierry Erhart, coach mental dans le football, qui a fait le plaisir de répondre à nos questions et aborder son rôle de l’ombre.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours, qui au départ est très loin de coaching mental ?

Je suis coach mental pour footballeurs pro ou voulant le devenir. A la base, je viens de l’univers de l’entreprise. J’étais vendeur, puis responsable d’un magasin vendant des cuisines. C’était un métier nourricier pas désagréable, mais qui ne me passionnait pas. Mais je me formais déjà à la PNL (Programmation Neuro Linguistique), à la préparation mentale et m’intéressait à la sophrologie. J’accompagnais des particuliers et sportifs amateurs à titre bénévole.

A quel moment avez-vous décidé de changer de carrière ?

En 2018, j’ai décidé d’en faire un métier. J’ai entamé une formation de coaching chez Linkup Coaching, avec une spécialisation de coaching d’entreprise et une spécialisation de préparateur mental pour sportif. Afin de valider ma formation, j’ai coaché des manageurs, des cadres et des particuliers principalement. Et en parallèle, j’ai rédigé et soutenu un mémoire sur l’apport d’un coach mental dans les centres de formation de football. J’avais un ami d’enfance qui jouait au football et était en équipe de France U15. C’était un surdoué mais il a implosé et j’ai décidé d’en faire la base de mon mémoire.

J’avais un ami d’enfance qui jouait au football et en équipe de France U15. C’était un surdoué mais il a implosé et j’ai décidé d’en faire la base de mon mémoire.

J’ai fait des recherches, des interviews, regarder des reportages pour écrire ce mémoire. De plus j’ai toujours été sportif et passionné par le sport, par le haut-niveau et par l’exigence qu’il implique. Une fois diplômé, je me suis lancé, j’ai pris énormément de plaisir à travailler avec les footballeurs. Je coach également des particuliers, mais uniquement sur recommandation et à titre bénévole

Comment devient-on préparateur mental ? 

Il y a plusieurs chemins, plusieurs cursus et formations différentes. Malheureusement, le métier n’est pas reconnu et n’importe qui peut se proclamer préparateur mental. Selon moi, et ça n’engage que moi, trois types de professionnels ressortent :

  • Le psychologue du sport a une formation de base axée sur la psychologie et ensuite sur la performance et le lien entre les deux ;
  • Le préparateur mental issu d’une université de sport comme STAPS, l’INSEP qui évaluent les habiletés mentales à l’image de ce que peut faire un préparateur physique sur son domaine ;
  • Le coach mental travaille en amont, avant d’utiliser des outils sur la prise de conscience ou une définition claire des objectifs.

Par expérience, la plupart des coachs, préparateurs et psychologues du sport complètent leurs compétences par des formation en sophrologie, PNL ou hypnose.

Des modèles vous ont-t-ils inspiré dans ce métier ? Si oui, lesquels ?

La référence à mes yeux, c’est Thomas Sammut, je le suis un peu sur les réseaux, et j’ai acheté son livre. J’aime beaucoup son travail, à la fois positif, tout en étant réaliste. Il sait comment accompagner les joueurs à être aussi bien, dans le chemin qui les emmènent vers leurs objectifs, qu’à la réussite de leurs objectifs. 

Et surtout quand il s’exprime, il ne juge jamais, il est super ouvert d’esprit. Du moins, c’est l’impression qu’il me donne, je ne le connais pas personnellement.J’aime beaucoup Meriem Salmi qui est-elle, une psychologue du sport.

La référence à mes yeux, c’est Thomas Sammut. J’aime beaucoup son travail, à la fois positif, tout en étant réaliste. Il sait comment accompagner les joueurs à être aussi bien, dans le chemin qui les emmènent vers leurs objectifs, qu’à la réussite de leurs objectifs.

Quelles sont les compétences pour être préparateur mental ? Est-il nécessaire d’avoir eu une carrière de sportif ?

