PRO : Entretien avec Jérémy CLÉMENT

Originaire d’Isère, Jérémy Clément débute sa carrière professionnelle avec l’Olympique Lyonnais, son club formateur. Après un départ aux Glagow Rangers, c’est au Paris Saint-Germain puis à Saint-Etienne qu’il poursuit sa carrière, avant de conclure à Nancy seize années au plus haut niveau. Auréolé de trois titres de champion de France, deux titres de Coupe de la Ligue et un titre de Coupe de France, Jérémy a mis fin à sa carrière professionnelle en 2019 et a accepté de retracer son enfance, son parcours et sa reconversion, non loin des terrains et du foot.

LA DÉCOUVERTE DU FOOTBALL EN ISÈRE

Avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous revenir sur votre enfance et le contexte dans lequel vous avez grandi ?

Mes grands-parents maternels étaient originaires de l’Hérault et je suis né à Béziers. Mais je n’y ai pas vécu. Mon père étant natif de l’Isère, mes parents ont choisi de déménager dans le Nord-Isère, à Rives plus précisément, où j’ai eu une enfance heureuse, dans un milieu modeste.

Comment le sport est apparu dans votre vie ?

J’ai été dans le bain du football très tôt car mon père et mon oncle jouaient au football à Rives. Mon père m’avait présenté à son équipe alors que j’étais bébé. Il y a d’ailleurs une photo d’équipe où j’apparais dessus.

Quels sont vos premiers souvenirs de football ? Plutôt en tant que pratiquant ou spectateur à la télé ?

C’est plutôt un souvenir de pratiquant. Ma mère venant voir jouer mon père les week-ends, j’étais au bord de la pelouse et je tapais dans le ballon autour du terrain. Je me rappelle aussi que je jouais au football dans le couloir à la maison. Ce sont en premier lieu, plus des souvenirs de pratiquant, même si le dessin animé Olive et Tom a marqué ma jeunesse à la télévision.

Jeune, quelles étaient vos idoles, vos joueurs fétiches ?

J’ai eu plusieurs périodes. Mon père était supporter de Marseille, et j’ai baigné dans cette ambiance-là. Et petit, j’adorais Chris Waddle. Ça ne va pas forcément parler au plus jeune, mais j’aimais cette excentricité, son rapport au football. Il respirait le plaisir de jouer, c’était beau de voir un joueur qui mettait autant de cœur, de folie, avec ce côté amuseur de galerie. J’aimais beaucoup.

Après je suis rentré dans le centre de formation à l’OL et un joueur que j’affectionnais beaucoup, c’était Fernando Redondo. Il avait les jambes arquées et était gaucher, comme moi. Est-ce que je me suis pris d’affection pour ce joueur à cause de ça ? Peut-être, mais c’est vrai que j’avais la même dégaine que lui dans ma manière de courir. C’était vraiment un super joueur.

Etiez-vous supporter d’un club ou amateur d’une équipe ?

J’ai grandi en Isère, où il y a beaucoup de supporters de l’OM. Et mon père et mon oncle étaient supporters de Marseille. Donc très tôt, j’ai suivi l’OM.

Par la suite, je suis arrivé au centre de formation à l’OL et je me suis identifié à l’équipe senior. De 13 ans jusqu’à ce que j’intègre le groupe pro, j’étais supporter de l’OL.

Aviez-vous déjà en tête de faire une carrière professionnelle de haut niveau ?

C’est quelque chose qu’on ressent. Sans être prétentieux, je ne me voyais pas faire autre chose que footballeur. A 13, 14, 15 ans, est-ce qu’on est en capacité de se dire « oui c’est dur, il y a plein d’embûches et très peu d’élus » ? Je ne sais pas. Personnellement, j’étais un peu dans mon monde, dans mon truc que je vivais.

La plupart se casseront la figure mais on ne peut pas enlever à un enfant ou un adolescent le droit de rêver et de croire en ses chances. Dans le foot, il y a de belles histoires, des joueurs qui n’ont pas un parcours classique avec centre de formation, et qui font des belles carrières.

Après, il est important de prévenir les parents pour leur dire « Attention, il y a beaucoup de monde, ce n’est pas parce que votre fils est en centre de formation qu’il va réussir. Il faut de la réussite, de la chance, tomber sur le bon entraîneur, ne pas avoir de blessure et avoir le bon entourage ». Il y a énormément de critères qui entrent en ligne de compte.

Qu’on prévienne les parents, c’est une bonne chose. Mais pour les jeunes joueurs, il est important de les laisser rêver, de les laisser croire à leur rêve. La plupart se casseront la figure mais on ne peut pas enlever à un enfant ou un adolescent le droit de rêver et de croire en ses chances. Dans le foot, il y a de belles histoires, des joueurs qui n’ont pas un parcours classique avec centre de formation, et qui font des belles carrières.

FORMATION ET CARRIÈRE PROFESSIONNELLE

Dans quelles circonstances êtes-vous détecté par l’Olympique Lyonnais ?

Je jouais à Rives. A cette époque, on faisait pas mal de tournois et on en gagnait beaucoup, que ce soit en foot ou foot salle. J’avais fait également un tournoi à Gerland, qu’on avait remporté. De fil en aiguille, j’ai commencé à être suivi et j’ai été convoqué pour faire des détections. Enfin, j’ai fait un stage à Hauteville avec Alain Thiry et Louis Perrelle. C’était un peu les stages de l’OL et c’est comme ça que j’ai intégré le centre de formation du club.

A quel poste jouiez-vous et quelles qualités ont frappé l’œil des détecteurs à l’époque ?

Jeune, je jouais milieu offensif. Les qualités, je pense que c’était des qualités de passes, de contrôle. Mais à 14/15, je n’avais pas encore grandi et j’étais assez frêle. Heureusement, on m’a laissé la chance et du temps, pour voir comment j’allais évoluer physiquement.

J’avais aussi du mental, parce que ce n’est pas simple de partir de chez soi à 13 ans, pour moi qui étais habitué à évoluer dans un contexte familial proche, avec mes parents, ma famille et amis. Ce n’était même pas le centre de formation, mais un internat où il n’y avait pas de télé, d’outils que les jeunes ont aujourd’hui. A 21h, tout le monde était dans sa chambre de 4m². Ce n’était pas toujours évident

Beaucoup de jeunes sont détectés, avec des parents relativement loin du milieu du football. Quelle a été la réaction de vos parents ? Etaient-ils réticents à l’idée de vous voir évoluer dans le football ? Le foot était-il un avenir possible ?

A aucun moment, ils ne se sont dits « On va mettre Jérémy à l’OL et il va faire carrière ». Mes parents étaient lucides. C’était mon choix. J’avais envie de tenter et de ne pas avoir de regrets.

Actuellement, je m’occupe de jeunes à Rives où notamment évolue une fille qui joue dans la même catégorie que mes garçons, alors qu’elle pourrait jouer avec des filles qui ont un an de moins qu’elle. C’est la seule fille. Elle vient d’être repérée par l’OL. Elle est passionnée, elle a envie de faire carrière.

Elle a voulu discuter et échanger avec moi pour avoir mon avis. Je lui ai dit un peu ce que j’ai fait à l’époque « Essaie et vois et ce qui se passe. Si dans six mois tes parents te manquent, si dans un an, tu reviens, ce n’est pas grave. Au moins, tu auras essayé. Après tu peux rester dans ton petit cocon à vivre sur tes acquis, mais ça se trouve dans cinq ans, on se reverra et tu me diras que tu regrettes et que tu es peut-être passée à côté de quelque chose »

C’est ce genre de discours que mes parents ont eu avec moi. Je voulais le faire, ils m’ont dit « Ok on y va et puis on verra ce que ça donne ». Je lui ai donc conseillé de tenter d’aller à l’OL.

Laurent Mommeja et Matthieu Bideau, responsable de recrutement au FC Nantes, ont co-écrit le livre « Je veux être footballeur professionnel » et donnent des conseils et des pièges à éviter pour les enfants et les parents. Ils reviennent notamment sur le faible pourcentage de joueurs qui passent professionnels. En aviez-vous conscience ?

Non c’est lointain. On ne maîtrise pas les pourcentages de réussite et on ne s’y intéresse pas. A 13 ans, on a envie d’être dans un club pro, de s’entraîner, de progresser et de rêver. Et de pourquoi pas réussir… on est un peu tous pareil.

JVDFP

Le livre revient également sur la difficulté de l’éloignement avec les parents. Quitter son cercle familial à 13 ans, ce n’est pas simple. Vous l’avez évoqué. Comment gardez le contact avec les parents en grandissant en internat ?

Mes parents et grands-parents faisaient des allers-retours pour venir me chercher. Le vendredi, nous avions le droit de sortir de l’internat. Je passais le samedi chez moi. Le dimanche, je jouais à Lyon. Je rentrais le dimanche soir à Rives et ils me ramenaient le lundi matin. On faisait beaucoup d’allers-retours pour peu de temps. Mais j’avais besoin de ça.

Comment vos parents arrivent à garder le contrôle sur l’éducation ?

Mes parents, je les voyais peu, il n’y avait pas de téléphone portable, une ligne téléphonique pour tout le monde. On finissait l’entraînement à 18h30, la navette nous ramenait à Croix-Rousse, et à cet âge-là, c’est la loi du plus fort. Les plus âgés prenaient la ligne en premier, et s’il te restait deux minutes pour toi, tu faisais avec. Ça nous fait sourire maintenant, mais quand on a 14 ans, ça n’est pas simple. Mais ça forge le caractère.

Ce sont les professeurs, les entraîneurs, le directeur de l’internat qui jouent un gros rôle et qui se substituent aux parents, qui se soucient qu’on soit respectueux, qu’on ait les règles de politesse et le bon comportement.

Ce n’est pas évident pour les parents de suivre l’éducation de leur enfant quand ils sont loin toute la semaine. Ce sont les professeurs, les entraîneurs, le directeur de l’internat qui jouent un gros rôle et qui se substituent aux parents, qui se soucient qu’on soit respectueux, qu’on ait les règles de politesse et le bon comportement. Le club et tout le système autour se succèdent aux parents.

Devenir professionnel, ce sont des années de sacrifices, une enfance à part. Qu’est-ce qui vous manquait le plus ? Entre 13 et 19 ans ?

Au départ, à 12/13 ans, le plus dur est de quitter le cocon familial, les cousins, la famille et les amis d’enfance qu’on côtoie moins.

Quand on grandit, ce sont les sorties qui manquent le plus. Les amis sortent le samedi soir, vont faire la fête et te disent « Tu fais quoi samedi soir ? Tu sors ? ». Et tu réponds « Ah bah non, il faut me ramener chez moi, j’ai match le lendemain ». Ce n’est pas simple à cet âge de faire la part des choses mais j’avais l’objectif de réussir. J’ai été super rigoureux. Je jouais avec les 18 ans, j’ai joué en CFA un an. Très tôt, j’ai été surclassé, je jouais contre des joueurs plus grands que moi et j’avais envie d’être performant Malheureusement, ça passe par ces sacrifices et donc je ne sortais pas. Tant que je n’avais pas signé de contrat professionnel, j’ai été très rigoureux. Je me suis un peu rattrapé une fois le contrat pro signé, sans jamais réellement abuser.

Quand on grandit, ce sont les sorties qui manquent le plus. Les amis sortent le samedi soir, vont faire la fête et te disent « Tu fais quoi samedi soir ? Tu sors ? ». Et tu réponds « Ah bah non, il faut me ramener chez moi, j’ai match le lendemain »

Le livre revient sur l’importance des études en cas d’échec. Quel est votre niveau d’étude ?

J’ai le niveau Bac STT. En se rapprochant du niveau professionnel, en étant en déplacement, j’ai commencé à rater de plus en plus de cours, de choses. Inévitablement, on touche du doigt son objectif, on a du plus en plus de mal à faire cohabiter les études et le foot, et on doit prioriser. Malheureusement, la balance a penché pour le foot.

Ainsi, je n’ai pas passé certaines épreuves du bac, au grand désarroi de mes parents. Après, je n’ai pas voulu le repasser, parce que j’avais signé professionnel. Si j’avais été au bout de ce bac, je pense que je l’aurais eu car dans l’ensemble, j’ai toujours été un bon élève. L’année dernière, j’ai passé un diplôme, le DUGOS, qui me permet d’avoir un Bac +2.

2003 – Des débuts pro à l’Olympique Lyonnais

Vous signez votre premier contrat professionnel à l’OL à 18 ans. On imagine que c’est un grand souvenir non ? Comment l’apprenez-vous ?

Je signe mon premier contrat pro à dix-huit ans. Je commençais à être régulièrement appelé pour les entraînements, j’avais fait quelques apparitions dans le groupe. C’est David Venditelli, mon agent qui m’a suivi toute ma carrière, qui me l’a appris. On a fait pas mal de choses ensemble et je suis assez fier d’être resté fidèle aux gens avec qui j’ai commencé.

A quel âge avez-vous eu un agent ?

J’ai eu un agent à 16 ans, lors de ma première année de moins de 17 ans. On en a plaisanté parce qu’on s’est dit que ça faisait vingt ans qu’on se connaissait. Quand j’ai signé à Bourgoin en national 3, il tenait à être présent. Nous avons mangé avec les présidents. C’était plus symbolique qu’autre chose, mais c’est une manière de boucler la boucle. Ça fait 20 ans qu’on se connaît. Si j’ai besoin de lui un jour, je sais qu’il sera là.

Quel est le rôle d’un agent quand on a 16 ans ?

Les jeunes ont des agents de plus en plus tôt. A 16 ans, j’étais au centre de formation, David n’avait pas pour objectif de me trouver un club. Il avait surtout un rôle de confident. Je pouvais parler de mes difficultés rencontrées, échanger ce que je ressentais. Il avait ce côté « psychologue » et il faisait le tampon avec le club et l’entraîneur.

Quelle(s) personne(s) aimeriez-vous remercier et citer dans votre parcours au centre de formation de l’OL ?