Il n’est pas forcément nécessaire d’être sportif ou entraîneur, le métier est différent. Il faut être curieux et vouloir au mieux comprendre son patient pour que, quand ce dernier s’exprime, il arrive à une prise de conscience et un recul.

On évoque dans le football ou le tennis des explications sur les mauvais résultats « C’est un problème psychologique ou mental ». Doit-on parler de préparation psychologique ou de préparation mentale dans le domaine sportif ? Quelles sont les différences éventuelles entre les deux notions ?

C’est une question intéressante, ça peut être les deux. Chacun définit le mental de façon différente. Le cerveau peut influer la performance, en bien, comme en mal. Il en est de même concernant l’état psychologique pur d’un joueur. Chaque cas est différent, c’est pour ça qu’il est très important de bien questionner et bien écouter son patient.

Je n’aime pas diviser les disciplines comme la psychologie, la pure préparation mentale, et le coaching mental. Un professionnel compétent cherchera toujours le bien-être et la performance de son patient. Je suis plutôt quelqu’un de curieux, donc je m’intéresse aussi à la psychologie. Je lis des livres pour avoir des notions en psychologie, je n’ai pas la prétention d’apprendre à devenir psychologue par un livre, mais au moins ça ouvre l’esprit et ne m’enferme pas dans des idées préconçues.

Le cerveau peut influer la performance, en bien, comme en mal. Il en est de même concernant l’état psychologique pur d’un joueur.

Pensez-vous que la préparation psychologique/mentale est une affaire de spécialistes ? Ce rôle peut-il être rempli par un entraîneur, dans le cas d’un sport individuel ? Et dans un sport collectif ?

Je ne travaille pas dans les sports individuels, mais les deux ne sont pas incompatibles. C’est intéressant qu’un entraîneur se forme au mental. J’ai énormément d’admiration pour les entraîneurs de football. Ils doivent connaître, la tactique, le physique, le mental, gérer chacun des joueurs, essuyer les critiques, qu’elles soient cachées par les joueurs ou l’entourage des joueurs, gérer le public et la pression des dirigeants.

Mais un coach mental extérieur peut avoir un regard différent, détaché qui permet un travail plus en profondeur, sans tensions ni rancunes. Le joueur peut confier ses doutes, ses peurs, sans avoir peur d’être sur le banc. Il n’y a aucun jugement, pas de transfert, et pas le besoin de devoir prouver au préparateur mental. On se concentre juste sur le travail et le progrès.

Quels sont les sports qui vous sollicitent le plus ? Qu’en est-il du football ?

Je ne travaille qu’avec des joueurs pour le moment à distance, pour des raisons principalement économiques. Les patients qui me sollicitent se répartissent jusqu’en Asie.

Vous parliez de votre ami qui a implosé en centre de formation. Des cellules existent-elles dans les centres de formation, où l’échec est important ?

A mon début, j’ai contacté plusieurs clubs de football Français. Ceux qui m’ont répondu avaient déjà un préparateur mental. 

Votre activité touche-t-elle essentiellement les jeunes joueurs ou concerne-t-elle différents profils de joueurs (toute expérience et tout poste) ?

La plupart de mes joueurs ont entre 22 et 28 ans actuellement.

Thomas Sammut à l’OGC NIiceSource Ogcnice

En France, les clubs de football professionnels ont-ils un préparateur mental dans un staff ? 

Je ne sais pas réellement comment les clubs travaillent aujourd’hui. A un moment, l’OGC Nice travaillait avec Thomas Sammut qui était intégré au staff. Il y quelques années, les clubs faisaient appel à des préparateurs mentaux pour des opérations sauvetage de saison. Aujourd’hui, je coache deux joueurs en deuxième division espagnole qui ont un préparateur mental intégré au staff.

Le football est-il à la traine par rapport à d’autres sports sur la prise de conscience du mental dans le sport de haut niveau ?