C’est difficile d’en isoler une en particulier. J’ai en tête tous les éducateurs que j’ai eus dans mon parcours, et qui m’ont tous appris quelque chose. Je me rappelle de mes années 13/14 ans, où je ne jouais pas beaucoup. C’était difficile à vivre parce que j’avais du retard d’un point de vue physique par rapport à mes coéquipiers. A 15 ans, Alain Olio a commencé à me faire jouer en championnat de France, qu’on a gagné d’ailleurs. Et puis le vrai déclic, c’est avec Armand Garrido.

C’est-à-dire ?

On sort de cette année de -15 ans assez compliquée. J’ai seize ans, je suis en première année, et Armand Garrido me surclasse en me faisant jouer directement avec les 17 ans. C’est LE déclic, Mes qualités physiques et athlétiques ont progressé, la confiance revient et tout est différent. Cet entraîneur-là m’a fait du bien et j’ai inversé la tendance. En 13/14 ans, j’étais remplaçant, on me disait « jérémy, tu restes avec nous mais c’est limite ». Le discours avait changé et là, c’était « Prends confiance en toi, faut compter avec toi maintenant ». D’ailleurs, j’ai vu également le changement dans le regard de mes coéquipiers. Je n’étais plus le petit remplaçant et c’est important même à cet âge. Un centre de formation c’est dur car, même si on se fait des copains, on a tous le même objectif.

Quelles sont les circonstances de vos débuts et votre première apparition dans le grand bain du football ? Quel est votre premier match professionnel ? Et votre premier match titulaire ?

Le premier match où je rentre, c’est un 32ème de finale de Coupe de France. Ma première titularisation est à Rennes où on gagne 3/0.

A cette époque, l’effectif lyonnais est composé de grands joueurs comme Mahamadou Diarra, Éric Carrière, Juninho, Michael Essien. S’entraîner avec de tels joueurs favorise la progression… Avec du recul, comment vous jugez cette période ?

Quand on est au contact de si grands joueurs, on progresse en les côtoyant tous les jours. Mais à cet âge, on est insouciant et on ne se rend pas compte de la chance qu’on a d’être dans une équipe qui est une machine à gagner. Il n’y a que des internationaux ou presque, on gagne tous les matchs, on gagne des titres. Mais c’était normal pour moi à l’époque. Je me rappelle d’une rencontre où on gagne dans la douleur 1/0. Quand on entre dans le vestiaire, chacun fait ses affaires, et on ne fait pas de cri de guerre. A ce moment-là, Greg Coupet est intervenu pour qu’on fasse un cri de guerre afin de ne pas banaliser les victoires. Même les 32ème de finale de Coupe de France contre des petits poucets, c’est très dur de gagner les matchs.

A ce moment-là, Greg Coupet est intervenu pour qu’on fasse un cri de guerre afin de ne pas banaliser les victoires.

Quand on vieillit, qu’on joue dans d’autres équipes ou avec d’autres joueurs, on se rend compte qu’on a de plus de mal à l’emporter, que ça devient rare de gagner. Ce qu’on vivait à L’OL à l’époque n’était pas « normal ». C’est pareil pour le PSG aujourd’hui. Il faut bannir cette normalité de la victoire.

Vous souvenez-vous de votre premier match de ligue des champions ?

Mon premier match en ligue des champions, j’entre en cours de jeu contre Manchester United. On fait 2/2 je crois et je rentre à 10 minutes de la fin. C’est pareil, je suis complètement insouciant, Je ne suis pas forcément conscient de jouer contre Ruud Van Nistelrooy, Paul Scholes, Cristiano Ronaldo, Giggs et tous ces grands joueurs. Ça reste des supers souvenirs après, mais c’est sur le moment, on n’est pas lucide.

En trois ans à l’OL, vous allez gagner trois titres de champions de France. Quels sont les grands souvenirs de cette période ?

Ce qui ressort de cette période, c’était notre côté invincible. On avait la sensation que rien ne pouvait nous arriver, qu’on allait entrer sur le terrain et qu’on allait gagner. Il y avait tellement de joueurs au-dessus du lot. Si on prend le onze titulaire de Lyon de cette période, c’est un peu comme Paris actuellement.

En plus des grands joueurs, il y avait une bonne ambiance dans le groupe.
Au-delà d’être des supers joueurs, c’était des bons mecs et des compétiteurs. Que ce soit à l’entraînement ou en match, c’était un haut niveau de compétition. Mais quand je suis arrivé en pro, j’étais habitué à cette pression et cette culture de la gagne

C’est-à-dire ?

Du centre de formation jusqu’à l’équipe pro, nous sommes programmés pour gagner. A Lyon, il fallait gagner le championnat de France en moins de quinze ans, moins de dix-sept ans, la coup Gambardella, le championnat des réserves. L’OL devait tout remporter et cette période reflète bien cet état d’esprit inculqué.

Vous allez connaître deux entraîneurs, Paul Le Guen et Gérard Houllier. Comment définiriez-vous ces deux entraîneurs ?

J’ai de l’affection pour Paul Le Guen. C’est lui qui m’a lancé et on a un parcours atypique tous les deux. Mais Paul Le Guen et Gérard Houllier ont deux styles de management différents. Gérard Houllier avait un management à l’anglaise, issu de ce qu’il a connu à Liverpool. C’est son adjoint Patrice Bergues qui faisait les séances d’entraînement, Houllier étant là dans les causeries de matchs. Paul Le Guen était plus proche de ses joueurs, avec un management un peu plus « à la français » si je puis dire.

Difficile de parler de l’Olympique Lyonnais sans évoquer Jean-Michel Aulas. Comment définiriez-vous l’homme et quelles relations entreteniez-vous ensemble ?

Ça s’est toujours très bien passé avec le président Aulas. L’OL est mon club formateur, et je serai éternellement reconnaissant envers le président Aulas et l’OL pour m’avoir donné la chance de devenir professionnel. Même si je suis passé à Saint-Etienne, on s’est toujours salué et il n’y a jamais eu de soucis.

L’OL est mon club formateur, et je serai éternellement reconnaissant envers le président Aulas et l’OL pour m’avoir donné la chance de devenir professionnel.

Quel est le meilleur moment de votre passage à l’OL et votre plus grande déception sportive ?

Pour le meilleur moment, je dirais le but que je marque contre Monaco en 2005. C’est un but important dans le sens où on était premier, Monaco était deuxième, à six points derrière si je ne dis pas de bêtise. On est mené 1/0 et je marque à la 89ème minute ce qui permet de tenir le nul et garder un petit matelas d’avance sur Monaco. Ça reste un bon moment.

Dans les mauvais souvenirs, je dirais les aventures européennes collectivement, où on s’arrête en ¼ de finale à chaque fois, que ce soit contre le PSV ou Milan. On n’est pas loin de la qualification. A chaque fois, il ne manque pas grand-chose pour qu’on puisse franchir ce cap : Peut-être l’expérience de ce genre de rencontre, l’aura d’un club plus huppé nous aurait peut-être permis de bénéficier d’un pénalty, notamment sur Nilmar contre Eindhoven.

2007 – Un départ au Glasgow Rangers

Vous décidez de quitter l’OL en 2006 pour rejoindre les Glasgow Rangers. Pourquoi un tel choix ?

Je sortais d’une saison à l’OL avec Gérard Houllier, j’avais eu un peu de temps de jeu, mais ce n’était pas suffisant. Benoît Pedretti, Kim Källström, Jérémy Toulalan étaient arrivés au club. Des joueurs qui sortaient du centre de formation, très peu devenaient titulaires indiscutables, à moins d’être vraiment un top joueur, comme Karim Benzema a pu l’être ou Hatem à un moment. On était tous un peu amenés à s’exiler pour prétendre à une place de titulaire, à progresser et pour jouer…

Mon choix était donc de partir. J’ai eu plusieurs opportunités. Paul Le Guen avait rejoint les Rangers, je le connaissais, je savais comment il fonctionnait, comment ça allait se passer. J’ai tenté. Ce n’était pas un souhait de partir si tôt à l’étranger, mais faut pas regretter ses choix.

Vous quittez votre cocon lyonnais pour débuter une aventure à l’étranger, avec beaucoup de choses à appréhender : ville, langue, équipe etc. Comment s’est faite cette période de transition ?

Ce n’est pas simple. A Lyon, je n’étais pas loin de chez moi. Quand on regarde l’Ecosse, on se dit que ce n’est pas tout près. (Rires). Mais je suis parti avec ma femme, on n’avait pas d’enfant.

Avec du recul, c’était une super expérience de vie inoubliable. On a découvert un nouveau pays, une nouvelle culture, une nouvelle langue qu’on pratique et améliore par rapport à nos études en France. Après, j’ai eu la chance d’avoir pas mal de francophones dans l’équipe, comme Dado Prso, Julien Rodriguez, José Pierre-Fanfan qui facilitent l’adaptation.

Je garde de supers souvenirs et la chance d’avoir vécu des derby Celtic/Rangers.

Comment est vécu le football en écosse, avec ce derby Glasgow / Celtic ?

Le foot est très populaire en écosse. Ils le vivent avec beaucoup de passion. Même si les deux clubs ne peuvent pas se voir en peinture, il y a beaucoup de respect. Quand il n’y a pas de match, ça se passe bien. Les boutiques du Celtic et des Rangers sont très proches dans la ville. Après le derby, c’est autre chose. Le match est programmé à 12h pour éviter que les supporters boivent trop d’alcool, cette rivalité est ancrée entre eux, dans la culture. Mais c’est différent de la France.

2007 – 2011 au Paris Saint-Germain

L’aventure écossaise tourne court. Pour quelles raisons décidez-vous de partir si tôt ?

Paul Le Guen est devenu coach du PSG et j’ai eu l’opportunité de le suivre. J’aurais pu rester en Ecosse, l’entraîneur écossais de l’époque désirait que je reste. Mais quand on est joueur français et qu’on a la possibilité de jouer au PSG, on ne réfléchi pas beaucoup. Évoluer au Parc, jouer pour le club de la capitale, c’était prestigieux.

Évoluer au Parc, jouer pour le club de la capitale. C’était prestigieux.

Un retour à l’OL avait été envisagé mais c’est finalement au PSG que vous rebondissez, avec une première saison collectivement très compliquée. Comment expliquez-vous cette lutte pour la relégation ?

Si mes souvenirs sont bons, Toulalan se blesse, et l’OL a besoin d’un joueur pour la ligue des champions, compétition que je n’avais pas jouée puisque j’avais joué l’Europa League avec les Rangers. L’OL était en recherche d’un joueur prêt tout de suite, qui connaissait le club, qui n’avait pas besoin de s’intégrer, pour dépanner pour le très court terme. Quid de l’après avec le retour de Toulalan ? Je me serais retrouvé dans la même situation que lors de mon départ pour les Rangers et j’ai refusé de revenir à l’OL.

Individuellement, vous vous imposez au PSG mais collectivement le PSG enchaîne les saisons décevantes en championnat (16ème place, 6ème place, 13ème place et 4ème place). A quoi attribuez-vous ces difficultés ?

Je suis arrivé en cours de saison et je me blesse lors de mon premier match. Je mets du temps pour revenir, et pour mon match de reprise après deux mois de repos, je joue à Lens le dimanche à 21h. Il y avait un match dans l’après-midi, où l’équipe avant-dernière au classement avaient gagné. En descendant à la collation, j’apprends le résultat de la rencontre de l’après-midi et notre classement, 20ème : Deux mois sans jouer, premier match de reprise, à Lens, 21h un dimanche soir, où on est 20ème, c’est particulier. Mais bon, c’est comme ça.

C’est difficile d’expliquer ces saisons. Si on reprend les équipes et les joueurs qui composaient le groupe, on avait des bons joueurs. Il y avait forcément des choses qui n’allaient pas, mais ce n’était pas notre niveau de jouer la lutte pour le maintien. On n’avait pas le niveau pour finir dans les trois premiers, mais jouer le maintien ne reflétait pas notre niveau. Mais quand tout va mal dans une saison, ce n’est pas simple.

L’année où nous finissons 4ème, il y a un match où on reçoit Marseille. Si on gagne on est premier… Mais on n’était plus programmé pour gagner et jouer le haut du tableau. Est-ce qu’on n’était pas encore un peu dans la psychose de flirter avec la relégation ? Est-ce qu’il y avait un peu de ça ? C’est ce que je ressens maintenant. Les saisons étaient particulières, où nous étions performants en Coupes mais où en championnat ça fonctionnait moins.

Le PSG était une équipe de Coupes puisqu’en quatre ans, vous allez jouer trois finales de Coupe de France (2 titres) et une finale de Coupe de la ligue. Comment analysez-vous cette réussite en Coupes ?

C’est compliqué d’analyser cette réussite. Nous étions décomplexés par rapport au championnat, parce que c’est une autre compétition. Mentalement, nous n’étions plus les mêmes. Le PSG a toujours eu de supers résultats en Coupes, est ce que ça nous donnait un sentiment de favori ? Je ne sais pas. Mais c’est vrai que c’est une réussite avec deux titres, notamment avec la victoire en Coupe de France en 2010,

Paris, c’est la ville lumière, une médiatisation et un environnement hors du commun. Est-ce difficile de s’habituer à ce contexte ? Est-ce difficile de jouer à Paris en termes de pression ?

Paris reste un club particulier. Il y a du monde de partout, la ville vit jour et nuit, ne s’arrête jamais. Tu peux manger à 4h du matin si tu le souhaites, voir des spectacles. Cela peut-être déstabilisant de vivre à Paris, et pas uniquement pour les footballeurs. Quand tu es joueur, tu es invité de partout. Il y a vite moyen de se disperser et d’être emporté par ce tourbillon.

Cela peut-être déstabilisant de vivre à Paris, et pas uniquement pour les footballeurs. Quand tu es joueur, tu es invité de partout. Il y a vite moyen de se disperser et d’être emporté par ce tourbillon.