Les entraîneurs, les joueurs, les journalistes parlent énormément de l’importance du mental. Il y a donc une prise de conscience. Le football est un sport complexe, nécessitant énormément de compétences, avec des personnalités tellement différentes. Chacun a sa vision du foot, avec ses spécialités qui ont fait leur réussite. Les saisons sont denses, avec énormément de matchs, beaucoup de déplacements, certaines semaines à trois matchs, et souvent deux matchs par semaine. 

Je ne dirais pas forcément qu’on est à la traîne, mais chaque coach fait en fonction des priorités par rapport à son temps.

La préparation mentale est-elle travail de longue haleine ou est-ce une recherche d’un déclic ?

Il est parfois juste un déclic, une prise de conscience. La plupart du temps, c’est un travail sur du moyen terme. Du moins avec le préparateur mental. La finalité est la responsabilisation et l’autonomie du joueur. A l’issu d’un travail avec un joueur, il peut travailler seul le mental, je ne veux pas qu’il soit dépendant de moi.

Certains sportifs préparant une échéance peuvent manquer de motivation. Pour les supporters, cela semble difficile à comprendre. Est-ce vraiment un manque de motivation ou est-ce symptomatique d’un problème sous-jacent ? 

Beaucoup de facteurs entrent en jeu. Un des facteurs est la multiplication des matchs. Un match, contrairement à l’entraînement, soumet le joueur à la pression. Il y a aussi les déplacements. La pression décuple la fatigue que ce soit fatigue physique, mais aussi de la fatigue mentale. Certains joueurs jouent avec des douleurs, ne communiquent pas dessus pour leurrer l’adversaire, mais ça existe. 

Coach mentalSource Ekongkar

Il peut y avoir aussi des non-dits au sein de l’équipe, des tensions, des problèmes persos, avec une contagion émotionnelle de quelques joueurs au groupe. Le supporter investit pour le club et veut le voir gagner, il ne comprend pas toujours, c’est normal, mais on ne maîtrise pas tous les facteurs. Mais il n’y a pas de réponse universelle à cette question. 

La préparation psychologique/mentale a-t-elle pour seul objectif l’amélioration des performances par la gestion des émotions ou doit-elle conduire à une autonomie du joueur dans son appréhension des échéances et des exigences ? 

La préparation mentale, comme je la conçois, permet d’améliorer la capacité d’un joueur à s’adapter aux situations et aux circonstances, et doit permettre l’épanouissement du joueur. Le joueur doit être à l’issu responsable et autonome. 

La part émotionnelle est un travail important du processus, mais pas la finalité pour moi.

Pour aller plus loin, ne devrait-on « entraîner » ce facteur chez les jeunes sportifs en formation par exemple, au même titre que la connaissance tactique, technique ou les qualités physiques ? 

L’apprentissage ne peut être qu’individualisé. Il s’agit d’un travail sur l’être, plus qu’une formation ficelée. Chaque joueur a sa propre demande, sa manière de penser, donc chaque coaching est différent. Mais il est important de le travailler, ne serait-ce que pour améliorer la capacité d’apprentissage et compréhension d’un joueur qui lui permet idéalement de mieux intégrer et s’adapter aux différents schémas tactiques. 

Quel est votre travail au quotidien et la démarche lorsque vous prenez un sportif en charge ? Privilégiez-vous une méthode ou une technique de préparation mentale ?

La première séance est un gros travail d’écoute pour mieux comprendre le joueur, sa façon d’aborder sa problématique, son objectif et le sens qu’il lui donne. Les objectifs sont tellement divers (gérer la colère, gérer la peur, apprendre une nouvelle compétence, mieux communiquer avec le groupe, réussir à jouer en division supérieure…). Le coaching est donc individualisé en fonction de la personne en face.

Mais pour simplifier, on part d’un souhait exprimé par le joueur, on le clarifie par des prises de conscience. On y associe les bénéfices associés, on les planifie dans le temps, on pose des actions, des apprentissages nécessaires à acquérir. Les outils utilisés sont la PNL, la sophrologie, la relaxation, l’hypnose, la visualisation si nécessaire en fonction du profil du joueur, du contexte et l’objectif. 