A Paris, les médias sont très présents : L’Équipe et Le Parisien, qui à l’époque étaient très durs avec le club. Au PSG, on a eu cette histoire de la taupe dans le vestiaire, avec des informations qui sortaient dans les journaux. Mais bon, il fallait vivre avec ça et ça faisait partie de notre quotidien. On savait qu’au moindre truc dans le vestiaire, ça allait sortir. Encore aujourd’hui, il y a toujours des fuites au club. C’est ce qui fait aussi la particularité de ce club, avec des personnes qui communiquent avec l’extérieur.

Sportivement, même si nous n’étions pas le PSG de maintenant, nous étions attendus à l’extérieur. Les stades faisaient toujours le plein, avec une atmosphère et un parfum particuliers. C’était l’occasion de battre le club de la capitale.

Jouer au PSG, c’est aussi affronter l’OM, un match à part. Comment décririez-vous cette rencontre ?

Pour moi, ça rejoint les matchs Lyon / Saint-Etienne, et Celtic / Glasgow. C’est du même niveau. On devient pro et on joue au foot pour découvrir ce genre d’affiche, avec cette atmosphère, cette attente des gens qui vont regarder le match. C’est ce qui nous fait vibrer, nous footballeurs.

Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience parisienne ? Quels sont les joueurs qui vous ont particulièrement marqué, sportivement et humainement ?

Franchement, je garde de supers souvenirs et j’essaie toujours de garder les bons côtés des passages dans les clubs dans lesquels je suis passé. Sinon on se met la tête à l’envers. Humainement, j’ai rencontré des gens supers, notamment Sylvain Armand qui est devenu le parrain de mon fils. J’ajouterais Christophe Jallet, Guillaume Hoarau, que j’ai encore au téléphone régulièrement. J’ai eu récemment Jérôme Rothen par SMS. On a toujours ce lien même si dans le foot, le plus compliqué est de garder les relations à cause des changements de clubs, et qu’on a tous notre vie. Mais la vie de vestiaires, de matchs, de mise au vert nous fait vivre des choses extraordinaires et crée des liens forts. Même si on se retrouve dix ans après, il reste toujours quelque chose quand on se croise entre footeux.

Même si on ne s’appelle pas tous les mois, les émotions, les victoires et les défaites qu’on a partagées, créent des liens et laissent des traces qui subsistent des années après. Et nous ne sommes pas des inconnus.

J’ai eu Sidney Govou au téléphone récemment. Ça faisait des années qu’on ne s’était pas eus et on s’est retrouvés comme si de rien n’était. C’est aussi ça la magie du foot et des relations. Même si on ne s’appelle pas tous les mois, les émotions, les victoires et les défaites qu’on a partagées, créent des liens et laissent des traces qui subsistent des années après. Et nous ne sommes pas des inconnus.

2011 – 2017 à Saint-Etienne

Pouvez-vous revenir sur ce transfert et les circonstances de votre arrivée à l’ASSE ?

Les qataris avaient repris le club, et j’ai compris qu’on ne comptait plus trop sur moi. Très rapidement en fin de saison, j’ai eu des discussions avec Saint-Etienne. J’avais rencontré Christophe Galtier, et Stéphane Teyssier, le directeur Général du club à l’époque. Le courant est très bien passé. Après avoir longtemps discuté avec mes proches, mon agent, c’était le bon projet. D’abord, je me rapprochais de chez moi. Et puis, Sainté est un club mythique qui ne laisse pas les gens indifférents. C’est ce que je me disais avec mon agent. Après avoir joué à Lyon, les Rangers et Paris, je ne me voyais pas aller dans un club sans saveur, sans manquer de respect à personne. Il y a des clubs où il ne se passe rien quand on perd. Et quand on gagne, il ne se passe pas grand-chose non plus.

Sainté est un club mythique qui ne laisse pas les gens indifférents. C’est ce que je me disais avec mon agent. Après avoir joué à Lyon, les Rangers et Paris, je ne me voyais pas aller dans un club sans saveur

J’avais encore besoin de vivre de la pression, des émotions, des attentes, que ce ne soit pas facile quitte à être chahuté par les supporters… Je sais que quand ça marche, c’est génial. Mais quand ça marche moins bien, c’est un peu plus compliqué mais c’est normal. On ne peut pas tout avoir. J’avais besoin de cette adrénaline-là et Sainté était parfait.

Jouer à Sainté, quand on a été formé à l’OL. Avez-vous eu des remarques à votre arrivée ?

Ça a été oublié assez rapidement. D’abord, j’ai joué à Glasgow et Paris entre-temps. Et puis, je suis un joueur discret, qui n’a jamais fait trop de vagues. Je n’ai jamais critiqué mes employeurs et les clubs dans lesquels j’ai joués. Je n’avais pas de crainte de passer de l’OL à Saint-Etienne. Oui les deux clubs ont cette rivalité, mais je pars du principe que lorsqu’on donne tout à l’instant T pour le club, qu’on ne triche pas, les choses se passent bien. Et c’était mon cas.

Après forcément, j’ai été chambré par quelques joueurs. Ça faisait partie du jeu, mais j’ai été très bien accepté.

Cette rencontre entre l’ASSE et l’OL est un derby à part, qui dépasse le cadre du football. Comment le définiriez-vous ?

J’ai été vite dans le bain de ce derby. Quand je suis arrivé à l’OL à 13 ans, il ne fallait pas s’habiller en Vert parce que le vert c’était Sainté. J’ai grandi avec ce match. Mais je joue au foot pour ce genre de rencontre. Quand j’y repense, c’était exceptionnel. Je revois des images, où nous partions du Stade, les supporters étaient interdits de déplacement. Le départ en bus de Saint-Etienne à Lyon était incroyable, avec un bain de foule pour nous encourager. En plus de jouer pour le résultat, le classement, on joue pour une ville, pour des gens au club et qui sont attachés au club, pour une histoire. Ce sont des rencontres que tu joues pour le club, mais aussi pour les autres.

Durant ses six ans, vous allez devenir un acteur important du milieu stéphanois que ce soit avec Fabien Lemoine, Joshua Guilavogui, Renaud Cohade. Sans être des très grands joueurs, le milieu de terrain des verts n’a jamais été aussi bon. Comment l’expliquez-vous ?

On a réussi à créer avec ce groupe quelque chose de fort. Pour le milieu de terrain, Josuha est resté un peu moins longtemps, mais avec Renaud et Fabien, nous avions une relation particulière, on a noué une relation forte. Ce sont des amis, qui étaient présents à mon mariage. Forcément, au-delà de la complémentarité tactique, on se connaissait par cœur. Mine de rien, on a fait pas mal de match, avec Renaud et Fabien, pour ne citer qu’eux.

Quant à Josuha, il a quand même été en équipe de France. Mathieu Bodmer était un top joueur aussi. A cette époque-là, tous les cinq dans un milieu de terrain à trois places, c’était pas mal.

Christophe Galtier a réussi à façonner un effectif complet et une bande de copains autour de son projet, aussi bien avec des jeunes (Zouma, Aubameyang, Guilagovui) et des anciens (Moulin, Cohade, Lemoine, Bayal, Perrin, Brandao, Brison). Cette entente est-elle la clé de la réussite des verts ?

Quand je suis arrivé au club, j’en avais discuté avec Christophe Galtier et Stéphane Teyssier, qui ont été à l’initiative de ce projet. Christophe Galtier recherchait ça et on le savait : des joueurs de ligue 1, avec un bon état d’esprit, des joueurs de caractère, compétiteurs, et des joueurs de club. Ce n’est pas péjoratif. La volonté était de composer avec des « valeurs sûres de Ligue 1 », qui n’allaient pas faire tâche pour le club, ou paraître dans les médias pour des frasques.

Vous avez été témoin de l’éclosion de pépites comme Aubameyang ou Zouma. Leur trajectoire respective ne vous étonne pas ?

Pour être honnête, Aubame non ! Pas au départ. Quand j’arrive, il revenait d’un prêt à droite à gauche, il était loin du niveau actuel et je ne me suis pas dit « lui il va finir à arsenal ». Après, on ne peut pas lui enlever qu’à l’époque, c’était quelqu’un qui travaillait énormément. Il n’était pas avare d’efforts, faisait des courses de fou pour aider le collectif. Sa progression a été fulgurante, et il a éclos l’année où j’arrive. Après tant mieux pour lui, c’est un super gars. Dans les joueurs qui composaient le groupe, c’était une personne différente, qui amenait autre chose. Toutes ces personnalités amenaient quelque chose et ça faisait la force de notre groupe. Christophe Galtier a réussi à tirer le meilleur de chaque personnalité. Et ça c’est très fort.

Quant à Kurt ?

Kurt, oui. Je crois qu’il a fait son premier entraînement à seize ans. Je me suis dit direct « Lui, il va finir en équipe de France ». Quand à seize ans, tu dégages autant de maturité, d’assurance, de qualité physique et de Jump… Je me rappelle, on faisait des exercices en salle de muscu, il touchait le plafond, ce n’était pas possible de faire ça (Rires). Oui Kurt, c’était une évidence.

Votre parcours a Sainté est marqué par cette terrible blessure survenue contre Nice sur un duel avec Valentin Eysseric. Quelles sont les images que vous gardez du choc et de l’après ?

Je n’ai pas revu les images mais je me rappelle du match et de l’action. C’était un match engagé, à enjeux entre Saint-Etienne, 4ème et Nice 5ème. Claude Puel était sur le banc des aiglons. Forcément, il y a des duels. Valentin fait un contrôle assez long, j’anticipe et je prends la balle…et dans un excès d’engagement, il me prend toute la jambe, cheville, malléole, et tibia.

Jérémy ClémentSource France 3

Avez-vous immédiatement compris la gravité de la blessure ?

Oui, tout de suite. Je sens que la cheville est partie en vrille. Après, il a joué à Saint-Etienne. Ce qui est fout, c’est que c’est un joueur, beau à voir jouer. Il n’a plus jamais taclé. Je lui disais « Comment as-tu été capable de me faire ça quand même ? ». Mais c’est comme ça. Ça fait partie du foot. On a des images sur certaines actions, ça tient à rien pour que les joueurs aient la même blessure que moi. Le foot, c’est aussi de l’engagement, parfois les gestes ne sont pas maîtrisés.

Avez-vous eu peur que cette blessure mette fin à votre carrière professionnelle, d’autant que vous étiez en fin de contrat à l’ASSE ?

Non, je n’ai jamais eu peur de ça. Est-ce que j’étais encore insouciant à vingt-neuf ans quand ça m’arrive ? Peut-être, mais j’étais dans la force de l’âge et je me suis dit que j’allais revenir. Cette blessure intervient à un mauvais moment, parce que c’était une belle année pour moi. Les spécialistes disent qu’à cet âge de vingt-neuf ans, on est en pleine possession de ses moyens. C’est en tout cas, ce que je ressentais. Plusieurs personnes avec qui j’ai jouées m’en ont reparlé, me disait que c’était dommage parce qu’à ce moment de ma carrière, j’étais au top mais c’est comme ça. Après cette blessure, j’ai rejoué, à un bon niveau, mais je n’ai jamais retrouvé le niveau qui était le mien.

S’en suit une longue rééducation. Comment gère-t-on cette période de convalescence dans un sport collectif ? Raphaël Poulain, ancien rugbyman professionnel, expliquait dans son livre la solitude de la rééducation où personne ne s’intéresse à ses états d’âmes, ses envies de revenir et de se sentir étranger à son équipe : « Je rejoins les gars dans le vestiaire. Ils sont encore dans leur match. J’en suis étranger ». Qu’est-ce que ces propos vous inspirent ? Comment vivez-vous personnellement votre blessure ?

Si, on est seul. J’ai eu la chance à Sainté d’avoir été accompagné et entouré par le chirurgien, par ma famille. J’avais choisi de faire ma rééducation à Saint-Etienne, j’avais confiance dans le staff médical, les kinés et le docteur de Sainté. Mais c’est vrai que pendant la rééducation, on est à part. Au départ, tout le monde prend des nouvelles. Ça vient d’arriver, donc pendant une ou deux semaines, on est assez entouré. Ça me marque parce qu’un jour le kiné me dit « Bon Jérémy, je ne viens pas te voir maintenant, parce qu’aujourd’hui et pendant 2/3 semaines, tout le monde va être autour de toi. Mais c’est après que tu auras besoin et que je serais là ». Il avait raison et je l’en remercie.

Un jour, le kiné me dit « Bon Jérémy, je ne viens pas te voir maintenant, parce qu’aujourd’hui et pendant 2/3 semaines, tout le monde va être autour de toi. Mais c’est après que tu auras besoin et que je serais là ». Il avait raison et je l’en remercie.

Ça rejoint les relations humaines qu’on noue pendant notre carrière. Quand je suis à Sainté, ça me fait plaisir de voir le docteur, les kinés. On a vécu quelque chose de fort, une belle histoire humaine et ils m’ont remis sur pied.

Un jour j’en ai discuté avec Christophe Galtier, qui me disait regretter de ne pas avoir pris le temps d’échanger avec moi, d’être là pour savoir comment j’allais, comment je vivais la rééducation. Mais lui était dans sa saison, avec ses problèmes d’équipe et ça se comprend.

On sous-estime l’entourage dans le sport de haut niveau, dans les moments où la réussite est moins au rendez-vous ou dans une saison délicate. C’est capital d’avoir un entourage sain pour gérer ces épreuves ?

C’est important d’avoir un entourage. J’avais la chance d’avoir ma femme, mon fils, ma famille, mes amis et parents. Mais c’est dur de voir son équipe jouer. J’étais tellement dégoûté, que je n’allais pas au stade, et je regardais les matchs à la télé.