Justement, comment agissez-vous sur la performance d’un joueur ? 

On travaille l’ouverture d’esprit, le renforcement des points forts, le travail de nouvelles compétences pour amorcer le changement. Je mets les joueurs en action, on évalue les compétences à apprendre, la manière de l’assimiler au mieux, on fait un feed-back et on réévalue. L’outil que j’utilise le plus est la visualisation pour mettre le joueur en situation

Vous parlez de bonheur, concentration, motivation, gestion des émotions… Concrètement, comment agissez-vous dessus ?

Je suis persuadé que le bonheur et l’équilibre personnel et professionnel sont une des clés de la réussite et de la constance. Ils permettent d’améliorer le niveau d’énergie et réduisent considérablement le risque de blessure.

Le football est un sport exigeant, l’un des sports les plus exigeants au monde. Mais c’est avant tout un jeu et il doit le rester. Un des axes de travail est de reconnecter le joueur au plaisir de ses débuts, au plaisir du quotidien, au plaisir de l’apprentissage et de l’évolution. Il est important qu’il renoue avec le fait de se dépasser, se challenger, se féliciter de ses progressions.

Le travail sur le bonheur est autant sur l’extra-sportif que sportif, car l’un influe sur l’autre.

Le travail sur la concentration peut se faire à l’aide d’outils issus de la sophrologie, à base de respiration spécifique, de relaxation ou visualisation. Mais aussi un travail de prise de conscience avec des questions types : Où dois-je porter mon attention ? Quels sont les points où l’attention doit être maximale, et à quel moment ? Quand l’attention peut-elle être relâchée ? Est-ce que je maintiens une attention large, ou plus intense, mais sur des points plus spécifiques ?

On aborde l’attention sur soi, son schéma corporel mais aussi celle sur l’environnement ? Enfin, j’accompagne le joueur à mesurer l’écart entre ce qu’il fait et ce qu’il pense qu’il devrait faire dans l’idéal. Est-que je dois avoir une concentration maintenue, ou de façon intense et ponctuelle ? Puis on met en place un processus d’amélioration étape par étape.

Le bonheur et la motivation sont liés ?

Oui, la motivation est liée au bonheur, en y ajoutant une attention sur l’objectif. J’accompagne le joueur en travaillant sur le sens de l’atteinte de son objectif, et des bénéfices liés à son résultat.

Les émotions suivent tout le processus de coaching : Savoir les comprendre, les écouter, les accepter est capital pour s’appuyer dessus comme un levier, et décupler les résultats. Le travail sur les émotions est souvent une étape, un outil, mais rarement une finalité.

L’approche systémique considère que « le tout » est supérieur à la somme des parties. Tout est lié, et c’est difficile d’agir uniquement sur un point spécifique comme la confiance en soi, sans créer un déséquilibre ailleurs.

Comment trouvez-vous votre place ? Etes-vous présent lors des compétitions pour le motiver et le soutenir, ainsi qu’analyser sa réussite ou son échec ?

Je ne suis pas présent lors des compétitions, je ne fais pas d’évaluation. Je préfère accompagner mon client à faire son auto-analyse, en le confrontant, en pointant de façon bienveillante les incohérences dans le discours pour faire émerger une prise de conscience chez le joueur et définir une stratégie d’amélioration.

Le football est un sport d’équipe, les joueurs peuvent avoir des conseils de leur entraîneur, de leurs coéquipiers, leurs agents, leurs managers ou proches. Mon rôle n’est pas le même, si je le conseille, le risque est d’infantiliser et de déresponsabiliser mon patient, et surtout de créer de la dépendance. C’est tout l’inverse de mon objectif, qui est son accomplissement personnel et sportif.