L’entourage est précieux mais c’est aussi capital d’avoir un objectif. Très rapidement, je me suis fixé comme défi d’être présent pour le premier match de championnat et ça m’a beaucoup aidé. Pour les médecins, kinés, cet objectif du 11 Août était jouable. L’objectif permet de ne pas s’écouter, il pousse à se surpasser et à revenir le plus vite possible. Cette adrénaline de compétition qui te manque, tu la transfères dans ce combat contre le temps et cette rééducation pour revenir le plus vite possible.

Christophe me demandait comment j’allais et je lui répondais toujours « Je serai là pour le 11 Août ».

Avez-vous gagné votre pari ?

Oui, je suis titulaire contre Ajaccio pour le premier match de Championnat.

Comment revenir sur les terrains, sans avoir peur ? Comment s’affranchir de la blessure ou du contact ? Avez-vous bénéficié de l’aide d’un psychologue du sport, ou d’un préparateur mental ?

Non, je n’ai eu aucune appréhension. Dans ma carrière, je n’ai jamais voulu m’entourer de trop de personnes, peut-être à tort. Peut-être, qu’avec un préparateur mental, j’aurais fait une autre carrière ? Je ne sais pas. Mais, je me suis toujours senti bien dans mes baskets, en phase avec moi-même, et je ne me voyais pas faire autre chose que ce que je faisais et qui fonctionnait.

Avez-vous retrouvé vos capacités physiques à 100%, au niveau de la cheville ?

Ça a pris du temps. Au départ, Je me sentais pataud dans les appuis même si le coach me disait que mes prestations étaient bonnes. Mais je sentais que je n’avais pas retrouvé totalement mes aptitudes. Au bout d’un an, j’ai récupéré la mobilité de la cheville. A partir du mois de Janvier, je me suis trouvé mieux.

Cette blessure a empêché de participer à la finale de la Coupe de la Ligue, et vivre ce premier trophée en 32 ans avec l’ASSE. Vous allez vivre ce titre des tribunes. C’est difficile j’imagine ?

Le fait d’avoir déjà gagné la Coupe de la ligue avec le PSG en 2008 a atténué ma déception de ne pas l’avoir jouée avec Sainté. Je l’ai vécue comme un vrai supporter de Sainté, et pas dans le regret de ne pas avoir joué la finale. La déception a été évacuée. J’étais très content pour le club,

Pour Sainté, la ville, les supporters, le club, c’était incroyable. On avait défilé dans la ville, la foule était en délire. Quel moment !

Si vous aviez une anecdote à retenir de votre passage à l’ASSE, quelles seraient-elles ? Il paraît qu’il y avait des gros joueurs de cartes à l’ASSE à cette époque (Rires).

Oui et pour info, c’est moi qui ai ramené le tarot à Saint-Etienne. A une époque, on était quinze à jouer, avec trois chantiers de tarot. On avait même réussi à faire jouer les brésiliens comme Brandao etc…

On a vécu quelque chose de fort humainement à Sainté. On prenait le petit-déjeuner ensemble et on était tous dans le même esprit. On se dépêchait de déjeuner le plus rapidement possible pour pouvoir jouer aux cartes de 8h35 à 10h avant l’entraînement de 10h. Christophe Galtier nous engueulait parce qu’on était parfois en train de jouer aux cartes à 10h… Ça n’existe plus maintenant. Mais ça correspondait à une époque où on gagnait les matchs, ça faisait partie de notre vie de groupe, de notre histoire, et le coach savait que c’était notre force. A 10h05, on allait bien s’entraîner, en donnant tout et il pouvait nous faire confiance pendant les matchs.

2017 – 2019 à Nancy et la fin du Foot pro

Après six ans à l’ASSE, vous allez rejoindre Nancy pendant deux saisons en ligue 2. Comment se font les contacts avec l’ASNL à l’époque ?

Cet été-là, il fallait que je parte. J’avais vécu une saison à Sainté où j’avais moins joué. Le temps passe, on est le 13 Août. Quand on vieillit, ça ne devient pas simple d’avoir des contrats. J’avais eu Pablo Correa, Nancy était un club de ligue 2 qui pouvait jouer la montée. Mais Correa s’est fait virer au bout de dix jours. Ça ne s’est pas passé comme je l’imaginais et ça n’a pas fonctionné. C’est comme ça.

Jérémy Clément Source Estrepublicain

Avec du recul, comment jugez-vous votre carrière ?

Si je reprends ma carrière, entre la ligue 1, les Coupes, les Coupes d’Europe, les titres et les grands clubs, je trouve que c’est pas mal. On peut toujours faire mieux, mais dans l’ensemble, j’ai fait une belle carrière.

On vous a souvent défini comme un milieu de terrain de l’ombre, un profil très « ligue 1 », récupérateur, essentiellement défensif, mais pas capable de casser les lignes et peu de passe vers l’avant. Etes-vous d’accord avec ce constat ?

D’accord ? Oui et non. C’est vrai que j’étais un milieu de l’ombre, qui défendais plus et qui récupérais des ballons, mais qui n’en perdais pas beaucoup non plus. C’est peut-être un profil un peu plus ligue 1 mais c’est assez réducteur je trouve. Il faudrait demander aux anciens coéquipiers pour avoir leur avis et savoir ce qu’ils en pensent.

Ces critiques vous touchaient-elles ?

Ça me touche plus ou moins. Forcément, tout ce qui touche à l’être humain a un impact et personne n’est hermétique aux critiques. Mais ça ne va pas m’empêcher de dormir.

Le football d’aujourd’hui veut des milieux capables de tout faire… c’est une vraie évolution du poste. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez raison. Dans le football actuel, on souhaite des milieux capables de tout faire. Déjà, un milieu défensif, qui récupère des ballons et qui ne le perd pas, c’est déjà pas mal. Makélélé au PSG m’avait dit « Moi je ne sais pas dribbler. Quand je jouais avec Zidane, je récupérais le ballon et je le lui donnais. Je ne faisais des passes qu’à deux mètres ». Chacun son rôle dans une équipe. On demande aujourd’hui de faire plus de passes vers l’avant. Ok pourquoi pas, mais je pars du principe qu’un milieu doit savoir récupérer des ballons et être propre. Après, si tu trouves un milieu qui sait récupérer des ballons, dribbler, casser des lignes, et marquer des buts… Bah il est au Real Madrid., sauf que tu n’en as pas cinquante.

Tout le monde a voulu devenir Pirlo, Thiago Motta. Mais tout le monde ne peut pas jouer comme ça. J’ai toujours eu conscience de connaître mes qualités, jouer avec, et les exploiter au maximum.

J’ai surtout l’impression que les milieux de terrain devant les défenses veulent de plus en plus organiser le jeu, mais récupérer le ballon, protéger la défense est vraiment secondaire.

Oui, le milieu devant la défense, s’il casse des lignes, c’est très bien. Mais s’il récupère un ballon par match, ça va être collectivement compliqué. Tout le monde a voulu devenir Pirlo, Thiago Motta. Mais tout le monde ne peut pas jouer comme ça. J’ai toujours eu conscience de connaître mes qualités, jouer avec et les exploiter au maximum.

S’il y avait une image que vous aimeriez que l’on retienne de votre carrière, quelle serait-elle ?

Que j’étais un bon coéquipier. C’est quelque chose que j’aimerais que les gens retiennent.

Durant votre carrière, vous allez évoluer dans quatre clubs français, un club à l’étranger. Les supporters oublient souvent que derrière un choix sportif, il y a aussi un choix familial. La vie de famille, l’avis de sa compagne, ça joue aussi dans une carrière professionnelle, vous confirmez ?

Oui, l’avis familial joue aussi, notamment après Nancy où j’aurais pu continuer un an dans un club de ligue 2. Mais je n’avais pas envie. Ma femme, originaire de la même région que moi, voulait qu’on rentre. On a trois enfants et on voulait leur apporter une stabilité. Les supporters ou amateurs de football peuvent ne pas comprendre les choix de carrière car ils ne connaissent pas la vie privée des joueurs. Des choix sont parfois faits en fonction de la famille et de son bien-être.

Les joueurs qui ont fait toute leur carrière dans un club, je vais prendre l’exemple de mon ami Loïc Perrin : C’est un super joueur. Qui vous dit que s’il avait été dans un contexte autre, il aurait été aussi performant ? Bon, c’est un mauvais exemple parce que je pense qu’il aurait réussi aussi ailleurs.

Prenons Steven Gerrard. Sa femme et ses enfants étaient peut-être très bien à Liverpool. Entre le sportif et le privé, c’était un choix aussi réfléchi. J’avais vu une émission à son sujet sur RMC, Il évoquait avec ses frères, ses choix de carrière. Le meilleur choix, pour qu’il soit performant et le mieux dans sa tête, c’était Liverpool. S’il était parti au Real, sa famille n’aurait peut-être pas été heureuse et son jeu, loin de son niveau avec les Reds.

Quel est votre meilleur souvenir de footballeur professionnel ? Et votre pire souvenir, je suppose que c’est votre blessure ?

Le pire, et encore non. Je ne dirais pas. Oui c’était dur. J’ai vécu une opération, une convalescence mais la blessure est quelque chose qui devait m’arriver, je pense. Du moins, je le prends comme ça. Le pire moment est la finale de Coupe de France. Honnêtement, ça fait chier. Je me rappelle de la défaite en Coupe de France contre Lyon. Nous avions gagné la Coupe de la Ligue, eux avait gagné le championnat et on se battait chacun pour un doublé. Ça m’avait vraiment fait chier, Sidney Govou avait marqué cet enfoiré (Rires).

Le meilleur moment ? Ce qu’on a vécu collectivement à l’époque à Saint-Etienne est ce que j’ai ressenti de plus fort dans ma carrière.

Jérémy Clément et son But contre le PSGSource Canalhistorique

Quel est selon vous :

  • Votre plus beau but ?

Je n’ai pas marqué beaucoup. Mon but au Parc contre Lille.

  • Votre meilleure saison ?

Cette deuxième saison à Sainté était celle où j’étais le plus performant.

Le meilleur moment ? Ce qu’on a vécu collectivement à l’époque à Saint-Etienne est ce que j’ai ressenti de plus fort dans ma carrière.

Avez-vous gardé des amis dans le football dans chacun des clubs dans lesquels vous êtes passé ?

Sylvain Armand au PSG. Loïc Perrin, Renaud Cohade et Fabien Lemoine, avec ce qu’on a vécu à Saint-Etienne. François Clerc, Jonathan Brison. Mais il y a eu beaucoup de belles rencontres. On n’en parle pas beaucoup dans le foot.

L’APRES-CARRIÈRE ET LA RECONVERSION

Certains jeunes retraités parlent souvent d’un manque. Pourquoi prendre la décision de continuer dans le monde amateur en tant que joueur au FC Bourgoin Jallieu ? Était-ce pour éviter le blues du footballeur retraité ? Qu’est-ce qui vous motive à jouer un niveau moindre, avec des installations de mauvaise qualité ?

Ce n’était pas pour repousser le blues. Quand je suis arrivé à Bourgoin, je ne voulais pas perdre de temps. Je voulais trouver ma reconversion, passer mon BEF et ils m’ont proposé d’intégrer l’équipe. Je n’étais pas blessé. J’avais encore envie de vivre des relations humaines de vestiaire, de jouer au foot parce que j’aime le foot. Alors oui ce sont des terrains et des installations pourries, mais ça me fait plaisir de voir mes coéquipiers à l’entraînement. On se chambre, on rigole, et l’aventure humaine est importante pour moi.

L’après-carrière est-elle une appréhension pour un footballeur de haut niveau ?

Oui, c’est une appréhension et on n’est pas forcément très bien préparé. Après, personnellement, j’y réfléchis depuis pas mal de temps. Mais, on ne sait pas ce qu’on a envie de faire, si ce n’est qu’on a joué à un haut niveau, qu’on est compétitif, et qu’on veut être performant.

J’ai été épanoui toute ma carrière et j’ai envie que ça continue, en trouvant un poste où je peux évoluer à un bon niveau.

Jérémy Clément – FCJB

Aujourd’hui, vous vous occupez des jeunes du FC Bourgoin Jallieu. L’idée de passer du terrain au banc ou à la formation était une évidence ?

Ce n’était pas une évidence. Avant, je ne me voyais pas spécialement entraîneur. Mais après avoir fait des études dans le management du sport à Nancy, je voulais aussi avoir la double casquette, à la fois coulisse, et terrain.

Je prends du plaisir avec ce groupe de jeunes de quatorze ans. La formation BEF est enrichissante et j’apprends beaucoup de choses.

Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils différents de Jérémy Clément, qui avait 13 ans en 1997 non ? Quelles sont les différences flagrantes ? Est-ce dur de s’adapter aux nouvelles générations ?

Je ne sais plus comment j’étais. Aujourd’hui, ils ont tous un téléphone portable, alors que moi j’avais une carte de crédit (Rires). Plus sérieusement, je n’ai pas à me plaindre. Honnêtement, ce sont de supers gamins, ils sont à l’écoute, adorables. Pour démarrer et apprendre, c’était top. Bien sûr, ils ont des défauts en termes de football, je n’arrête pas de leur dire et on corrige tout ça. Mais humainement ce sont des gamins au top.

Aujourd’hui, vous êtes en train de passer vos diplômes d’entraîneur. Quel type de fonction vous intéresserait pour le futur ?

Pour le futur, je souhaiterais passer le DES avec Bourgoin l’année prochaine. Après plein de choses sont possibles. J’aime de plus en plus parler du football, donner mon avis, échanger et débattre sur les sujets de ce sport. Un poste de consultant TV serait intéressant. C’est à la mode d’être extraverti, un peu grande gueule, mais ce n’est pas gage de pertinence. Moi, je suis plutôt quelqu’un d’introverti, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas être bon pour autant, Éric Carrière en est la preuve et j’aime beaucoup sa façon de traiter le foot. Je crois qu’il y a de la place pour tout le monde.

Nous tenons à remercier chaleureusement Jérémy pour sa grande disponibilité et nous lui souhaitons bonne continuation pour la suite de ses projets futurs.

JM

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