Tiburce Darou et Yoann Gourcuff Source Charentelibre

La gestion de groupe fait partie intégrante d’un staff où se mêlent communication, psychologie et relation humaine. L’exemple de Yoann Gourcuff faisant appel à un préparateur physique était plutôt mal perçu par l’OL. Le préparateur mental ne marche-t-il pas sur les plates-bandes du staff ? Comment votre métier est-il perçu par ce dernier ?

Les joueurs font appel à des préparateurs physiques et mentaux externes, car ils veulent progresser. Ils se donnent les moyens, c’est tout à leur honneur. Ils estiment qu’ils ont besoin de plus que ce que leur club leur offre pour s’accomplir. Les clubs ont peur de nous car ils sont dans la croyance qu’on pourrait casser leurs discours, et aller contre eux. Un directeur de centre de formation me l’avait dit clairement. C’est dommage.

Mon objectif est justement de faire évoluer mon client dans son ensemble, qu’il gagne en maturité, qu’il améliore son rôle au bénéfice de l’équipe.

Le préparateur physique externe a aussi les mêmes problèmes, avec la peur exprimée par les clubs du risque de surentraînement

J’aimerai bien un joueur travailler avec un staff, considérant l’entraîneur comme mon supérieur, et accompagnant ses joueurs à plus rapidement s’intégrer, comprendre leur rôle, les attentes et améliorer les relations internes. Ce serait un autre challenge pour moi.

Quels sont vos liens avec les joueurs et le club ? Par qui êtes-vous mandaté ? Travaillez-vous avec des arbitres de haut niveau ?

Le plus souvent, nous sommes mandatés directement par les joueurs, via les réseaux sociaux. Sinon, je suis aussi souvent sollicité par des agents, de la famille de joueurs.

Les clubs ont peur de nous car ils sont dans la croyance qu’on pourrait casser leurs discours, et aller contre eux. Un directeur de centre de formation me l’avait dit clairement. C’est dommage.

Je n’ai quasiment aucun contact direct avec les clubs. Je ne travaille qu’avec des joueurs, mais je pense qu’il pourrait être intéressant de travailler avec des arbitres de haut-niveau.

Les clubs font-ils appel à vous en période de mercato, avant un transfert ? En période de blessure ?

Les clubs, jamais, mais je suis souvent sollicité par des joueurs en période de blessure.

Votre travail s’inscrit-il dans une démarche corrective ou préventive ?

Les deux.

Le préparateur intervient-il à titre individuel ou collectif. Est-ce qu’un préparateur mental pour une échéance importance a un sens, à titre collectif ? Est-ce plus pertinent que chaque joueur ait son propre préparateur ?

J’ai fait quelques interventions en entreprise en préparation mentale de travail de cohésion d’équipe. La cohésion d’équipe que j’ai apprise et appliquée, je l’imagine mal dans le football. Les joueurs de foot percutent très vite, et je pense que ce serait un travail trop redondant pour eux. En revanche, le préparateur mental pourrait travailler avec le coach, donner des idées à un entraîneur, voire un capitaine. A mon sens, ce travail organisé autour de l’un ou de l’autre pour fédérer l’équipe autour d’un leader serait une bonne idée. Ce n’est que mon avis et n’engage que moi. La plupart des préparateurs mentaux avec qui j’ai pu échanger pensent le contraire. Je respecte leur point de vue.

Longtemps, j’imaginais un préparateur mental pour les joueurs. De plus en plus, je réfléchis à un préparateur mental au service d’un entraîneur, pour suivre les joueurs sur la demande du coach. Ce travail permettrait de travailler avec un joueur, l’accompagner à mieux s’intégrer aux objectifs du club, l’aider à mieux comprendre son propre schéma de pensée et celui de ses coéquipiers, optimiser les relations avec le coach. Le joueur peut s’exprimer bien plus librement avec une personne extérieure qui ne le juge ou ne l’évalue pas et qui a un contrat de confidentialité.

Ce sont la majorité des demandes que je reçois. La différence de performance entre l’entraînement et le match s’expliquent et les raisons sont relatives et personnelles à chaque joueur. Le match est souvent le test ultime, l’émotion ressentie est souvent proche de la peur ou de l’anxiété. Mais au départ, il existe un élément déclencheur : Une pensée à l’origine de cette sensation.

Pour le coaching d’équipe ?

Je n’exclus pas un coaching d’équipe. J’ai des idées, mais il me faudrait prendre le risque de les tester au sein d’un club. Chaque joueur a un vécu, un schéma de pensée propre, et des objectifs personnels. Effectivement, il y a un objectif du club, le coach en a un aussi et ses propres valeurs. Il est possible et important de fédérer l’équipe à l’objectif et aux valeurs communes. Mais je pense important d’intégrer les valeurs individuelles de chacun aux valeurs collectives. Et ce n’est possible selon moi, qu’en travaillant individuellement. Un épanouissement personnel ne peut être que bénéfique pour tous. Les valeurs personnelles et collectives permettent un équilibre et Les joueurs n’ont pas forcément envie de communiquer leurs objectifs personnels à leurs coéquipiers.

Nous avons en tête des joueurs très à l’aise à l’entraînement et dont les performances étaient quelconques sur le terrain le week-end. Comment l’expliquez-vous et comment y remédier ?

Ce sont la majorité des demandes que je reçois. La différence de performance entre l’entraînement et le match s’expliquent et les raisons sont relatives et personnelles à chaque joueur. Le match est souvent le test ultime, l’émotion ressentie est souvent proche de la peur ou de l’anxiété. Mais au départ, il existe un élément déclencheur : Une pensée à l’origine de cette sensation.

Les exemples de pensée sont par exemple :

  • Le joueur veut plaire, plaire à son coach, son public, se faire remarquer pour sa carrière. La pensée devient externe, et anxiogène. En voulant plaire, il a tendance à plus se soucier de ce que les autres vont penser de lui, plutôt que de jouer comme il sait faire ;
  • Le joueur se compare aux autres et laisse le mauvais égo s’exprimer ;
  • Le joueur a peur de rater son match et se fait un film négatif ;
  • Le joueur considère le match comme le match de sa vie, il y met un enjeu tellement important qu’il s’auto bride.

Ce sont juste quelques exemples de ces pensées, qui sont déclencheurs de stress et de sous performance.

Comment les traiter ?

Il est primordial d’accompagner le joueur à prendre du plaisir comme à l’entraînement, de se centrer sur l’instant présent et considérer le match comme un entraînement grandeur nature ayant pour but de progresser dans l’intensité.

Tout le but est de l’accompagner à se centrer sur l’instant présent, de simplifier le jeu et miser sur l’efficacité, faire abstraction des conséquences des actions et de l’après match.

Je travaille sur deux aspects :

  • La conscience des pensées qui déclenchent les émotions (travail de dialogue interne, visualisation sur l’action)
  • La reconnaissance et gestion des émotions.

Une émotion est un message que le corps nous envoie, un indicateur du corps pour passer à l’action. Lutter contre ses émotions ne fera qu’intensifier le processus et le signal. Ainsi, j’accompagne le patient avec un travail de visualisation, de relaxation, et de concentration. Le joueur peut aussi interroger le message que son émotion lui envoie pour s’appuyer dessus, pour la réduire ou s’en servir comme levier de performance.

Les joueurs brésiliens à l’image de son capitaine Thiago Silva ont eu du mal à gérer leur émotion pendant la Coupe du Monde et la sélection a fait appel à un psychologue ou préparateur mental avant le 1/4 de finale contre la Colombie. Comment jugez-vous cette décision ? Était-ce trop tard ?

Je n’aime pas juger sans connaître. En tout cas, le staff a fait quelque chose en faisant appel à quelqu’un. Idéalement, le travail de gestion des émotions se travaille en amont

A Paris, on évoque beaucoup la remontada subie contre le Barcelone en ligue des champions dès qu’il s’agit d’aborder les 8ème de finale. Dans quelle mesure, une telle défaite peut-elle laisser des traces, après plusieurs saisons ? L’environnement médiatique peut-il troubler des joueurs, alors même qu’ils n’étaient pas au club à l’époque ?

La défaite du PSG contre Barcelone, avec ce scénario, laisse des traces émotionnelles lourdes. Sans travail spécifique, elle peut laisser un ancrage négatif, qui peut être contagieux et se transmettre même aux futures générations.

En plus, Paris est en plus le club de la capitale, qui a des gros moyens et des ambitions à la hauteur de leurs moyens. Les médias et le public ajoutent une pression supplémentaire sur l’entraîneur et les joueurs. Je pense que ce n’est pas volontaire. La Coupe d’Europe est l’objectif, mais à force d’anticiper un résultat, ils ont tendance à se contredire, laisser planer un doute dans l’esprit des joueurs, créer des tensions…

Je trouve malgré tout que les joueurs et Thomas Tuchel sont forts. Il devient nécessaire pour eux de faire abstraction, de faire une diète médiatique pour se recentrer et suivre la stratégie décidée et préparée. Au risque d’être perdu, nerveux et se laisser submerger par des émotions négatives.

Comment accompagner des joueurs après un traumatisme comme celui-ci en 2014, l’épisode Knysna, ou encore le décès subit d’Emiliano Sala pour le football club de Nantes ?

Concernant Knysna, je n’aime pas porter de jugement sans savoir exactement ce qu’il s’est passé. Je pense que chaque joueur a vécu cette situation de manière différente et il aurait fallu faire un point individuel pour savoir déjà comment chaque joueur a ressenti et analysé la situation.

Le décès d’Emiliano Sala a secoué le monde du foot. Concernant l’accompagnement des joueurs nantais, je commencerais par un gros travail d’écoute, j’accompagnerais au départ les joueurs à libérer leur parole et leurs émotions. Et ensuite, c’est un travail d’accompagnement au deuil avec les différentes phases associées. Chacune est importante pour que les joueurs puissent se reconstruire et en ressortir plus fort, plus soulagé, malgré leur tristesse légitime.

Au-delà du processus de deuil, il faut en parallèle, une mobilisation individuelle sur les objectifs personnels sportifs. Il est nécessaire pour que les joueurs soient équilibrés, de ne pas lâcher la mobilisation de ressources sur l’aspect sportif, et de considérer et respecter les phases de deuil.

Enfin, une dernière question autour du Covid 19. Comment les joueurs gèrent-ils cette situation ? Etes-vous sollicités ? Comment font-ils face à cette situation très particulière ?

Les joueurs que j’accompagne s’adaptent à travers un programme d’entraînement à la maison pour maintenir au mieux leur condition physique. Mon activité s’est arrêtée au début du confinement. Les championnats étant arrêtés, les séances se sont suspendues.

Mais depuis quinze jours, je suis énormément sollicité. Ce n’est pas tant lié au Covid 19 mais plus au fait qu’ils ont eu des blocages de ne pas pouvoir s’exprimer au mieux en compétition. Les joueurs profitent de cette période particulière pour travailler et se préparer au mieux pour la suite, afin d’être près lors de la reprise.

Surtout, ils s’attachent à s’adapter au mieux compte tenu des contraintes qui vont peser sur les clubs et sur la ligue, notamment financières. Les clubs chercheront sans doute de nouveaux profils de joueurs. Mais la réalité sera difficile à anticiper. Avec les joueurs, on travaille un certain lâcher prise sur les éléments imprévisible, pour accepter la situation telle qu’elle est et pouvoir s’y adapter et y répondre au mieux

Merci d’avoir pris le temps de nous répondre. Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Merci encore pour l’invitation. J’ai plus l’habitude d’écouter habituellement. Ça m’a fait plaisir d’échanger avec vous.

Nous remercions chaleureusement Thierry et lui souhaitons bonne continuation dans la suite de ses différents projets.

JM

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